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14/06/2018

Parcours d'artistes

Parfois la porte est ouverte, parfois une fenêtre, ou bien il faut sonner. Le parcours d’artistes de Schaerbeek 2018 m’a permis de faire connaissance avec quelques artistes de mon quartier que je ne connaissais pas. « La promenade ne serait-elle pas un moyen de découvrir ce que nous n’aurions jamais eu l’idée de chercher ? » (Jean Grenier)

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https://www.schaerbeek.be/fr/culture-loisirs/culture/art-1030/edition-2018

Max Morton, je l’avais déjà aperçu en passant devant son garage ouvert (ça se remarque, un bateau posé devant une porte de garage en ville). Quel accueil chez cet artiste bruxellois d’origine britannique où peinture et musique font la fête, même si partout « c’est le bordel », comme il dit. Un piano et une contrebasse, une table au plateau peint, des toiles qu’on dirait abstraites où s’invitent un clavier, la silhouette d’un instrument ou alors le ciel et la mer, les vagues, et toujours la lumière… Partout des instruments de musique, une lyre sur un muret, une sculpture en plexiglas : couleurs, rythme et parfois écriture aussi. Max Morton est un conteur.

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© Max Morton / https://www.maxmorton.be/

Il raconte l’histoire d’un petit violoncelle récupéré in extremis avant de finir dans un conteneur à la déchetterie, les duos improvisés quand un ami musicien lui rend visite, la déprime qui pousse à écrire sur une toile – « le vide » a aussi quelque chose à dire en peinture (ci-dessus), la « Maja nue » et la « Maja habillée » de Goya qui lui ont inspiré une toile (des épaisseurs de blanc, du rouge) qu’il posersur un chevalet une fois son laïus terminé, debout, couchée, dans l’autre sens... Il sait y faire et aussi blaguer, inviter à toucher la toile pour sentir les pigments. Chouette rencontre, à prolonger sur son site, je vous recommande cette vidéo.

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http://www.micheldebray.be/index.php

Chez le photographe Michel de Bray, l’ambiance est tout autre. Avant d’entrer dans son studio, j’admire au mur de somptueux tirages en noir mat : le nu féminin est le sujet de ses travaux personnels. Silhouettes, gros plans jusqu’au grain de la peau, exploration du noir érotique. Tout autour de la pièce, ses clichés sont accrochés à un fil. Des cadrages très différents de ceux de Jean Coquelet (Musée d’Ixelles, 2017). Au milieu du studio, des bouteilles éclairées, un travail ancien sur un autre support que le papier. Les deux photos en couleurs de l’entrée – détails végétaux – sont des agrandissements de diapositives d’une précision extraordinaire.

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http://lebamp.com/

Un peu plus loin, ce que je prends pour une entrée de garages est celle du Studio BAMP : Brussels Art Melting Pot. Personne ! Un espace pour la création, ce que révèlent les murs et une sculpture rouge vif accrochée sous la verrière du fond. Pour en savoir plus, je consulte le site : « un centre de résidence artistique et de création (…), un espace d’échanges où les techniques se croisent et se rencontrent, un espace propice au décloisonnement des différents secteurs de la création artistique, un espace de vie partagé. »

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https://www.jdesaedeleer.com/

Jessica De Saedeleer a son atelier de luthier au fond d’une cour, au calme. Quand j’y arrive, elle est en train d’expliquer à des enfants, dont une petite fille qui apprend à jouer du violon, les étapes de la construction de l’instrument – 300 heures de travail – illustrations à l’appui sur un écran d’ordinateur. J’apprends que la prêle séchée et la peau de requin permettent un ponçage très fin. Un petit groupe écoute, questionne, des personnes qu’on a déjà croisées, d’autres. J’apprends le nom du pernambouc, qui ne pousse qu’au Brésil, le bois utilisé pour la fabrication de l’archet. Un bel endroit.

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© Lisa Dejonghe / https://www.schaerbeek.be/fr/content/dejonghe-lisa

Suivre un parcours d’artistes demande du temps, on ne se contente pas de regarder et passer, c’est l’échange qui en fait tout l’intérêt. Ma dernière visite est pour Lisa Dejonghe : la jeune femme a gentiment mis des fruits, du cake à la disposition des visiteurs. Elle peint surtout des portraits. Tout un mur de visages colorés, plutôt expressionnistes, d’autres sur carton – des visages noirs rendus avec beaucoup de force. C’est la première fois qu’elle montre sa peinture. J’ai aimé, dans un autre style, une silhouette plus mystérieuse, épinglée près de la fenêtre.

Merci à tous ces artistes pour leur accueil, véritable, et l’autorisation de prendre une photo.

09/06/2018

Rien d'autre

Patrimoine 50aire (68).JPG« J’ai besoin de conduire mes pas dans la forêt pour voir les plus merveilleux chefs-d’œuvre jamais créés, et je ne demande rien d’autre. »

Pekka Halonen

De Tiepolo à Richter, l’Europe en dialogue, Guide du visiteur, Musée Art & Histoire, Bruxelles, 2018

 

Pekka Halonen, Forêt en hiver, 1931,
Kirpilä Art Collection / Finnish Cultural Foundation, Helsinki

 

Avis aux amateurs de promenades guidées
à la découverte du patrimoine :
les inscriptions aux Estivales 2018
sont ouvertes à Schaerbeek (cliquer sur le lien).

07/06/2018

De Tiepolo à Richter

De Tiepolo à Richter, L’Europe en dialogue : les musées du Cinquantenaire (MRAH) présentent une sélection d’œuvres importantes prêtées par quatorze fondations, à l’occasion de l’année européenne du patrimoine culturel. Eclectique plutôt que disparate, cette exposition en deux parties – du XIVe au XIXe siècle, de la fin du XIXe à aujourd’hui – offre de quoi satisfaire les curieux qui acceptent de circuler « à sauts et à gambades » dans l’histoire de l’art. 

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Giovanni Battista Tiepolo, Chasseur à cheval, 1718-1730, Fondazione Cariplo, Milan

C’est toujours gai de découvrir une exposition dont on n’a pas encore entendu parler, sinon par un courriel de la Fondation Roi Baudouin qui y participe largement. Aussi je ne vous en dirai pas trop, promis. Le Guide du visiteur (source des citations) offert par les Musées royaux d’Art et d’Histoire commente l’histoire de chacune des 69 œuvres exposées en une dizaine de lignes. 

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Hayez Francesco, La dernière rencontre entre Jacopo Foscari et sa famille avant d’être envoyé en exil, 1838-1840, Fondazione Cariplo, Milan

L’entrée est impressionnante avec deux tableaux de 1840 commandés par Ferdinand Ier d’Autriche « lorsqu’il s’est rendu à Milan pour être couronné roi de Lombardie-Vénétie » : un chef-d’œuvre de Francesco Hayez et un magnifique Intérieur de la cathédrale de Milan par Luigi Bisi. Vous y verrez aussi L’enseigne du Saint-Sang, un rare bois polychrome de 1529.

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Scènes de la vie et de la mort de la Vierge, vers 1280-1300, Fondation / Musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne 

Plus loin, un petit retable portable, fine sculpture gothique en ivoire, présente des Scènes de la vie et de la mort de la Vierge (XIIIe). Un panneau ogival accroché juste au-dessus montre Jésus debout sur les genoux de la Madone du Maître de San Davino (XVe), il enlace tendrement sa mère. Au siècle suivant, contraste total, La montée au Calvaire d’après Jérôme Bosch le montre écrasé sous la lourde croix, le regard baissé.

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Jean-Baptiste Bonnecroy, Vue de Bruxelles, 1664-1665, huile sur toile 169 x 301,5 cm, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles

L’art ancien domine dans l’exposition, les peintres illustres n’y manquent pas : Dürer, Jordaens, Tiepolo, Guardi, Lombardi… Comment en parler rapidement ? Il faut aller les voir. Et aussi cette vue panoramique de Bruxelles par Jean-Baptiste Bonnecroy (1664-1665) où l’on reconnaît certains édifices. Je me suis attardée plus loin devant un pupitre indo-portugais en teck et bois de rose, orné de belles incrustations en ivoire (l’exposition comporte aussi quelques objets).

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Auguste Rodin, Buste de Victor Hugo, modelé en 1883, reproduit en marbre en 1886-1888,
Fondation / Musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne 

Un marbre admirable, le Buste de Victor Hugo par Rodin (1886-1888), fait la transition vers l’art moderne et contemporain où j’ai eu quelques coups de cœur pour des œuvres venues de Finlande. Par ordre chronologique, je commence par La fille du forgeron (1928) d’Helene Schjerfbeck, cette artiste fameuse dont je vous ai montré récemment un bel autoportrait. Les quatre enfants du forgeron étaient parmi ses modèles préférés à Hyvinkää, ils l’aidaient aussi dans ses tâches quotidiennes.

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Helene Schjerbeck, La fille du forgeron, 1928, Kirpilä Art Collection / Finnish Cultural Foundation, Helsinki

Deux beaux petits paysages d’hiver du début du XXe siècle ont de quoi séduire les amateurs. Plus récent, Automne (1968) de Ernst Mether-Borgström, « pionnier de l’art abstrait finlandais dans les années 1940 », illustre son évolution vers un art géométrique où les couleurs jouent le premier rôle. Enfin, j’ai aimé cette encre sur papier d’Elina Merenmies, Espace (2009) : l’artiste d’Helsinki a étudié à Bruxelles et à Prague.

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© Elina Merenmies, Espace, 2009, encre sur papier, Saastamoinen Foundation Art Collection / EMMA

Impossible de terminer ce billet sans signaler ces chefs-d’œuvre sélectionnés par la Fondation Roi Baudouin : un délicieux logogramme de Christian Dotremont au titre non moins ravissant, Brusquerie de soie, bruissement de suie ; le Squelette de James Ensor regardant des chinoiseries ; Charles au jersey rayé d’Evenepoel ; la terrible Buveuse d’absinthe de Spilliaert, entre autres.

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© Gerhard Richter, Musa, 2009, tapisserie en polyester, coton, laine, soie et acrylique, Olbricht Collection / Foundation, Berlin

De Tiepolo à Richter, l’Europe en dialogue, nous fait voyager dans le passé et le présent de notre continent si riche de ses échanges artistiques. Il me semble que chacun sera sensible à ces « belles histoires attestant de la parenté interculturelle entre citoyens européens ». A voir au Cinquantenaire jusqu’au 30 septembre.

04/06/2018

Jours de mai

Des jours de mai si radieux, voilà qui n’est pas fréquent. 29° lundi dernier (28 mai) à Bruxelles, 23° à Palma de Majorque ou à Toulon, le climat européen perd-il le nord ? A nous, ce printemps, les repas en terrasse, les belles heures à lire dehors ou à suivre des yeux le vol des martinets jusqu’au coucher du soleil.

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Sur la terrasse, les lupins ont commencé à fleurir à la fin du mois d’avril, pendant notre séjour dans le Midi, à présent ils ont trop chaud en plein soleil et je crains qu’ils ne refleurissent plus cette année. Idem pour la clématite en pot. Mon jardin suspendu comporte principalement des vivaces, j’y ai invité quelques annuelles comme cet anthémis pour son rose éclatant, ces félicias pour leur fraîcheur guillerette, quelques géraniums qui assureront le spectacle sans continuer jusqu’à l’automne.

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La spirée se couvre ces jours-ci de rose tendre, tandis que le bleu des campanules apparaît ici et là dans les bacs et les pots, des fidèles au rendez-vous de la belle saison, comme les lysimaques. La lavande leur volera bientôt la vedette. Plus discrètes, les fleurettes des ruines-de-Rome attirent pourtant aussi les insectes butineurs, des bourdons surtout, quelques abeilles (j’ai lu avec consternation que presque la moitié des colonies d’abeilles sont mortes cet hiver en région bruxelloise).

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Les fleurs vanille du laurier-rose se sont montrées précoces cette année –il a si peu gelé qu’il n’a fallu le rentrer que quelques nuits d’hiver, le laurier-rose est moins frileux que les dipladénias dont la floraison se fait encore attendre.

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Pourquoi mai me fait-il penser à Marie Gevers ? J’ouvre Plaisir des Météores et je lis : « Jamais le mois de mai ne parvient à épuiser toutes les beautés dont il dispose. Ces beautés inemployées constituent sans doute une immense réserve, qui foisonne, luit et chante en quelque lieu d’azur, où seule notre imagination peut nous mener. On devine, tout au long des jours et des nuits, cette profusion de beautés accumulées. C’est pour cela que mai, s’il est en proie à de durs nuages, traversé par des courants méchants, contrarié par les saints de glace, bref, attaqué par ce que nous nommerons l’anti-mai, ne nous semblera jamais terni, maussade, ni froid. (Les réserves de mai)

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Les splendeurs livrées par mai atteignent une grande force d’émotion. C’est parce que, limitées par le temps, il faut bien qu’elles se hâtent, fusent, éclatent. Leur clarté, leur azur, débordent les moments qui leur sont assignés ; et les jours en proie à l’anti-mai sont submergés de joie, de chants et de fleurs. Les moments rayonnants parviennent à se rejoindre par-dessus plus d’un jour de vilain temps.
Mais les réserves de mai doivent être, pourtant, pleines de merveilles, et j’aime à m’y rendre en idée.
Songez, par exemple, aux nombreux arcs-en-ciel empêchés de se former parce qu’un nuage malencontreux s’est mis devant le soleil ?
Sans doute brillent-ils tous dans les réserves de mai. »

02/06/2018

Une invitation

1030 couverture-programme.jpg« Parcours d’artistes » à Schaerbeek ce week-end (2 et 3 juin) et le week-end suivant (9 et 10 juin) : de nombreux artistes schaerbeekois et différents lieux collectifs ouvrent leurs portes de 14h à 18h. La carte d’« art 1030 » (code postal de la commune) mentionne 205 adresses, suivez la trace des pavés de mosaïque !

Quatre itinéraires sont proposés : pour les enfants, pour les disciplines artistiques, pour l’artisanat et pour les curieux. Tous les détails de l’édition 2018 sont disponibles en ligne. Bonnes découvertes à Schaerbeek, nous nous croiserons peut-être.

08/05/2018

Merci, Maurane

Tes mots swinguaient les maux,

Ta voix nous tenait chaud.

Soudain tu n’es plus là. –

Même le soleil de mai n’en revient pas.

 

 

Ta voix, tes mots, ton âme,

« On ne le pourra jamais, oh non non

On ne pourra jamais les séparer »

Merci, Maurane.

 

26/04/2018

Nocturne

Melancholia Nocturne.jpgKiki Smith, artiste américaine née en 1954 à Nuremberg, vit et travaille aujourd’hui à New York. Les images et les sculptures qu’elle compose incluent souvent la nature et le corps humain et reprennent les codes du monde de l’enfance pour les charger d’une inquiétante étrangeté. Pour reprendre ses propres mots : « Le corps est notre dénominateur commun, la scène de notre désir et de notre souffrance. Je veux exprimer par lui qui nous sommes, comment nous vivons et nous mourons. »

Guide du visiteur, Melancholia, Fondation Boghossian, Villa Empain, Bruxelles >19.08.2018

23/04/2018

Melancholia

A la Fondation Boghossian, « centre d’art et de dialogue entre les cultures d’Orient et d’Occident », Melancholia réunit une quarantaine d’artistes de différentes parties du monde, plus ou moins connus, et 70 œuvres dont plusieurs installations in situ. J’ai aimé flâner dans la Villa Empain, de l’entrée aux salons, d’une chambre à l’autre, puis au jardin, pour découvrir ces variations sur un thème : « Le Paradis perdu, Mélancolies, Ruines, Le temps qui passe, Solitude, Absence ». Quelques œuvres par pièce, de l’espace entre elles, cela permet de bien regarder, de respirer, de ressentir.

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« Je n’ai qu’un seul ami, Echo ;
et pourquoi est-il mon ami ?
Parce que j’aime ma tristesse
et qu’il ne me l’enlève pas.
Je n’ai qu’un seul confident,
le silence de la nuit ;
et pourquoi est-il mon confident ?
Parce qu’il se tait. »

Sören Kierkergaard

Ces vers d’accueil à l’exposition introduisent aussi le Guide du Visiteur distribué à la réception : éditée par Louma Salamé, directrice générale et commissaire d’exposition, cette brochure très soignée, illustrée en couleurs, présente un artiste et une œuvre par page, et reprend les citations affichées tout au long de l’exposition.

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© Claudio Parmiggiani, Senza Titolo, 2013-2015 / © KRJST Studio, Orion, 2016

Sur le marbre du grand salon, Claudio Parmiggiani a amoncelé des têtes antiques, un assemblage « évoquant les ruines de l’antiquité » (Sans titre, 2013-2015). Ces têtes gisant au sol contrastent avec une longue tapisserie qui tombe de la mezzanine, Orion (2016), de KRJST Studio (Justine de Moriamé et Erika Schillebeecks) : les bleus de cette constellation textile, traversée de lumière blanche et d’ombres, correspondent bien au thème de la mélancolie.

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© Pascal Convert, Bibliothèque, 2016

Dans les deux salons à l’arrière, voici d’abord la Bibliothèque de Pascal Convert, une des œuvres les plus marquantes : cinq cents livres de verre, doubles de livres anciens, témoignent des bibliothèques « incendiées par les régimes autoritaires et totalitaires ». Blancs ou rouges, avec des traces de brûlure et des parois éclatées, ces livres sont disposés sur des rayonnages et aussi sur les appuis de fenêtre, ce qui permet à la lumière du jour de les traverser et de leur donner vie. Troublant mélange de destruction et de mémoire. De l’autre côté, de très grandes photos montrent l’absence des Bouddhas détruits par les talibans (Falaise de Bâmiyân, 2017).

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© Giorgio De Chirico, Pomeriggio d’Estate, 1972, Piazza d’Italia, ca. 1970 et
Alberto Giacometti, Homme à mi-corps, 1965, courtesy Fondation Boghossian, photo Lola Pertsowsky

A l’étage, dans la Chambre Nord, deux belles toiles signées De Chirico se répondent : sur la place d’Italie, deux personnages, une statue, les ombres et lumières du couchant. Une des dernières sculptures de Giacometti, Homme à mi-corps, « montre un homme à genoux, le regard pensif ». Autres figures de la mélancolie, un doux portrait de femme par Delvaux, un autre avec des vers d’Eluard, deux personnages solitaires de Rops, entre désespoir et ironie.

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© Léon Spilliaert, Golfbreker met paal, 1909 / © Norbert Schwontkowski, Phys Experiment, 1995

Coup de cœur dans la Salle d’Armes, où débute le thème des « Ruines » : à un splendide Spilliaert nocturne, Brise-lames avec poteau, répond une grande toile de Norbert Schwontkowski, Phys Experiment, où un homme se penche au bord d’une falaise pour regarder la chute d’une pierre dans le vide. Belle résonance entre ces deux visions anxieuses du monde, dans des lumières du Nord.

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© Lionel Estève, La beauté d'une cicatrice, 2012
/ © Melik Ohanian, Selected Recordings n°99, 2003

« Le temps qui passe », comment l’exprimer ? Lionel Estève a coloré en partie des pierres ramassées sur une plage grecque, l’ensemble s’intitule La Beauté d’une Cicatrice. On les regarde, ainsi que la photo d’une île sauvage enneigée sous les nuages (Melik Ohanian) et un paysage contemplatif d’Etel Adnan, Soleil sur le Mont Tamalpais, en entendant des voix, une œuvre audio d’On Kawara, One million years.

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© Giuseppe Penone, Rovesciare i propri Occhi, 1970

Le thème de la solitude est traité de diverses manières (Chambre de Monsieur) : peintures typographiques avec des messages sur le visible et l’invisible (Rémy Zaugg), photos de Joseph Beuys, autoportrait de Giuseppe Penone avec des lentilles de contact miroir qui l’aveuglent, lithographies de Martin Kippenberfer, des autoportraits réalisés l’année précédant sa mort. Au sol, Parmiggiani offre un raccourci de la condition humaine : une tête antique sur un livre ouvert – ciel étoilé en double page – à côté d’une petite horloge : l’homme, l’espace, le temps.

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© Samuel Yal, Dissolution, 2012

On s’interroge parfois sur le rapport entre certaines œuvres et le sujet de l’exposition. Dissolution de Samuel Yal, une mosaïque de fragments de céramiques suspendus, suggère l’explosion d’un visage dans l’univers. Mais l’œuvre conceptuelle de Jef Geys, une liste de !vrouwenvragen ? (questions de femmes), ici en anglais, quel rapport ? Idem pour la drôle de table à jouer de Barbara Bloom.

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© Constant Permeke, Torso, 1938 / © Paul Delvaux, Nuit sur la mer, 1976

Dans la Chambre de Madame, les tentures sont entrouvertes sur un Torse de Constant Permeke qui voisine avec une grande toile de Delvaux, Nuit sur la mer. Une autre œuvre de Parmiggiani rappelle les livres de Convert au rez-de-chaussée : des silhouettes d’objets brûlés sur des étagères, du blanc au noir. Noirs aussi, les bas de soie qu’enfile une femme assise, sur une peinture de Marlene Dumas. A côté, dans le Boudoir, Lamia Ziadé a rassemblé quelques meubles et objets dans un petit coin intime, l’alcool et la cigarette semblent y meubler la solitude, avec ces drôles de volutes de fumées en céramique.

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© Lamia Ziadé (détail)

Une installation « à la Mondrian » d’objets ménagers en plastique bleu, jaune et rouge m’a semblé incongrue à proximité d’une vidéo de quelques minutes d’Eli Cortiñas, Fin (2010) : c’est la fin d’un film, montrée en boucle : un homme et une femme se tenant par la main s’enfoncent dans un paysage de neige – vont-ils disparaître ?

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© Abdelkader Benchamma, The unreachable part of us, 2018 

J’avais manqué, en entrant dans la villa, tout de suite à droite, l’œuvre spectaculaire d’Abdelkader Benchamma, The unreachable part of us : sa fresque en noir et blanc couvre entièrement les murs de la pièce. Le spectateur est plongé dans un univers sans début ni fin, invité à cadrer lui-même des motifs en mouvements, des vibrations, les vides et les pleins d’un paysage abstrait, sans repères.

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© Christian Boltanski, Animitas, 2016-2018 / © Tatiana Wolska, Atrakcja, 2018

« J’ai eu successivement tous les tempéraments : le flegmatique dans mon enfance, le sanguin dans ma jeunesse, plus tard le bilieux et j’ai enfin le mélancolique qui probablement ne me quittera plus. » (Giacomo Casanova) N’oubliez pas de faire un tour au jardin si vous allez voir Melancholia, plusieurs œuvres intéressantes, discrètes ou spectaculaires, y sont installées. L’exposition de la Fondation Boghossian est visible à la Villa Empain jusqu’au 19 août 2018.

16/04/2018

Pas d'un fil

En avril, ne te découvre pas d’un fil. Ce dimanche 8 avril, quasi estival à Bruxelles, fait mentir le proverbe : blouses légères et bermudas reprennent du service, la crème solaire aussi, on s’active et on s’installe sur les terrasses d’appartement, c’est le grand appel du dehors.

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Et si nous allions nous promener au Moeraske ? Personne au jardin partagé près du parc Walckiers, il a du retard par rapport au grand potager un peu plus loin, où les jardiniers ont déjà beaucoup travaillé : la terre est retournée, la haie taillée, les abords nettoyés, ici on est prêt pour la belle saison.

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Sur la prairie sèche, zone protégée, le printemps reste discret, du vert naissant sur les arbres et arbustes. Du côté des marécages, des branches, des troncs cassés ou couchés accentuent l’impression d’abandon – en fait, cette zone « relique » des milieux humides qui composaient jadis le fond de la vallée de la Senne (la rivière cachée de Bruxelles) protège et nourrit une multitude d’espèces animales tout au long de l'année. (Source : Plan de gestion du Moeraske)

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En haut d’un talus, voici le dortoir des perruches vertes, leurs grands nids attirent le regard des promeneurs, surtout quand elles en sortent pour fendre l’air avec leur cri strident caractéristique. Sous l’un de ces arbres, un promeneur attire notre attention sur les champignons qui poussent sur des troncs morts, une belle illustration de l’intérêt d’en laisser sur place. Celui-ci porte le beau nom d’amadouvier, si je ne me trompe.

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Ils ont des formes fascinantes, ces nids géants, quel travail ! Depuis des semaines, j’observe un couple de pies qui a construit son nid en haut de l’érable sycomore sous mes fenêtres, malgré quelques attaques de corneilles. Ce sont des allées et venues incessantes, et en plus des rameaux plus ou moins longs qu’elles s’ingénient à faire passer entre les branches, elles ont même amené des fils de couleur et dernièrement, un énorme ruban en plastique blanc qui a ôté toute discrétion à leur abri ! (Photos 10 mars et 8 avril)

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Près de l’église Saint-Vincent, il y avait du monde à la pétanque, à la brocante. Nous avons continué sur le sentier de la Renarde, qui passe en bas du clos du Château d’eau, avec ses nouvelles maisons identiques et pimpantes. Quelle belle situation tout près du Moeraske et du parc du Bon Pasteur – pourtant j’ai lu que certains de leurs habitants s’y sentent isolés et craignent les cambriolages. Et voilà le premier arbre rose de notre promenade.

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Plus loin, dans un jardin de la rue Ranson, par-dessus la haie de forsythias, un magnolia offre sa superbe parure. Je suis toute surprise de remarquer sur les plaques de rue que nous sommes ici à Bruxelles-Ville, comme on appelle couramment la Ville de Bruxelles : cette commune qu'on associe d’abord au centre historique a annexé différents quartiers des communes limitrophes.

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En effet, nous sommes à Haren, un « village » rattaché à la commune de Bruxelles-Ville, et non à Evere tout proche. Au retour, près de l’entrée d’une petite entreprise, dernier arrêt devant un beau magnolia étoilé, blanc comme neige. Vive le printemps !

10/04/2018

Remarquable

balade,parc josaphat,schaerbeek,avril,printemps,jaune,fleurs,arbres,culture,espace vertAu début du XXe siècle, la commune de Schaerbeek, dans le but de créer un parc dans cette vallée où les citadins aimaient se promener, y rachète près de deux cents parcelles. Mais la veuve Martha, qui possède la plus importante et de superbes arbres, trouve la somme proposée insuffisante et met en vente « un lot d’arbres avec obligation de les abattre ». Le roi Léopold II, soucieux de l’embellissement de Bruxelles et de ses environs, a fait acheter les arbres, mais la propriétaire exigeait malgré tout l’application de la clause d’abattage. « Seule une procédure d’expropriation vint à bout de sa résistance. » (d’après Wikipedia). Ainsi a survécu ce remarquable platane à feuille d’érable, à l’inventaire du patrimoine naturel en région bruxelloise.