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04/11/2017

Liaisons

Fellowes Sonatine.jpg« C’est déjà peu glorieux quand cela concerne des amis, mais c’est pire encore dans les cas d’une liaison sentimentale ou, pour être plus précis, de liaisons utopiques qui n’existeront jamais. Voir quelqu’un qu’on a adoré en vain et de loin tomber amoureux d’un soi-disant ami et être le témoin de l’épanouissement de cette relation réciproque, chaleureuse, profondément harmonieuse, et qu’on voit le contraste avec les émotions à sens unique, à l’aigreur pitoyable que l’on chérissait dans le secret ténébreux de son âme, voilà un spectacle difficile à supporter. Surtout quand vous savez à quel point vous vous humiliez dès que vous laissez paraître le moindre indice de vos sentiments réels. Mais que vous soyez dans votre bain ou dans une file d’attente à la poste, votre âme est constamment en train de bouillir de rage, prête à tout détruire, dans le même temps que vous continuez d’adorer ceux que vous détestez. Je rougis de l’admettre, mais il en était ainsi entre Serena et moi, ou plutôt entre Damian et moi puisqu’il était la source de tous mes maux. » 

Julian Fellowes, Passé imparfait

02/11/2017

Remonter le temps

Passé imparfait de Julian Fellowes (2008, traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz) distille une ambiance propre au scénariste de Gosford Park puis de la fameuse série Downton Abbey. Une certaine fascination du passé – « Londres est désormais pour moi une ville hantée et je suis le fantôme qui erre dans ses rues » ; une certaine tension – « Je détestais Damian Baxter » ; une certaine sensibilité – « Traditionnellement, les Anglais préfèrent ne pas affronter directement une situation qui pourrait se révéler délicate du fait d’événements passés ».

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Une lettre déclenche tout : après quarante ans sans plus aucun contact entre eux, Damian Baxter, « son vieil ennemi », aimerait que le narrateur lui rende visite, comme « une faveur accordée à un mourant ». A plus de cinquante ans, le voilà troublé à l’idée de revoir celui qui prétendait être son ami. A la gare de Guilford, un après-midi de juin, un chauffeur en uniforme l’attend. Le narrateur connaissait la réussite de Damian, mais n’en mesure l’ampleur qu’en découvrant sa demeure entourée de jardins en terrasse et « l’ambiance digne d’Agatha Christie » : maître d’hôtel, femme de chambre, salon ample, un décor réussi quoique impersonnel – « rien de vivant en réalité ».

Le « beau jeune homme bien bâti aux boucles épaisses » a disparu, mais il reconnaît Damian, sa voix un peu hésitante et aussi « cette arrogance condescendante si familière dans le geste large avec lequel il [lui] tendit sa main osseuse ». Après un dîner délicieux, une conversation « éminemment anodine » en présence du maître d’hôtel, ils vont prendre le café dans la bibliothèque, une jolie pièce avec sa cheminée en marbre, « le cuir luisant des reliures et quelques admirables tableaux ».

Damian n’a plus que trois mois à vivre. Marié peu avant la quarantaine, puis divorcé, sans enfants, il a très bien revendu son entreprise. Devenu stérile à la suite d’oreillons contractés sans doute au Portugal en juillet 1970 (quand ils avaient 21 ans, le narrateur l’avait invité à passer des vacances avec un groupe d’amis dans une villa d’Estoril, vacances aux conséquences « désastreuses » qui ne seront racontées qu’à la fin), Damian sait qu’une jeune femme a eu un enfant de lui : elle lui a envoyé une lettre tapée à la machine, vingt ans après, pour lui dire qu’elle ne lui pardonnait pas sa « fourberie » et « son mensonge » qu’elle avait sous les yeux chaque jour. Puis plus rien.

Damian veut retrouver l’enfant, faire de lui l’héritier de sa fortune. Ses recherches n’ayant mené à rien, il lui faut l’aide de quelqu’un qui connaisse son cercle d’alors. Il a préparé une liste des femmes avec qui il a couché et qui ont eu un enfant à cette époque. Ils avaient fait connaissance en 1968 lors d’un cocktail dans un collège de Cambridge, où le narrateur était en train de parler avec Serena (la femme de ses rêves), Lady Serena Gresham, « membre d’une caste très restreinte, rare résidu qui restait de l’Ancien Monde ». Beaucoup d’aristocrates déchus avaient rejoint la bourgeoisie, très rares étaient ceux qui, comme les Gresham, « continuaient à vivre, à peu de chose près, comme ils avaient toujours vécu. »

Damian, un jeune homme très séduisant, les avait interrompus avec un sourire, avouant qu’il ne connaissait personne – « Inutile de préciser qu’il savait en réalité pertinemment qui nous étions. Ou plutôt qui elle était. » Dès cette soirée, il s’était montré curieux d’en savoir plus sur Serena, sur l’ancienneté de leur relation et sur la manière de s’y prendre pour figurer sur les listes des tea parties entre gens du même monde. En leur compagnie, nous allons découvrir leurs usages et leurs règles, les snobismes d’un autre temps.

Damian s’est servi de lui pour s’introduire dans la haute société. Pourtant le narrateur accepte cette mission, malgré ce qui les a séparés. Le va-et-vient commence entre deux périodes dissemblables : leur jeunesse, rythmée par la Saison mondaine plus que par les études, et le présent. Tout a changé. Chacun d’eux s’est transformé au cours de la vie adulte, et surtout la société, les mœurs, les manières, le monde où ils évoluent.

Lucy Dalton est sur la liste, à son grand étonnement, elle qui avait été une des premières à percer à jour les manigances de Damian. Et aussi la princesse Dagmar de Moldavie. Serena. La belle Joanna Langley qui a été un temps sa petite amie. Terry Vitkov, l’Américaine dont la soirée au musée Tussaud avait tourné au cauchemar à cause du cannabis mis dans les brownies. Enfin, Candida Finch, « la mangeuse d’hommes exubérante et rougeaude ». Rares sont celles qui ont vraiment pu choisir leur vie.

Des années soixante aux années deux mille, Julian Fellowes raconte cette quête très particulière qui mène le narrateur à remonter le temps et à découvrir l’évolution personnelle de ces jeunes filles de bonne famille. Bien reçu partout, il ne lui sera pas difficile de les recontacter sous un prétexte caritatif et de vérifier, en leur rendant visite, qui a eu un enfant de Damian Baxter.

Sans être autobiographique, le roman s’inspire de l’expérience personnelle de l’auteur, un aristocrate aujourd’hui pair du Royaume : « c’est effectivement une photographie de l’époque, de la Saison 1968, où j’allais à tous ces bals. Toutes les fêtes et réceptions du livre ont vraiment eu lieu, et les personnages sont inspirés des hommes et des femmes qui y participaient. Certains sont des portraits fidèles de gens que j’ai croisés, d’autres un mélange de plusieurs personnalités. » (Paris Match)

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Passé imparfait est un voyage au cœur de la haute société anglaise et la chronique de ses transformations durant la seconde partie du XXe siècle. C’est brillamment observé, raconté de façon amusante pour qui s’intéresse à ce beau monde, et derrière les rôles, les masques mondains, Julian Fellowes laisse parfois s’exprimer des sentiments vrais, heureux ou malheureux.

28/10/2017

Ailleurs

Adichie Americanah.jpg« Alexa, et les autres invités, peut-être même Georgina, comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la léthargie pesante du manque de choix. Ils ne comprenaient pas des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu’aucun d’entre eux ne meure de faim, n’ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d’avoir le choix, avide de certitude. »

Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah

26/10/2017

Etudier en Amérique

Après avoir lu L’autre moitié du soleil, je m’étais promis de lire le dernier roman de Chimamanda Ngozie Adichie, Americanah (traduit de l’anglais (Nigeria) par Anne Damour, 2015), best-seller en anglais. Le temps des études est une des plus passionnantes périodes de la vie et ici, la romancière nigériane a choisi pour héroïne Ifemulu, qui a obtenu une bourse à Princeton, « le club consacré de l’Amérique ».

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C’est entre autres parce qu’elle ne trouvait pas de salon de coiffure où les Noires puissent faire tresser leurs cheveux qu’Ifemulu a créé un blog sur les modes de vie : « Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine ». Un blog à succès (on en lira quelques billets dans le roman), des conférences à donner, une liaison – en apparence, tout va bien pour elle, mais au bout dune quinzaine dannées, Ifemulu a le mal du pays et de son premier amour, Obinze, qui lui avait communiqué son rêve de vivre en Amérique ; à présent il est marié. Americanah raconte leur histoire, en alternance.

Après trois ans de liaison sans heurts avec Blaine, Ifemulu le quitte et fait part à tous ses amis de sa décision : elle va rentrer à Lagos, y travailler pour un magazine. La petite Sénégalaise qui lui refait des tresses l’a prise pour une yoruba – « Non, je suis igbo ». Très étonnée qu’Ifemulu veuille quitter l’Amérique, elle voudrait que celle-ci convainque son petit ami igbo d’épouser une non igbo, ce qu’il prétend impossible.

Obinze, son ancien petit ami, a réussi son ascension dans la société nigériane en servant de prête-nom à Chief, un homme d’affaires rencontré grâce à une cousine. Resté humble, il voudrait mener une vie honnête, mais il lui faut assurer le train de vie de sa femme Kosi et de leurs enfants. Quand Ifemulu lui envoie un mail, après des années de silence, il lui répond aussitôt.

Flash-back. Avant de partir pour l’Amérique, Ifemulu « avait grandi dans l’ombre des cheveux de sa mère ». C’est auprès de sa tante Uju qu’elle a trouvé son principal soutien, surtout après que son père a été licencié et que les retards de loyer se sont accumulés. La rencontre d’Obinze, qui aime les gens qui agissent comme bon leur semble plutôt qu’en obéissant aux conventions, marque le début d’une complicité sans faille. « Il lui apprit à s’aimer. » La mère d’Obinze, connue pour avoir résisté à un prof malhonnête, se montre très favorable à leur relation.

Ifemulu pensait que tante Uju pourrait leur avancer sans problème l’argent du loyer, elle est stupéfaite de découvrir que la maîtresse du Général qui vit dans l’aisance n’a quasi pas d’argent à elle. Quand Uju se retrouve enceinte, celui-ci l’envoie accoucher en Amérique d’un garçon, Dike ; il portera le nom de sa mère. La mort du Général dans un accident d’avion un an plus tard met définitivement fin à la vie facile de tante Uju.

A l’université de Nsukka (sept heures de bus), Ifemulu est une étudiante bien intégrée et considérée, prudente dans ses relations sexuelles avec Obinze, bien qu’ils envisagent de se marier. Des grèves continuelles les privent de leurs cours et tante Uju obtient alors pour Ifemulu une bourse en Amérique, où elle-même est partie s’installer pour achever des études de médecine.

Les premières impressions déçoivent Ifemulu. Il fait très chaud en Amérique, et si Dike est un enfant joyeux, sa mère est dans les difficultés : un examen raté, trois emplois pour survivre, des cheveux négligés – « L’Amérique l’avait domptée. » Ifemulu passe le premier été à découvrir comment on vit en Amérique, comment on y mange, tout en s’occupant de Dike qui va grandir comme un jeune Américain, tandis que tante Uju décroche son diplôme de médecin généraliste.

Ifemulu doit se débrouiller, elle a trop peu d’argent : emprunter une carte de sécurité sociale pour pouvoir travailler, prendre l’accent américain pour se faire accepter. Les études lui paraissent faciles, les étudiants s’expriment tout le temps et elle apprend à faire comme eux ; elle trouve sa place à la bibliothèque, lit Baldwin conseillé par Obinze, qui l’encourage à distance. Mais pas moyen de décrocher un job ; pour payer son loyer, elle finit par accepter de « masser » un entraîneur sportif pour cent dollars, puis fait une dépression.

Heureusement, une amie lui trouve une bonne place de baby-sitter chez l’amicale Kimberly Turner. Sans explications, Ifemulu laisse Obinze sans nouvelles du jour au lendemain, efface ses mails, n’ouvre plus ses lettres. Chez les Turner, elle observe les manières et les conversations, réagit quand quelqu’un y parle des Nigérians comme d’Africains « privilégiés ». Deviendra-t-elle une « Americanah », comme on surnomme les Nigérianes revenues d’Amérique, aux manières souvent affectées ?

Peu à peu, Ifemulu trouve là-bas une façon d’être elle-même. Elle sympathise avec Blaine, un Afro-Américain assistant à Yale, et se met à écrire sur le « tribalisme américain », basé sur la classe, l’idéologie, la région, la race. Son franc-parler, ses cheveux africains qu’elle finit par laisser naturels mettent certains mal à l’aise. Elle écrit : « Pourquoi les Noires à la peau foncée – américaines et non américaines – aiment Barack Obama. » Puis elle tombe sous le charme de Curt, le cousin à la peau claire de Kimberly.

Americanah est le roman d’apprentissage des jeunes Nigérians que la situation politique sans cesse troublée de leur pays pousse à chercher un avenir ailleurs, une formation en tout cas. Ils comptent sur les amis, la débrouille, les bons et les mauvais plans. Chimamanda Ngozie Adichie, qui vit aujourd’hui à Lagos et aux Etats-Unis, aborde sans tabou des questions sociales (race, classe, préjugés, comportements collectifs, différences entre Afro-Américains et Africains non américains) comme des aspects de la vie quotidienne les plus concrets (les cheveux des Noires, leur peau, leurs goûts alimentaires, par exemple).

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Leurs amis n’ont pas compris la rupture soudaine entre Ifemulu et Obinze qui leur paraissaient inséparables. De son côté, lui est arrivé, avec difficulté, à obtenir un visa pour l’Angleterre et y a survécu un certain temps à l’aide de petits boulots très divers, avant de revenir au pays. Leurs chemins très différents vont-ils se croiser à nouveau ? On se le demande quand Ifemulu rentre à Lagos sans avoir trouvé quelqu’un avec qui partager vraiment ce qu’elle est devenue. Americanah est aussi une quête du grand amour.

21/10/2017

Ce que nous sommes

Alameddine 10-18.jpgAlameddine an-unnecessary-woman-by-rabih-alameddine.jpg« Dans un de ses essais, Marías suggère que son œuvre traite autant de ce qui ne s’est pas passé que de ce qui s’est passé. En d’autres termes, la plupart d’entre nous pensons que nous sommes ce que nous sommes en raison des décisions que nous avons prises, en raison des événements qui nous ont façonnés, des choix de ceux de notre entourage. Nous considérons rarement que nous sommes aussi façonnés par les décisions que nous n’avons pas prises, par les événements qui auraient pu avoir lieu mais n’ont pas eu lieu, ou par les choix que nous n’avons pas faits, d’ailleurs. »

Rabih Alameddine, Les vies de papier

19/10/2017

Une traductrice

Entrer dans Les vies de papier de Rabih Alameddine (2013, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, 2016), c’est découvrir d’abord, sous une couverture illustrée de rayonnages et de piles de livres, un titre original qui pose l’accent autrement : An Unnecessary Woman. (Ci-dessous, quelques variantes en couverture.) Alameddine, peintre et romancier, partage sa vie entre San Francisco et Beyrouth – la ville où vit et écrit son héroïne, cette femme inutile ou superflue : Aaliya, une traductrice.

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La première des citations mises en épigraphe est de Pessoa, un de ses auteurs de prédilection : « Et que je suis de la dimension de ce que je vois / Et non de la dimension de ma propre taille ». Le souci présent d’Aaliya, 72 ans, deux verres de vin aidant, c’est d’avoir mis trop de produit pour donner un peu d’éclat à ses cheveux – les voilà bleus ! A la fin de l’année, tandis qu’elle relit la traduction qu’elle vient d’achever, elle pense à Hannah, sa « seule intime », qui lui offrait « ce cadeau si rare : son attention pleine et totale ».

Cela fait cinquante ans qu’Aaliya entame une nouvelle traduction le premier janvier ; elle a traduit 37 livres en cinquante ans : « Des livres dans des cartons – des cartons remplis de papier, des feuilles volantes de traduction. C’est ma vie. » La littérature est son « bac à sable ». Son problème, c’est le monde à l’extérieur. « La littérature m’apporte la vie, et la vie me tue. » Elle vit seule, par choix.

Tombée amoureuse de l’arabe à quatorze ans, « la plus difficile des langues » selon son professeur, elle a appris à l’école coranique d’abord à écouter les mots, leur magie : « Ecoutez le rythme, écoutez la poésie. » Son père l’a « nommée Aaliya, l’élevée, celle au-dessus. » Il est mort avant ses deux ans, laissant sa mère de 18 ans veuve ; ensuite elle a épousé le frère de son mari, d’où cinq demi-frères et sœurs dont aucun n’est proche de la fille aînée.

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Aaliya se sent dans cette famille un membre superflu, un « inutile appendice ». Mariée à 16 ans, répudiée à 20 par un « moustique amolli à la trompe défaillante » que deux autres mariages ont laissé sans enfants, elle est restée dans l’appartement des années cinquante qu’ils louaient à un propriétaire beyrouthin – un homme généreux jusqu’au départ de son mari, mais interdisant à sa fille Fadia d’avoir le moindre contact avec elle, une fois divorcée. « Mon foyer, mon appartement ; j’y vis, je m’y déplace, j’y ai mon existence. »

En 1982, pendant le siège de Beyrouth par les Israéliens, beaucoup de ses habitants ont fui sauf ceux qui, comme elle, n’avaient nulle part où aller. Aaliya dormait avec une kalachnikov à côté d’elle, qu’elle a dû brandir un jour contre trois soldats, mais c’est Fadia qui les mis en fuite dans l’escalier en tirant dans un sac de sable. Ce fut la fin du harcèlement familial pour qu’elle cède son appartement au frère aîné.

Aaliya se raconte peu à peu, mêlant à tout ce qu’elle observe ou ressent des citations, des vers, des anecdotes littéraires – la compagnie des écrivains est ce qui lui réussit le mieux, d’autant plus qu’elle dort mal, « le don sacré » du sommeil est ce qui lui manque le plus. Les digressions sont nombreuses. A Javier Marías, dont elle adore l’œuvre, elle reprend une façon de définir la vie qu’elle trouve très juste : ce qui ne s’est pas passé nous façonne autant que ce qui s’est passé.

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C’est malgré lui, grâce à sa belle-soeur Hannah dont le libraire était parent, que celui-ci l’a engagée et qu’elle est devenue pour tous « le visage » de sa librairie – deux autres candidates plus jolies qu’elle ne s’y étant pas présentées. Quand il est mort, quatre ans plus tôt, elle a hérité, de la librairie aussitôt fermée et vendue, du grand bureau en chêne verni foncé qui a fait « sa grandeur » et sur lequel elle travaille.

Dans le récit de cette femme solitaire et farouchement attachée à sa solitude apparaissent bien sûr, constamment présents, les auteurs aimés, lus et traduits, des compositeurs qu’elle a appris à écouter, et aussi certains visiteurs de la librairie, des parents souvent inopportuns – ce sera terrible quand on voudra lui imposer la garde de sa mère, qu’elle refuse, ce dont elle se sent coupable même si celle-ci n’a jamais eu d’égards pour elle – et « les trois sorcières », trois femmes dont elle perçoit les allées et venues dans l’immeuble.

Fadia, qui a hérité de l’immeuble, reste distante, mais lui laisse régulièrement un bon plat préparé devant sa porte. Elle s’est souciée de sa survie chaque fois que la guerre a privé les Beyrouthins d’électricité, de vivres dans les magasins. Elle est venue à son secours quand le frère aîné la tourmentait. Elle fréquente quotidiennement Joumana et Marie-Thérèse, ses voisines du dessus et du dessous.

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Beyrouth, leur ville, tient son rôle dans Les vies de papier, Prix Femina étranger 2016, avec ses rues bruyantes et ses coins calmes, le musée national, ses commerçants et ses mendiants. Passionnée des mots, Aaliya pratique une méthode bien à elle : excluant les écrivains français et anglais dont beaucoup de Libanais connaissent la langue, elle traduit en arabe non à partir de l’original, mais de la traduction française et de la traduction anglaise. « Mes traductions ne sont pas du champagne et elles ne sont pas non plus du thé au lait. – De l’arak, peut-être. »

Pessoa encore : « La seule attitude digne d’un homme supérieur, c’est de persister tenacement dans une activité qu’il sait inutile, respecter une discipline qu’il sait stérile et s’en tenir à des normes de pensée philosophique et métaphysique, dont l’importance lui apparaît totalement nulle. » (Le livre de l’Intranquillité) C'est ainsi pour Aaliya : « Je suis où il faut que je sois. »

J’ai beaucoup aimé me mettre à l’écoute de cette femme peu commune, « délirante » et lucide, vieillissante et volontaire, partager ses lectures et ses souvenirs. Je ne vous dirai rien de la fin sinon que je l’ai trouvée très belle. Une « épiphanie ».

24/08/2017

Fissure

Schoeman Libretto.jpg« Une jeune fille riait, un jeune homme criait au-delà des murs, des haies et des jardins dans le soir lumineux, et il s’attardait un instant à la fenêtre avant de la fermer et d’aller se coucher ; il restait là, la main sur la poignée comme s’il attendait quelque chose et comme s’il espérait que peut-être – maintenant, même maintenant – une voix l’appellerait parmi les massifs de fleurs et les ombres qui se rassemblaient.

On ne l’appela pas, bien sûr ; il referma la fenêtre et se prépara pour aller se coucher. Mais sur la surface unie et intacte de la vie, une minuscule fissure était apparue – pendant un instant seulement. »

Karel Schoeman, En étrange pays

21/08/2017

La fin du voyage

En étrange pays (Another Country, 1991) de Karel Schoeman est un roman qui illustre sans doute ce lieu commun : lire, c’est voyager. « Quand le voyage s’acheva, il ne le sut même pas : il n’eut pas conscience du fait qu’ils étaient arrivés, et que le bruit, les embardées, les grincements, le balancement et les cahots de la voiture avaient cessé. » Avec cette première phrase, nous entrons dans la vie d’un homme malade qu’un long périple a mené, fiévreux et délirant, à Bloemfontein, en Afrique du Sud, à la fin du XIXe siècle.

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Rue de l’Eglise à Bloemfontein avec l’Eglise aux deux clochers au bout de la route. Colline Naval à l’arrière-plan.
(Vers 1900, photo tirée de South Africa and the Transvaal War, de Louis Creswicke. Wikimedia Commons)

Quand il revient enfin « au pays des vivants », le médecin qui s’occupe de lui à l’hôtel l’interroge : comment se sent-il ? a-t-il de quoi payer ? Versluis le rassure – « J’ai de l’argent » – et du même coup Frau Schröder aussi, qui craignait qu’il meure sous son toit. « Il entendait des voix qui parlaient dans une langue étrangère et les pieds nus des domestiques qui glissaient sur le sol d’argile ; de temps en temps, un Noir venait vider son seau, hésitant devant cet étranger malade, souriant quand on le saluait. »

Bloemfontein a l’habitude des gens qui arrivent chez eux mourants, attirés par son climat sec réputé favorable aux tuberculeux. M. Hirsch, le marchand juif qui a veillé sur lui pendant leur voyage interminable, vient lui rendre visite, avec des pêches de son jardin et du champagne, heureux de le voir revenu à lui. Versluis, encore très faible, épuisé par la visite, est conscient d’une chose essentielle : « Il voulait vivre. »

Un autre visiteur se présente, prévenu par Hirsch, « un jeune homme au visage étroit et vivant », le pasteur Scheffer, de l’Eglise luthérienne. Quand le malade lui dit avoir l’habitude d’être seul, sans que cela lui pose problème, le pasteur s’étonne et lui parle, avec une franchise inhabituelle pour Versluis, de la solitude, du pays, des livres (Virgile et Montaigne). « Je ne suis membre d’aucune Eglise », précise-t-il à son jeune visiteur mal à l’aise et en même temps si simple, imprévisible, plein de bonnes intentions, qui l’invite gentiment à passer au presbytère, quand il ira mieux.

Versluis découvre peu à peu la petite ville « de poussière, de chaleur, et de longues rues très droites ». On y parle anglais ou une drôle de langue avec des mots hollandais ou parfois allemand. Les Hirsch, connus pour leur « charité active », l’emmènent en promenade dans leur voiture conduite par un cocher malais, l’invitent chez eux – une maison très confortable et remplie d’enfants, un jardin.

L’hôtel devenant trop bruyant, les nuits trop agitées (la toux d’une jeune femme dans la chambre voisine), le Hollandais finit par trouver un autre logement grâce au pasteur qui lui parle de Mme Van der Vliet, une riche veuve sans enfants qui offre volontiers l’hospitalité aux gens dont les manières lui conviennent. Elle accueille déjà Mlle Pronk, qui va bientôt se marier, Polderman, un jeune vendeur, et Du Toit, son ami qui vient du Cap.

« Versluis s’aperçut avec un sentiment de bien-être qu’une nouvelle vie avait commencé ou au moins une nouvelle phase clairement définie de son séjour en Afrique, dans une maison fraîche et calme avec de hautes chambres où tout suivait son cours dans un silence presque absolu : une vie de grand lit et d’oreillers de plume, de nappes blanches, de serviettes de table amidonnées et de serviettes de toilette propres ; une maison qui sentait la cire d’abeille et la térébenthine, dans laquelle les stores baissés atténuaient l’éclat du soleil de l’après-midi et où l’on apportait des lampes quand le soir commençait à tomber. »

Chez Mme Van der Vliet, une femme de tête, il découvre comment vivent les bourgeois hollandais et comment ils se plaignent du pays dans lequel ils se sont exilés : « L’Afrique ne valait rien (…), et on ne pourrait rien en faire à cause de ses sécheresses, de ses tempêtes de grêle et de ses sauterelles. » Van der Vliet, le second mari, est fier de son jardin, cest son royaume, alors que la maison est celui de sa femme.

Sur l’insistance du pasteur, Versluis accepte de participer à une soirée à l’école du couvent anglais, où chacun lit de la poésie, surtout des femmes, dont Mme Hirsch. Scheffler lui présente sa sœur, une jeune femme « sérieuse en robe bleue », qui semble la seule à attendre vraiment quelque chose de ce partage poétique. Au moment du départ, elle tire deux cannes de derrière son fauteuil et Versluis découvre qu’elle est infirme. Après avoir échangé quelques paroles avec elle, il réalise qu’elle est, comme son frère, « sans hésitation ni réserve » envers les étrangers, ce dont il n’a pas l’habitude.

Elle insiste sur la satisfaction que son frère retire de ses conversations avec lui. « Comment sa présence et sa compagnie pouvaient-elles signifier quelque chose pour un jeune pasteur vivant au cœur de l’Afrique ? s’étonna-t-il. Ou la solitude pouvait-elle être si grande, réfléchit-il en se tenant devant son miroir ; le désespoir était-il si intense ? »

En étrange pays raconte la vie nouvelle de Versluis en Afrique du Sud, sa découverte progressive du pays, de ses habitants, du « veld », et la prise de conscience, chez cet homme qui vivait seul avec un domestique en Hollande, de l’importance de pouvoir parler avec quelqu’un. Les hauts et les bas de sa santé compteront finalement moins que ces rencontres vraies, même si la mort reste une menace permanente et un sujet de réflexion inévitable.

Keisha (en lisant en voyageant) et Dominique (A sauts et à gambades) m’ont fait découvrir ce beau roman, je les en remercie. Cette lecture me donne envie de pénétrer plus avant dans l’œuvre de Karel Schoeman (1939-2017).

29/07/2017

Gentleman

woolf,leonard,ma vie avec virginia,virginia,autobiographie,littérature anglaise,féminisme,colonialisme,guilde des femmes,politique,culture« La Guilde [Co-operative Women’s Guild] organisait des week-ends de formation ou des sessions de conférences à Londres ou dans d’autres grandes villes comme Manchester ou Leeds, et j’y allais souvent pour parler des impôts, des affaires étrangères ou de l’Empire colonial. En apparence, il n’y avait rien de commun, qu’il s’agisse de la façon de penser, de vivre au quotidien, entre l’épouse d’un ouvrier du textile du Lancashire ou d’un mineur de Durham et une habitante d’un village cinghalais. Et pourtant, je pense que les jours, les semaines, les mois, les années que j’ai passés à échanger avec ces personnes qui m’étaient étrangères, les hommes et les femmes de Kandyan, des rizières, de la jungle de Hambantota, m’ont aidé à comprendre et entrer véritablement en contact avec Mrs. Barton et Mrs. Harris. C’est une erreur de dire que les gens pauvres et primitifs sont plus « réels » que les gens riches et sophistiqués, qu’il y a davantage de « réalité » au Congo ou dans une mine de charbon qu’à Cambridge ou Cavendish Square. Mais ces gens qui vivent à nu, sans protection à la fois physique et mentale, démunis et complètement vulnérables aux catastrophes, acquièrent une sorte de simplicité cristalline, une lucidité réaliste qu’on peut lire dans leurs regards qui, pour moi, avaient un charme et une force esthétique et humaine d’une grande qualité. A Ceylan, je pense que j’ai beaucoup appris en passant du temps assis sous un arbre à parler avec un villageois ou une vieille femme – et à les écouter me répondre. Cela m’a permis de parler vraiment avec toutes les femmes du Mouvement. Et je n’étais pas mécontent lorsque l’une d’elles, après une heure d’une conférence sur les impôts, venait me voir pour me dire : « Vous êtes le seul gentleman que nous comprenons lorsqu’il nous parle. »

Leonard Woolf, Ma vie avec Virginia

Photo de couverture : Virginia et Leonard Woolf en juillet 2012 (détails)

27/07/2017

Leonard et Virginia

Après avoir relu l’été dernier le Journal de Virginia Woolf, je m’étais promis de lire Ma vie avec Virginia, des extraits de l’autobiographie de Leonard Woolf (2016, traduits de l’anglais par Micha Venaille qui les a sélectionnés). Moins de cent cinquante pages, mais que d’émotion à les lire !

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Virginia et Leonard Woolf en 1912 (source)

Petit-fils d’un tailleur juif, fils d’un avocat très attaché à l’éthique – « Justice et clémence » – et d’une mère, née en Hollande, dont il ne s’est guère senti aimé, Leonard Woolf (1880-1969) a été « un honnête homme hors du commun, inspirateur de la Société des Nations, pionnier de l’anticolonialisme, responsable influent du parti travailliste. » (Micha Venaille)

Il y prend surtout la parole en tant qu’époux, mais on y découvre aussi l’homme. Son neveu Cécil Woolf affirme dans sa postface qu’« On ne pourrait pas aujourd’hui parler de Virginia Woolf si Leonard n’avait pas existé. Car elle n’aurait pas vécu assez longtemps pour écrire ses chefs-d’œuvre. »

Leonard Woolf commence par se situer. Juif mais athée, il ressent de la colère quand il pense à « ce système qui exige des êtres humains de travailler et de souffrir, de passer des années à acquérir des connaissances, de l’expérience, du savoir, et le jour où enfin ils pourraient mettre cela au service de l’humanité et la rendre heureuse, ils perdent leurs dents, leurs cheveux, leur esprit, et sont emportés – avec tout ce qu’ils ont appris – dans le néant de la tombe. »

Rappelant ses études secondaires à Saint-Paul, Leonard W. écrit : « C’est là que j’ai commencé à me construire une carapace, une façade. » Le tremblement de ses mains depuis l’enfance, héréditaire, l’y a sans doute encouragé. Virginia, à l’opposé, avait quelque chose, dit-il, des « idiots » au sens que les Russes donnent à ce terme : des humains très intelligents, très directs, sans voile, « merveilleusement simples ».

C’est à Cambridge qu’il devient l’ami de Lytton Strachey et de Thoby Stephen, à qui ses deux sœurs viennent rendre visite, « aussi exceptionnelles et impressionnantes que leur père », Vanessa et Virginia, belles « à couper le souffle ». Puis, en 1904, Leonard W. part pour Ceylan faire son service civil dans l’Administration coloniale cinghalaise – « une seconde naissance ».

Mal à l’aise dans la vie mondaine coloniale où on ne parle que shopping, sport, potins, il prend conscience d’être « un impérialiste innocent, inconscient ». Il découvre l’Empire britannique de l’intérieur : « C’est là que j’ai compris ce qu’il était et pourquoi ça n’allait pas. » Dégoûté, il renonce à toute carrière là-bas et rentre en Angleterre en 1911.

Il y retrouve ses amis, les « Apôtres » de Cambridge, les Stephen : Vanessa si belle, si calme, comme une divinité, et Virginia, moins belle à première vue, mais si lumineuse quand elle se détend, quand elle se concentre : « Son expression, la forme même de son visage, changeaient avec une rapidité inouïe dès que se faisaient sentir une tension, un souci, une inquiétude. » – « En fait, elle est la seule personne que j’ai connue intimement et dont je peux dire qu’elle méritait l’appellation de génie. »

Les gens se retournaient sur elle, intrigués, souvent moqueurs à cause de son élégance personnelle ou de sa manière de marcher : « elle pensait toujours à quelque chose d’autre, se déplaçait lentement, songeant, rêvant. Ce qui faisait ricaner les sorcières et les mégères. » D’où son horreur d’être regardée ou photographiée – Leonard voit une « trace de cette souffrance » dans le buste réalisé par Stephen Tomlin.

« Je n’ai jamais connu un écrivain qui, comme elle, pensait, réfléchissait continuellement et consciemment à son écriture, cherchant sans cesse une solution à tous les problèmes, qu’elle soit assise près du feu en hiver ou qu’elle sorte pour sa promenade quotidienne le long de la rive de l’Ouse. »

Leonard et Virginia se fréquentent de plus en plus, il l’accompagne à Covent Garden, à Bayreuth, mais au fond il n’aime « ni Wagner ni son art ». Déclaration d’amour, demande en mariage – Virginia demande du temps et finit par accepter. Le bref récit de leur mariage civil à Saint-Pancras, le 10 août 1912, fait sourire avec une interruption inattendue et cocasse de Vanessa en plein milieu de la cérémonie.

« C’est en vivant dans la maison de Virginia, Brunswick Square, et en particulier dans les mois précédant notre mariage, que je fus pour la première fois conscient du fait que la menace d’une dépression ou d’une maladie mentale pesait constamment sur elle. » Leonard W. s’efforce de décrire sa maladie (les médecins parlaient de neurasthénie), les symptômes, les signaux d’alerte, le refus de se nourrir, la migraine… que seul guérissait le repos total.

« Quatre fois dans sa vie ces symptômes l’ont complètement envahie et elle a dépassé la frontière qui sépare l’état normal de la folie. » Une crise dans l’enfance, une autre « très grave » à la mort de sa mère, puis en 1914 et en 1940. Deux tentatives de suicide. Enfin sa noyade dans l’Ouse, en 1941. Il est très touchant de lire comment son mari a observé, protégé et soigné Virginia Woolf. J’ai été très sensible aux passages où il s’efforce d’expliquer cette « folie ». On y reconnaît certains symptômes, hélas, parfois observés chez un proche et on retrouve du courage à lire comment il y fait face.

Avec une grande honnêteté intellectuelle et une empathie rare, Leonard W. rend compte de leur vie commune pendant près de trente ans avec ses bonheurs et ses épreuves. Vie de couple, vie mondaine, engagements sociaux, Hogarth Press, amitiés... Il décrit Virginia au quotidien et dans ses moments d’éclat, raconte comment elle s’installait pour écrire, son désordre.

Virginia Woolf, hypersensible à la critique de ses livres, accordait une énorme importance au « verdict » de son mari à la lecture d’un manuscrit terminé. Leonard reconnaît avoir édulcoré son jugement dans les dernières années, pour l’aider à continuer. Pour qui aime Virginia Woolf, lire Ma vie avec Virginia de Leonard Woolf est un « must ».