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07/06/2016

Fenêtres

Fenêtre (3).JPG

Dedans, dehors.

Les fenêtres sont à la fois frontières et passerelles.

Elles laissent entrer la lumière.

Elles ouvrent l’espace.

 

Fenêtre (1).JPG

Quelqu’un m’a dit un jour :

un tableau doit être une fenêtre,

le regard doit pouvoir y entrer.

Parfois la fenêtre est un tableau.

  

Fenêtre (4).JPG

 

Près de la fenêtre, on écrit, on coud,

on travaille, on lit

– ou bien sous la lampe.

Lumière du jour.

Lumière du soir.

 

 

 

Fenêtre (2).JPG

 

Je lève les yeux vers la fenêtre :

je suis ici,

je suis ailleurs.

 

Photos prises à La Granja (mai 2016)

06/06/2016

La Granja d'Esporles

De Puigpunyent, c’est par une belle route montagneuse qu’on arrive à Esporles (à quinze kilomètres de Palma) et au superbe domaine de La Granja. Au cœur de la Serra de Tramuntana (paysage culturel classé au Patrimoine mondial de l’Unesco), La Granja (la ferme) est aujourd’hui le musée de la tradition et de l’histoire de Majorque.

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A hauteur des ginkgos bilobas de l’entrée, le regard cherche à cerner les bâtiments dont on aperçoit de loin une élégante galerie couverte aux fines arcades, mais d’ici ce sont les jardins et les arbres qui dominent le décor, en particulier deux araucarias superbes, la pointe d’un cyprès dans le ciel, ou encore, se découpant sur la montagne, un magnifique pin parasol.

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Un bouc et des chèvres, des ânes, des moutons, des lapins, une basse-cour… Les animaux de la ferme accueillent les visiteurs dans cette ancienne exploitation agricole, tant ceux qui servaient pour le travail de la laine, la fabrication du fromage, que ceux destinés à l’alimentation.

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Lieu privilégié grâce à une source locale, La Granja a connu divers occupants : des Maures (Arabes) se servaient de son eau pour irriguer et alimenter les moulins, des moines cisterciens y ont construit un couvent et cultivé les terres, puis une famille aristocratique s’y est installée. Cette ferme, je l’ai découvert en préparant ce billet, sert même de support à un jeu de société !  

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Dans une cour pas encore ombragée par les platanes, une visite guidée commence, mais nous ne sommes pas trop nombreux à l’heure de l’ouverture et c’est bien à l’aise que nous visitons les ateliers extérieurs (un numéro permet de les identifier, une soixantaine de points à voir sur le parcours) : coupe de paille, moulin de potier, buanderie, etc. Les outils anciens y sont rassemblés, la façon de travailler évoquée d’une manière ou d’une autre, tout un trésor de savoir-faire ancestral.

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Un bel escalier d’eau couvert de céramiques descend entre deux murs de pierres sèches, bordé de terres cuites. L’eau est ici magnifiée, et aussi les jeux d’ombre et de lumière, au milieu d’une végétation abondante, de plantes en pots. Plus loin on verra de magnifiques cascades moussues, des grottes, l’eau est partout à La Granja – richesse du lieu et bonheur des visiteurs.

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L’atelier de teinturerie montre pigments et écheveaux colorés, pilons et mortiers, pochoirs anciens, et illustre la teinture traditionnelle pour la fabrication des tissus majorquins qu’on reconnaîtra plus loin sur le métier à tisser. Juste avant d’entrer dans la résidence seigneuriale, voici un joli motif de coquillages sur un muret, non loin d’une grotte en rocaille et coquillages dans le goût du XVIIIe siècle.

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Le salon à fresques (source)

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A l’intérieur, après un salon où une grande fresque murale reprend une vue de La Granja en pleine verdure, les pièces de réception sont décorées de meubles, tentures et objets témoignant de modes de vie anciens. Il y a tant de choses à regarder, comme cette nappe aux broderies typiquement majorquines ou une jolie lampe suspendue, les coiffes en dentelle des tenues traditionnelles.

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Sur le parcours, la lingerie, l’ermitage des moines, des chambres, une salle de bain avec un sèche-cheveux assez effrayant (on dirait un instrument de torture, il y en a de véritables dans une inattendue salle de torture au sous-sol), une bibliothèque, une salle de jeux, et j’en passe. Bien sûr, une salle à manger, une cuisine majorquine avec four, et toutes sortes d’ateliers pour les préparations traditionnelles – olives, huile, vin, liqueurs – et l’artisanat – menuiserie, tannerie, bijouterie, tissage, entre autres.

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Le portique de style florentin entre patio et jardins, bien plus large qu’une galerie, qu’on admire de loin en arrivant à La Granja, est une merveille : l’endroit idéal pour s’asseoir dans les fauteuils d’osier, écouter de la musique, lire, rêver en s’appuyant à la balustrade, observer le jet d’eau qui fuse à proximité. Au plafond, de jolies guirlandes peintes entourent les lanternes.

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Au jardin, les deux araucarias sont tout aussi impressionnants de près que de loin. Allées de roses, allées couvertes, plantes grasses fleuries, vieux arbres, que c’est beau ! La prochaine fois, il faudra se promener plus longuement, suivre la rivière, explorer la forêt même.

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J’imagine qu’en été, il passe ici beaucoup de monde. Visiter La Granja avec une amie par une belle journée de printemps a été un des temps forts de mon séjour.

30/05/2016

Majorque au naturel

Quelques jours à Majorque en mai : charmes de la campagne et travaux de printemps, l’amitié est à la fête.

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Le potager réclame des mains. Les lapins grandissent, bientôt les poussins passeront leur première nuit dehors, bien protégés du soleil le jour, bien couverts la nuit.

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A cette saison, les couleurs éclaboussent jardins et prairies. Les moutons préfèrent déjà l’ombre. Au bord de la route, des arbustes tendent les bras.

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Ici, des capucines chevauchent des branchages. Là, un clocher fait signe. En face de l’église, la montée offre de beaux points de vue sur Puigpunyent, les vergers, les montagnes.

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Un bougainvillée flambe près d’une porte. Les palmiers, majestueux, ont l’art d’ennoblir une demeure. D’en haut, le panorama sur le village au creux des montagnes est très beau.

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Mallorca / Majorque au naturel : loin des plages et des lieux touristiques, du vieux Palma superbe, la campagne majorquine où il fait bon vivre cultive l’art de l’hospitalité. La nature se marie à la pierre claire. Cultures en terrasses, murs, c’est le royaume de la pierre sèche (elle donne son nom à un circuit de randonnée).

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Après le chemin qui longe le torrent (à sec), ses jeux d’ombre et de lumière, revoici la luxuriance d’un jardin ami, la terrasse à l’ombre de la vigne vierge. Les nèfles sont juste à point pour la maraude.

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Quelques jours à Majorque en mai : à peine rentrée, je me demande déjà quand j’y retournerai. Heureusement, chaque semaine, des « Espaces, instants » nous y ramènent – merci, Colo.

23/06/2014

Rafel Joan Peintures

Es Baluard (le rempart), le musée d’art moderne et contemporain de Palma de Majorque, s’est ouvert en 2004. Ses terrasses accessibles de l’extérieur offrent de belles vues sur la ville, la mer et la montagne. Après avoir découvert ses collections d’art en lien avec les îles Baléares, nous y avons visité la belle rétrospective consacrée au peintre mallorquin Rafel Joan (elle vient de fermer ses portes). 

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Près de l’entrée, Ritual (Ben Jakober & Yannick Vu, 1994) : un fil de néon passe entre des aiguilles géantes, l’effet est étonnant, très réussi, et aussi vu d’en haut, depuis l’étage. Le parcours chronologique débute en 1900, avec des paysages mallorquins signés Degouve de Nuncques (Baie de Palma), Joaquim Mir, Santiago Rusiñol, Joaquín Sorolla (Cala San Vicente), Pilar Montaner 

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Ritual © Ben Jakober & Yannick Vu, Es Baluard

Des œuvres modernes, ensuite, dont Chevaux en fuite par le vol de l’oiseau-terreur de Miró (1976). Des Flûtistes de Juli Ramis très matissiens, des peintures de Tapies (je vous renvoie à l’index des artistes sur le site du musée). Une salle Picasso propose une belle photo de lui et des céramiques.

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Chevaux en fuite par le vol de l’oiseau-terreur © Miró, Es Baluard

Une salle Miró montre ses illustrations pour Ubu et pour d’autres ouvrages, Colo y a consacré un billet. Le parcours se termine sur des œuvres plus récentes comme Ile d’un monde parfait III (2007-2008), une sculpture de Baltazar Torres. 

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Island of a perfect world III © Baltazar Torres, Es Baluard

Dans les salles du bas, la rétrospective Rafel Joan Pintures 1983-2013 nous a révélé l’univers de ce peintre autodidacte, né à Palma en 1957. Le bleu domine dès ses premières œuvres, comme dans « Carn i fruita » : un homme dévore un morceau de pastèque tandis que sa compagne contemple la mer, accoudée à une balustrade, vue de dos – ses rondeurs répondent à celles des plats et des fruits.

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Femater, aigües brutes i cementeri, 1988 © Rafel Joan (Photo AraBalears)

Rafel Joan a peint de nombreux paysages de Majorque loin des clichés, dans leur aspect quotidien, par exemple « Femater, aigües brutes i cementeri » (Ordures, eaux sales et cimetière) dans des tons de terre rouge et d’ocre, image de chaleur et de sécheresse. Plus sereine, « Cala Bóquer », une belle vue de la baie à Portocolom, décline tous les tons du bleu clair au bleu foncé.

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S’estudi (détail), 1984-1985 © Rafel Joan 

Un autoportrait m’a fait forte impression, « S’estudi » : dans l’atelier, où une lumière très blanche s’engouffre par la porte, l’artiste travaille, assis à sa table en tricot blanc et pantalon d’un bleu intense. La main droite dessine, la gauche trifouille dans un tiroir ouvert. Concentration. 

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Eleazar (détail), 1992 © Rafel Joan 

Le peintre mallorquin a vécu à Palma, au Maroc, à Barcelone, à New York – ses carnets de voyage exposés en vitrine sont très vivants – et il a peint aussi les villes avec leurs enseignes, les rues étroites fréquentées la nuit par les prostituées, les cafés et les bars. Les personnages s’y réduisent souvent à des silhouettes. Ce sont des peintures d’atmosphère, où la configuration des lieux est très bien rendue.  

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Une autre série de toiles, très différentes dans leur cadrage et dans leurs couleurs, évoquent la contemplation de la nature, avec une grande attention aux feuillages, aux ramures et surtout, avant tout, à la lumière. « Niu » (Neige) est une ode à la lumière d’hiver qui baigne des rameaux noirs et nus, comme à l’encre. 

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Niu (détail), 2001 © Rafel Joan

Dans les années 2000, Rafel Joan a eu l’occasion de survoler son île en avion ultraléger et il s’en est inspiré pour peindre la terre vue du ciel (on pense parfois à Klee). Ensuite, changement complet de point de vue avec ses œuvres sous-marines, en bleu et vert, un magnifique ensemble dans lequel il cherche à rendre les impressions quil a eues en marchant sous l’eau (en tenue de plongée) parmi les poissons, les effets de la lumière sous la surface de la mer.

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Rafel Joan vit en solitaire et peint à l’écart des tendances esthétiques contemporaines, ce qui ne l’empêche pas de participer à la vie artistique de Majorque, où il habite actuellement à Vilafranca de Bonany. Il a de nombreux amis écrivains et artistes, les peintres Barceló et Claramunt, entre autres – le premier signe un texte intitulé « Si j’ai 3 amis, l’un d’eux est RJ ». Le catalogue en catalan offre tous les textes traduits en castillan, en français et en anglais et propose en plus des œuvres exposées de belles photographies du peintre et de son atelier. 

17/06/2014

Can Barceló

Les places ont souvent un charme particulier. Dans les villes méditerranéennes, les jeux de l’ombre et de la lumière, les arbres, les terrasses incitent les flâneurs à la pause. A Palma de Majorque, c’est chaque fois un plaisir au débouché d’une rue de voir s’ouvrir l’espace et de prendre un peu de recul pour admirer les lieux.

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Sur la plaza de Quadrado, un étonnant immeuble, tout en fenêtres et en loggias, orné de belles céramiques bleues : Can Barceló. En haut de la façade de ce chef-d’oeuvre moderniste (Bartomeu Ferrà1904), de grandes mosaïques attirent le regard, allégories des arts, de l’artisanat et du commerce.

Palma Can Barcelo (3).JPG

Au-dessus d’un rez-de-chaussée qui ne retient guère l’attention, le décor se raffine d’étage en étage : arabesques autour des fenêtres surmontées d’un grand papillon, ferronneries et fresques d’inspiration végétale, chimères de part et d’autre des initiales sous la corniche du toit à balustrade. Toutes les céramiques sont de fabrication locale (Fábrica La Roqueta).

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Quelle est l'histoire de Can Barceló ? On aimerait en apprendre davantage sur cette construction originale   à qui elle était destinée, pourquoi ce nom, ces choix décoratifs –, en découvrir les espaces intérieurs, derrière ces fenêtres fleuries. Et aussi, de là, laisser plonger le regard vers la place.

16/06/2014

Mallorquinades

Mallorca, Majorque, c’est d’abord, pour moi, l’île de l’amitié. De mon séjour au pays de Colo, voici quelques ambiances au fil des balades, que j’ai bien envie cette fois d’appeler mallorquinades, comme me le souffle à l’oreille un bois d’olivier qui a pris place sur mon bureau – sculptural. 

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L’île a compté des centaines de moulins à vent, quelle surprise d’en trouver en pleine ville ! Les jacarandas commençaient à fleurir dans la très belle capitale des Baléares. Quel plaisir de se promener dans le vieux Palma aux ruelles ombragées, où il y a tant de belles choses à observer, parfois inattendues. Et même des arbres vénérables. 

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Les calèches font bonne figure sur la place de la Reine, où un étonnant arbre corail (dixit Colo) contraste joliment près d’un jacaranda, et aux alentours de la cathédrale, où je suis allée revoir la chapelle de Barceló. Un concert d’orgue débutait. A cette occasion, le baldaquin de Gaudí au-dessus du maître autel s’est illuminé, baroque, féerique. 

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En s’éloignant des quartiers les plus touristiques, une agréable surprise : la terrasse du restaurant Es pes de sa palla, sa cuisine simple et délicieuse. Pendant que nous y reprenions des forces avant d’aller visiter le beau cloître du couvent San Francesco, nous avons été intrigués par le va-et-vient devant une maison qui ne compte pas moins de cinq portes. Ses visiteurs montaient un escalier très raide derrière l’une d’entre elles et en sortaient chargés de fruits et de légumes. Amusante aussi, dans un autre genre, cette seconde porte d’un magasin de jouets à la taille des enfants, non ? 

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Après l’animation de la ville, d’où le regard peut parfois s’échapper vers la mer, quelle douceur de retrouver la campagne mallorquine et de reconnaître la route qui mène à une maison amie. Retrouvailles, émotion, complicité. Sous l’enseigne d’un bistrot à Palma, n’avions-nous pas lu ensemble cette phrase, inscrite en français : « Le bonheur, c’est de ne pas y penser » ? 

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Une excursion vers les montagnes au nord ouest de l’île – Puig Major, le sommet le plus élevé, se situe à 1445 m d’altitude – nous a permis d’admirer les pentes arborées au-dessus de la mer, où le vert frais des myrtes se mêle aux pierres, et puis de grands lacs de retenue fréquentés par les randonneurs. 

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Le jour où nous sommes allés au cap Formentor, au bout de la presqu’île – une route sinueuse, des paysages à couper le souffle –, les nuages nous y attendaient et c’était un grand spectacle que cette mer blanche d’où seuls émergeaient les sommets, puis la montée du brouillard vers le phare et, en redescendant, la coulée des nuages dans l’azur.

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A Cala San Vicente (le site a inspiré bien des peintres, dont Degouve de Nuncques, rappelez-vous cet autre billet de Colo), les eaux turquoises au pied des falaises ont de quoi ensorceler.  

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Sur la côte est de Majorque très appréciée des vacanciers, nous avons vu les horreurs de la pression immobilière aux dépens du paysage. Tout autre est Porto Colom avec ses criques sauvages, son port paisible et son vieux village où les martinets strient l’air avec fougue. 

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A peine rentrée, je retourne en rêve sur cette île pleine de charme, aux paysages si variés qui ont inspiré bien des artistes. Sans parler de l’hospitalité mallorquine, de la savoureuse cuisine de la tenancière – Colo en offre de beaux aperçus sur son blog bilingue franco-espagnol. Je vous reparlerai de Mallorca, Majorque, et cette fois, il sera question de peinture. 

20/09/2012

Un texte sur Barceló

Lorsqu’après avoir visité une exposition, on en découvre le catalogue, aller de ses souvenirs aux mots, puis des mots aux images, donne souvent envie de retourner devant les œuvres, pour mieux les regarder. Lire Miquel Barceló – Le triomphe de la nature morte, un texte d’une trentaine de pages (suivi de quelques illustrations) de Joëlle Busca (La lettre volée, 2000), c’est entrer par le discours, de biais, dans lunivers dun artiste que je connais peu – dessins, peintures, sculptures – et qui est surtout matière. Je pense à la fameuse chapelle décorée par le peintre catalan dans la cathédrale de Palma de Majorque.

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Chapelle Sant Père (cathédrale de Palma de Majorque) 

« Il serait l’un des artistes les plus importants de la scène contemporaine »« il arrive avec la vague néo-expressionniste dans les années quatre-vingts », écrit la critique d’art pour le situer d’abord. Né aux Baléares en 1957, Barceló, nomade, se partage entre plusieurs ateliers à Paris, New York, Majorque, quand il n’est pas ailleurs, en Europe ou en Afrique, au Mali en particulier. L’artiste se veut « sous le joug de la nature », affronte les éléments naturels, pour lui-même comme pour ses œuvres.

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Miquel Barceló devant une œuvre (2010) © CaixaForum Madrid

Un thème permanent : la mort, « muette ou proclamée, toujours présente ». Busca décèle dans ses peintures « de piété mélancolique, de désolation paysagère, de ruine dévote »  des « in situ de natures mortes ». Barceló aime inclure l’objet dans l’œuvre, incorporé ou moulé, travailler la surface où il intègre « carcasses, branchages, poissons séchés piqués au formol, choux, papayes… » Si les caractéristiques classiques de la nature morte sont absentes de sa peinture, elle se relie pourtant aux maîtres espagnols de la vanité par « la précision inouïe des détails », « l’isolement spectaculaire des objets et des fruits », « la rigueur de la spatialisation ».

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Livre sur Il Cristo della Vucciria

Les plus grands peintres ont illustré le genre de la nature morte, considéré comme mineur : Chardin, Cézanne, Picasso, ou encore Warhol et ses Peach Halves en boîte. « Rien n’est plus trompeur que ces épithètes de mort (nature morte) ou de tranquille (still life), le genre est au contraire bavard et remuant : il y demeure un souffle de vie qui se débat pour être encore et que sauve la peinture. » Barceló peint l’instant, fasciné par le « spectacle de la désintégration toujours triomphante ». Peindre la vie « jusqu’à la mort et au-delà, jusqu’à la décomposition », comme il l’a fait dans une église abandonnée de Palerme avec Il Cristo della Vucciria.

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Vers 1987, Barceló choisit l’Afrique pour se régénérer, renouveler son imaginaire, se mettre en danger. C’est l’expérience du désert, de la sécheresse, du vide, de l’inconfort. « Il montre tout de ses périodes africaines, les lieux communs, les brouillons d’esquisses, les petits croquis, les aquarelles noyées, il entend ne rien jeter, à la manière africaine. » Il en ressort « une sorte de maniérisme qui se superpose à un matiérisme ». Depuis l’Afrique, Joëlle Busca voit dans le travail de l’artiste « un aspect d’inachevé, d’esquisse qui domine toute autre considération. »

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Sous le plafond de la salle des Droits de l’homme (Palais des Nations, Genève, 2009)

Si comme dans toute œuvre, il y a dans celle de Barceló des hauts et des bas, Joëlle Busca constate que l’artiste catalan ne cesse de mettre le spectateur « dans une position instable » et s’interroge : « Où cela va-t-il s’arrêter ? » Miquel Barceló – Le triomphe de la nature morte donne à penser sur l’art contemporain et l’engagement de l’artiste, dans son corps à corps avec la matière, avec le temps.

13/10/2011

Retour en Espagne

A Colo    

« Une jeune Anglaise dans l’Espagne de Franco », annonce la quatrième de couverture : Une femme inconnue de Lucia Graves (A Woman Unknown, Voices from a Spanish Life, 1999), traduit de l’anglais par Béatrice Dunner, est une des bonnes surprises de la collection Anatolia aux Editions du Rocher. 

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« Jeunes filles se promenant sur la Gran Via, Madrid, 1953 »
Illustration de couverture © Català Roca
 

La fille du poète Robert Graves a passé son enfance à Majorque où ses parents se sont installés quand elle avait trois ans. Elle revient en Espagne, des années plus tard, pour accompagner sa mère qui y vit toujours et doit subir à Barcelone une opération des yeux. Tant de choses lui parlent, dans cette langue catalane qui est la sienne, avec d’autres, que Lucia Graves, née en 1943, entrouvre les fenêtres de sa mémoire pour raconter sa vie en Espagne, le pays où elle a épousé un musicien barcelonais, où elle a élevé ses filles.
 

« Je parlais le majorquin, une variante du catalan, avec tout le monde au village, l’espagnol avec ceux qui venaient du continent ou qui vivaient à Palma – où, par ordre du régime franquiste, le « dialecte » majorquin se trouvait quasiment relégué aux cuisines. » Lucia Graves rend hommage à Blanca, la sage-femme du village ; c’est le premier des portraits de femmes courageuses, généreuses, qu’elle a rencontrées sur son chemin. « C’était une île, et le village dans la montagne était une île dans l’île, sa vie réglée par les rythmes d’un habitat naturel, et par des rituels si anciens que nul ne se rappelait plus leur origine. » Son enfance se déroule au plus près de la nature : « Le temps était variable, et les choses ne restaient jamais longtemps les mêmes ; après la pluie, les oliviers viraient au vert sombre sur leurs troncs noirs ; ils étaient gris argenté dans le vent et les montagnes pouvaient soudain disparaître entièrement dans un banc de brouillard. »
 

Ses parents s’installent à Palma pour qu’elle fréquente de meilleures écoles, la maison du village devient leur résidence secondaire. Si son école est « dirigée par un ordre français », elle n’échappe pas au système d’éducation national-catholique : « L’union de l’Eglise et de l’Etat était à la base même de l’idéologie fasciste de Franco. » Le cours d’histoire sert la propagande franquiste, les catholiques sont impitoyables envers la petite Anglaise protestante. Son salut devient pour Lucia « une source de permanente anxiété », jusqu’au jour où elle osera en parler avec son père, qui l’en guérira à jamais. Heureusement il y a Olga, son professeur de danse, son idole, une Lettonne de Riga. Et puis Jimena, qui est devenue pour les Graves « beaucoup plus qu’une femme de ménage, une amie, presque un membre de la famille ».
 

A quatorze ans, après un an à la maison pour parfaire son anglais, ses parents l’expédient avec son petit frère à Genève, dans une école internationale. Lucia prend conscience de ses difficultés linguistiques, en anglais surtout : « être trilingue, cela voulait dire que je n’avais jamais pu me concentrer véritablement sur aucune de mes langues, que chacune ne couvrait qu’un champ d’expériences donné, et qu’aucune des trois ne me permettait de m’exprimer en toute plénitude. » Son métier de traductrice, Lucia Graves en voit la source dans cette navette incessante entre l’espagnol et l’anglais, cette « permanente dualité » de son existence. En Suisse, son mode de vie très libre – look américain et rock and roll, baignades dans le lac et bains de soleil en maillot – contraste terriblement avec les conditions des Majorquines de son âge – « otra vida » – et pourtant elle regrette son « chez-moi ». Toute sa vie, elle s’est sentie exilée, en Espagne comme en Angleterre.
 

En 1960, elle rencontre Ramon, un batteur catalan : coup de foudre. Avant de l’épouser cinq ans plus tard, elle étudie les langues modernes à Oxford. Amoureuse, issue d’une famille libérale, elle s’attriste de ce qu’elle constate sur l’île quand elle y retourne : la liberté sexuelle des garçons alors que les filles n’en ont aucune, la « relation morne et sans joie » des couples officiellement fiancés, l’autoritarisme des maris, la soumission des épouses. « Au fil des années, j’ai vu les Espagnoles changer, je les ai vues lutter pour devenir des personnes à part entière, ce qu’elles auraient dû être naturellement si elles n’avaient pas été élevées dans une inconcevable pruderie, enfermées dans une longue répression qui leur avait coupé les ailes. »
 

Une femme inconnue, livre de mémoire, est loin de se limiter à l’autobiographie et ne suit pas forcément l’ordre chronologique. Lucia Graves y décrit une région, la Catalogne, une époque, les mentalités, la vie quotidienne, et les personnes qui ont marqué sa vie. Discrète sur sa famille (de huit enfants), elle parle surtout de son père, ce poète admiré dont un jour elle traduira les œuvres. Mais les paysans, les pêcheurs, les commerçants, les voisins, les amis, nombreux sont les liens qu’elle a noués dans le pays où elle a grandi puis vécu une large part de sa vie. 
 

Une amie qui enseigne à l’école de ses filles, Joana, lui a conseillé d’un jour visiter Gérone et le call, son vieux quartier juif. Elle s’intéresse au sort des Juifs d’Espagne, les sépharades qui, eux aussi, avaient « de puissantes attaches » dans deux pays ; ils inspirent son premier roman, La maison de la mémoire. Lucia Graves aborde également l’histoire et la culture de la Catalogne, le déclin puis la renaissance de la langue catalane : « Nos filles ont donc été parmi les premiers enfants de Catalogne, depuis la fin de la guerre d’Espagne, qui aient appris à écrire correctement le catalan, à connaître leurs tables de multiplication dans leur langue paternelle ». A travers la seconde moitié du XXe siècle, c’est le bilan de sa propre vie de femme que nous découvrons dans ce témoignage d’une Anglaise sur l’Espagne où elle a vécu tant de choses essentielles. 

21/05/2011

Promenades

« Entre ces deux promenades, la première et la dernière que nous fîmes à Majorque, nous en avions fait plusieurs autres que je ne me rappelle pas, de peur de montrer à mon lecteur un enthousiasme monotone pour cette nature belle partout, et partout semée d’habitations pittoresques à qui mieux mieux, chaumières, palais, églises, monastères. »

Georges Sand, Un hiver à Majorque

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19/05/2011

Une ville, une île

Quelques éclats d’une île, côté ville et côté campagne, pour prolonger ce séjour à Majorque. Reverdie grâce aux pluies d’avril, elle est aussi de pierre, disent les rochers valises de l’aéroport.

 

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Haut dans le ciel de Palma, des palmiers vouvoient des bougainvillées en fleurs. Au Grand Hôtel, l’invité est italien : Fellini El circo de las illusiones propose exclusivement des images, photos et séquences de films, de tournages. On y voit le réalisateur de La dolce vita et Mastroianni en belle complicité. Anita Ekberg brûlante dans une fontaine romaine. La statue du Christ transportée en hélicoptère. Une époque. De l’autre côté de la place Weyler, des motos immobiles au pied des maisons de Gaudi.

 

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La vieille ville de Palma est très belle : il y a tant à regarder dans ses avenues et ses ruelles, les immeubles aux loggias de bois, les saints encadrés à l’angle des rues, les portes, les façades anciennes ou modernistes... Pour prendre un café ou un petit déjeuner décliné en formules diverses, le Cappuccino (Carrer de San Miguel) est un endroit magique. Musique de qualité, carte et décor remarquables, patio et jardin.

 

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Dans la Cathédrale de Palma, après les interventions de Gaudi au début du siècle dernier, une chapelle a été récemment confiée à Barceló, l’artiste majorquin, peintre et aussi sculpteur, céramiste. L’audace du geste surprend d’abord, et puis la magie opère devant ces modelés qui montent à l’assaut des murs, des colonnes, et fusionnent avec la structure gothique. Ici, la pêche miraculeuse, vague et poissons, là les fruits de la terre, des figures. Des parois comme ressuscitées, vivantes. Seuls les vitraux déçoivent, en rupture avec l’élan vital qui surgit des murs où la glaise et la céramique portent les couleurs naturelles des Baléares.

 

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Près de la cathédrale, dans les jardins de l’Evêché (Bisbat), les pétales des bougainvillées posent sur le bassin aux nymphéas des touches impressionnistes. Du Parc de la Mer (Parc de La Mar), sous les murailles, la vue est grandiose. On y a installé quelques sculptures, un pan de mur signé Miró.
 

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La moderne et immense station « intermodale » en sous-sol à la Place d’Espagne donne accès aux métro, trains et autobus pour se déplacer dans la ville et dans l’île, c’est très commode. Mais être emmenée par une amie sur les routes de campagne, non pour tout voir mais à la rencontre de quelques villages et paysages (Puigpunyent, Calviá, Galilea, Alaró, Cap Blanc), c’est bien sûr un privilège inestimable que seule l’amitié peut offrir. Merci, Colo.

 

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