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12/03/2016

Palais de Justice

« J’ai constaté, au fil des années, que les Bruxellois n’aiment guère cette « construction babylonienne », pour reprendre la métaphore de Camille Lemonnier, et qu’ils méprisent en général Joseph Poelaert, comme s’il leur avait fait plus de mal que de bien, comme si, par anticipation, il était le responsable de la mauvaise urbanisation de leur ville.

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Palais de justice de Bruxelles,
carte postale ancienne 1923 Wikimédia Commons

Dans le langage populaire bruxellois, le mot « architecte » est même une insulte. On dit aussi skieven architek*, architecte fou, pour désigner quelqu’un qui n’a pas toute sa tête. »

Jean-Baptiste Baronian, « Poelaert, Joseph » in Dictionnaire amoureux de la Belgique

* (ou « schieven architek »)

 

10/03/2016

Belgique de P à Z

Dictionnaire amoureux de la Belgique de Jean-Baptiste Baronian, dernière. Je pensais le faire durer plus longtemps, mais la curiosité a été la plus forte. Plus on avance dans ce dictionnaire, plus on y décèle certaines préférences de l’auteur : la musique, la petite histoire dégotée dans les livres anciens, l’excentricité, les façons de dire, le goût de surprendre…

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Pierre-Joseph Redouté (1759 –1840), Rosa centifolia foliacea

Commençons par le prix Nobel : si les amateurs de littérature savent que Maeterlinck est le seul écrivain belge à avoir été couronné par le Nobel de littérature (1911), qui pourrait citer un Belge lauréat du prix Nobel de la Paix ? Il y en a pourtant eu trois entre 1904 et 1913. Un autre Nobel figure à la lettre P, Ilya Prigogine (chimie, 1977), qu’on découvre également passionné de culture, récemment décédé.

A la même lettre, aux « drôles de machines » de Panaramenko succède la « pataphonie », « discipline musicale (ou paramusicale) des plus bizarroïdes ». Il faudra mieux regarder la prochaine fois qu’on passe au carrefour à l’entrée du Bois de la Cambre : une petite fontaine « surmontée d’une colonnette » y est dédiée au poète Odilon-Jean Périer qui n’a vécu que 27 ans. Et visiter un jour à Anvers l’imprimerie Plantin-Moretus, « l’Olympe », écrit Baronian, pour les amoureux du livre.

« Quick et Flupke » suivent la « Question royale », puis nous voilà au R : tiens, voici Axelle Red, « le feu qui chante ». Redouté, né à Saint-Hubert, et ses roses « si bien peintes à l’aquarelle, si bien exécutées, qu’elles apparaissent plus vraies que nature ». Django Reinhardt, natif de Liberchies, que Baronian présente via une rencontre à Turin (où il allait participer à un colloque sur Simenon) avec un passionné !

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http://www.fine-arts-museum.be/fr/expositions/de-floris-a-rubens

Rops, forcément, « homme double » : le peintre de Pornokratès et le dessinateur qui se vante d’être « le mieux payé à Paris », achète des demeures fastueuses, plante « deux mille rosiers dans sa propriété d’Essonnes, La Demi-Lune ». Evidemment Rubens, « le peintre belge archétypique ».

Dire que dans nos Musées Royaux des Beaux-Arts bruxellois, la pluie s’est infiltrée près des Rubens – une toiture que la Régie des Bâtiments tarde à réparer ! Quel saint, quelle sainte implorer ? Ce sera ma transition vers l’entrée la plus inattendue du Dictionnaire amoureux de la Belgique : « Saints et saintes ». Jean-Emile Andreux qui nous a tant charmés avec ses « toponymies » en aurait fait son miel. Baronian distingue ici deux catégories de saints : ceux aux prénoms « des plus communs » et ceux qui portent des prénoms rares ou insolites, souvent « attachés à des lieux bien précis ».

Pas de saint Peyo, mais un « coup de génie » : non seulement il a inventé les Schtroumpfs, mais aussi une nouvelle langue schtroumpfement typique du pays de Grevisse ! On reste dans l’invention avec François Schuiten, « le Piranèse de la bande dessinée » et un artiste aux réalisations en tous genres. Louis Scutenaire, maître des aphorismes, habitait lui aussi Schaerbeek.

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Cinq pages pour Simenon : il n’en fallait pas moins pour l’écrivain liégeois et universel, « le génie du roman dans tous ses états » sur qui Baronian a beaucoup écrit. Vous aimez Spilliaert ? Vous aimerez l’émotion de l’auteur chez sa fille naturelle à Uccle. Vous aimez Stromae ? Vous n’aimerez peut-être pas la manière ambivalente de son portrait.

Parmi les rares livres qui ont une entrée directe dans ce Dictionnaire amoureux de la Belgique, voici Tempo di Roma d’Alexis Curvers et, plus loin, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem (tous deux parus en 1967). Seul poème cité intégralement : Toi qui pâlis au nom de Vancouver de Marcel Thiry. Seul critique salué, Pol Vandromme (1927-2009), « le plus grand critique littéraire belge de langue française ». Plus de pages pour les séjours de Verlaine en Belgique que pour Emile Verhaeren.

Après la cristallerie du Val-Saint-Lambert, les « Van » se bousculent : Van Dam et Van Damme à ne pas confondre, Van de Velde et Van Dyck, Van Looy, Van Rompuy et Van Rysselberghe (entre autres). Dernières entrées inattendues à la lettre V : « Violence » et « Voyages ». Baronian raffole des « relations de voyages », surtout les anciennes qui révèlent la Belgique d’antan, par exemple sous la plume de Théophile Gautier, Gérard de Nerval ou Alexandre Dumas.

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A la fin de l’alphabet baronianesque, quelques W mais pas de X, deux Y, un Z – mystères que vous éluciderez si vous réservez une place chez vous à ce Dictionnaire amoureux de la Belgique ou si vous l’empruntez à la bibliothèque : ce nouvel ouvrage de référence vous emmènera, comme le dit joliment la quatrième de couverture, « d’un peintre à un paysage, d’un écrivain à une ville, d’une salle de concert à une épopée sportive, d’une étape gastronomique à un musée, d’une loufoquerie à un émerveillement. »

20/02/2016

Chapeau

baronian,jean-baptiste,dictionnaire amoureux de la belgique,culture,essai,littérature française de belgique,écrivain belge,histoire,art« Dans son livre De l’élégance masculine (1987), Tatiana Tolstoï dit qu’aucun homme ne devrait se passer de chapeau. Outre le fait qu’il est une protection contre la pluie et le soleil, le chapeau permet en effet de saluer les dames, de cacher la calvitie, de grandir les individus de petite taille, de rendre acceptable un manteau aux épaules trop larges sur lesquelles une tête nue paraîtrait minuscule… Sans oublier qu’il est un signe de bienséance chez un individu, la politesse exigeant qu’on le retire lorsqu’on franchit la porte d’une maison où on est reçu. Encore qu’avec certains couvre-chefs magnifiquement extravagants d’Elvis Pompilio, il ne soit pas toujours très facile de le faire. »

Jean-Baptiste Baronian, « Mode, c’est belge » (Dictionnaire amoureux de la Belgique)

Photo empruntée à un entretien dans Metro : "Elvis Pompilio : Monsieur Chapeau" (26/6/2015)

 

18/02/2016

Belgique LMNO...

Nouvelle balade dans le Dictionnaire amoureux de la Belgique de Jean-Baptiste Baronian : cette fois nous irons de Laeken jusque chez Thomas Owen (qui a habité pas loin de chez moi). Je vous ai déjà présenté les Serres royales de Laeken, mais jamais je n’ai mis les pieds au « Père-Lachaise » bruxellois selon certains, à savoir le cimetière de Laeken où Baronian a eu « la curieuse impression de dégringoler les âges à la vitesse de l’éclair » dans une « métropole totalement désuète et, qui plus est, d’une laideur infinie ». Dans ce « gris répulsif », que de « Belges qui ont fait la Belgique », pourtant !

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Albijn Van den Abeele, Bois de sapins en février, 1900
(en couverture du catalogue Le premier groupe de Laethem-Saint-Martin 1899-1914, Bruxelles, 1988)

A « Laethem-Saint-Martin », on respire mieux, avec les deux groupes d’artistes de ce « foyer de la peinture et de la sculpture flamandes du XXe siècle ». Un millier d’habitants vers 1900, quand les premiers s’y installent, neuf fois plus (« près de vingt fois plus si on compte la population de Deurle, la commune limitrophe ») aujourd’hui dans cette région cossue où musées et galeries d’art prospèrent. Baronian rappelle ce qui motivait ces artistes et admire Bois de sapins en février, chef-d’œuvre de Van den Abeele : « Le mystère de la lumière verte dans tous ses états. Le mystère tout court sublimé par des arbres. Un miracle. »

La littérature française de Belgique prend volontiers sa source officielle dans La Légende d’Ulenspiegel de Charles de Coster (1827-1879), roman passé presque inaperçu à sa parution en 1867, écrit Baronian, mais relancé par diverses rééditions, surtout posthumes, et par le monument élevé aux étangs d’Ixelles en hommage à l’écrivain volontiers archaïsant, représentant le couple héroïque, Thyl Ulenspiegel et Nele (j’ai vu passer l’une ou l’autre fois la sculpture de Charles Samuel, en bronze et en format réduit, mais à des prix hors de ma portée.)

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Si comme moi, vous ignoriez le nom du photographe Willy Kessels (devinette du billet précédent), celui de Charles Leirens devrait être plus familier à ceux qui fréquentaient l’ancienne librairie du palais des Beaux-Arts tenue par la Promotion des lettres belges de langue française : on y trouvait en cartes postales ses beaux portraits d’écrivains et d’artistes. Baronian nous apprend qu’il était féru de musique, lui-même compositeur, organisateur de concerts marquants, notamment à la Maison d’Art qu’il avait fondée avenue Louise. « Grand photographe, grand mélomane et grand animateur culturel : j’ai beau chercher, je ne vois pas quel nom je pourrais mettre en regard de celui de Charles Leirens », conclut Baronian.

Je ne m’attarderai ni sur nos anciens rois Léopold I, II et III, ni sur « Lemaître », « Lemonnier », « Leys », ni sur « Liège », qui le méritent assurément. Pardonnez-moi de quitter le L, mais (comme dans ma bibliothèque) la lettre M qui suit est la plus fournie dans ce dictionnaire : 23 entrées en commençant par « Maeterlinck » et « Magritte », c’est une gageure d’en rendre compte. Alors tant pis (tant mieux pour vous quand vous ouvrirez ce Dictionnaire amoureux de la Belgique), pas de « Meunier (Constantin) » ni de « Mer du nord » ni même de « Moules », je m’arrêterai sur un seul article en M.

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Léonard Misonne, Brouillard et poussière, 1908

C’est au Musée de la photographie à Charleroi que j’ai vu les œuvres de Léonard Misonne – on hésite à nommer « photographies » les créations de ce photographe impressionniste. Méconnu, affirme Baronian, parce que la photographie pictorialiste (imitant la peinture) « a totalement été déconsidérée après la seconde guerre mondiale » au profit de la photographie réaliste et documentaire. Misonne composait des « tableaux photographiques », souvent des paysages champêtres, des scènes de ville aussi, et toujours avec une lumière, une atmosphère particulière.

Bien sûr, à M vous trouverez bien « Mons » et à N « Namur » ! Puis les écrivains se succèdent : Norge précède Amélie Nothomb et Paul Nougé. Thomas Owen n’est pas loin, juste derrière « Ostende », où Baronian invite Stefan Zweig (La saison à Ostende), Henri Storck qui a filmé « Ostende, reine des plages » du temps où elle était ce qu’elle n’est plus (mais elle a de beaux restes), et bien sûr les deux grands peintres ostendais, James Ensor et Léon Spilliaert.

Désolée de terminer ce billet sur un mode énumératif, je vous promets pour le prochain un extrait plus... élégant.

06/02/2016

Coup d'archet

Baronian grumiaux_arthur.gif« Au vrai, ce soir-là, il m’a profondément bouleversé et, chaque fois que j’entends le Concerto de Mendelssohn, je le vois, lui, Arthur Grumiaux, je le vois et le revois au Palais des Beaux-Arts, tout inhibé, comme en retrait de l’orchestre et de l’assistance, mais faisant jaillir de son instrument les timbres les plus magiques. C’est ce que disent et répètent d’ailleurs tous les mélomanes, tous les critiques : la pureté du style, la beauté lumineuse de la sonorité, l’élégance du coup d’archet. » 

Jean-Baptiste Baronian, « Grumiaux, Arthur » in Dictionnaire amoureux de la Belgique

Photo : Arthur Grumiaux (Wallonie en ligne)

04/02/2016

Belgique GHIJK...

Bien sûr, Jean-Baptiste Baronian ne pouvait manquer de passer par Gand dans son Dictionnaire amoureux de la Belgique, ni d’évoquer deux écrivains qui me sont chers, différents à tout point de vue – seule leur initiale les rapproche : Marie Gevers et Michel de Ghelderode.

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Hôtel de Ville de Bruxelles par Henri Cassiers (1858-1944)

Chez la « dame de Missembourg », les chroniques sur la nature, les « relations de voyages » et « recueils de textes plus ou moins anecdotiques » constituent « la part la plus originale de son œuvre », selon Baronian. Ce qu’il écrit à propos de L’Herbier légendaire et de Parabotanique est fort tentant  (je n’ai lu ni l’un ni l’autre, les deux livres semblent épuisés). Quant à l’article sur Ghelderode et son « carnaval scénique », j’y ai appris le mot « middelmaestisme » par lequel l’écrivain désignait « la manie belge des compromis » (voir § 7).

Aux amateurs du ballon rond, je signale un bel hommage à Raymond Goethals à qui « aucun entraîneur de football à travers le monde ne ressemblera jamais ». Aux amateurs de la petite reine, un article sur Grammont, pour le fameux « mur de Grammont » que doivent franchir les coureurs du Tour des Flandres, « sorte de mont Ventoux en miniature » – et aussi, entre autres spécialités dont je vous laisse la surprise, pour la tarte au maton, dont le nom « tarte au maton de Grammont » est désormais protégé (on la fabrique aussi ailleurs en Belgique.)

Le plus surprenant, à cette lettre « G », c’est l’incroyable « Guerre de la vache et les Ronds du Hainaut », une affaire méconnue qui a vu périr bien des humains au Moyen Age… pour un vol de vache. On n’attendra pas le « J » pour regretter le beau revers de notre « Juju » nationale : Justine Henin récolte plus de trois pages à la lettre « H », pas mal. Hergé et Horta feront mieux, on s’en doute.

Et pourtant, c’est Victor Hugo qui gagne la première place : « De 1837 à 1871, il est venu dans le pays une bonne quinzaine de fois et, certaines années, il y a effectué de longs séjours. » Non seulement, il y a beaucoup écrit, mais il a beaucoup dessiné, parfois au lavis, au cours de ses voyages dans différentes villes belges. Hugo s’extasiait devant l’hôtel de ville de Bruxelles, « une éblouissante fantaisie de poète tombée de la tête d’un architecte ».

A « Humour », vous assisterez à une malicieuse estocade sur la façon dont les Français parlent du rire belge et des Belges, vous rencontrerez du beau monde dans le décalé voire dans l’absurde, et pas seulement Philippe Geluck, figure bien connue outre-Quiévrain. J’y inclurai d’ailleurs Baronian lui-même pour avoir introduit un seul sujet à la lettre « I » : I comme « Informateur ».

Par les temps qui courent, vous songez peut-être aux indicateurs de police, pas du tout. C’est l’occasion de revenir sur un épisode peu glorieux d’histoire contemporaine : la Belgique est restée 541 jours sans gouvernement en 2010-2011, au cours desquels le roi a dû nommer successivement des informateurs, médiateurs, conciliateur et clarificateur avant de pouvoir nommer un formateur (Elio di Rupo).

Un seul « J », trois « K » : je terminerai par une devinette – sans tricher, n’est-ce pas ? (Abstenez-vous si vous possédez ce Dictionnaire amoureux de la Belgique.) Que suggérez-vous pour ces entrées ? Non, pas « Juju », je vous l’ai dit (§ 4). Les paris sont ouverts – des paris « belges », cela va sans dire. (Un indice : deux peintres.)

23/01/2016

Folon dans le métro

Baronian Folon Montgomery.jpg« La station de métro Montgomery à Bruxelles est décorée d’une gigantesque fresque de Jean-Michel Folon (1934-2005). Chaque jour, d’innombrables voyageurs passent devant, mais ceux qui la contemplent, ne serait-ce qu’une poignée de secondes, sont des plus rares. Je sais de quoi je parle : avant d’écrire la présente notice, je suis allé à deux reprises me poster devant la fresque, l’air de lire mon journal ou d’attendre quelqu’un, et j’ai observé du coin de l’œil, un bon quart d’heure, l’incessant va-et-vient. Les deux fois, personne ne m’a donné l’impression de regarder la fresque. […] »

Jean-Baptiste Baronian, « Folon, Jean-Michel » in Dictionnaire amoureux de la Belgique

Photo La Libre.be : "Le métro, ce musée souterrain" par Lauranne Garitte (31/8/2014)
Reportage photo
© Jean-Christophe Guillaume 

***

Deux émissions consacrées à Bruxelles sur France Culture (merci de me les avoir signalées, Aifelle) :
Villes-Mondes : Bruxelles en belgitude et en amour vache (10/1/2016)
Villes-Mondes : Babel Bruxelles (17/1/2016)

21/01/2016

Belgique CDEF...

A la lettre C de son Dictionnaire amoureux de la Belgique, Jean-Baptiste Baronian rend hommage à Maurice Carême dont les poèmes, « quoi qu’en pensent les cuistres », sont si populaires à travers le monde qu’« il existe quelque deux mille huit cent cinquante mises en musique de ses textes ! »

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La bibliothèque du Château de Beloeil © ASBL Fonds Château de Beloeil

On compte à peu près le même nombre de châteaux dans notre pays, de toutes les sortes, et Baronian qui s’avoue attiré par la vie de château s’installerait volontiers à Beloeil pour lire les œuvres complètes du prince de Ligne. Il y aurait forcément du chicon à table, « cette excellente variété d’endive » nommée « witloof » (feuillage blanc) en flamand, et bien sûr du chocolat (on compte actuellement près de sept cents chocolatiers belges).

Après quelques écrivains – Hugo Claus pour son Chagrin des Belges, Gaston Clément pour Le conseiller culinaire (1947), Jacques Albin Simon Collin de Plancy (un Français) pour son Dictionnaire infernal et son Histoire de Manneken-Pis racontée par lui-même (XIXe) –, vient le tour du Concours reine Elisabeth que l’auteur a souvent critiqué (et aussi son public bon chic bon genre), mais qu’il reconnaît comme « le plus sérieux » des concours musicaux internationaux.

Pas d’entrée pour le Congo, mais bien pour Congo, une histoire, l’essai retentissant de David Van Reybrouck, « un grand hymne d’amour au peuple congolais ». Pour avancer, je ne vous parle ni de « Contrefaçons » (le mot est impropre ; selon Baronian, en réalité, c’étaient des « réimpressions belges » de textes français) ni d’Annie Cordy ni des « coulonneux » (comme on nomme les colombophiles en Wallonie) – salut tout de même à feu mon grand-père flamand grand lâcheur de pigeons dont il était fier.

La succession de notices le plus souvent sans lien avec ce qui précède et ce qui suit est un des charmes de la collection des Dictionnaires amoureux. Sauter les crevettes grises ? Impensable, vu leur place « au patrimoine culinaire national ». Baronian confie qu’il teste un restaurant à la qualité de ses croquettes de crevettes grises. Le pamplemousse aux crevettes grises n’y est pas mentionné, mais bien la fameuse « tomate aux crevettes ». L’article « Cuisine » offre l’occasion d’une petite passe d’armes sur la cuisine belge par rapport à ce qu’en disent certains guides français.

« Cyclisme » : que de bons souvenirs pour l’auteur et de héros belges de la petite reine ! Au D, le père Damien est premier, d’ailleurs canonisé en 2009. Le missionnaire dévoué aux lépreux a été calomnié de son vivant, raconte Baronian, et c’est une lettre de Robert Louis Stevenson dans le Times qui a rétabli son honneur.

Hommage au cinéma réaliste des frères Dardenne, « à condition de considérer, comme l’a écrit Bertolt Brecht, que le réalisme ne consiste pas à dire des choses vraies, mais à dire ce que sont vraiment les choses. » Et aux films d’André Delvaux, regroupé sous son patronyme avec Laurent (sculpteur), Charles (maroquinier), Paul (peintre) et les autres, sans aucun lien de parenté entre eux.

Baronian préfère Anna Teresa De Keersmaeker à Maurice Béjart et Camille De Taeye à Jules Destrée. Après avoir ressuscité les raquettes de tennis Donnay, il consacre un bel article à Christian Dotremont « un écrivain qui a peint ou un peintre qui a écrit ? » Clément Doucet récolte cinq pages du Dictionnaire amoureux de la Belgique, ce pianiste qui jouait « d’instinct » a formé un inoubliable duo avec Jean Wiéner.

Le D finit avec Christian de Duve, Prix Nobel de médecine (dont Doulidelle ne cesse de relayer l’appel). Et voici E comme L’Economie culinaire de Cauderlier, seul livre de cuisine des parents de Jean-Baptiste Baronian, E comme « Elskamp, Max », E comme « Ensor, James » : le peintre mais aussi l’écrivain et l’épistolier qui « a tordu le cou à l’académisme, le mal incurable des lettres de Belgique ».

E ou F ? Etrange ou Fantastique ? Bien sûr, le grand connaisseur du genre qu’est Baronian consacre un long article à l’« Ecole belge de l’étrange » (il cite une quinzaine d’écrivains qui en font partie et revendique en toute modestie la paternité de l’expression), saluant au passage les éditions Marabout qui ont joué un grand rôle dans la reconnaissance de cette littérature singulière.

L’histoire de la « Fête des chats » célébrée en mai à Ypres fera frémir tous les amis des chats, avec durant des siècles des « jets de chats vivants » même du haut du beffroi, entre autres mauvais traitements. Depuis 1938, les habitants se contentent « de lancer des chats en peluche » et de se déguiser en chat, « une orgie féline en somme ».

Je n’en ai pas fini de décliner l’alphabet du Dictionnaire amoureux de la Belgique. On s’y amuse de l’inattendu, de l’inconnu, du méconnu, que Baronian accommode à la sauce belge et agrémente d’anecdotes personnelles. Bien sûr, certaines entrées s’imposent, comme « De Coster, Charles », « Expo 58 », « Francorchamps » et « Frites ». Bon appétit, messieurs dames !

09/01/2016

Béguinages

« Le béguinisme est une affaire flamande. baronian,jean-baptiste,dictionnaire amoureux de la belgique,cultureIl a pris son essor, semble-t-il, à l’époque des croisades, lorsque nombre de femmes veuves et célibataires n’ont eu d’autre recours que de se regrouper et de former des communautés au sein même des villes, afin de se consacrer à Dieu et de venir en aide aux plus démunis. Mais comme elles n’étaient nullement tenues de prononcer des vœux définitifs et qu’elles avaient le droit, à tout moment, de quitter leurs béguinages et retourner vivre dans le monde, comme elles passaient beaucoup plus de temps à s’occuper de tâches pratiques et ménagères qu’à prier, méditer et se recueillir, elles étaient plutôt mal vues par l’Eglise et étaient presque considérées comme des hérétiques. Et voilà qu’en 1311, le concile de Vienne, convoqué par Clément V à la demande de Philippe le Bel, allait interdire les béguinages partout en Europe, sauf dans les Pays-Bas du Sud.
Pourquoi cette tolérance, ce régime de faveur ? (…) »

Jean-Baptiste Baronian, Dictionnaire amoureux de la Belgique

Photo : Béguinage de Bruges (2003)

07/01/2016

Belgique ABC...

C’est à Jean-Baptiste Baronian que Plon a confié la confection du Dictionnaire amoureux de la Belgique – je m’en réjouis. Non que j’aie beaucoup lu ses romans, mais bien quelques-uns de ses essais sur la littérature fantastique et tout un temps, ses chroniques de bibliophile dans le Magazine littéraire. Une bonne plume, comme a dit la libraire avant de m’indiquer le livre sur une table.

baronian,jean-baptiste,dictionnaire amoureux de la belgique,culture

« Ma Belgique. Une Belgique sentimentale et buissonnière. Les multiples états d’un pays souverainement sans pareil », écrit Baronian en avant-propos. Le Dictionnaire amoureux de la Belgique sera donc mon intermède préféré entre deux lectures en ce début d’année. A peine arrivée à la lettre C – pas encore lu « C’est arrivé près de chez vous » –, j’ai déjà envie de vous en parler, aussi je me lance : ce sera le premier épisode d’une chronique.

« Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique » est la première entrée, devant « Adamo, Salvatore ». L’Arllfb se distingue de l’Académie française dont elle n’est « ni une succursale, ni un succédané, ni un erzats », précise l’auteur, qui en est membre depuis 2002. 30 membres belges (20 pour la section littéraire, 10 pour la section philologique) et 10 étrangers – tous élus par leurs pairs. Derniers reçus : Amélie Nothomb et Xavier Hanotte. (J’ajoute que notre Académie compte actuellement dix femmes.)

Première découverte délicieuse : « Agathopèdes ». J’ignorais tout de cette Société spécialisée dans le canular ou la mystification dont font partie aujourd’hui Philippe Geluck, Jean-Pierre Verheggen, entre autres, et bien sûr Noël Godin, « l’entarteur » célèbre et décrié. Fondée en 1846, peu après l’indépendance du pays, par l’archiviste et académicien A. G. B. Schayes, elle a pour devise « tout pour un canard » et son mot de ralliement est « amis comme cochons ». Les Agathopèdes ont tous un nom d’animal issu du Roman de Renart et leur chef s’appelle « le Pourceau ». Un article irrésistible.

Comme le veut la collection, tous les domaines se succèdent dans ce dictionnaire, de l’art (« Agneau mystique (L’) ») à l’histoire (« Albert Ier », « Baudouin »), du music-hall (« Ancienne Belgique ») au football (« Anderlecht »), sans oublier les lettres (« Anthologie de la subversion carabinée ») et les grandes villes belges.  Cinq pages pour Anvers (ville natale de Baronian). Trois pour « Ardennes » – au pluriel parce que Baronian a toujours « entendu dire qu’il y avait deux Ardennes belges : l’Ardenne des Ardennais et l’Ardenne des touristes », à égalité de pages avec « Bastogne ». « Bruxelles » en quatre pages, c’est peu (Baronian y vit depuis l’âge de deux ans), et autant pour « Bruxellisation » !

A la direction d’orchestre, Philippe Herreweghe précède Pierre Bartholomée grâce à l’entrée « Baroqueux » où l’auteur rappelle qu’une Belge, Suzanne Clerx-Lejeune (1910-1985), avec Le Baroque et la musique (1948), fait partie des premiers musicologues à avoir caractérisé ce « champ musical européen ». Philippe Boesmans mériterait qu’on lui érige une statue ou au moins un buste à Tongres, sa ville natale, « pour la bonne et simple raison qu’il est le premier compositeur belge moderne, dont les opéras sont entrés de plain-pied dans le répertoire international. »

Jean-Baptiste Baronian a écrit des biographies de Baudelaire, de Verlaine et de Rimbaud, il consacre un long article à Baudelaire et à ses rapports désastreux avec la Belgique. Bien sûr, il sera question aussi des belgicismes et de la bière, du billard et de « Bob et Bobette » (« Suske et Wiske en flamand »), le sympathique duo de Willy Vandersteen. Utilisez-vous encore Le Bon Usage de Maurice Grevisse ? Baronian conclut joliment cet article : « On devrait apprendre dès l’enfance que la grammaire est une science du plaisir. »

Pour « Borchgrave (Isabelle de) », il reprend la formule de Givenchy : une « magicienne du papier ». Lui succède « Brabançonne (La) » où Baronian ne raconte pas l’incroyable bourde d’un homme politique flamand qui a entonné la Marseillaise quand on lui a demandé de la chanter, mais nous apprend que « la première mouture de l’hymne national belge a été écrite par un Français ». Louis-Alexandre Déchet ou Dechet, chevalier né à Lyon en 1801 et acteur, se trouvait à Bruxelles en 1830 et s’était « tout de suite enflammé pour la révolution belge ».

Jacques Brel, Marcel Broodthaers, Pieter Bruegel, Bruges et Bruges-la-Morte, le roman où Georges Rodenbach a « fait d’une ville un véritable personnage romanesque » – on se doute que Baronian ne manquait pas de riches entrées pour son Dictionnaire amoureux de la Belgique et qu’il a dû en sacrifier un grand nombre.

Mais je reviens pour terminer sur « Bruxelles », qui m’a laissée sur ma faim, même si sans doute d’autres sujets liés seront abordés plus loin dans l’alphabet. Baronian remarque d’emblée qu’aucun écrivain ne s’impose comme « référence littéraire bruxelloise absolue » et que personnellement, c’est Odilon-Jean Périer, poète méconnu, qu’il considère comme « le plus grand chantre de Bruxelles ». Sinon, il parle de son « anticlimax » comme principale caractéristique de la capitale, où « rien n’est pareil. Tout s’y côtoie et tout s’annule – le plus strict et le plus déglingué, le plus chic et le plus sordide, le plus vétuste et le plus à la page. » N’a-t-il pas raison quand il écrit que « Bruxelles, c’est le fantôme d’une ville qui s’appelle Bruxelles et qui a traversé les âges dans jamais prendre la peine de se faire une beauté » ou encore quand il parle d’un « Meccano pharaonique » ?

« Jean-Baptiste Baronian occupe une situation particulière dans la Belgique littéraire. En effet, c’est un écrivain de profession, qui entend vivre de sa plume. D’où la diversité de ses activités littéraires : essayiste, romancier, critique, préfacier, anthologiste, – et l’éclectisme de ses goûts : il passe dans une même année du roman « littéraire » au polar signé Alexandre Lous. » (Jean Muno & Alain Bertrand, 1988) Edmond Morrel lui a tendu son micro en déclarant qu’il a écrit là selon lui une « sorte d’autobiographie ». Le Dictionnaire amoureux de la Belgique est en effet très personnel – Baronian le reconnaît : « c’est mon Brel, c’est ma Justine, et c’est mon Rubens » – et très éloigné des lieux communs, comme le remarque Frédéric Saenen qui en fait un « coup de cœur » pour Le Carnet et les Instants.

(A suivre)