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16/05/2017

Rondeur

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« Les images de la rondeur pleine nous aident à nous rassembler sur nous-mêmes, à nous donner à nous-mêmes une première constitution, à affirmer notre être intimement, par le dedans. Car vécu du dedans, sans extériorité, l'être ne saurait être que rond. »

Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, 1957.

15/05/2017

Riches frondaisons

Je passe, je suis passée si souvent en voiture le long de ce quartier cossu, à la lisière de la région bruxelloise et de la forêt de Soignes, mais je ne m’y étais jamais promenée. Les frondaisons printanières, leurs multiples couleurs, les vieux arbres splendides dans les jardins de ces belles propriétés qui ressemblent parfois à des parcs m’ont enchantée.

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Plutôt que de nous enfoncer dans la forêt à proximité, j’avais envie de jouir du bleu azur tant attendu et souvent éphémère chez nous, traversé par les lignes blanches des avions. Ce sera donc une balade le nez en l’air, à admirer ces arbres parés de vert déjà éclatant ou encore léger, selon les essences, et ces érables japonais aux jeunes feuilles pourpres ou vertes, souvent associés par contraste, d’autant plus fascinants quand on les regarde à contre-jour. (On en rencontre en ville aussi, d’une beauté explosive en ce moment.)

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Je repensais à cet élévateur vu aux serres communales il y a peu, qui permet d’accéder à la cime des arbres. On voudrait être oiseau pour se poser là et regarder la terre, non pas vue du ciel – une vue magnifique mais si éloignée de ce que l’œil perçoit d’ordinaire – mais vue du haut des arbres, comme quand je montais dans le grand noyer au fond du verger de mes grands-parents et m’y laissais balancer, bercée par le vent, l’été, dans la campagne flamande.

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La cime des arbres touche le ciel, les arbres se touchent entre eux – il paraît qu’ils se concertent – et c’est un bonheur de contempler leurs feuillages divers. Les hêtres pourpres mettent des accents de splendeur dans toute cette exubérance végétale qui prolonge la forêt de Soignes à proximité. Puis l’œil redescend à hauteur plus humaine, vers les cornus kousa, les pivoines arbustives, qu’un amateur de jardins m’a appris à reconnaître.

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Nous n’avons croisé quasi personne durant ces deux heures de balade, seulement quelques voitures. Je crains d’avoir inquiété une propriétaire qui s’éloignait dans la sienne en photographiant cet arbre mort couché sur la pelouse, qui offre un si bel avant-plan à sa charmante maison blanche, vue de la chaussée.

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Beaucoup de jardiniers travaillaient par ce temps clément, tandis que les robots tortues tondaient l’herbe. Même quand on ne possède pas de jardin à soi, on peut puiser ici de belles idées d’aménagements, comme ces ombelles violettes d’ail ornemental tout le long d’une haie ou ces azalées aux tons chauds assortis aux tuiles d’une maison pittoresque (les arceaux où s’enroule une clématite y répondent aux courbes d’une barrière en bois).

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Ailleurs ce sont de fières italiques en fer forgé qui agrémentent une grille noire devant une maison blanche – entrée fermée – ou des topiaires, des haies taillées qui encadrent joliment une plante en bac – entrée ouverte. Plus loin, une haie qui s’interrompt offre au visiteur un chemin d’accueil et au passant un aperçu sur le bel érable pourpre à l’angle de la maison.

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Pour terminer sur ces frondaisons fredonnantes, voici un dernier fouillis de verdure savamment agencé. « Les jardins sont une des formes du rêve, comme les poèmes, la musique et l’algèbre », écrit Hector Bianciotti. Je compléterai cette citation par une autre, d’Erik Orsenna : « Plus qu’aucun autre art, celui des jardins dépend d’un bon vouloir allié à de gros et durables moyens. » Pour reprendre à Pascale Seys la formule qui conclut sa formidable chronique matinale sur Musiq3, et vous, qu’en pensez-vous ?

09/05/2017

La langue verte

Verte la mer ! et la peau

Du monde, verte, o jouvence.

Serres communales (88).JPG 

Quand la belle est nue et danse,

Verte laitue au chapeau,

Crache un peu tes escarbilles,

Mon enfant, mon p’tit Jésus,

Pour du baiser qui pétille

De jus verts et de verjus.

 

Verdoyez, verdures drues,

A la dent, au coeur, à l’œil.

Et vertement, cours les rues,

Pullule, vert écureuil.

 

Le profond vert séculaire

Est brouté de chevaux verts.

Le profond vert légendaire

Est gloussé de ramiers verts.

 

Verte la mer et l’envie

D’être groseille ou semence.

Vert, le verbe qui commence

 

Et verte, la langue en vie.

 

Norge

 

Norge, La langue verte. Charabias et verdures in Œuvres poétiques 1923-1973, Seghers, 1978.

Parc Josaphat, Schaerbeek, 7 mai 2017

08/05/2017

Serres communales

Ce dimanche 7 mai, les serres communales de Schaerbeek étaient ouvertes au public. Beaucoup de gens ont profité de l’occasion, souvent en famille, pour découvrir les ateliers des jardiniers communaux, les plantes destinées aux parterres et aux décors publics, ou participer aux animations.

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On y accède au numéro 411 du boulevard Lambermont, en haut du parc Josaphat. De belles floraisons entourent déjà les serres, comme ces iris blancs – ce week-end, c’était aussi la fête de l’Iris, la fête de la région bruxelloise. De merveilleux pavots fleurissent dans l’allée principale.

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Les enfants étaient ravis de faire un petit tour tirés par Camille ou sur le dos de Gribouille, les ânes de la commune (vous pouvez lire ici pourquoi Schaerbeek est surnommée la Cité des Anes). Dans la grande serre, un magnifique âne végétal attirait tous les regards.

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Mais ce sont bien sûr les plantes cultivées ici avant d’être plantées un peu partout dans la commune qui jouaient les vedettes, soigneusement alignées, étiquetées, parfois déjà en fleurs, parfois débutantes : géraniums et pelargoniums, pétunias, surfinias, gazanias, gauras, impatiens, marguerites, bégonias… et j’en passe.

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Le long de la serre principale, voici des potentilles assorties à la tenue de travail des jardiniers, occupés à garnir un grand bac en pierre. Plus loin, Vouziers, un des deux chevaux de trait ardennais qui participent à l’entretien de l’espace public, regardait calmement passer ceux qui se rendaient au bout de l’allée : là, sensations garanties en montant grâce à l’élévateur jusqu’à la cime des arbres !

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Derrière le stand d’information sur le compostage, un petit chemin mène à une zone de compost et de paillage, où plusieurs panneaux indiquent les différentes manières naturelles d’entretenir un jardin, d’y attirer les oiseaux, les insectes, de recycler les branches taillées pour créer des barrières naturelles le long des chemins du parc.

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Même sous les nuages, qu’il est beau, ce parc Josaphat au printemps, avec tous ses verts différents, ce roux indéfinissable des jeunes feuilles de hêtres ! Un couple de bernaches avec leurs sept oisons irrésistibles attiraient tous les regards et les appareils photo, bien sûr.

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Sous un vénérable marronnier aux grandes chandelles blanches, des moniteurs encadraient les enfants inscrits pour la « grimpe aux arbres » ou plutôt « l’accrobranche » à l’aide de cordes. Plus loin, une sorcière avait aussi un certain succès auprès des plus jeunes.

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Les tulipes sont pour l’instant les reines des parterres, mais quel plaisir aussi de contempler les arbres aux feuillages encore légers, les vieux troncs noueux, les canards endormis ou en quête de quelque nourriture. On se sent reverdir aussi au contact de tout ce renouveau végétal autour des étangs.

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Détail du panneau à l'entrée des serres communales

« Schaerbeek ou le mariage réussi de la nature et de la ville », titrait le site de la commune. Ce n’est pas encore vrai dans tous les quartiers, mais beaucoup d’efforts sont faits pour embellir et entretenir les espaces verts, et cela de manière écologique.

15/04/2017

Drôme provençale

En remontant d’Aix-en-Provence vers le pays de Nyons, une surprise : de la neige sur le mont Ventoux ! Vous l’apercevez au loin, derrière ce vieil arbre magnifique ? Des matins tout bleus nous attendaient en Drôme provençale, invitant à la balade. La première vers Le Poët-Sigillat, un village de plus en plus rendu à sa beauté par les amoureux des vieilles pierres (photo prise en chemin ce jour-là).

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Sur la route du col de Peyruergue – nous avions emporté un pique-nique pour une belle promenade du haut de Montguers vers La Pigière –, une rencontre magique : des moutons que bergers et chiens guidaient vers un plateau. Formidable travail des chiens pour tenir le troupeau groupé et lui barrer la route pour le faire grimper sur le talus !

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A Vaison-la-Romaine puis à Seguret, une autre belle journée printanière : on admire la cité ancienne, le dialogue des pierres et des feuillages, un patrimoine admirablement conservé et mis en valeur. Lilas en fleurs, glycines, valérianes, iris, gueules-de-loup, platanes remarquables… Quel bonheur de découvrir et contempler !

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Près de Venterol, où nous cheminons entre les vignes, ceps et lavandes s’alignent en pente douce. Près de Saint-Sauveur-Gouvernet, en une semaine, nous avons vu le jaune davril monter à l’assaut d’une vallée que nous sommes heureux d’avoir retrouvée. Nous reviendrons marcher dans ces paysages de la Drôme provençale, si belle à toutes les saisons.

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***

Joyeuses Pâques à toutes & à tous !

Amicalement.

Tania

13/04/2017

Sur la côte varoise

Quitter la Belgique par temps gris et pluvieux pour un séjour dans le Midi, rouler tout un dimanche avec France Inter dans les oreilles pour se mettre dans le bain français – « On va déguster » nous a donné envie de citrons à l’aller, de fines herbes au retour –, c’est avoir rendez-vous souvent, passé Lyon, avec un ciel d’azur qui fait rêver des plages, de la mer et des sentiers du littoral où s’enivrer d’ambiances méditerranéennes. Mais il a fallu cette fois composer certains jours avec les nuages et la pluie ; en mars, il est vrai, le printemps tout neuf est encore timide.

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Qu’elle est belle, la côte varoise ! Ci-dessous une vue d’ensemble, prise du massif du Cap-Sicié vers les Sablettes (La Seyne-sur-mer), la presqu’île de Saint-Mandrier et à l’arrière-plan, la baie de Toulon. Puis le petit port du Brusc, toujours sympathique ; les nouveaux pontons y accueillent de plus en plus de bateaux. A Sanary-sur-mer, le port est en chantier, mais il y reste tant de beaux endroits pour se promener et contempler, du haut de la falaise ou depuis la montée du calvaire.

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A Bormes-les-Mimosas, la végétation luxuriante enchante de tous côtés. Formes exotiques, parterres soignés, fleurs aux couleurs éclatantes, glycines… Les arbres de Judée y étaient déjà bien en fleurs. En cette saison où les flâneurs ne sont pas très nombreux encore, les chats de rencontre se montrent très sociables.

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J’ajoute à ces quelques photos de vacances celle de cette tourterelle qui s’est trouvé une place originale pour faire son nid – tranquille. A bientôt pour un aperçu de la suite : après la côte varoise, ce sera la Drôme provençale.

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18/02/2017

Générations futures

pape françois,laudato si,encyclique,sauvegarde de la maison commune,protection de l'environnement,lutte contre la pauvreté,écologie,françois d'assise,mode de vie,culture,planète,société,foi,engagement,spiritualité« La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. Les crises économiques internationales ont montré de façon crue les effets nuisibles qu’entraîne la méconnaissance d’un destin commun, dont ceux qui viennent derrière nous ne peuvent pas être exclus. On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. Quand nous pensons à la situation dans laquelle nous laissons la planète aux générations futures, nous entrons dans une autre logique, celle du don gratuit que nous recevons et que nous communiquons. Si la terre nous est donnée, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. Nous ne parlons pas d’une attitude optionnelle, mais d’une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront. » (§ 159) 

Pape François, Laudato si’, Lettre encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, 2015.

16/02/2017

Laudato si'

La défense de l’environnement et l’attention au bien commun sont deux causes qui m’importent, aussi avais-je envie de savoir ce qu’en dit le pape François dans « Laudato si’ » (2015), sous-titré « Le souci de la maison commune » (ou, plus loin, sa « sauvegarde »). Le titre est emprunté au début du Cantique des créatures de François d’Assise, « Loué sois-tu, mon Seigneur pour frère Vent, / et pour l’air et pour les nuages, / pour l’azur calme et tous les temps (…) ». Le texte intégral est disponible en ligne.

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François d'Assise prêchant aux oiseaux (d'après les Fioretti) par Giotto

Le pape ne s’adresse pas seulement aux catholiques dans cette lettre encyclique en VI chapitres et 246 paragraphes, mais « à chaque personne qui habite cette planète ». Il s’y réfère à ses prédécesseurs et à d’autres grandes voix spirituelles, comme celle du patriarche œcuménique Bartholomé (cet orthodoxe qu’on surnomme le « patriarche vert ») qui déclarait : « un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu » (1997).

Le témoignage de François d’Assise est radical par sa manière d’aborder la réalité sans la réduire à un objet d’usage et de domination. « Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. »

Le chapitre I, « Ce qui se passe dans notre maison », décrit la réalité d’aujourd’hui : pollution, ordures, culture du déchet, dérèglement du climat, problème d’accès à l’eau potable, chute de la biodiversité, cimetière marin… Les pauvres en sont les premiers atteints, c’est pourquoi une « nouvelle solidarité universelle » s’impose contre « la globalisation de l’indifférence », puisque nous sommes « une seule famille humaine ». La faiblesse des réactions politiques face aux intérêts particuliers appelle à réagir pour fixer « des limites infranchissables » et protéger les écosystèmes. A ceux qui proposent une réduction de la natalité, le pape explique pourquoi cela ne suffit pas (§ 50). 

Dans « L’évangile de la création » (II), chapitre axé sur la foi, le pape François rappelle l’impératif de « cultiver et garder » le jardin du monde dans la Genèse. « Tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres. » Il insiste sur l’incohérence qu’il y aurait à lutter pour la nature mais à rester indifférent envers les pauvres et les exploités.

« La racine humaine de la crise écologique » (III) aborde les avancées des sciences et des technologies – des progrès enthousiasmants, malheureusement non accompagnés du « développement de l’esprit humain en responsabilité, en valeurs, en conscience. » A partir du § 113, Laudato si’ décrit la transformation actuelle de l’humanité, « l’anthropocentrisme moderne » et ses conséquences, là où la raison technique l’emporte sur le souci du développement humain. « Quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstance, et tout le reste devient relatif. »

« Une écologie intégrale » (IV) considère que tout est lié : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature. » (§ 139) C’est pourquoi l’écologie est aussi culturelle, dans la préservation du patrimoine commun et des richesses culturelles (§ 143). « Toute la société – et en elle, d’une manière spéciale l’État, – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun. »

Il en découle « quelques lignes d’orientation et d’action » (V) à tous les niveaux : international, national, local. Au Sommet de 1992 à Rio de Janeiro, il a été proclamé que « les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable ». Mais la mise en œuvre pratique tarde, la poursuite d’objectifs à court terme ne prend pas suffisamment les grandes finalités en compte.

Le dernier chapitre appelle à une « conversion écologique ». Chacun peut changer son style de vie, renoncer à l’individualisme pour améliorer la situation et cela, déjà, par des gestes tout simples : « éviter l’usage de matière plastique et de papier, réduire la consommation d’eau, trier les déchets, cuisiner seulement ce que l’on pourra raisonnablement manger, traiter avec attention les autres êtres vivants, utiliser les transports publics ou partager le même véhicule entre plusieurs personnes, planter des arbres, éteindre les lumières inutiles. » (§ 211)

L’éducation à une « citoyenneté écologique » doit se faire à l’école, mais surtout dans la famille, qui reste « le lieu de la formation intégrale » (§ 213). Appelant à la joie et à la paix, Laudato si’ revalorise des vertus parfois méprisées, la sobriété et l’humilité. « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. »

Bref, quelles que soient nos convictions personnelles, il me semble que cette encyclique, audacieuse dans son genre et engagée « face à la détérioration globale de l’environnement », décrit justement ce qui se passe dans notre monde et nous encourage tous à préserver activement le bien commun, dans la nature et dans les relations sociales.

02/01/2017

Balade sans paroles

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Parc Josaphat, Schaerbeek, 30.XII.2016

28/11/2016

La beauté selon Cheng

Œil ouvert et cœur battant de François Cheng invite à la contemplation. Merci à Colo qui l’a cité sur Espaces, instants et me l’a donné à lire. Deux textes : un discours prononcé en 2010 au Collège des Bernardins et un Discours sur la Vertu à l’Académie française en 2007. Vous avez peut-être entendu l’écrivain franco-chinois parler de la beauté et de l’âme à La Grande Librairie il y a peu.

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« Comment envisager et dévisager la beauté ? » Dans le mystère de notre « présence au monde », deux extrêmes : « celui du mal et celui de la beauté ». Le mal que des hommes infligent à leurs semblables est le plus terrifiant. L’énigme de la beauté – « A côté du vrai, du bon, le beau apparaît comme un luxe, un surplus, voire un superflu » – vient de ce que « l’univers n’est pas obligé d’être beau ». Il pourrait être uniquement fonctionnel, mais ce ne serait plus « la Vie ». Chaque être, fleur ou arbre, est unique et « virtuellement habité par la capacité à la beauté, et surtout par le « désir de beauté » ».

Voilà pour François Cheng où commence la beauté, par la « présence » ; « entre les présences qui ne cessent d’échanger circule le souffle de l’infini ». Et de s’arrêter sur le mot « sens », « diamant du vocabulaire français », une seule syllabe et trois définitions : sensation, direction et signification, « les trois étapes, ou les trois étages, de notre existence ».

A propos de la beauté physique, Cheng mentionne ce qui contribue à celle du visage humain : « regard, sourire, voix, etc., tous attributs qui relèvent déjà de la conquête de l’esprit. » Quant à la beauté « du cœur, ou de l’âme », celle-ci est d’un autre ordre, éthique, spirituel. Ainsi rapproche-t-il beauté et bonté, les saints et les artistes qui « font profession de dévisager la beauté ». L’art exige une vision profonde, mobilise le corps et l’esprit. « Si l’esprit raisonne, l’âme, elle, résonne. »

Cheng parle de peintres, compositeurs, écrivains, et de nous : « tous nous avons part à la beauté ». Pas d’art de vivre sans émerveillement devant les beautés du monde, des plus humbles aux plus grandes. Et pour questionner la beauté, l’écrivain propose un détour par la peinture chinoise, ces rouleaux « représentant d’immenses paysages, dans lesquels toujours figurent un ou plusieurs petits personnages » (le texte est suivi de neuf illustrations).

De son Discours sur la Vertu (sur le site de l’Académie française), une phrase : « Car à une époque comme la nôtre, où règne souvent le cynisme, ou un hédonisme sans frein, celui qui se propose de chanter la vertu n’a pas forcément le beau rôle ; il court tout de même le risque de se montrer plus ou moins naïf. » Le beau et le bon y reviennent à travers « quatre excellences » célébrées en Chine : le bambou, l’orchidée, le prunus, le lotus (ou le chrysanthème, une variante).

« François Cheng : un cœur qui écoute, une voix qui peint, une main qui caresse, un visage qui contemple et même, à travers les larmes, sourit. » (Antoine Guggenheim, Avant-propos). Un sage qui communique avec les fleurs et les arbres – et les hommes.