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13/04/2017

Sur la côte varoise

Quitter la Belgique par temps gris et pluvieux pour un séjour dans le Midi, rouler tout un dimanche avec France Inter dans les oreilles pour se mettre dans le bain français – « On va déguster » nous a donné envie de citrons à l’aller, de fines herbes au retour –, c’est avoir rendez-vous souvent, passé Lyon, avec un ciel d’azur qui fait rêver des plages, de la mer et des sentiers du littoral où s’enivrer d’ambiances méditerranéennes. Mais il a fallu cette fois composer certains jours avec les nuages et la pluie ; en mars, il est vrai, le printemps tout neuf est encore timide.

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Qu’elle est belle, la côte varoise ! Ci-dessous une vue d’ensemble, prise du massif du Cap-Sicié vers les Sablettes (La Seyne-sur-mer), la presqu’île de Saint-Mandrier et à l’arrière-plan, la baie de Toulon. Puis le petit port du Brusc, toujours sympathique ; les nouveaux pontons y accueillent de plus en plus de bateaux. A Sanary-sur-mer, le port est en chantier, mais il y reste tant de beaux endroits pour se promener et contempler, du haut de la falaise ou depuis la montée du calvaire.

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A Bormes-les-Mimosas, la végétation luxuriante enchante de tous côtés. Formes exotiques, parterres soignés, fleurs aux couleurs éclatantes, glycines… Les arbres de Judée y étaient déjà bien en fleurs. En cette saison où les flâneurs ne sont pas très nombreux encore, les chats de rencontre se montrent très sociables.

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J’ajoute à ces quelques photos de vacances celle de cette tourterelle qui s’est trouvé une place originale pour faire son nid – tranquille. A bientôt pour un aperçu de la suite : après la côte varoise, ce sera la Drôme provençale.

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27/04/2015

Au fil de l'eau

Un sentier « au fil de l’eau »,  voilà de quoi tenter sous un ciel d’azur parfait : en route pour La Valette-du-Var, près de Toulon. « Autrefois, La Valette a bâti sa prospérité sur une activité maraîchère et horticole intense, elle-même rendue possible par l’eau qui abondait et abonde encore au pied du Coudon. » (Citations tirées du prospectus de la mairie, disponible à l’entrée de l’Hôtel de Ville). La promenade est aussi présentée dans la brochure Escale à Toulon Provence Méditerranée (Office du tourisme). 

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Nous laissons la voiture au parking souterrain Jean Jaurès (gratuit) : de la place Charles de Gaulle, nous empruntons la rue du Char Verdun pour commencer le parcours à la fontaine de la Convention, près de l’église Saint Jean. Une baignoire enveloppée dans un drap y sert de fonts baptismaux ! Les terrasses, les platanes, c’est un endroit très agréable pour prendre un café au soleil par ce matin frais d’avril. 

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De la fontaine aux robinets sculptés, une ruelle nous mène à une autre, très moderne avec son plan d’eau à fleur de pierre, où les pigeons qui s’abreuvaient s’envolent quand je m’empare de l’appareil photo – soit, ce sera sans eux. La rue de la Résistance remonte vers un ancien lavoir devenu salle d’exposition où l’eau s’écoule le long de murs moussus.

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Plus haut, nous voici au pont Sainte-Cécile (XVe siècle) qui « reçoit sous son arche l’eau descendue de la Foux », une belle cascade fleurie. Le sentier suit le ruisseau à partir du square de l’Europe – à partir de là son sympathique glouglou accompagne la promenade, ce qui nous rappelle l’ambiance d’un tout autre pays, celui des bisses.

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C’est « le sentier de desserte des domaines riverains » : les propriétaires y détournaient les eaux du ruisseau pour arroser leurs cultures de fruits et de fleurs. Avant de traverser l’avenue de la Libération, un coup d’œil à la superbe grille d’entrée de la résidence des Volubilis, puis nous suivons « la serve des Icards » dont le grand bassin de rétention a été consolidé au fil des ans par des contreforts, grâce aux Amis du Coudon qui les ont restaurés ainsi que les canaux d’irrigation. 

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En haut, la fontaine Jeanne, installée sans doute bien avant 1661 (date gravée sur la pierre) par la reine Jeanne, « comtesse de Provence et reine de Naples », servait d’abreuvoir aux animaux, « notamment aux moutons qui partaient en transhumance ». Je reviendrais volontiers pour une balade guidée le long du « ruisseau chantant », seule manière d’accéder à « la Maïre des eaux », la source abritée dans un caveau du XVIIe siècle.

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Mais une autre récompense attend là les promeneurs (on peut aussi y arriver en voiture) : un jardin remarquable, celui du domaine de Baudouvin (deux euros l’entrée). Depuis la Saint Valentin et jusqu’au 10 juin prochain, il décline le thème du « Jardin Romantique » – des cœurs en veux-tu en voilà et même une petite exposition dédiée aux romans d’amour les plus célèbres, à l’intérieur de la bastide en restauration dans la partie haute du domaine. 

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« Les hautes grilles s’ouvrent sur un monde réellement merveilleux, alternant carrés potagers traditionnels et vergers d’agrumes », le long d’une magnifique allée de platanes, puis de terrasses déclinant divers décors et ambiances, « multipliant les points de vue sur le lieu » (Prospectus Parcs, squares et jardins valettois). Près du jardin japonais, la sono est assurée par les grenouilles en pleine période de reproduction : elles sont partout près des bassins animés par une fontaine aux arrosoirs, des passerelles, des sculptures en métal.

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Le blason du jardinier André Le Nôtre, rappelle un écriteau, portait trois limaçons, censés rappeler au roi Louis XIV que la lenteur dont il se plaignait était une loi de la nature. On retrouvera des limaçons parmi les sculptures de ce grand jardin de Provence (la plupart contemporaines), plus vaste qu’il ne paraît à l’entrée. Les terrasses se succèdent et mènent à un bosquet : des dessins de Peynet sont accrochés le long d’une allée, variations sur le thème amoureux. 

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Baudouvin offre toutes sortes de recoins à découvrir : une prairie de pâquerettes près d’un hôtel à insectes, un solarium garni de chaises longues d’où l’on peut goûter pleinement l’esprit du lieu au pied de la montagne, et des fauteuils suspendus, des « toi et moi », une petite bambouseraie… 

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En ce mois d’avril, les iris, les strelitzias, les églantiers fleurissent déjà, mais c’est surtout la diversité des décors, le site et la fantaisie bon enfant qui m’ont charmée. 

04/06/2013

Air terre mer

Vu la semaine dernière dans le Var. 

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Le nouveau bassin du parc Braudel, un réaménagement longuement attendu à La Seyne sur Mer et très réussi. Une des allées du parc porte à présent le nom de Danielle Mitterand.

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A Sanary, un rassemblement de pigeons dans le port – jaloux des pointus qui attirent irrésistiblement les photographes ?

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Les anciennes embarcations qui contribuent à la beauté du lieu arboraient fièrement le drapeau de leur centenaire. Leurs jolis noms et leurs photos sur le site des Pointus de Sanary.

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Partout sur la Côte varoise, des palmiers atteints par des papillons ravageurs et le charançon rouge. Sur certains, des dispositifs destinés à les sauver de la destruction.

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Les arbres avaient ce jour-là fort à faire avec le mistral.

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Pour le plaisir des yeux enfin, ces superbes acanthes – « Dans le langage des fleurs, acanthe signifie « Amour de l'art. Rien ne pourra nous séparer. » (Wikipedia) » – et un oiseau de paradis. 

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19/10/2009

Abbaye du Thoronet

La première impression, c’est la douceur de la pierre blonde. Une fois la voiture garée de l’autre côté de la route, à l’ombre, on traverse et sous les chênes verts, on emprunte une large allée aux pierres irrégulières qui mène au portail, sous l’arrondi d’une échauguette, à l’entrée du site. Pour nous accueillir, deux personnes derrière le comptoir, et puis la présence mouchetée, mordorée, ronronnante d’un chat familier. Il répond au bonjour en frottant sa petite tête dure contre un des sacs à dos déposés là sur le sol, qu’il pétrit avec euphorie. 

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Bien sûr, nous ne sommes pas venus visiter un chat mais découvrir, à la saison des yuccas en fleurs, encouragés par une amie chère désormais incapable de voyager, l’abbaye du Thoronet. Ses vieilles pierres vivent de la lumière du Midi. Fermes sous nos pieds, elles vibrent dans le regard qui longe les murs, s’élève, s’abaisse, anticipe – arbres et pierres, ciel et eau forment ici des lignes de force. Des marches s’allongent vers le clocher, mais le parcours commence sur le côté gauche, où une conférencière des monuments nationaux est déjà lancée dans une introduction passionnée à la plus ancienne des abbayes cisterciennes de Provence. 

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Des moines qui se sont installés ici au XIIe siècle, il ne reste rien d’autre que ces bâtiments, leur contenu caché dans un château voisin ayant brûlé dans un incendie. Une maquette dans le cellier permet de comprendre le choix du site monastique : entre une source et le coude d’une rivière – l’eau est rare –, un terrain en pente qui complique les constructions, bien à l’écart du monde temporel et au contact de la nature, création divine. L’axe de l’église distribue les bâtiments : vers l’est, où naît la lumière, le spirituel – le chœur, la bibliothèque, la salle capitulaire, le dortoir des moines ; vers l’ouest, les tâches matérielles – le réfectoire, le cellier, le bâtiment des frères convers (ceux-ci, chargés des travaux manuels, "n’avaient pas voix au chapitre"). Les reliant, le cloître, cœur du monastère. 

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Contrairement aux moines de Cluny, assez riches pour se consacrer uniquement à la prière et à la liturgie, qu’ils développent somptueusement, les moines du Thoronet travaillent aux champs, pressent les olives et le raisin. Ils sont revenus à la simplicité radicale de la règle de saint Benoît : quasi pas de décor sculpté, sauf dans la salle capitulaire ("pas besoin d’images, on sait lire", dit la conférencière, ce qui me laisse songeuse), des volumes qui laissent toute sa place au vide, propice à la prière et au recueillement. Isolement total : pas de pèlerins, pas de messe paroissiale, aucun contact extérieur. A l’inverse des Chartreux, les moines cisterciens n’ont pas droit à la solitude : ils travaillent et prient ensemble, mangent au réfectoire, en silence, partagent le dortoir. 

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Le cloître aux murs très épais, un quadrilatère irrégulier vu les contraintes du terrain, joue de l’ombre et de la lumière tout au long du jour, par ses arcades à trois ouvertures : deux arcs en plein cintre que sépare une colonne au chapiteau orné de quelques bourgeons et un simple oculus qui les surmonte. Le passage sous la voûte est large, dégagé de tout superflu. Le lavabo-fontaine qui le jouxte est un bassin circulaire au centre d’une pièce hexagonale – les gouttes qui y tombent renouvellent à chaque instant la perception du cercle à sa surface. 

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Mais c’est en pénétrant dans l’église qu’on perçoit pleinement, dans sa perfection irradiante, le sens des proportions chez ces grands bâtisseurs du Moyen Age. Non pas séparé mais souligné d’un simple rebord le long des murs et de la voûte, le chœur en cul-de-four est percé de trois petites fenêtres en plein cintre derrière l’autel de pierre et la croix de bois. Rien ne distrait dans ce lieu de prière chantée, psalmodiée ou silencieuse. 

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C’est la première église que je découvre dépourvue de portail central : elle n’était pas ouverte aux fidèles, elle l’est maintenant chaque dimanche. Monument en restauration depuis 1841 (c’est l’écrivain Prosper Mérimée, un des premiers inspecteurs des monuments historiques, qui sauve l’abbaye du Thoronet de la ruine en la signalant),
elle s’ouvre désormais chaque dimanche à midi pour une messe chantée par les sœurs de Bethléem, installées à proximité.
 

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De l’extérieur, j’admire encore l’appareillage des pierres, d’une finesse remarquable, avant de jeter un coup d’œil au grand bassin rectangulaire sur la place où dans l’eau verte, des grenouilles attendent l’œil ouvert, immobiles. Le site ferme à treize heures, alors près du chevet de l’église, je ramasse un caillou de cette belle couleur rose et blonde qu’ont les pierres du Thoronet, je le glisse en poche avant de retourner sur
mes pas. Le chat, petit génie du lieu, est tout aussi réceptif pour saluer notre sortie.
Ce matin, la sérénité était au rendez-vous.