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28/02/2012

Dans l'air

« Puis, finalement, un matin, j’entrevis une couleur vive, aussi délicieuse et douce qu’une chanson, qui traversait la couche de neige. C’était un buisson de trèfle couvert de minuscules fleurs lavande. Mon cœur s’emplit de joie. En revenant vers le centre, je tombai sur le novice aux cheveux roux et le saluai gaiement. Il était si habitué à me voir figé dans un silence grognon qu’il en resta bouche bée.

« Souris, mon garçon, lui criai-je. Ne vois-tu pas que le printemps est dans l’air ? »

Dès ce jour, le paysage changea à une vitesse remarquable. La dernière neige fondue, les arbres se couvrirent de bourgeons, hirondelles et roitelets revinrent et, avant peu, une odeur légère et épicée emplit l’air. »

 

Elif Shafak, Soufi, mon amour

Rencontre entre Rûmi et Shams.jpg
Rûmi rencontre Shams de Tabriz pour la première fois
(Manuscrit persan)

 

 

 

27/02/2012

Les soufis de Shafak

« Voyons, chérie, à quel siècle crois-tu vivre ? Il faut te mettre dans le crâne que les femmes n’épousent pas les hommes dont elles tombent amoureuses. Quand vient le bon moment, elles choisissent celui qui sera un bon père et un mari digne de confiance. L’amour n’est qu’un délicieux sentiment qui surgit et s’évanouit aussi vite. » Juste avant ses quarante ans, Ella qui s’était contentée jusque-là d’être « mère, épouse, promeneuse de chien et maîtresse de maison », a décroché un emploi de lectrice pour une agence littéraire de Boston. Tout irait bien si sa fille aînée ne voulait se marier, sans attendre la fin de ses études. Déçue par la réaction de ses parents, Jeannette soupçonne qu’ils rejettent Scott « parce qu’il n’est pas juif » et proteste : ils s’aiment ! D’où cette réponse d’Ella, qui plonge sa famille dans la perplexité, et d’abord David, son mari.

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Le meilleur roman d’Elif Shafak ? L’auteur de La bâtarde d’Istanbul et Bonbon Palace, signe avec Soufi, mon amour (2010), un roman formidable sur « toutes les formes de l’amour ». The Forty Rules of Love, traduit de l’anglais (Turquie) par Dominique Letellier, tisse des liens entre les états d’âme d’Ella Rubinstein qui vit à Northampton en 2008 et un manuscrit dont elle doit faire rapport.  « Doux blasphème » d’A. Z. Zahara se déroule au XIIIe siècle à Konya, en Anatolie, et raconte l’histoire du lien exceptionnel entre Rûmi, « le plus grand poète et le chef le plus révéré de l’histoire de l’islam » et Shams de Tabriz, un derviche errant anticonformiste. Ella dispose de trois semaines pour rendre sa copie. Elle ne sait pas encore que, le temps de lire ce livre, sa vie va changer.

 

Dans l’avant-propos, Zahara présente Rûmi, surnommé Mawlânâ (« Notre Maître ») et sa rencontre avec Shams en 1244 qui transformera le « religieux moyen » qu’était Rûmi en « mystique engagé » et « poète passionné », « avocat de l’amour » et initiateur de la danse des derviches tourneurs inséparable du soufisme. A l’opposé du jihad orienté vers l’extérieur, contre les infidèles, Rûmi plaide pour un jihad orienté vers l’intérieur, contre son propre ego.

 

Elif Shafak alterne donc deux histoires, celle du manuscrit et celle d’Ella qui avait cessé de croire en l’amour et le redécouvre. Zahara donne la parole dans son propre récit à différents protagonistes, et commence par la fin : l’assassinat de Shams. Depuis l’enfance, celui-ci a des visions, entend des voix, ce qui a désespéré ses parents et lui a fait quitter Tabriz, sa ville natale, pour devenir un derviche errant, à la recherche de Dieu. De toutes ses expériences, il a tiré une liste personnelle des « Quarante Règles de la religion de l’amour » (distillées tout au long du roman). Il voudrait transmettre son héritage spirituel à un compagnon qui ne soit ni son maître ni son disciple. 

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Shams débarque dans un modeste centre derviche à Bagdad le jour où « le maître » y reçoit un juge ambitieux, plutôt méfiant à l’égard des soufis. « Elancé, austère, d’âge indéterminé », l’homme vêtu de noir, les cheveux longs et le bol de bois des derviches mendiants à la main, s’assied dans l’assemblée, le regard perçant. Comme le juge ironise sur la nécessité de vagabonder de par le monde pour trouver Dieu, Shams lui répond et, au grand embarras du maître, le met sur la sellette.

 

Le juge se pose alors en responsable de la sharia. « La sharia est comme une bougie, dit Shams de Tabriz. (…) Mais n’oublions pas qu’une bougie nous aide à aller d’un lieu à un autre dans l’obscurité. Si nous oublions où nous allons et nous concentrons sur la bougie, à quoi sert-elle ? » Irrité, l’autre menace : « La frontière est mince entre votre position et le pur blasphème. » Et Shams d’expliquer la différence entre un pur blasphème et le « doux blasphème » dont Dieu a parlé un jour à Moïse, pour distinguer les cérémonies et les rituels de la pureté des cœurs.

 

Par curiosité, Ella Rubinstein cherche le nom de l’auteur du manuscrit sur Internet et découvre un blog signé Aziz, un voyageur qui photographie des gens dans le monde entier. A chacune de ces personnes, il manque quelque chose, un simple objet comme un bouton ou davantage, « une dent, un doigt, voire une jambe » – « nous nous sentons tous incomplets », dit la légende. Ella cède à l’impulsion d’écrire à l’adresse électronique indiquée, pour dire à Aziz et son plaisir à lire le début de son manuscrit et son désarroi personnel par rapport à sa fille amoureuse.

 

Commence alors une correspondance qui va changer son point de vue sur la vie. Jusqu’alors, Ella n’a guère réagi aux infidélités de son mari, faisant comme si de rien n’était, satisfaite qu’il lui revienne toujours, même si le désir a disparu entre eux. Sa routine quotidienne de bourgeoise juive est son garde-fou. Le manuscrit et les courriels d’Aziz vont l’amener à changer tout cela et à se mettre en quête de l’amour qui lui manque, elle en prend conscience.

 

Les cinq parties de Soufi, mon amour – Terre, Eau, Vent, Feu – correspondent aux quatre éléments et à un cinquième qui importe dans la vision soufie de l’univers, le Vide. Mais dans cette double histoire, les péripéties sont bien concrètes. D’un côté, le cheminement de Shams, qui transforme toutes les personnes qu’il rencontre et finit par trouver le compagnon spirituel qui lui manquait, le fameux Rûmi. L’existence de celui-ci, de sa femme et de ses enfants, en sera bouleversée. De l’autre, la relation entre Ella et Aziz – « un soufi, l’enfant de l’instant présent » – qui dévoile peu à peu sa personnalité.

 

Soufi, mon amour nous fait connaître la vie du poète Rûmi, chamboulée par la rencontre avec Shams de Tabriz, et les principes fondamentaux du soufisme, dont la modération est aux antipodes de l’islamisme. Le premier roman d’Elif Shafak s’intitulait déjà Pinhan (Le Soufi), et lui a valu en 1998 le prix Rûmi qui couronne en Turquie la meilleure œuvre de littérature mystique.

 

L’interrogation religieuse, dans ce roman, est indissociable de la quête amoureuse. Ce n’est pas sans danger ni douleur. On connaît déjà le destin du derviche errant. Quant à Ella Rubinstein, elle a le même âge qu’Elif Shafak (que des compatriotes agacés par sa position sur le génocide arménien ont traitée de « soi-disant Turque » – née à Strasbourg, cosmopolite, la romancière a enseigné aux Etats-Unis avant de s’installer à Istanbul) et refuse désormais de vivre sans amour. Le trouver si facilement par courriel ressortit à un romanesque conventionnel, très pâle en regard de l’histoire captivante de Shams et Rûmi, qui donne envie de lire la poésie du célèbre soufi.

16/02/2010

Un silence

« Sa phrase à peine achevée, un silence de plomb s’abattit dans le salon de coiffure.
Il fallait pour cela qu’un grand nombre d’événements, en eux-mêmes déjà totalement improbables, coïncident miraculeusement. Il fallait par exemple que cessent les klaxons assourdissants des voitures qui s’engageaient à la queue leu leu dans la rue Jurnal pour éviter la circulation de l’axe principal, et provoquaient un chaos indescriptible ; que s’arrêtent les cris du marchand de pastèques qui avait installé son étal au coin de la rue et les haut-parleurs de son concurrent qui, à bord de son antique camionnette, sillonnait sans répit le quartier, repassant au même endroit toutes les vingt minutes ; et il y avait bien sûr les enfants, qui emplissaient à dix mètres de là le parc de jeux coincé entre les immeubles, équipé de deux balançoires, d’une planche à bascule et d’un pauvre toboggan dont le métal chauffait si vite sous le soleil qu’on s’y brûlait le derrière ; il fallait que tous ces bruits, comme s’ils se passaient le mot, cessent d’un seul coup et en même temps. »

 

Elif Shafak, Bonbon Palace 

Enfants stambouliotes.JPG

 

Un lien vers "A tantôt." A jamais. par Francis Matthys (La Libre Belgique, 16/2/2010)

15/02/2010

Shafak la conteuse

« Que de détails, que de méandres et que d’histoires, toutes imbriquées les unes dans les autres, en cercles concentriques qui se resserrent pour, au final, ne déboucher sur rien… » Après environ cinq cents pages de Bonbon Palace (2002),
il est difficile de ne pas y voir de l’autodérision de la part d’Elif Shafak, découverte avec La Bâtarde d’Istanbul. La romancière turque avant tout conteuse ouvre d’ailleurs le roman sur un aveu : « Les gens disent que j’ai beaucoup d’imagination. C’est la façon la plus délicate jamais inventée pour dire : « Tu débites des absurdités ! » Ils ont peut-être raison. » Ce prologue débouche sur une défense de l’absurdité qui n’est ni vérité ni mensonge, représentée par le cercle qui n’a « ni fin ni commencement ». Comme dans un jeu ancien, « à l’époque où les poubelles dans les rues avaient des couvercles en fer, ronds et grisâtres » : on les faisait tourner à toute vitesse puis on les immobilisait d’un coup pour permettre au hasard de désigner, dans des mots tracés à la craie tout autour, les réponses aux questions « Quand ? A qui ? Quoi ? »
 

Turquie cartes d'Istanbul.jpg

 

Un récit peut se lancer de cette façon : « Au printemps 2002, à Istanbul, l’un de nous, sans attendre que son temps fût révolu ni que le cercle se refermât sur lui-même, mourut. » L’histoire de Bonbon Palace démarre avec l’arrivée d’une camionnette du Service de Désinsectisation devant l’immeuble. Depuis toujours, ses habitants se plaignent des ordures qui s’amoncellent contre le mur séparant la rue du jardin de Bonbon Palace. Et Shafak de remonter le temps pour nous décrire les deux cimetières qui occupaient jadis ce terrain, un grand cimetière musulman, à côté d’un petit cimetière orthodoxe arménien, et les deux sarcophages en marbre parfaitement semblables qui ont résisté aux promoteurs immobilier lorsqu’ils ont construit là « de pimpants immeubles ».

 

Puis vient l’histoire d’Agripina Fiodorovna Antipova qui a mis les pieds pour la première fois à Istanbul en 1920, et qui ne distingue pas sa couleur. Sa ville natale de Grozny, c’était le rouge pourpre de la propriété familiale ; la villa des vacances pascales, « un vert éclatant de fraîcheur ». La ville turque où, comme des milliers de Russes blancs, elle se réfugie à l’âge de dix-neuf ans avec son époux, ne lui réussit pas. L’enfant qu’elle y met au monde ne survit pas. Ils s’exilent alors à Paris, où, avec l’aide de son frère, Antipov s’enrichit considérablement du marché noir pendant la guerre, tandis qu’elle s’étiole dans une maison de soins. Un jour où il lui apporte des bonbons, les couleurs lui reviennent, et même celle d’Istanbul qu’elle déclare violette. C’est ainsi qu’est né Bonbon Palace, que son mari a fait bâtir en style Art Nouveau déjà passé de mode, où ils finiront leurs jours dans l’appartement n° 10. Leur héritière française n’y mettra jamais les pieds.

 

Et voilà enfin les résidents de Bonbon Palace au XXIe siècle, les coiffeurs jumeaux Djemal & Djelal au rez-de-chaussée, Mme Teize, l’occupante du n° 10 qui a soigneusement entreposé les meubles des Antipov en attendant que la Française s’en occupe, la Maîtresse bleue qui fait jaser, la redoutée Hygiène Tijen qui jette régulièrement objets ou vêtements par-dessus le balcon de son appartement avant d’envoyer quelqu’un les ramasser, Meryem la concierge, et tous les voisins de palier, sans compter les animaux de compagnie. Le narrateur loge au n° 7, seul la plupart du temps, ne sachant s’accommoder d’aucune des femmes qu’il fréquente. « Nous n’aimions pas les gens que nous ne connaissions pas personnellement, dit-il de sa fantasque amie Ethel et de lui-même, mais étripions ceux que nous connaissions de près. »

 

Passant d’un appartement à l’autre, le récit dévoile les préoccupations des uns et des autres, leurs problèmes communs concernant les mauvaises odeurs dues aux ordures ou les insectes qui se mettent à pulluler même à l’intérieur de Bonbon Palace. C’est de la petite Su, la fille d’Hygiène Tijen, qui prend des cours d’anglais avec le narrateur, que viendra la révélation du secret le mieux gardé de Bonbon Palace.

 

Vous l’aurez deviné, les longueurs et les digressions ne manquent pas dans ce roman très bavard qui aurait gagné à être taillé davantage. Dans cet inventaire d’immeuble – voir Perec, La vie mode d’emploi, mutatis mutandis – Shafak décrit surtout une étonnante galerie de personnages (caricaturés) et leur vie quotidienne évoquée par tous les registres de la sensation. Ceux qui goûtent l’humour par exagération s’amuseront à dérouler cette peinture par dérision des mœurs turques contemporaines. Personnellement, je préfère de loin la façon dont Orhan Pamuk raconte sa ville – un autre univers littéraire.

08/12/2008

Une autre Istanbul

Cannelle, Pois chiches, Sucre, Noisettes grillées, Vanille… Ce sont les premiers titres d’une table des matières entièrement dédiée à ce qui se goûte. La bâtarde d’Istanbul (2007) d’Elif Shafak contient même la recette intégrale de l’asure, un dessert très prisé en Turquie. « Il fut, et ne fut pas, un temps où les créatures de Dieu abondaient comme le grain, et où trop parler était un péché… » Ce préambule d’un conte turc est aussi celui d’un conte arménien. Tout comme la cuisine arménienne ressemble fort à la cuisine turque. La romancière ne craint pas de jeter des ponts entre ces deux cultures à travers la rencontre de deux familles, les Kazanci d’Istanbul et les Tchakhmakhchian, Arméniens installés aux Etats-Unis depuis les années 1920.

 

Zeliha, en minijupe et talons hauts, un anneau à la narine, indifférente aux regards qu’on lui lance dans les rues d’Istanbul, est « la benjamine d’une fratrie de quatre sœurs qui n’arrivaient jamais à se mettre d’accord et étaient toutes persuadées d’avoir toujours raison ». A dix-neuf ans, elle se rend dans un centre médical pour avorter, mais l’anesthésie provoque chez elle un tel délire que le médecin préfère ne pas intervenir, au cas où elle changerait d’avis. Bien qu’irréligieuse, Zeliha y voit un signe divin et décide de garder l’enfant sans père. Quand elle l’annonce à la maison, sa mère s’offense : « un bâtard ! » Zeliha apporte le déshonneur aux Kazanci, famille de femmes où les hommes meurent avant de vieillir. C’est pourquoi leur frère Mustafa, « inestimable joyau », a été envoyé à l’étranger, en Arizona, dans l’espoir de détourner de lui la malédiction.

 

Epices au Bazar d'Istanbul 3.jpg

 

Dans un supermarché américain, Rose, fraîchement divorcée, se délecte à l’avance des plats variés qu’elle va pouvoir préparer maintenant qu’elle est libérée de sa belle-famille « qui vivait dans un monde où les gens portaient des noms imprononçables et gardaient des secrets profondément enfouis ». Il lui faudrait « un homme qui l’aimerait sincèrement et qui apprécierait sa cuisine. Parfaitement. Un amant sans bagage culturel encombrant, avec un nom simple à prononcer, et une famille de taille normale ; un amant tout neuf qui aimerait les pois chiches ». Et voilà qu’apparaît au détour d’un rayon Mustafa Kazanci, un jeune homme mince à l’air studieux, qu’elle a déjà remarqué sur le campus universitaire où elle travaille à temps partiel dans un restaurant. Elle n’a le temps d’échanger que quelques mots avec lui, sa fille Armanoush l’attend dans la voiture sur le parking, au soleil. Mais Mustafa lui a dit d’où il vient, et Rose pressent déjà à quel point une relation avec un Stambouliote pourrait déstabiliser les Tchakhmakhchian qui détestent les Turcs. Armanoush grandira donc entre la culture arménienne de sa famille paternelle à San Francisco et la diversité multiculturelle dans laquelle sa mère l’élève en Arizona avec beaucoup d’amour et un beau-père turc.

 

A Istanbul, Asya Kazanci, la fille de Zeliha, appelle sa mère « tante » comme ses sœurs. Cette « bâtarde » désenchantée n’a qu’une passion, Johnny Cash, dont elle écoute les chansons en continu. Son point de chute préféré, le Café Kundera, se trouve dans la partie européenne de la ville. Pourquoi Kundera ? C’est l’un des sujets de conversation préférés des amis d’Asya, dont le Dessinateur Dipsomane qui est amoureux d’elle, bien que marié. Pour lui, ils vivent tous dans l’ennui : « Nous sommes un groupe de citadins cultivés cernés de ploucs et de péquenauds. » Asya apprécie l’« indolence comateuse » de cet endroit, « l’antithèse de toute la ville. »

 

L’intrigue se noue quand Armanoush décide de se rendre en secret à Istanbul, au pays de ses racines, en faisant croire à sa mère qu’elle passe ses vacances chez son père et vice-versa. Dévoreuse de livres, ce que la famille paternelle lui conseille de cacher si elle veut se marier, elle ne peut parler librement qu’au Café Constantinopolis, un forum où des Américains d’origines diverses, mais tous descendants de Stambouliotes, échangent leurs opinions en ligne. Le projet d’« Ame en exil » (son pseudo) suscite des réactions en sens divers auprès des habitués qui ne voient pas tous cela d’un bon œil.

 

Le séjour d’Armanoush chez les Kazanci, la méfiance puis l’amitié entre Asya et elle, l’évocation du passé arménien, les sorcelleries de tante Banu, les plats et les obsessions des unes et des autres, ce ne sont que quelques facettes de ce roman baroque, drôle et audacieux, préfacé par Amin Maalouf. « A l’image de son pays, dit celui-ci d’Elif Shafak, elle s’interroge constamment sur la mémoire, la tradition, la religion, la nation, la modernité, la langue, l’identité. »