Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

16/06/2015

L'oiseau

sôseki,natsume,petits contes de printemps,littérature japonaise,conte,oiseau,culture« D’un seul battement d’ailes, l’oiseau vola jusque sous l’appui de fenêtre. Il resta un moment sur la fine branche d’un grenadier, mais on le sentait apeuré. Deux ou trois fois, il changea de position ; dans le mouvement qu’il fit, il m’aperçut accoudé à la balustrade, et s’envola soudain. J’eus à peine le temps de me dire que le haut de la branche avait bougé, légère comme de la fumée, que l’oiseau avait posé ses pattes délicates sur un des barreaux de la balustrade. 

Je voyais cet oiseau pour la première fois, et naturellement, j’étais incapable de lui donner un nom, mais la couleur de son plumage m’émut étrangement. »

 

Sôseki, Les replis du cœur (Petits contes de printemps)

 

 © Heihachiro Fukuda, Un oiseau et des feuilles vertes

 

 

 

 

 

15/06/2015

Contes de printemps

C’est en 1909 que Sôseki écrit les Petits contes de printemps (traduits du japonais par Elisabeth Suetsugu), de janvier à mars, en feuilleton pour un journal. A quarante-trois ans, il a déjà publié Je suis un chat et aussi Botchan, entre autres. Ce recueil de vingt-cinq textes courts (le plus long compte sept pages) livre comme des « fragments de journal intime » : « la tonalité de chacun est différente, tantôt intime et familière, tantôt d’une drôlerie délicate, étrange, ou encore empreinte de nostalgie » (quatrième de couverture). 

sôseki,natsume,petits contes de printemps,littérature japonaise,conte,culture
En couverture, un détail d’une peinture de Heihachiro Fukuda (1892-1974)

« Jour de l’an » raconte la visite que lui font quelques jeunes gens vêtus comme d’habitude sauf un, venu en redingote, puis de Kyoshi (poète et ami) en tenue de cérémonie : « haori noir et kimono noir aux armes de sa famille, on n’en attendait pas moins de lui ». Comme celui-ci pratique le , il propose à Sôseki de chanter. L’écrivain réalise que sa voix devient incertaine, ce que confirment ses hôtes : « La redingote notamment déclara que j’avais une voix chevrotante. » Il faut lire comment se poursuit cette séance de chant, l’encens pour l’un, les quolibets pour l’autre, jusqu’à cette conclusion : « Pour ma part, tant la nuance des manches de Kyoshi que leurs ondulations pendant qu’il jouait, m’ont laissé totalement froid. »

 

Une étrange rencontre – un serpent, une voix – lors d’une sortie de pêche avec son oncle sous la pluie, un vol de ceintures brodées, la ruse d’une petite-fille nommée Kii-chan pour se venger de la méchanceté d’un petit voisin, les sujets sont les plus divers. Sôseki anime des scénettes de la vie quotidienne, campe rapidement le décor, et nous, lecteurs, nous regardons, nous écoutons, comme si nous y étions.

 

Un jour de neige et de grand froid, son fils de deux ans pleure quasi sans discontinuer.  Avec les pleurs de l’enfant, le froid, Sôseki se sent incapable de travailler – « je n’ai le cœur à rien, et je n’arrive pas à éloigner mes mains du brasero » – et en plus, sa femme ou un visiteur imprévu ne cessent de le déranger. Il lui faudra attendre le soir pour retrouver le silence et la paix. (Le brasero)

 

L’écrivain raconte aussi des souvenirs, notamment d’un séjour  à Londres en 1900 : « La pension », « L’odeur du passé », « Impressions », « Brouillard »... Ou de son enfance, quand un élève a osé se lever pour corriger au tableau le caractère « ki » écrit par le maître au début d’un mot – c’est lui, bien sûr. (Le 11 février)

 

L’art du conteur se révèle dès la première phrase : « Depuis notre installation à Waseda, le chat s’est mis à dépérir à vue d’œil. » (La tombe du chat) ; « O-Saku avait-elle été trop matinale, toujours est-il qu’elle s’agitait en tout sens en répétant : « La coiffeuse n’est pas encore arrivée ? Elle n’est toujours pas là ? » » (L’être humain) ; « Hors d’haleine, je me suis arrêté et j’ai levé la tête : déjà, des étincelles passaient au-dessus de moi. » (L’incendie)

 

Dans ses Petits contes de printemps, l’écrivain japonais glisse ses préoccupations de tous ordres, y compris ses maux d’estomac, et surtout une fine observation des êtres humains. L’humour, l’inquiétude, toutes les émotions sont rendues avec justesse et pudeur. Et aussi avec poésie, comme lorsqu’il regarde un oiseau dans l’air printanier – un moment d’émerveillement. (Les replis du cœur)

24/05/2014

Un moi disparu

carol oates,joyce,le mystérieux mr kidder,roman,littérature américaine,suspense,conte,culture« Vous pensez que j’ai des vues sur vous, chère Katya ! Je le sais, je lis dans vos pensées, qui jouent si clairement, si purement, sur votre visage. Et vous avez raison, ma chère : j’ai des vues sur vous. J’ai une mission pour vous, je pense ! Si vous êtes bien elle.
– « Elle » ? Que voulez-vous dire ? bégaya Katya, ne sachant pas si Mr Kidder parlait sérieusement, ou si c’était encore l’une de ses plaisanteries énigmatiques.
– Une belle demoiselle – digne de se voir confier une mission capitale. Pour laquelle elle serait généreusement récompensée, le moment venu. »
Katya serrait toujours le sac contre sa poitrine. Effrayée et perdue. Et pourtant son cœur battait d’une attente fiévreuse.
« Il y a un mot allemand –
Heimweh, nostalgie. C’est un sentiment puissant, un peu comme un narcotique. Le regret intense de chez soi, mais pas seulement… d’un moi disparu, peut-être. Un moi perdu. La première fois où je vous ai vue dans la rue, Katya, c’est ce que j’ai éprouvé… j’ignore absolument pourquoi. » 

Joyce Carol Oates, Le mystérieux Mr Kidder

22/05/2014

Un conte cruel

Dès la première rencontre entre Katya Spivak, seize ans, et Marcus Kidder, soixante-huit ans, devant une boutique de luxe à Bayheard Harbor (New-Jersey), Joyce Carol Oates suggère que Le Mystérieux Mr Kidder (2009, traduit de l’anglais par Claude Seban) aura tout l’air d’un conte de fées. 

carol oates,joyce,le mystérieux mr kidder,roman,littérature américaine,suspense,conte,culture

Le titre original, A Fair Maiden, met l’accent sur la jeune fille, engagée comme nounou pour l’été par les Engelhardt. Elle promène un bébé en landau et une petite fille de trois ans, Tricia, quand Marcus Kidder la surprend devant une vitrine de lingerie : « Et que choisiriez-vous, s’il vous était accordé un souhait ? » Katya se retourne sur un vieux monsieur distingué, des cheveux blancs et des yeux « d’un bleu de glace » : impossible de désigner l’ensemble en dentelle rouge qu’elle admirait, aussi, comme il insiste, montre-t-elle une chemise de nuit en mousseline blanche – « Ah ! Votre goût est impeccable. Mais ne regardiez-vous pas autre chose ? » ose Mr Kidder.

Dans cet échange entre le « résident d’été de Bayheard Harbor depuis de longues années » et la jeune fille très consciente de « ce que pouvait promettre une voix masculine cordiale parlant de souhait », il apparaît vite que, même si les employeurs de Katya sont membres du Yacht Club, Mr Kidder n’a que du mépris pour les nouveaux venus « qui se multiplient comme des mouches à miel sur la côte du Jersey. »

La richesse, l’amabilité et l’élégance font beaucoup d’effet à cette fille originaire d’une petite ville « déshéritée », mais lorsque son admirateur lui laisse sa carte avec son adresse et son numéro de téléphone en l’invitant pour le thé le lendemain, elle répond « peut-être » et intérieurement « pas question ». Ensuite elle se souviendra de son père, « un joueur maladif », parti il y a longtemps, qui disait toujours : « Aux dés de décider ». Katya sait qu’un homme âgé « qui avait un faible pour elle » peut être un « gogo » à exploiter. Elle le reverra, mais décide de le faire attendre un peu.

C’est donc la semaine suivante qu’elle emmène les petits Engelhardt dans la partie « historique » de la ville, à la découverte d’un quartier de résidences anciennes et spacieuses où même l’air porte « une odeur d’argent particulière ». La « vieille maison digne » à bardeaux de Mr Kidder ressemble à « l’illustration d’un conte pour enfants » et c’est comme le début d’une aventure pour  Katya d’appuyer sur la sonnette et de surprendre à son tour son occupant, nettement moins à son avantage en short et chemise froissée, les pieds nus dans ses sandales.

Jeune fille pauvre et vieil homme riche, le schéma paraît simple. Mais les intentions le sont moins. Ils sont deux à s’observer, à jouer leur rôle, à soigner les apparences et à écouter les sous-entendus. La petite Tricia reçoit ce jour-là un livre d’images, « L’anniversaire de Ballot Lapin » – Katya découvrira plus tard que Kidder en est l’auteur. Et au moment du départ  apparaît le cadeau qu’il lui destine, une boîte rose contenant un « caraco de dentelle rouge sexy et la culotte assortie » qu’elle refuse, choquée et furieuse.

Le mystérieux Mr Kidder est un conte cruel, l’histoire d’un été, avec sa magie luxueuse et ses maléfices. Joyce Carol Oates sait installer une atmosphère trouble autour de ses personnages : tous deux ont leurs forces et leurs faiblesses. Marcus a pour lui l’expérience et la richesse, mais il est vieux et très seul. Katya n’a jamais été traitée aussi gentiment dans sa désastreuse famille, mais elle y a pris « de mauvaises habitudes ». 

carol oates,joyce,le mystérieux mr kidder,roman,littérature américaine,suspense,conte,culture

Le mystère annoncé dans le titre tient jusqu’au bout du roman, qui ne se résume pas à un sordide piège sexuel, même si le sexe est un thème récurrent dans l’œuvre de Joyce Carol Oates, qui sait observer les attentes et les névroses de ses contemporains. La romancière joue ici au chat et à la souris, et il est bien difficile de prévoir qui, dans ce suspense psychologique, va gagner ou perdre la partie.

10/04/2012

Les couleurs de l'eau

On trouve souvent, dans les ruelles des villes en bord de mer, l’une ou l’autre galerie où plages et ciels s’offrent aux passants en compositions convenues et couleurs factices – il n’est pas facile de peindre et faire sentir l’atmosphère marine, l’eau et ses couleurs changeantes. Jusqu’au 21 avril, les galeries du fort Napoléon, à La Seyne sur Mer, proposent une rétrospective de Bernard Conte (1931-1995).

Bernard Conte Affiche.jpg

 
A l’Office du tourisme des Sablettes, l’affiche avait accroché mon regard : deux pêcheurs et leurs casiers, la tache jaune d’un tablier, des tons gris, bleus, beiges, et un chemin pour l’œil, de la barque échouée sur la grève vers les bacs de pêche, le sable, l’ourlet d’écume, la mer, les rochers et deux voiles, au loin. C’était l’occasion de découvrir ce fort Napoléon resté jusqu’alors pour moi une simple indication en bord de route à Tamaris.

 

conte,bernard,peinture,exposition,la seyne sur mer,fort napoléon,bords de mer,couleurs,eau,culture


Le fort a été bâti à la place d'une redoute édifiée par les Anglais, reprise par Bonaparte, à la tête de sept mille hommes, ce qui lui valut ses galons de Général de Brigade. Devenu empereur, il a fait construire, en haut de la colline Caire, un fort carré avec une cour centrale. Une seule route y grimpe et débouche sur de gros murs d’enceinte où la porte ouvre le passage vers une cour d’où rayonnent différentes galeries. C’est aujourd’hui un centre culturel. La Galerie de la Tête d’obsidienne y expose des artistes contemporains confirmés, les Galeries du fort sont réservées à la création régionale.

conte,bernard,peinture,exposition,la seyne sur mer,fort napoléon,bords de mer,couleurs,eau,culture

Dès la première où je suis entrée, le charme opère : de petites toiles se succèdent dans une longue salle voûtée où pierres et briques offrent un support en harmonie. Les vues de Bernard Conte sont éclairées de manière à laisser jouer autour d’elles l’ombre et la lumière. Ce sont presque toujours des bords de l’eau, parfois un mas en Provence ou un moulin. Devant des maisons sur pilotis, des pêcheurs sur leurs barques. Entre des pins courbés par le vent, des bateaux blancs dans une baie, les bleus mouvants de la mer. 

conte,bernard,peinture,exposition,la seyne sur mer,fort napoléon,bords de mer,couleurs,eau,culture 
Etier à marée haute (détail) © Bernard Conte

Les couleurs, l’atmosphère, voilà ce que le peintre capte avant tout, que ce soit à Venise ou à Bruges, ou, le plus souvent, sur des rivages de France, au centre de Paris, en Normandie, au bord de l’Atlantique ou de la Méditerranée. Les bâtiments ne sont qu’esquissés, avec portes et fenêtres, mais la lumière sur les murs est vivante, et à leurs pieds, des embarcations bougent doucement sur l’eau.  

Bernard Conte Bruges (détail).JPG
Bruges (détail) © Bernard Conte

C’est là, dans le bas des toiles, qu'elles prennent vie : des personnages y apparaissent, gondoliers, rameurs, passagers, promeneurs sur les berges de l’île Saint-Louis, amoureux, pêcheurs… 

Bernard Conte Ile Saint Louis (2) (détail).JPG

Ile Saint-Louis (détail) © Bernard Conte

 

Au bout d’une autre galerie, des natures mortes aux tons délicats : des fleurs, des pots, et une cage à oiseaux qui revient dans plusieurs toiles. Dans la grande Cage aux bouvreuils à découvrir plus loin, dans une petite salle plus intime, des bouquets de fleurs et un panier de fruits rouges tiennent compagnie à un couple d’oiseaux. C’est à gauche du couloir principal qui mène vers le plus grand tableau de cette exposition, En Auvergne, le plus mystérieux aussi.  

Bernard Conte En Auvergne (détail).jpg
En Auvergne (détail) © Bernard Conte

Bernard Conte est né dans le Cantal, a grandi entre l’Auvergne et Sèvres. Décorateur, il a pu gagner assez d’indépendance pour vivre sa passion de toujours, la peinture. Dans les années soixante, il transforme une vieille maison dans l’île de Noirmoutier en restaurant. La saison finie, il peut peindre, voyager jusqu’au Maroc ou dans les îles Lofoten.

Bernard Conte En Dordogne  (détail).jpg
En Dordogne (détail) © Bernard Conte

En 1989, il installe son atelier à Six-Fours, tout près de La Seyne, et c’est ainsi qu’est née cette exposition d’œuvres prêtées par son épouse. On y reconnaît des coins de la région (Dans la baie de Toulon), les blanches calanques où seuls les pins mettent du vert (Yachts au mouillage). Les formes sont simples, les couleurs claires. « Avec leurs aplats et surtout ce geste si particulier qui les guide, les œuvres de Bernard Conte racontent une nature décryptée et retranscrite. » (Jean-Christophe Vila)

Bernard Conte Dans la baie de Toulon (détail).JPG
Baie de Toulon (détail) © Bernard Conte

Dans les dernières salles – mais ai-je visité ces galeries dans l’ordre ? je ne sais –, des silhouettes de jeunes femmes m’ont paru fades après tous ces paysages de plein air. Le nom de Bernard Conte m’était inconnu, je ne l’oublierai pas. Cette rétrospective seynoise lui rend un bel hommage. Si vous montez à pied ou en voiture jusqu’au fort Napoléon, vous y goûterez de précieux moments de contemplation paisible.

02/03/2010

Grammaire

« La grammaire essaie de mettre de l’ordre dans le grand peuple des mots. Si on ne leur imposait pas des règles, ils iraient n’importe où, les mots.
Ils s’assembleraient n’importe comment. Et plus personne ne se comprendrait. Ou alors ils resteraient chacun dans son coin, ils refuseraient de former des phrases. Quel dommage ! Quel gâchis !  La grammaire rapproche, la grammaire relie, la grammaire accorde.

Maintenant, vous comprenez pourquoi je l’aime ? »

Erik Orsenna, Et si on dansait ?

01/03/2010

Ecrire en rythme

DSC07048bis.JPG

Textes & Prétextes, deux ans

 

Erik Orsenna sème régulièrement, depuis La grammaire est une chanson douce (2001), de petits cailloux lumineux pour qui aime la langue française. Rien d’académique même s’il siège depuis plus de dix ans au fauteuil du Commandant Cousteau. Et si on dansait ? raconte et explique la ponctuation avec la légèreté d’une apostrophe. « Au fond de nous, tout au fond est la musique, une sorte de rire silencieux de la gorge et du corps. Le reste, ce qu’on appelle « la profondeur », je veux dire le sérieux, l’arrêté, le pompeux, cette profondeur-là n’est que théâtre de surface. » (Discours de réception à l’Académie française, 17 juin 1999)   

Cachemire.jpg

Jeanne, seize ans, plaide coupable quand on l’appelle « dealeuse de phrases » ou « droguée de mots » ; dans son atelier clandestin, elle « fabrique des devoirs » à prix modeste pour « rendre service aux jeunes qui ne savent pas écrire ». Son frère Tom, encore endeuillé par la mort de leur vieil ami M. Henri, « le guitariste légendaire » (autre personnage de La grammaire…), se consacre, lui, à la musique. Et c’est ainsi que Jeanne est devenue « écrivain fantôme », par nécessité, vu que leurs parents ne s’occupent guère d’eux.

 

L’experte en rédactions et commentaires composés ne gagne pas grand-chose avec ses pairs, elle se tourne donc vers une clientèle plus aisée, les adultes, qui lui commandent toutes sortes de lettres d’amour, ou, pour ceux et celles qui aiment le pouvoir, des discours. Elle s’applique alors à raccourcir les phrases, clarifier les développements, traque les hiatus et tempère sa passion pour les parenthèses.

 

Inspirée par le travail musical de Tom, qui répète avec un métronome, Jeanne partage sa conviction : « Les êtres humains ont dû apprendre en même temps à parler et à chanter ». Comment employer des mots « sans musique » ? Ainsi commence cet Eloge de la ponctuation. Du point final, qui a pour Jeanne le goût d’un premier amour qui se termine, aux guillemets, ces chapeaux à demi renversés pour saluer l’auteur et le quitter, en passant par les précieuses virgules et le trop négligé point-virgule.

 

Ecrire en rythme, voilà l’enjeu. Dans un Discours sur la Vertu (2000), passage obligé des Immortels, Orsenna en parlait déjà avec son talent de conteur : « Il était une fois une mèche et un souffle. Il était une fois un professeur qui, à peine assis, inspirait, ouvrait la bouche et ne la refermait et puis n’expirait que sonnée la fin du cours. Pendant ce temps, tout ce temps, des expressions lumineuses
voletaient dans la salle, comme des papillons insaisissables et venaient nous picoter l’intellect et nous réveiller le cœur. Pendant ce temps, tout ce temps, la mèche tombait et retombait, comme pour battre la mesure de cette merveille de musique verbale. La mèche, le souffle et le professeur portaient le même nom. Vous avez reconnu Vladimir Jankélévitch. »

 

Orsenna, l’amoureux de l’Afrique – on n’oublie pas sa délicieuse Madame Bâ –, fait inviter Jeanne par le Président Bonaventure dont elle a rédigé le programme électoral et de nombreux discours. Il a besoin d’elle pour bien recevoir le Président du Sénégal, le poète Léopold  Sédar Senghor. En survolant le rivage de l’archipel, Jeanne s’est étonnée du ruban noir qui pollue le bord de mer et dont les bulldozers ne viennent pas à bout. La nuit venue, elle s’y promènera pour mener sa propre enquête. Les mots et la ponctuation seront évidemment mêlés à cette étrange affaire.

 

Avec allégresse et fantaisie, Et si on dansait ? raconte en une centaine de pages une charmante histoire de mots et de signes, illustrée par Montse Bernal, en deçà néanmoins de sa « chanson douce ». De quoi amuser les convaincus, instruire les débutants et séduire les amateurs de contes, à la suite des Chevaliers du subjonctif (2004) et de La révolte des accents (2007).

02/06/2009

Insatisfaction

« Ce que nous avons intensément désiré finit presque toujours par advenir une fois ; mais telle est l’insatisfaction perpétuelle du cœur que nous ne le reconnaissons pas, ou que ce qui advient ne paraît plus correspondre au rêve qu’on en fit. »

Michel de Ghelderode, Incipit du Jardin malade (Sortilèges et autres contes crépusculaires)

Charlet Franz Promenade hivernale.JPG