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29/04/2014

Sa joie

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« Celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l’aime. Celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie. » (VI, 20)

Confucius, Entretiens

28/04/2014

Ce que dit Confucius

« Sans cette clé fondamentale, on ne saurait avoir accès à la civilisation chinoise », écrit Pierre Ryckmans dans son introduction aux Entretiens de Confucius (551-479 avant J.-C.), traduits et annotés par lui. Il s’agit en fait d’une compilation posthume, « des bribes, voire des miettes, de la conversation du Maître Confucius (…), sauvegardées un peu par hasard, au petit bonheur la chance par des disciples directs, ou plus probablement indirects. » (Anne Cheng, « Si c’était à refaire... ou : de la difficulté de traduire ce que Confucius n’a pas dit ».) 

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Confucius, gouache sur papier (The Granger Collection, New York), vers 1770

Avec une concision rare, ces Entretiens proposent, en vingt chapitres, un idéal nouveau à son époque, une voie morale, Confucius « substituant à l’ancienne notion d’élite héréditaire celle d’une élite qui serait déterminée par la vertu, le mérite, les compétences, le talent, indépendamment de la naissance et de la fortune. » (Ryckmans)

« Ce n’est pas un malheur d’être méconnu des hommes, mais c’est un malheur de les méconnaître. » (I, 16) L’humanisme de Confucius apparaît d’emblée dans son éloge de l’étude, de l’amitié, de la dignité – qui implique de respecter ses parents et d’honorer les morts – et son incitation à un mode de vie sobre et harmonieux. 

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Analectes de Confucius, couverture de 1533

A notre époque souvent en perte de repères, certaines réflexions font mouche, sur l’art d’enseigner, sur le savoir (comment ne pas penser à la crise que traverse l’enseignement ?), sur les qualités nécessaires pour gouverner : « Promouvez les hommes intègres et placez-les au-dessus des gens retors – le peuple vous soutiendra. Mais si vous placez les gens retors au-dessus des hommes intègres, le peuple cessera de vous soutenir. » (II, 19)

Pour devenir un « homme de qualité » selon Confucius, il faut le plus souvent emprunter la voie du milieu. « Quand le naturel l’emporte sur la culture, cela donne un sauvage ; quand la culture l’emporte sur le naturel, cela donne un pédant. L’exact équilibre du naturel et de la culture produit l’honnête homme. » (VI, 18) 

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Confucius sous l'abricotier

Le sel des commentaires du Maître sur des personnalités de son temps, ses allusions à la situation sociale et politique en Chine, même éclairés par les notes du traducteur, échappent au lecteur peu formé à l’histoire de la civilisation chinoise. Confucius n’est pourtant pas « une sorte de pédant formaliste et vétilleux », comme on pourrait l’imaginer d’après certains de ses jugements sur la vie de cour, note Pierre Ryckmans, c’est « un homme pour qui les valeurs de contemplation priment sur toutes les autres ».

Quasi chaque chapitre offre ainsi l’une ou l’autre réflexion de portée universelle. Confucius balise la voie d’un développement personnel. A Fan Chi qui l’interroge sur la vertu suprême, il répond : « Etre digne dans la vie privée ; diligent dans la vie publique ; loyal dans les relations humaines. Ne pas se départir de cette attitude, même parmi les Barbares. » (XIII, 19) Un peu plus loin : « L’honnête homme cultive l’harmonie, mais pas la conformité. L’homme de peu cultive la conformité, mais pas l’harmonie. » (XIII, 23) 

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Manuscrit des Entretiens de Confucius découvert à Dunhuang

La dernière section des Entretiens, « fragments archaïques mal raccordés » (Ryckmans), revient sur l’art de gouverner, qui suppose selon Confucius de cultiver « cinq trésors » (qualités humaines) et d’éliminer « quatre fléaux » : « la Terreur qui cultive l’ignorance et pratique le massacre. La Tyrannie qui exige des récoltes sans avoir semé. Le Pillage qui se perpètre à coups d’ordres incohérents. La Bureaucratie qui dénie à chacun son dû. »

Observations, réponses à ses disciples, questions, ces paroles d’un sage qui a vécu si loin de nous, il y a si longtemps, continuent à éclairer. « Zigong demanda : « Y a-t-il un seul mot qui puisse guider l’action d’une vie entière ? » Le Maître dit : « Ne serait-ce pas considération : ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît. » (XV, 24)

21/02/2012

Discerner

« Connaître, c’est discerner ce que l’on comprend et ce que l’on ne comprend pas. » (Confucius)

 

Kwong Kuen Shan, Le chat zen 

Le chat philosophe.jpg

 

20/02/2012

Chats d'aquarelle

Les amoureux des chats comprendront, les autres souriront peut-être, ou passeront. Le chat zen de Kwong Kuen Shan (2011) est un de ces livres délicieux à glisser au rayon « chats » d’une bibliothèque où un coin leur est réservé. Ou à offrir sans hésiter aux félinophiles, il doit bien y en avoir parmi vos connaissances ? 

Le chat zen Pocket.png

Peintre et écrivaine, cette artiste chinoise établie au Pays de Galles, signe Le chat zen (The cat and the Tao, traduit de l’anglais par Alain Sainte-Marie), un album dédié en premier à son vieux chat Healey qui l’a guérie, dit-elle, de sa phobie des chats. Elle n’en avait jamais eu, mais le chat de ses anciens voisins l’a adoptée en revenant à quatre reprises sur son ancien territoire après leur déménagement. D’abord laissé dehors une année entière, il a fait sa conquête en se chauffant au soleil, un jour, près du bouddha de pierre de son jardin, l’air détendu et heureux. « Virage initiatique ».

 

Tombée sous le charme, Kwong Kuen Shan s’est mise à peindre ce chat et les autres dans un style chinois, puis « un mélange de technique méticuleuse et de technique libre ». Ensuite elle s’est mise en quête de textes de la littérature classique chinoise pour les accompagner. Le zen, issu du taoïsme et du bouddhisme, apporte  « certaines réponses à la quête humaine de sérénité », elle rêvait donc de l’associer au caractère félin.

 

Proverbes – « N’épuise pas la gentillesse et la loyauté de l’ami. De cette façon l’amitié est préservée », poèmes et maximes de Confucius, Lao-Tseu, Zhuangzi et Sun Zi, principalement, ont donc pris place en vis-à-vis des aquarelles de Kwong Kuen Shan : chats et fleurs, chats et poissons, chats au jardin, à la fenêtre, à l’intérieur, au repos ou en action… Ce sont des compositions très sobres, où elle pose un ou plusieurs sceaux chinois comme des accents dans les vides, sceaux ronds, carrés, ovales, rectangulaires dont la signification est précisée en bas de page. La première illustration de cet album n’est pas la moins originale : on y voit une silhouette de chat assis entièrement constituée de sceaux d’un beau rouge de Chine, celui de la pâte de cinabre.

 

Les textes, courts, offrent à méditer. « Joseph et les poissons », un jeune chat noir au bout des pattes blanc, est couché sur le flanc près d’un bocal et relève la tête pour saluer les poissons rouges venus l’observer ; « Je ne maltraite pas les faibles ni ne crains les puissants. » (Zuo Quining) « Healey », dans différentes nuances de gris taupe, la queue soigneusement courbée sur les pattes de devant, observe sa maîtresse assis près d’un vase à couvercle, sous une inscription en caractères chinois signifiant « Egaré dans un nuage bas ». En face, Confucius :
 
« L’excès de courtoisie est assommant,
L’excès de prudence rend craintif,
L’excès de bravoure rend téméraire,
La franchise sans égard est offensante. »

 

Du même : « Trois sortes d’amitié sont dommageables : l’amitié des flatteurs, des hypocrites et des discutailleurs. » Les chats aiment les plantes, se frottent à leurs pots, à leurs feuillages, dérangent les bouquets, voire renversent les vases – j’en connais. La plupart des aquarelles de Kwong Kuen Shan évoquent cette prédilection pour l’univers végétal : fleurs de magnolia, chrysanthèmes, dahlias, branches d’érables, feuilles et fruits de la vigne…

 

Le chat, ami du papier, qui distingue à coup sûr leur douceur ou leur qualité de craquant s’installe volontiers sur un bureau : « Une personne large d’esprit trouve ses aises dans un endroit exigu. » (Proverbe chinois) Dans le même esprit, l’aquarelliste a publié ensuite Le chat philosophe. Pour amateurs de mots et d’images, de chats et de sagesse, en toute légèreté.

22/03/2011

La première tasse

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« La première tasse humecte mes lèvres et mon gosier.

La seconde rompt ma solitude.

La troisième pénètre mes entrailles et y remue des milliers d’idéographes étranges.

La quatrième me procure une légère transpiration et tout ce qui est mauvais dans ma vie s’en va à travers les pores de ma peau. »

 

Lu Tong

 

(Sabine Yi, Jacques Jumeau-Lafond, Michel Walsh, Le livre de l’amateur de thé, Robert Laffont, 1985)

21/03/2011

Le thé de la veuve

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« La veuve de Shen Wu vivait avec ses deux fils dans la ville de Yanxian. Elle était une adepte du thé. La cour de la maison abritait la tombe d’un inconnu et, toutes les fois qu’elle préparait du thé, elle ne manquait pas d’en offrir au défunt avant d’en boire elle-même. Ce qui déplaisait à ses fils. « Que peut bien en savoir la tombe, disaient-ils. Vous vous donnez vraiment du mal pour rien. » Ils se décidèrent à supprimer la tombe, mais, devant les raisonnements de leur mère, différèrent plusieurs fois leur geste. Or, une nuit, la veuve fit un rêve : un homme l’accostait qui lui disait : « Il ne reste rien de moi excepté cette tombe qui existe depuis trois cents ans. A plusieurs reprises vos fils ont décidé de la détruire, mais votre protection les en a empêchés. De plus vous m’offrez toujours du thé qui sent bon. Quoique je ne sois plus que quelques os desséchés, que puis-je faire pour répondre à votre gentillesse ? » Lorsqu’elle se leva le matin, la veuve trouva dans sa cour cent mille pièces d’or qui semblaient avoir été enterrées depuis longtemps alors que la ficelle qui les enserrait paraissait neuve. Elle appela ses fils et leur fit honte en montrant ce que la vieille tombe avait fait. »

 

Lu Yu (Sabine Yi, Jacques Jumeau-Lafond, Michel Walsh, Le livre de l’amateur de thé, Robert Laffont, 1985)

20/01/2009

Naturellement

« Les mouettes virevoltent dans le ciel en poussant de grands cris. Recherchent-elles leur pitance ou expriment-elles leur joie ? Elles utilisent un langage ignoré des hommes. En comprendre le sens est sans importance, ce qui importe, c’est cet oiseau qui vole avec force dans le ciel et qui crie fort ; là, le sens apparaît naturellement. »

 

Gao Xingjian, Une canne à pêche pour mon grand-père (Instantanés)

 

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19/01/2009

Une canne à pêche

J’ai découvert Gao Xingjian grâce à son prix Nobel en l’an 2000 et  à travers un long roman dans lequel je ne suis pas vraiment entrée, malgré son titre prometteur,
La montagne de l’âme (1990). Condamné à l’exil à cause de sa liberté de parole, l’écrivain chinois Gao Xingjian vit en France depuis vingt ans et a aujourd’hui la nationalité française. Ensuite j’ai découvert le peintre et ses magnifiques encres de Chine sur papier de riz. C’est par ce double éclairage, littéraire et graphique, que le recueil de nouvelles Une canne à pêche pour mon grand-père a attiré mon attention sur la table d’un libraire, entouré d’un bandeau : « Les arts déco habillent les Nobel ! » (édition spéciale à tirage limité) Une couverture originale en noir et blanc, due à Fanny Le Bras.

Gao Xingjian Couverture arts déco (détail).jpg

Le temple m’a rappelé La montagne de l’âme par le sujet, un jeune couple en voyage de noces. « Dans notre vie si courte, le bonheur est en fait assez rare.
Que ce soit Fangfang ou moi, nous avions connu une époque où l’on devait braver les tempêtes et affronter le monde. Pendant la période de grande catastrophe nationale, nos familles et nous-mêmes avions pas mal souffert,
nous avions enduré tellement de malheurs. Sur le sort de notre génération,
nous avions vraiment de quoi nous plaindre. Mais nous ne voulions plus parler
de tout cela ; l’important, c’était qu’à présent nous connaissions enfin le bonheur. »
C’est par hasard, le train restant à quai dans un chef-lieu de district, qu’ils aperçoivent de loin le temple de la Parfaite Bienveillance - « sous la lumière du soleil, ses tuiles vernissées jaune d’or »  - et qu’ils décident d’y aller faire un tour, sur le flanc de la colline. Un homme y arrive après eux, accompagné d’un enfant. Une rencontre.

La nouvelle suivante, L’accident, contraste évidemment. Sans déflorer l’intrigue, j’y ai noté des couleurs : « le manteau gris de demi-saison », les « habits de printemps bleu clair », la « bâche à petits carreaux rouges et bleus » sur une carriole d’enfant tirée par une bicyclette. Après ce drame urbain, La crampe se déroule à la plage, un jour d’automne. Avant de se jeter à l’eau, un homme remarque parmi un groupe de jeunes gens « une jeune fille en maillot de bain rouge ». Mais à un kilomètre du rivage, le nageur est saisi d’une crampe. Il se bat, conscient d’être dans la mer un
point noir dont personne, sur la plage, ne devine les difficultés.
Dans un parc est presque entièrement dialogué. Un homme et une femme qui se sont aimés puis perdus se rencontrent sans se retrouver. « Dans le halo lumineux des lampadaires, les peupliers agitent imperceptiblement leur jeune feuillage vert tendre aux reflets de satin. »

 

Gao Xingjiang Couverture Points.jpg

 

La nouvelle éponyme commence avec l’achat coup de cœur d’une canne à pêche, en souvenir du grand-père qui fabriquait les siennes en bambou. Les souvenirs affluent de ce pêcheur qui emmenait son petit-fils au Lac du Sud et était aussi chasseur. Par exemple, sous l’avant-toit de sa maison, voici les « cages où mon grand-père
élevait des oiseaux, une grive et un merle huppé ».
Et avec lui la grand-mère qui « semblait toujours parler de quelque chose enfoui enfoui enfoui, encore enfoui enfoui enfoui enfoui, ces souvenirs crissent sous tes pieds qui foulent le sable. » Mais comment se promener en ville avec une canne à pêche sur l’épaule ? Où la ranger dans l’appartement à l’abri des maladresses de son petit garçon qui voudra sûrement y toucher ?

  

Des Instantanés terminent le recueil de Gao Xingjian. De courts fragments autour d’un homme seul, sur la plage, dans une chaise longue. Soleil doux. Sommeil. Mélodie de la marée ou du vent. Par petites touches, nous entrons dans l’imaginaire d’un écrivain, dans ses rêveries ponctuées par le cri des mouettes. L’écriture est visuelle, mais pas seulement. Le dehors et le dedans s’y frôlent, le réel et l’imaginé, les sensations et les sentiments. C’est sobre. C’est fluide. Comme une encre de Chine.

14/08/2008

Loin de Pékin

Comment Fugui, le fils unique des Xu, un joueur et un noceur impénitent, est-il devenu ce vieil homme à la peau tannée qui encourage son buffle poussif près de la rizière ? Le roman Vivre ! de Yu Hua (1994) répond  à cette question. Zhang Yimou en a tiré un film primé à Cannes cette même année – lui qui vient de mettre en scène la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. Vivre ! est le récit d’un récit. Dix ans plus tôt, l’auteur parcourait les campagnes à la recherche de chansons populaires (pour les lecteurs de Balzac et la petite tailleuse chinoise de Dai Sijie, impossible de ne pas songer aux aventures picaresques des deux jeunes « rééduqués » lancés dans ce genre d’entreprise) et il y a rencontré ce vieux paysan qui lui a raconté son histoire.

Effarantes vicissitudes du peuple chinois dans la seconde moitié du vingtième siècle. Fugui en traverse toutes les péripéties. Quand il était jeune, il ne se déplaçait qu’à dos d’homme, mais il s’endette dans les maisons de jeux – « tous des chats gourmands » dit sa mère en parlant des hommes - au point d’obliger son père à vendre ses terres. Le mariage ne l’assagit pas, malgré la patiente Jiazhen. Ce n’est que quand son beau-père vient rechercher son épouse enceinte, en lui laissant Fengxia, leur fille aînée, que Fugui commence à ressentir son indignité. Heureusement, sa femme reviendra, avec leur petit garçon de six mois, Youquin.

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Labour d'un champ de cacahouètes à Yangshuo. ph. S.Leret
http://tribulations-famille-chine.blogspot.com/2008/02/le...

Comme le Candide de Voltaire, Fugui est enrôlé de force dans l’armée du Guomindang et y découvre les horreurs de la guerre. Fait prisonnier par l’armée de Libération, il ne peut rentrer chez lui que deux ans plus tard, dans une famille très éprouvée en son absence. Puis vient la réforme agraire : le nouveau propriétaire du domaine des Xu est fusillé, mort à la place de Fugui, en quelque sorte. Celui-ci décide alors de « vivre correctement » et d’abord de rester en vie en faisant profil bas lors des réformes successives.

Le sort de sa famille est sa priorité. Il place sa fille comme servante pour pouvoir payer des études au garçon. Leur vie est difficile. Youquin prend en affection deux moutons qu’il nourrit soigneusement le matin avant de courir à l’école, mais ceux-ci seront réquisitionnés lors de la famine. On n’imagine pas les malheurs qui vont frapper tour à tour les membres de cette famille pauvre.

Yu Hua n’hésite pas à montrer la stupidité des réformes irréalistes, dont tous les Chinois ont fini par payer le prix fort, au gré des changements de politique. Quand Fugui, au soir de sa vie, étonné d’avoir survécu, décide d’acquérir un buffle qui l’aide aux champs, il prend en pitié une vieille bête qu’on mène à l’abattoir et l’achète. « Les buffles comprennent les hommes. Sur le chemin du retour, mon buffle ne cessa de me frôler pour me manifester sa reconnaissance et sa sympathie. Il savait que je lui avais sauvé la vie. – Ne te fais pas trop d’illusions, lui dis-je. Je t’emmène pour te faire travailler, il ne faut pas t’imaginer que tu vas être traité comme un roi. »