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27/03/2017

A nu

 RIK-WOUTERS_Woman in black reading a newspaper.jpg
Femme en noir lisant le journal
, (1912), huile sur toile, 101,1 x 97 cm, Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen,
inv. 3296, don du Dr Ludo Van Bogaert-Sheid, 1989 © Lukas - Art in Flanders vzw. Photo Hugo Maertens

« Tout ce qu’il prend directement à Cézanne, c’est cette manie – combien imitée ! – de laisser à nu des parties de la toile. Chez Cézanne, on le sait, c’est toujours l’effet de graves scrupules, c’est la peur de gâcher une œuvre en la poussant trop loin. Encore qu’il fût d’une nature plus instinctive, Rik Wouters eut des soucis analogues et sa correspondance en fait foi. Dès lors, puisque l’exemple était donné, pourquoi ne l’aurait-il pas suivi ? Au reste, ces parties découvertes contribuent au jeu des couleurs, à cette vibration de tons qui est un de ses soucis majeurs, à cette captation de reflets poursuivie avec passion et dont il doublera même les sortilèges en introduisant des miroirs dans ses compositions. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

 

25/03/2017

Terre glaise

RIK-WOUTERS_Leaning bust.jpg« Dès l’âge de douze ans, Rik Wouters sculptait le bois chez son père. Entré en 1902 à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, il y fut un brillant élève de Charles Vanderstappen, sculpteur de la lignée des Jef Lambeaux et des Julien Dillens – tous artistes férus de gesticulations assez théâtrales servies par ce réalisme académique qui marque, au XIXe siècle, la sculpture de tout l’Occident avant l’apparition de Rodin. Rik Wouters se dégage très vite de ces influences nocives et c’est Rodin qui lui servira de modèle. Rodin, ce puissant pétrisseur de terre glaise, et qui laisse visibles les traces de son travail. Sculpture impressionniste, dira-t-on non sans raison. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

Rik Wouters, Buste penché [Buste penché au chignon], (1909), plâtre, 49,5 x 38 x 29,5 cm, Bruxelles,
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 11621, don de la Province de Brabant, 1994
© Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns - Ro scan      

23/03/2017

Son seul modèle

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Rik Wouters, La Dame au collier jaune [Intérieur D], 1912, huile sur toile, 121,5 x 109,8 cm, Bruxelles,
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 4741, don de Mme Gabrielle Giroux, 1928
© Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns - Ro scan

« Peintre épris de couleur et de lignes enchantées, sculpteur hors normes, obsédé par l’amplitude, la générosité des volumes, dessinateur soucieux d’épure et du trait qui enveloppe et confie du cœur à ses sujets, Rik Wouters (1182-1916) fut aussi l’amoureux de Nel. Auprès d’elle, il vécut douze années d’une complicité à toute épreuve : elle fut son seul modèle. »

Guy Duplat, Rik Wouters en toute humilité, La Libre Belgique, 13/3/2017.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

21/03/2017

Aquafortiste

wouters,rik,exposition,bruxelles,mrbab,2017,peinture,sculpture,dessin,art,belgique,culture,autoportrait« C’est dans la période de 1908 à 1911 que Rik Wouters fit toute son œuvre gravée. Son métier, il le créa lui-même ; il n’avait jamais appris la technique de la gravure mais, avec sa ténacité de Flamand, il chercha et parvint à surmonter toutes les difficultés du métier. Durant cette période, il consacra presque toutes ses soirées à l’eau-forte. Le jour, il peignait et sculptait mais, le soir venu, il s’enfermait dans la chambre atelier afin de s’adonner librement et en toute tranquillité à sa nouvelle passion, ou bien il s’en allait, le portefeuille sous le bras, dessiner dans le village les sujets qui avaient frappé son attention. »

Nel Wouters

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

Rik Wouters, Intérieur d'aquafortiste B - Table d'aquafortiste, 1909, Musée des Beaux-Arts, Anvers

20/03/2017

Rik Wouters

RIK-WOUTERS_Portrait of Rik.jpg
Portrait de Rik (sans chapeau)
, 1911, huile sur toile, 30 x 32 cm, collection privée
© photo Vincent Everarts Photographie, Bruxelles

« Né à Malines le 21 août 1882, il meurt à Amsterdam le 11 juillet 1916. Dans cette vie d’artiste, rien à signaler qui ne soit le sort de beaucoup d’humains : les difficultés matérielles au début, le succès somme toute assez rapide, la guerre qui l’arrache à son travail, l’internement dans un camp en Hollande, la maladie, les interventions chirurgicales, la mort. C’est là une vie pareille à beaucoup d’autres et que marque seule une fin prématurée. Mais il se fait que cet homme produit des œuvres comme le rosier des roses. Dès lors, on s’arrête et on s’étonne, car s’il est normal que le rosier donne des roses, il est insolite et rare que l’homme produise des œuvres qui retiennent l’attention ; mieux, qui émeuvent ou qui envoûtent. Et, forcément, l’on se penche sur l’homme doué de ce pouvoir mystérieux. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

17/12/2016

Akarova dansant

Vierge folle baugniet_akarova_24.jpg« La danseuse belge Marguerite Acarin (1904-1999) s’inspire notamment de l’art géométrique d’avant-garde d’un groupe d’artistes bruxellois, proches de courants internationaux comme De Stijl. Son mari, Marcel-Louis Baugniet (1896-1995), lui trouva son nom d’artiste à consonance russe Akarova parce qu’elle admirait les Ballets russes.

Baugniet était un peintre, lithographe et créateur moderniste. Baugniet et sa femme restèrent bons amis même après leur divorce en 1928. Akarova et Baugniet dessinaient ensemble ses costumes et les décors de ses ballets et elle jouait le rôle principal dans les tableaux et gravures de l’artiste. Les photos donnent l’impression que la danse d’Akarova consistait en poses anguleuses, abstraites et en gestes plutôt dépourvus d’émotions. Les critiques de l’époque parlent d’une « œuvre d’art géométrique vivante », mais aussi de « purisme et hédonisme ». »    

Guide du visiteur, « Zot geweld Dwaze maagd », Mechelen, Hof van Busleyden, 2016. 

© Marcel-Louis Baugniet, Akarova dansant, 1914 (Source : Nouveau tempo libero)

15/12/2016

Nel, sa Vierge folle

Cela vaut-il la peine de parler d’une exposition alors qu’elle vient de fermer ses portes ? Il me semble que oui, quand l’approche est originale : « Zot geweld Dwaze maagd » (« folle énergie, vierge folle ») présentait à Malines (Hof van Busleyden) un ensemble d’œuvres d’art autour de La Vierge folle, la fameuse sculpture de Rik Wouters appelée aussi Joie de vivre ou Danseuse folle. Nel, son épouse, son éternel modèle, a souffert pour tenir la pose, sur un pied – fol exercice d’équilibre.

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https://muse.mechelen.be/bezoekersgids-zot-geweld

A l’entrée du musée, situé dans un magnifique palais (actuellement en travaux) construit pour Hiëronymus van Busleyden, un notable, humaniste et ami d’Érasme, les visiteurs trouvent sur une table à leur disposition différents éléments pour tester les difficultés à équilibrer une structure, notamment de petits mannequins articulés qu’il n’est pas si simple de faire tenir sur un seul pied. Une grande salle au sous-sol est dédiée aux expositions temporaires.

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Rik Wouters, La Vierge folle, 1912

Au centre, le chef-d’oeuvre de Rik Wouters. C’est en assistant à un spectacle d’Isadora Duncan au Théâtre de la Monnaie, en décembre 1907, que Rik Wouters a eu l’idée de sculpter cette figure si expressive. Il avait été impressionné, a raconté Nel, par sa danse des Scythes (Gluck) inspirée par des danses grecques anciennes, un tout nouveau style de danse, libre et moderne.

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Vue plongeante sur l'exposition
(Les blancs sont des "boîtes" suspendues dans lesquelles des images et des films sont projetés en continu.)

L’équilibre (de la tête aux pieds), la danse, la folie, le nu féminin, ce sont les quatre angles de vue choisis pour ce « dialogue d’œuvres d’art autour de la sculpture de Rik Wouters ». Des spécialistes les ont sélectionnées et commentées de manière à inviter les visiteurs à dialoguer eux-mêmes avec les œuvres : peintures, sculptures, photographies, fragments de films, vidéos… Rien de linéaire dans la scénographie, on circule dans l’espace, on entre dans la ronde autour de Nel, la Vierge folle de Rik Wouters.

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La Parabole des Vierges sages et des Vierges folles, ca 1560-1563. Gravé par Ph. Galle d’après Bruegel, musée Mayer van den Bergh
, Anvers

La parabole biblique des vierges folles et des vierges sages est illustrée par une gravure d’après Bruegel : comme le rappelle la notice (guide du visiteur), celles-ci « sont industrieuses et leurs lampes à huile brûlent en permanence », à l’opposé des vierges folles qui dansent avec insouciance et négligent leurs tâches ménagères. « Leurs lampes à huile sont vides. “Donnez-nous un peu de votre huile, nos lampes se sont éteintes,” lit-on en latin sous la gravure. La réponse des vierges sages : “Non, il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous.” La partie supérieure montre clairement à qui le Christ ouvre les portes du Paradis le jour du Jugement Dernier. Sur l’escalier des cinq vierges folles, il est écrit en latin : “Je ne vous connais pas.” » Peut-on jouir de la vie sans penser aux conséquences ou est-ce folie, voilà la question. Le thème a inspiré beaucoup d’artistes.

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Edgar Degas, Danseuse, grande arabesque, troisième temps, 1921-1931, fondeur Adrien-Aurélien Hébrard, Musée d’Orsay, Paris

Deux danseuses en bronze de Degas – des études qu’il ne destinait pas au public – montrent et le mouvement et le souci de l’équilibre. D’une tout autre manière, la recherche de la stabilité est au cœur d’un mobile impressionnant qu’on découvre suspendu au plafond en levant les yeux : Horizontale en balance de Paul Gees, une installation spectaculaire de trois poutres (deux épaisses et une mince), « tenues ensemble par des pierres » (Guide p. 52), un « jeu de poids et de contrepoids » équilibré sur un seul point comme la sculpture de Rik Wouters.

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Auguste Rodin, Nijinsky (1912, édition 1959), Courtesy Bowman Sculpture

D’autres danseuses – sculptées, dessinées, peintes, filmées – tiennent compagnie à la Vierge folle, et aussi un Rodin que je n’avais jamais vu, prêté par une galerie londonienne, Nijinski. Rodin l’a vu dans L’après-midi d’un faune de Debussy et a soutenu les Ballets Russes, aussi le danseur russe a-t-il accepté de poser pour des croquis. Ici, le sculpteur l’a représenté en équilibre sur un pied, juste avant un saut. Il a dessiné de nombreuses danseuses cambodgiennes et admirait les danses nouvelles de Loïe Fuller et d’Isadora Duncan.

 

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Pablo Gargallo, Danseuse, 1929, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Le Mont de Vénus où Egide Rombaux a sculpté trois nymphes gracieuses illustre une approche plus classique du corps féminin. Les nymphes sont opposées aux bacchantes comme les vierges sages aux vierges folles. De la danse populaire des paysans avec la mariée peinte par Bruegel à la danseuse en fer forgé de Pablo Gargallo, un modèle du « réalisme cubiste », des œuvres très diverses montrent la liberté de mouvement dans la danse : Danseuse au ruban rose de Rassenfosse, dessins « analytiques » de Kandinsky d’après des photos de la danseuse Gret Palucca, films de danses contemporaines… 

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Lucas Cranach (1472-1553), Eve, Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers

Quant à la nudité, elle n’apparaît d’abord que dans la représentation des dieux de l’antiquité gréco-romaine. Vénus est la Beauté divinisée, idéale. Il faut attendre la Renaissance pour voir évoluer sa silhouette, dans la Vénus ou l’Eve de Cranach par exemple, et laisser apparaître des formes plus humaines. Au XIXe siècle, quel choc quand Rodin montre Celle qui fut la belle Heaulmière, inspirée par un poème de François Villon. Avec ses seins flétris, le corps ravagé par l’âge (le modèle avait 82 ans), la sculpture est terriblement réaliste, particulièrement dans le grès qui ne joue pas avec la lumière comme le bronze du musée Rodin (prêt du Musée Français de la Carte à Jouer, Issy-les-Moulineaux). Son Iris, jambes écartées, n’a pas moins fait scandale.

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Rik Wouters, Rêverie (source : site du musée)

Rik Wouters a peint et sculpté Nel habillée ou nue. Dans Rêverie, un pied devant l’autre, elle aurait dû tenir les bras en l’air pour esquisser un pas de danse, mais Nel était malade, elle a laissé tomber les bras, et il en résulte un nu très naturel, comme aussi dans Nymphe, un torse couché en plâtre. Quand l’artiste saisit à l’aquarelle Nel au repos, nue sur le lit avec ses seuls bas noirs, c’est différent, plus érotique. La Vierge folle, elle, si exubérante, sort tout droit d’une scène de bacchanale.

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Auguste Leveque (1866-1921), Bacchanale, Musée Royal des Beaux-Arts, Anvers

Non loin d’elle, V. Eeman de Berlinde De Bruyckere semble l’antithèse absolue de La Vierge folle : la sculpture d’une femme dissimulée sous des couvertures superposées, pieds nus sur une bassine en zinc renversée en guise de socle, incarne la misère et la douleur. Tandis que celle-ci se cache, les nus de Marlène Dumas, inspirés par des prostituées ou des stripteaseuses, au contraire, provoquent sans ambages, sans joie.

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© Berlinde De Bruyckere, V. Eeman, 1999, Belfius Art Collection

Le corps, la beauté, la folie sont aussi des thèmes littéraires. Une page de L’illustration montre une publicité pour un parfum Gabilla (parfumeuse syrienne à Paris dès 1910), appelé « La Vierge folle », inspiré par la pièce éponyme à succès d’Henry Bataille. Six ans après Rimbaud, Georges Eekhoud a aussi écrit des vers sous ce titre (pas trouvés en ligne), dans Les Pittoresques. 

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Rik Wouters, La Vierge folle ou Joie de vivre ou Danseuse folle, 1912

Bref, si cette balade artistique inédite autour de La Vierge folle vous intéresse, je vous recommande le Guide du visiteur, à télécharger en ligne : toutes les œuvres exposées y sont reproduites et commentées en néerlandais, français et anglais. De quoi patienter jusqu’au printemps prochain : Rik Wouters est mort il y a cent ans et on attend une belle rétrospective de son oeuvre aux Musées Royaux des Beaux-Arts à Bruxelles.

19/11/2011

Le ravin (1913)

Rik Wouters Le ravin KMSKA.jpg

« Cher Simon,

(…)

J’ai même trouvé, grâce au beau temps, un très beau sujet. Sous-bois d’automne très mouvementé, grandes bosses de terre qui culbutent en formant un très profond ravin, reliées ensemble par un petit pont, genre arcade romaine, en brique rouge salies (sic) et sur ces bosses, encore des bosses. Bordées de mousses vertes noires avec des mouvements de serpent, des arbres qui ne sont pas plantés droit au fond du ravin. Et le soleil bougeant la-dessu (sic), rien ne reste à place et cela gueul (sic) en rouge et jaune, vert, gris tendre, noir et rose. Rot, rot, bien pourri et sentant le moisi humide. Tout cela vu d’en-haut (sic). Enfin la première chose qui m’emballe depuis ton départ. Je fais de mon mieux mais si le temps change, c’est foutu !...

 

Tout à toi. »

 

Rik Wouters

(Guide du visiteur, Rik Wouters. Chefs-d'oeuvre, Schepenhuis, Malines)

17/11/2011

Rik Wouters & Nel

Malines (Mechelen), la ville natale de Rik Wouters (1882-1916), lui rend un très bel hommage au Musée Schepenhuis (Maison échevinale), une superbe demeure ancienne où les toiles et les sculptures du « fauve brabançon » ont trouvé et de la lumière et de l’espace, en dialogue avec l’architecture. Rik Wouters. Chefs-d’œuvre : ce sont les œuvres maîtresses de la collection du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA) actuellement en rénovation et quelques œuvres des musées communaux. Une exposition « à taille humaine ». 

Rik-Wouters Femme lisant.png 

Dès l’entrée, et en particulier par une de ces lumineuses journées que l’automne nous offre cette année, on est pris par l’atmosphère du lieu – haut plafond, hautes fenêtres à petits carreaux, poutres sculptées – où un escalier en colimaçon et des passerelles de fer et de verre permettent de circuler d’un étage, d’une pièce à l’autre. Chaque visiteur reçoit un petit guide (disponible en plusieurs langues) qui présente la vie et l’œuvre de Rik Wouters, des écrits du peintre, et reprend en petit format toutes les œuvres exposées.

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Près du comptoir d’accueil, caressée par la lumière, une première sculpture en pied pour laquelle a posé Nel, l’épouse et le modèle du peintre. Plus loin, une Etude de nu où ses longs cheveux cachent son visage illustre d’emblée le refus du fini : Rik Wouters laisse apparaître par endroits la toile vierge, étend là du bleu, là du jaune, laisse l’air circuler, peint comme à l’aquarelle. Mais regardons d’abord ce magnifique buste intitulé Contemplation, ces torses où Nel est coiffée comme d’habitude d'un chignon. « Quand (sic) à moi, vivre c’est peindre, sculpter et dessiner aussi simplement que manger. Je n’ai qu’un modèle : la nature. » (1914)

 

A l’étage, une première salle de peintures rappelle la vie du couple à Boitsfort, près de la Forêt de Soignes. Rik Wouters peint une rue, de simples maisons aux façades colorées, une maison rouge avec sa porte jaune à l’angle d’une rue enneigée, du linge qui sèche dans un jardin à l’arrière, les toits rouges sur lesquels s’ouvre une fenêtre. Ou encore la chapelle de Notre-Dame de Bonne Odeur, familière aux promeneurs de la forêt de Soignes, un ravin, une cavalière entre les hêtres.

 

J’ai aimé Le vieux noyer dans un jardin où un homme se tient près d’un mur de ce rouge un peu brun qu’affectionne le peintre : à travers les frondaisons, on aperçoit les jeux du soleil sur une maison blanche, plus loin, un clocher, du ciel bleu. C’est simplement beau. Et j’ai vu deux toiles malinoises que je ne connaissais pas, qui montrent l’une, un peintre à son chevalet sur un pont de la ville, l’autre, la terrasse du jardin botanique, une promenade fleurie et animée.

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Nel est au cœur de deux grandes toiles magistrales. D’abord La repasseuse (1912) : dos à la cheminée surmontée d’un miroir (ceux qui connaissent bien Rik Wouters reconnaîtront le décor familier), Nel lève un instant les yeux du linge qu’elle repasse sur la table. Corbeille de linge, cheminée, vase, lampe, tous les objets respirent avec elle, autour d’elle sur cette toile où il y a beaucoup de blanc, c’est magnifique. Et très différent d’Automne (1913) où Nel, une écharpe bleue autour du cou, se montre dehors à la fenêtre donnant sur le jardin, presque aussi statique que la plante verte près d’elle. Les couleurs automnales envahissent tout l’espace dans une fusion entre l’extérieur et l’intérieur, la végétation et la figure humaine. Wouters admirait Cézanne, on voit ici qu’il s’intéressait aussi à Matisse.

Rik Wouters Affiche de l'exposition.jpg 

Allez à Malines, vous y découvrirez ensuite d’autres portraits, principalement de Nel – une superbe Femme lisant en robe rayée rouge et blanche – et, parmi les autoportraits, le formidable Autoportrait au cigare de ce peintre arraché trop tôt à la vie, à trente-quatre ans. Ne manquez pas, dans la salle des natures mortes, la Table d’aquafortiste, ni, hors catégorie, L’éducation, où l’on voit Nel et une fillette à table, occupées à regarder des images, une de ces merveilleuses scènes d’intérieur qui inspiraient toujours Rik Wouters, le peintre de la vie quotidienne. « Alles is schoon als je het maar zien kan » (Tout est beau si seulement tu sais le voir), cette phrase de Rik Wouters figure sous un trompe-l’œil dans une rue du centre de Malines, une ville où il fait bon flâner.