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02/01/2017

Balade sans paroles

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Parc Josaphat, Schaerbeek, 30.XII.2016

13/12/2016

Saisons

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Tomoka Shibasaki, Jardin de printemps

12/12/2016

Une maison bleue

Des branches d’érable traversent la jolie couverture de Jardin de printemps, un roman de Tomoka Shibasaki (Haru No Niwa, 2014, traduit du japonais par Patrick Honnoré), romancière née à Osaka en 1973. Quasi pas d’intrigue dans ce récit : Tarô, un des derniers occupants d’un immeuble d’une trentaine d’années voué à la démolition, passe le plus clair de son temps libre à observer ce qu’il voit de chez lui.

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Styrax japonica / Source : http://www.eggert-baumschulen.de/

Une femme au balcon du premier étage, le lierre sur un mur de séparation en parpaings, au-dessus duquel un prunier et un érable « plus entretenus » étendent leurs branches, le ciel et les nuages… Tarô s’imagine marcher sur les nuages et de là, regarder la ville en bas, « comme une scène de dessin animé, parfaitement ». Cette femme aux lunettes de monture noire, qui a emménagé en février, tient un carnet de croquis, elle semble regarder quelque chose et il finit par voir quoi : « la maison d’à côté, plus vers chez lui. La maison bleu clair. »

Le View Palace Saeki III compte quatre appartements au rez-de-chaussée, quatre à l’étage, « désignés chacun non par un numéro mais par un signe du zodiaque ». Comme le nom des locataires n’apparaît nulle part (« la norme de nos jours »), Tarô appelle la dame de l’appartement du Serpent Mme Serpent, lui habite celui du Sanglier. Un jour, celle-ci le guette à son retour du bureau : elle a trouvé une clé avec un petit personnage et pensé qu’elle lui appartenait, c’est le cas. Pour la remercier, il lui offre « des mamakari marinés au mirin », des poissons séchés qu’un collègue lui a rapportés – il sera souvent question de nourriture dans ce roman, et d’échanges de ce genre : dosettes de café, saumon, etc.

L’occupante de l’appartement du Dragon l’intrigue, et un matin, en la voyant passer devant l’immeuble, il la suit qui se dirige vers la maison bleu clair, tend le cou pour regarder par-dessus le mur, « franchement l’air suspect » : « C’était une construction dans le style occidental. Les lattes horizontales de la façade étaient peintes dans un lumineux bleu clair. Une pointe de pique ornait le sommet du toit de tuiles brun-rouge à quatre pans comme une pyramide aplatie. » De son appartement, Tarô en voit l’arrière et le vitrail aux libellules rouges d’une petite fenêtre.

C’est la maison des Morio (leur nom est indiqué près du portail). Près de l’entrée, un vélo d’enfant, un tricycle et une petite voiture bleu clair elle aussi. Dans le jardin privé, un lilas des Indes. Sa voisine rentrant chez elle, lui continue vers la gare. Avant son divorce, Tarô était coiffeur dans un salon géré par son ex-beau-père. Un mal de dos l’a fait choisir ensuite un boulot commercial plus stable.

Il finit par faire connaissance avec « Mme Dragon » qui aimerait regarder la maison bleue de son balcon à lui, plus proche, parce qu’elle la trouve magnifique. Nishi est dessinatrice de mangas et, pour le remercier de son accueil, l’invite à dîner dans une brasserie – elle adore la bière. Là, elle lui montre un livre de photographies, « Jardin de printemps » : quatre ou six photos par page, presque toutes en noir et blanc, toutes de la maison bleue ou du jardin. Elle date de 1964, l’année des J. O. de Tokyo ; c’était le genre de maison que construisaient des gens cultivés avec le désir « d’en faire trop ». Nishi l’a découverte en visitant un site de locations immobilières et quand elle a vu le carrelage jaune-vert de sa salle de bain, elle a reconnu la maison de l’album, consacré à un couple qui l’habitait, un réalisateur de films publicitaires (qui s’appelle aussi Tarô) et une comédienne.

Jardin de printemps tourne autour de cette fascination pour la maison bleue, celle de Nishi puis celle de Tarô à sa suite. Sa voisine va tout faire pour y pénétrer en se mêlant à la vie des Morio. Tarô observe alors avec encore plus d’attention les logements des environs, les coquilles vides ou habitées de leur quartier. Et aussi les arbres, les oiseaux, les insectes, comme la gale du styrax japonica qui inquiète Mme Serpent ou la petite urne de guêpe potière qu’il trouve dans le rail de sa fenêtre coulissante.

Prix Akutagawa 2014, ce roman court (140 pages) gentiment envoyé par Lewerentz qui l’a trouvé trop contemplatif à son goût, est un roman de petits riens, en effet. Le narrateur, qui préfère à tout se vautrer sur un canapé, est incité par ses voisines, et surtout par l’audacieuse Nishi, à s’intéresser davantage aux autres et à leur histoire, et pas seulement via internet ou les réseaux sociaux.  

Tomoka Shibasaki écrit dans un style minimaliste plutôt familier. Il me semble que si, sans m’y être vraiment ennuyée, la lecture de ce roman me laisse un goût de trop peu, c’est dû et à cette écriture peu travaillée et au caractère passif du personnage (à l’opposé du héros de La compagnie des artistes, attaché à la résidence Cairo ; Melbourne, il est vrai, n’est pas Tokyo, mais j’ai pensé quelquefois pendant ma lecture au roman de Chris Womersley). J’ai pourtant apprécié la description des petits gestes entre voisins, à la japonaise, et surtout l’attention portée à cette maison, à ses détails, à son jardin, qui en fait un espace dédié à la recherche du beau et de la lumière, un rêve de vie heureuse.

29/09/2016

Lumières drômoises

« Tous les mois de l’année sont des essais sommaires
d’où le parfait septembre tire sa composition » 

cette phrase de Virginia Woolf (Journal) pour partager avec vous
un peu de ces lumières drômoises qui m’ont enchantée.

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 Ici ou là, un indice.

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Au Temple de Venterol, pour les journées du patrimoine,
des photos de Chris Hoffmann (parrainage d’enfants cambodgiens)
– reflets dans un détail photographié sur place, beauté et secrets des visages.

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Photos sans légendes, pour le plaisir du regard.

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Ouvrir grand les yeux, les fenêtres.

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30/08/2016

Ouette d'Egypte

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Source : Oiseaux.net qui vous en dit tout et où vous pouvez écouter son cri, son chant.

 

Photo T&P : Etangs du Rouge-Cloître, Bruxelles (17.8.2016)

29/08/2016

Tous les verts

Au printemps, ils sont plus frais, plus acides, mais les verts de l’été, en août, ont aussi bien du charme. Au Rouge-Cloître, une après-midi : tous les verts, toutes leurs nuances, se mêlent. Où qu’il se pose, l’œil prend un bain de couleurs et de formes, de lumière et d’ombre.

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A la surface glauque des bassins, le long de l’abbaye, des grenouilles en grand nombre, immobiles.

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Nous sommes à l’entrée de la Forêt de Soignes ; se promener au Rouge-Cloître, c’est, autour des étangs, regarder le soleil jouer dans les feuillages. Le grand nid des cygnes est encore visible, près du chemin, mais ils se sont réfugiés de l’autre côté du petit étang des Clabots.

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La prêle des bois s’étend par endroits comme une rivière moussue au pied des troncs, légère, aérienne, élégante.

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A contre-jour, un arbrisseau se dessine, vert vif contre vert sombre. J’aurais voulu vous montrer le superbe martin-pêcheur au bord de l’eau, mais il s’est envolé trop vite.

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On plante çà et là de jeunes pins sur les talus, leurs aiguilles vert bleu contrastent avec le feuillage des arbres voisins. Le bois mort laissé sur place nourrit la biodiversité.

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Sous la surface verdie des étangs, des formes sombres en mouvement, parfois plus claires : les étangs du Rouge-Cloître abritent « la brème, la tanche, la carpe, le gardon, le rotengle, l’épinoche, la perche, le brochet ou la rare bouvière » (Bruxelles Environnement).

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Du chemin, on suit le fil de l’eau, entre les branches basses et les haies.

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Puis on revient vers la Maison du Meunier, où le lierre grimpe sur le toit – une maison souvent peinte, certains l’appellent la maison de Bastien.

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Près de la ferme, un dindon parade, on ramène les ânes. Dans les espaces de loisirs aménagés à l’arrière, les enfants montent à l’assaut d’un beau trois-mâts.

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Le site est aujourd’hui soigneusement préservé. Plusieurs zones non accessibles constituent l’une des réserves naturelles de la forêt de Soignes.

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Une promenade au Rouge-Cloître est toujours bienfaisante et en particulier, sous un ciel d’azur. Au sud de Bruxelles, c’est un endroit très cher aux amateurs de verdure.

30/07/2016

Remarquables

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Source : Une promenade dans les jardins d'Annevoie (Les lignes de l’Entre-Sambre-et-Meuse)

 

 

28/07/2016

Jardins d'Annevoie

Au bord de la route qui longe la Meuse après Namur vers Dinant, la direction des Jardins d’Annevoie est indiquée en grand, et nous avons laissé la voiture au parking juste en face pour revisiter ce « domaine classé Patrimoine majeur de Wallonie ». Des jardins du XVIIIe siècle où l’eau est reine, depuis 250 ans. Un réseau de canaux y distribue les eaux du Grand Canal par vases communicants, sans machinerie : ce sont des « jardins d’eau ».

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Mes souvenirs d’enfance étaient vagues et un peu sombres, sans doute les avions-nous visités par un jour sans soleil. Peut-être espérais-je y voir davantage de fleurs, alors que le goût du XVIIIe allait davantage aux perspectives et aux massifs taillés ? Cette fois, de belles éclaircies ont accompagné une bonne partie de la promenade.

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Le plan des Jardins donne de brèves explications sur le parcours discrètement numéroté, qui se découvre au regard peu à peu. De part et d’autre du chemin, la verdure à la surface d’eaux stagnantes attirait de nombreuses libellules en pleine saison des amours semble-t-il, et même sur le dos d’un visiteur.

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La salive du « Grand Cracheur » monte jusqu’à sept mètres de haut, précédant des cascades. Conçus d’abord dans le style français (perspectives et symétrie), les jardins offrent aussi des surprises, des contrastes, dans le style italien, et çà et là des imitations de la nature, à l’anglaise. Et de grands arbres remarquables.

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Ce qui est très gai, aux Jardins d’Annevoie, c’est leur variété. Il suffit de se retourner pour voir apparaître une vue différente ou inattendue de l’endroit qu’on vient de traverser. Le domaine est vaste : son histoire est racontée dans une série de billets du site de Bob intitulé Les lignes de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

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Quand on approche du château, côté jardin, on voit bien qu’il a été construit en plusieurs étapes dans cette belle pierre grise de la région namuroise : à la jonction entre façades, aux fenêtres différentes, aux briques sous certaines corniches… La gentilhommière sur la droite est la partie la plus ancienne.

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On le découvre d’abord « côté eau » puisque la façade sud du château se mire dans l’eau, juste en face d’un rare « buffet d’eau », un des seuls en Europe « à avoir subsisté en parfait état de fonctionnement sans l’intervention d’aucune machine depuis sa construction en 1760 ». Au-dessus, à contre-jour, les silhouettes de Neptune et d’Amphitrite. Contourner le château est un régal pour la vue, au jeu des reflets.

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Non loin d’un autre miroir d’eau, la « fontaine Triton » montre un enfant aux cheveux bouclés tenant les rênes du grand poisson qu’il chevauche, le visage de la fillette qu’on découvre de l’autre côté est ravissant. A travers les ouvertures aménagées dans les haies, le regard s’échappe, devine ce qui l’attend.

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Que de belles perspectives ensuite, avec des arbres taillés en cônes, des murets, des plates-bandes fleuries ! On se contente de jeter un coup d’œil vers la cour intérieure du château (défense d’y entrer), en face de la « grande Allée » dont les parterres sont plantés d’impatiences de Nouvelle-Guinée rouges et oranges, comme des tapis au pied de statues des quatre saisons (en trompe-l’œil).

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Orangerie, potager, bassins et fontaines, passages de verdure couverts, il reste bien des choses à découvrir ensuite. Et même des groseilles rouges à cueillir, trois enfants ne s’en privaient pas. Des bancs bien placés permettent de contempler les jardins à l’aise, on a le temps – du moins, si le ciel le permet.

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Quand on monte vers le Grand Canal, après être passés devant la crypte où reposent Charles-Alexis de Montpellier et ses descendants (à l’arrière de l’église d’Annevoie), on jouit de nouvelles vues superbes sur le château et les jardins. Mais de gros nuages noirs nous ont fait presser le pas pour terminer le parcours avant la pluie – j’aurais bien passé plus de temps au « Jardin des fleurs » et continué la promenade au-delà.

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Chaque saison donne une atmosphère différente aux Jardins d’Annevoie, comme on peut s’en rendre compte sur les photos du site. En été, ils sont peut-être moins fleuris qu’au printemps, mais on y goûte particulièrement la fraîcheur des eaux dans cette belle nature civilisée, héritage du siècle des Lumières.

02/07/2016

Aller à pied

Liège Boverie (33) bis.jpg« Le promeneur au 18e et au 19e siècle, tout comme aujourd’hui bien sûr, est un homme potentiellement issu de toutes les classes sociales ; nulle d’entre elles n’échappe à cette envie de se retrouver seul, en couple, en famille ou en groupe, avec la nature et ses « ornements » – ainsi que les artistes et les théoriciens du paysage nomment les arbres, les rochers, les plantes ou les cours d’eau. Que cela soit par nécessité – un déplacement professionnel ou familial – pour le plaisir de la marche et du sport aussi bien que dans un désir de méditation ou de détente, à tous les âges, on a toujours été amené à « aller à pied ».   

Vincent Pomarède, Fragments introduisant à la représentation picturale des loisirs in Catalogue En plein air, La Boverie, Liège, 2016.

30/06/2016

La Boverie nouvelle

Entre la Meuse et sa dérivation, le parc de la Boverie n’est pas si facile à trouver pour qui connaît peu Liège – où se garer ? – mais une fois la voiture laissée sur l’autre rive, cela ne manquait pas de charme de découvrir à distance la nouvelle galerie vitrée du musée de la Boverie, de longer l’eau à pied jusqu’au pont Albert Ier, puis d’aborder le site côté jardin à la française, en pleine saison des roses.

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« En plein air », l’exposition inaugurale, correspond bien à l’esprit du lieu. Le nouveau musée de la Boverie, installé dans l’ancien Palais des Beaux-Arts de Liège construit pour l’Exposition universelle de 1905, vient d’être réhabilité. Pourquoi y a-t-on ajouté cette « nouvelle salle hypostyle » (21 colonnes élégantes quoique en béton conçues par Rudy Ricciotti, le bureau d’architecte qui a œuvré à la rénovation de l’Hôtel de Caumont) laissée quasi vide pour l’instant ? Sa fonction n’apparaît pas, mais ce vaste espace permet de jouir largement de la vue sur les alentours.

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On entre au musée de la Boverie du côté du parc à l’anglaise – après la visite, nous le quitterons par là et découvrirons la manière sans doute la plus agréable d’accéder au site : descendre à pied de la gare des Guillemins (700 m), traverser l’esplanade et emprunter la nouvelle passerelle « la belle Liégeoise » qui mène au parc de la Boverie. On peut aussi y accéder avec la navette fluviale qui le relie au Grand Curtius.

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« En plein air », en collaboration avec le musée du Louvre, montre à travers une centaine de peintures, la plupart de musées français et étrangers, que la nature n’a pas attendu l’impressionnisme pour inspirer les peintres. Au XVIIIe siècle, certains travaillaient déjà « sur le motif », comme Alexandre-François Desportes. Au fil du temps, les couleurs se feront plus claires, plus vibrantes. J’aurais voulu vous montrer une belle Vue de Villerville en Calvados (musée de Liège) où Daubigny annonce l’impressionnisme, et Cernay, avril en fleurs d’Emmanuel Lansyer, mais ces peintures ne sont pas visibles sur la Toile.

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Avant de découvrir le parcours chronologique en sept thèmes, j’attire votre attention sur le « Transparent du paysage des quatre saisons » de Carmontelle qui défile en fac-similé à l’entrée de l’exposition. Je n’ai regardé que les « Scènes nocturnes » de ce long rouleau « animé » de 42 mètres, par ignorance. Le catalogue où il est reproduit (en petit) indique que l’original (aquarelle, gouache et encre de Chine sur 119 feuilles de papier doublé de soie) est conservé au musée de Sceaux.

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Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793), La joute des mariniers entre le pont Notre-Dame et le pont au Change, 1751
(Paris, Musée Carnavalet)

« Leçon d’amour dans un parc » : les sujets historiques et religieux font place, dans la peinture du XVIIIe siècle, à des sujets plus légers, plus proches de la nature et du quotidien, en tout cas pour les gens aisés. Dans Ascension d’une montgolfière à Aranjuez (1784), un prêt du Prado dont un détail est à l’affiche de l’exposition, Antonio Carnicero Mancio montre le public aristocratique rassemblé dans le jardin royal pour l’événement, mais aussi des bourgeois, des enfants, une marchande. Le musée des Beaux-Arts de Liège montre ici un des chefs-d’œuvre de ses collections : Promenade du dimanche au Bois de Boulogne (1899), signé Henri Evenepoel – on verra plus loin d’autres promeneurs sur l’esplanade des Invalides qu’il a peinte d’en haut.

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Henri Evenepoel, Promenade du dimanche au Bois de Boulogne, 1899
(Liège, Musée des Beaux-Arts)

Les voyages des Anglais et des personnes fortunées en Europe et en Italie au XVIIIe siècle assurent le succès des « Vedute », ces panoramas de villes célèbres ou de paysages fameux à ramener chez soi, comme Vue du port de Toulon par Vernet. Une vue parisienne peinte par Raguenet en 1751 permet de revoir les habitations d’alors sur les ponts de la Cité, un Paris disparu difficile à imaginer aujourd’hui. Dans la même salle, un Monet prêté par le musée de Dallas montre avec une fraîcheur d’esquisse le Pont-Neuf un siècle plus tard, non loin du Louvre au printemps par Pissarro.

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Claude Monet, Le Pont-Neuf, 1871 (Etats-Unis, Dallas Museum of Art)

Aux promenades en ville, beaucoup préfèrent les bords de l’eau, les guinguettes au bord d’une rivière sont très populaires et c’est aussi un sujet de prédilection pour les peintres. Amusants, les costumes des dames dans Le chalet du Bois de Boulogne de Jean Béraud, « un de ces petits maîtres à grand succès » (catalogue). Dans Dimanche à Bougival de Félicien Rops, Léontine et Aurélie Duluc sont plus déshabillées. Max Liebermann peint les jeux de lumière et l’animation en terrasse au restaurant « De Oude Vink » à Leyde.

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Félicien Rops, Dimanche à Bougival (Léontine et Aurélie Duluc), 1876 (Namur, Musée provincial Félicien Rops)

Dans la vaste salle vitrée, deux espaces cubiques accueillent quelques toiles pour illustrer « les jeux » en plein air et « chambre avec vue » (thème un peu usurpé). Un coup de cœur pour L’enfant dans la mare de Maurice Denis, une petite toile presque carrée prêtée par le musée de Zurich (comme le Liebermann).

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Max Liebermann, Le restaurant « De Oude vink » à Leyde, 1905 (Zurich, Kunsthaus)

La dernière salle est consacrée aux vacances à la mer avec plusieurs scènes de plage de Boudin, des toiles du XIXe et du XXe dont un superbe Bonnard, Conversation à Arcachon ou Jeunes filles à Arcachon. D’autres artistes connus sont annoncés (Cézanne, Chagall, Dufy, Léger, Matisse, Picasso…), mais ne vous attendez pas à une succession de chefs-d’œuvre, la qualité est inégale. On peut voir dans un des petits films de Louis Lumière projetés à mi-parcours des enfants se jeter à l’eau du haut d’un ponton (1895).

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Pierre Bonnard, Conversation à Arcachon, Jeunes filles à Arcachon, 1926-1930 (Paris, Musée du Petit Palais)

Les toiles choisies rendent compte de l’évolution de la peinture européenne du XVIIIe au XXe siècle : couleurs, lumière, mise en page, touche, la façon de représenter la nature et les loisirs n’a cessé de se transformer.  « En plein air », première exposition de la Boverie, peut se visiter jusqu’au 15 août. N’hésitez pas à prendre un ticket combiné pour découvrir aussi les collections permanentes, elles en valent la peine.