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20/07/2017

L'avenue Rogier

C’est dans une des avenues les plus connues de Schaerbeek que le rendez-vous de Patris était donné le 9 juillet (Estivales 2017). Yves Jacqmin attendait les amateurs du patrimoine et des promenades guidées sur le terre-plein de la place de la Patrie. (Pour information, quasi toutes les dates affichent complet et il ne reste plus qu’à espérer des désistements pour ceux qui sont sur liste d’attente.)

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Place de la Patrie, Schaerbeek © SPRB-DMS

Vers 1860, la commune a décidé de prolonger la rue Rogier qui reliait déjà la chaussée de Haecht au quartier Nord : l’avenue Rogier s’est ouverte en plusieurs phases, jusqu’à la place Meiser. Charles Rogier (1800-1885), homme politique plusieurs fois ministre de l’Etat belge, a de son vivant vu son nom donné à une rue puis une avenue, et aussi à la place Rogier. Enterré au cimetière de Saint-Josse ten Noode, il a sa statue place de la Liberté.

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Au milieu, un entablement blanc typique de l'Art Déco en haut d'une façade, entre deux colonnes (place de la Patrie)

La visite commence donc par le tronçon le plus récent : la place de la Patrie, prévue à l’origine pour une église finalement bâtie plus loin, est devenue un square ; en venant de la place Meiser, c’est la première étape sur le tracé de l’avenue Rogier, avant la place des Bienfaiteurs. Elle a été construite dans les années 1920, quand s’épanouissait l’Art Déco. La bourgeoisie privilégiait encore des styles plus anciens, comme en atteste une maison à proximité (ci-dessous), avec ses œils-de-bœuf sous le toit et un joli fer forgé au balcon central.

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Vue partielle de l'avenue Chazal

Nous traversons l’avenue Chazal qui monte vers la place Dailly, ce qui rappelle à notre guide l’hiver 60 qui rendait « fous » ses élèves quand la neige rendait l’ascension difficile pour le bus et occasionnait des retards. Devant une maison de Joseph Diongre, l’architecte de Flagey, qui a gardé ses sgraffites et quelques éléments art nouveau, pas ses châssis malheureusement, je me dis que cette façade comme beaucoup d’autres dans l’avenue Rogier mériterait d’être restaurée.

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A droite, maison moderniste (avenue Rogier)

De l’autre côté de cette large avenue large plantée d’arbres, où le tram circule au milieu, nous observons une maison moderniste de l’architecte Léon Guianotte (au 280, ci-dessus) à côté d’une façade de style beaux-arts. Du côté impair, un autre témoignage du modernisme présente un parement noir et blanc en carreaux de céramique (au 299). Du côté pair, le numéro 250 présente une belle loggia en bois ; la pierre bleue du rez-de-chaussée encadre une entrée inspirée par l’art nouveau dans sa phase stylisée.

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Maison de style Beaux-Arts (la plus haute), avenue Rogier

La diversité des styles architecturaux frappe comme presque partout dans Bruxelles. Ici un pignon en briques, vaguement médiéval, là de grandes baies vitrées – les maisons de style beaux-arts, inspirées du XVIIIe français, sont très bien éclairées. Le petit bois des fenêtres, dont les moulures jouaient avec la lumière, a souvent été remplacé par du PVC inesthétique, mais il suit tout de même les lignes originales.

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271, avenue Rogier

Plus loin, une confrontation radicale entre tradition et modernité : le mur de verre de la façade, au 271, inédit en 1968 pour une maison particulière, tranche avec les maisons voisines – les vitres ont déjà été modifiées depuis. A l’angle de la rue Victor Bourgeois, le propriétaire du 263 a réalisé en 1930 une extension moderne avec garage très différente de sa maison : châssis arrondis, crépi blanc... Aujourd’hui, les murs sont jaunes et portent depuis la fin du mois dernier une fresque sympathique signée Nean, dans le cadre du projet d’art urbain Mixity.

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urbana_project Mixity Wall #3 / Nean - Bruxelles « ville intergénérationnelle » (détails

En descendant vers la place des Bienfaiteurs, rond-point en pente qui coupe lavenue à mi-parcours, un habitué des Estivales me fait remarquer, en me montrant la perspective, que le premier creux de l’avenue Rogier, plus bas, correspond à la vallée du Maelbeek. Puis on remonte vers la chaussée de Haecht avant de redescendre, dans la rue Rogier, vers ce qui fut la vallée de la Senne.

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Vue de la place des Bienfaiteurs vers l'avenue Deschanel (en bas) puis la chaussée de Haecht (en haut)

Au centre de cette grande place inaugurée en 1907, un « Monument aux Bienfaiteurs des Pauvres » de Godefroid Devreese est agrémenté d’une fontaine et de bassins auxquels ont collaboré Henri Jacobs et l’architecte paysagiste du parc Josaphat, Edmond Galoppin. Plus de cent ans plus tard, les arbrisseaux devenus de grands arbres dissimulent le piteux état de la fontaine – faute d’entretien, les bassins de cette place remarquable et pourtant classée ont un besoin urgent de restauration.

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Monument des Bienfaiteurs (Godefroid Devreese) : « Cette allégorie de la Charité protégeant le vieillard et l’enfant
est complétée d’une paysanne schaerbeekoise qui rassemble ses choux dans un panier.
Le patrimoine communal possède les deux esquisses en plâtre de cette imposante fontaine. »

Les maisons qui l’entourent datent des années 1908-1909 et présentent un mélange de styles propre à l’éclectisme bruxellois : pignons d’inspiration médiévale, courbes Art nouveau… Les bâtiments d’angle vers le bas de l’avenue (photo de la vue plus haut) sont à la fois semblables et différents, leurs coupoles d’origine – trop coûteuses à restaurer, parfois faute d’artisans qualifiés – ont été remplacées par des toitures plates.

 

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Le Bienfaiteur, place des Bienfaiteurs, 25 (angle de la rue Frans Binjé)

Une ancienne habitante de la place nous fait remarquer qu’Alain Resnais a tourné ici une séquence de « Je t’aime, je t’aime ». Elle se souvient d’un temps où les fontaines fonctionnaient encore. Le guide nous fait remarquer un hôtel dit « de rapport » annonçant les immeubles à appartements : sa façade en briques jaunes se termine par un pignon, elle dispose de trois portes (photo ci-dessous), celle du milieu dessert le haut, les latérales les appartements de chaque côté.

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Trois portes d'un immeuble ou « hôtel » de rapport de style éclectique (architecte Louis Serrure), 1912
place des Bienfaiteurs 26-27-28

Nous verrons encore quelques bâtiments aux alentours avant de revenir sur la place – le snack-resto Le Bienfaiteur occupe le rez-de-chaussée d’une maison d’angle surmontée d’un renard, remarquable avec ses pierres bleues et ses balustres sous les fenêtres. En face, de l’autre côté de la place, le café Le vase d’argent (disparu) était connu des amateurs de jazz. Une petite communauté ou comité de quartier des environs sappelle « les Bienfêtards » !

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A gauche, maison en briques jaunes à arcs brisés (architecte A. Dankelman), 1909 (rue Frans Binjé)

Quand on descend vers l’avenue Deschanel où la promenade se termine – espérons qu’elle aussi fasse un jour l’objet d’une Estivale schaerbeekoise –, on peut admirer entre autres la belle poste de l’avenue Rogier (ancien hôtel de maître) ; une maison qui porte la mention « Anno 1908 » très hétéroclite avec ses carreaux de céramique ; un magasin dont la façade déborde de fantaisie décorative.

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Poste de l'avenue Rogier (stores rouges)

Nous voici presque à l’avenue Deschanel, nous nous arrêtons au pont du chemin de fer pour admirer ses beaux matériaux. Quand la station-service de l’avenue a été reconstruite, tout près, on a veillé à ce qu’elle ne dépare pas trop le grand carrefour des avenues Rogier et Eisenhower (hauteur réduite, murs de briques). Ces avenues ont conservé un beau patrimoine, mais il semble fragile.

24/06/2017

Olivia Hernaïz

Tout au bout du musée d’Ixelles, côté jardin, l’installation d’Olivia Hernaïz s’intitule « As Long As the Sun Follows Its course ». La lauréate d’ArtContest 2016, sous des couleurs pimpantes, propose une vision faussement « soft » du monde dominé par la politique, l’argent, les multinationales, et interroge les mythes contemporains en trois temps.

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« Make Yourself Comfortable » : un canapé arrondi plein de coussins colorés permet de s’asseoir bien à l’aise pour mettre un des casques accrochés à la table basse et regarder une vidéo. Des tentures imprimées aux fenêtres parachèvent ce décor « cosy ». A y regarder de plus près, tout est parodie. Par exemple, les tissus reprennent des symboles de mouvements politiques de divers pays et des logos d’institutions financières.

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« All About You » : derrière un paravent aux motifs tirés du langage des mains utilisé à la Bourse, une table de massage où s’allonger pour regarder et écouter un clip. Olivia Hernaïz chante avec une voix douce les slogans rassurants des banques. En quelque sorte : endormez-vous, bonnes gens, nous nous occupons du reste.

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« The Solar Economy » : un petit homme en costume sombre à tête de soleil (emprunt à un logo politique japonais) se mêle à des publicités pour des nouveautés technologiques (années 80) qui surfent sur les beautés de la nature que leur modèle de croissance met en péril. Crânement, Olivia Hernaïz « exagère les traits du système dans lequel on vit afin d’en démontrer l’absurdité ».

22/06/2017

De la Chine à Taïwan

Une belle exposition vient de s’ouvrir au musée d’Ixelles : « From China to Taïwan. Les pionniers de l’abstraction (1955-1985) ». A l’exception de Zao Wou-Ki, ces peintres chinois étaient des inconnus pour moi. Or Zao Wou-Ki, Chu Teh-Chun et Lee Chun-Shan ont tous les trois étudié puis enseigné à l’école des Beaux-Arts de Hangzou, dont certains professeurs s’étaient formés en Europe. En 1948, Zao Wou-ki part s’établir à Paris. En 1949, quand Mao Zedong prend le pouvoir, les deux autres s’installent à Taipei (plus d’un million de Chinois quittent alors le continent chinois pour Taïwan).

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S’écartant du conservatisme, ces jeunes peintres découvrent par eux-mêmes l’art occidental et se tournent vers l’abstraction. Huit élèves de Lee Chun-Shan créent en 1956 le groupe Ton Fan (1956-1971), ce qui veut dire « Orient » en chinois et exprime leur volonté de ne pas renier la tradition orientale. Leurs œuvres sont exposées dans la grande salle au rez-de-chaussée. La présentation du groupe Wuyeu ou Fifth Moon (1957-1972) – « mois de mai » en chinois, le mois de leur exposition annuelle – se poursuit à l’étage.

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Tous ces artistes cherchent une troisième voie picturale, entre Orient et Occident. Sur les petites vidéos-portraits placées près de certaines notices biographiques (à lire sur le site de la Galerie Sabine Vazieux – l’auteure du catalogue les a rencontrés dans leur atelier), ils font souvent part de leur volonté de renouveler la peinture chinoise sans tourner le dos à la tradition. Ils cherchent à « s’inscrire dans la modernité internationale tout en exprimant leurs racines profondes » (Dossier de presse).

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© Zao Wou-ki, 17.02.71- 12.05.76 (1971), collection privée
 

De Nous deux (1955) encore inspiré de la calligraphie chinoise à ce paysage abstrait (ci-dessus) de Zao Wou-ki, l’évolution du grand peintre est déjà visible. En 1953, il disait tendre « vers une écriture imaginaire, indéchiffrable »  (Fondation Zao Wou-ki). Son travail aura une grande influence sur ses compatriotes, notamment après son séjour à Hong-Kong en 1958.

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© Hu Chi-Chung, Sans titre (1960), collection privée

Le passage vers l’abstraction s’accompagne d’expérimentations techniques. Fong Chung-Ray privilégie l’encre sur papier, noire ou rouge. Hu Chi-Chung mêle du sable à l’huile sur la toile, créant des effets de pastel. Liu Kuo-Sung fabrique de nouveaux papiers et pratique le « pelage » pour obtenir des traits blancs sur l’encre noire.

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Vue d’ensemble de quelques toiles de Chuang Che

Sur l’estrade au bout de la salle, on expose un bel ensemble de Chuang Che. Ce peintre mêle huile et acrylique sur ses grandes toiles à la fois graphiques et fluides, mystérieuses aussi. Elles invitent à la contemplation. « Maître du paysage abstrait sur toile, poète et philosophe, la spiritualité de ses œuvres est dans la lignée des grands artistes traditionnels chinois. » (Sabine Vazieux)

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© Hsiao Chin, Red Cloud (1985), collection privée
 

A l’étage, l’abstraction vire au minimalisme chez Richard Lin : il privilégie les lignes pures, appose de petites barres d’aluminium sur la toile, où le blanc domine, en subtiles variations. Ho Kan conjugue l’abstraction géométrique avec des signes calligraphiques issus de son héritage culturel. Hsiao Chin pratique l’encre sur papier de façon très personnelle, invente des rythmes, des cadrages. J’aime sa manière de jongler avec les formes et les couleurs.

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© Ho’Kan, Sans titre (1967), collection privée
 

Cette peinture chinoise de la seconde moitié du XXe siècle mérite absolument d’être découverte, je vous recommande cette exposition. L’accrochage de plusieurs œuvres de chaque artiste évite la sensation d’éparpillement. Chaque fois, un univers original s’offre au regard. En même temps, on perçoit une tendance commune au renouveau du langage pictural, d’une façon différente de celle proposée avant eux par les peintres abstraits occidentaux. Le musée d’Ixelles attirera sans doute beaucoup de visiteurs avec cette exposition inédite.

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Vue d’ensemble de quelques toiles d’Elie Borgrave

Comme à chaque fois, en plus de la grande exposition, des expositions temporaires sont à découvrir de l’autre côté des collections permanentes (qui valent la visite pour elles seules, avant les travaux d’agrandissement prévus en 2018). « Elie Borgrave. L’équilibre des contraires » est la première rétrospective consacrée à ce peintre belge (1905-1992). Son oeuvre abstraite a traversé plusieurs périodes (bruxelloise, américaine, italienne, hollandaise) déclinées ici en une quarantaine de tableaux et dessins. De quoi se régaler.

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© Jean Coquelet, M 35. 3 (1997), collection privée
 

Place ensuite à Olivia Hernaïz avec une installation très intéressante, je vous en parlerai dans mon prochain billet. Enfin, un « Hommage à Jean Coquelet » (1928-2015), ancien directeur du musée d’Ixelles, historien d’art qui avait d’abord étudié la sculpture, permet de découvrir ses magnifiques photographies du nu féminin. Ces expositions sont visibles durant tout l’été au musée d’Ixelles, jusqu’au 24 septembre.

06/06/2017

Jardin suspendu

Ixelles (41).JPGEn retrait

dans la ville

un jardin suspendu

05/06/2017

Aux étangs d'Ixelles

La visite guidée d’« Ixelles, berceau de l’Art nouveau et de l’Art Déco », un parcours organisé par la commune autour des étangs d’Ixelles, le dernier jour de mai, a vite affiché complet : trop tard pour s’inscrire à celle de 16h30, va pour 18h30. Cécile Dubois, qui connaît bien son sujet, nous a emmenés à la découverte d’un des plus beaux quartiers de Bruxelles.

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Il a été aménagé à la fin du XIXe siècle, quand le Maelbeek, ruisseau qui prend sa source à l’abbaye de la Cambre et se jette dans la Senne à Schaerbeek, a lui aussi été comblé. Il ne reste que quelques-uns de ses étangs d’origine, dont ceux d’Ixelles. Rendez-vous était donné avenue du général de Gaulle pour découvrir comment l’Art nouveau, avec ses formes organiques, puis l’Art Déco, plus stylisé, ont inspiré les architectes au début du XXe siècle. De 677 habitants en 1818, Ixelles passe à cinquante mille en 1900, de quoi donner du travail à beaucoup de monde.

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Avenue Général de Gaulle, 38 et 39 (photo 2010) © SPRB-DMS (1904, Ernest Blerot) / Ixelles

Aux numéros 38 et 39 de l’avenue subsistent deux maisons conçues par Ernest Blerot. De la deuxième génération Art nouveau, il cherchait à démocratiser ce style, alors que la première, au service de la bourgeoisie industrielle et socialiste, souvent des libres penseurs, voulait avant tout se démarquer. Blerot a rendu l’Art nouveau plus populaire, intégrant des notes anciennes comme le pignon néo-gothique du 38, et aussi quelque chose de très neuf à l’époque : des garages. Il pressent le succès de l’automobile, pas l’évolution de son gabarit – dans un de ces garages, on a installé une salle de bain pour une chambre d’hôte.

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Détail du 39

Soubassement en pierre bleue, contrastes de tons sur la façade se voient voler la vedette par des fers forgés remarquables, aux motifs de clématite utilisés aussi en mosaïque à l’intérieur (à retrouver dans le catalogue de Flora’s Feast). Cette liane fleurie ornait à l’origine quatre maisons mitoyennes. Deux ont été démolies pour faire place à La Cascade, immeuble moderniste dû à René Ajoux que certains surnomment « la salle de bain d’Ixelles » à cause de ses carreaux de façade d’inspiration hygiéniste.

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La Cascade (1939, René Ajoux) / Ixelles

Nous nous tournons vers les étangs où on a rénové la rocaille et son petit temple inachevé, contraste de couleur, de forme, du lisse opposé au rugueux. Puis nous faisons quelques pas vers la place Flagey (un bassin d’orage y a été aménagé pour pallier les inondations de caves et du parking souterrain), pour admirer son fameux « paquebot » où se sont déroulées les sélections et les demi-finales du Concours Reine Elisabeth de violoncelle 2017 (la finale, à Bozar).

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Vue sur le Flagey (ancien INR, 1930, J. Diongre) / Ixelles

Construit en 1930 pour l’Institut National de Radiodiffusion, emblématique avec sa tourelle d’angle, le Flagey est moderniste à l’extérieur – fenêtres en bandeau et horizontales de briques jaunes (comme à la Villa Cavrois de Mallet-Stevens) – et Art Déco à l’intérieur. Ce chef-d’œuvre dû à Joseph Diongre a été sauvé de la démolition et restauré grâce à un partenariat entre le public et le privé.

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Résidence du Lac (1957, J. Cuisinier, détail) / Ixelles

Non loin d’un immeuble d’angle brun qui mêle également ces deux styles (Saintenoy fils, 1938), au square de Biarritz, un immeuble en retrait, la Résidence du Lac (1957) présente une courbe concave comme le Brusilia à Schaerbeek, il est du même architecte, Jacques Cuisinier.  

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Rue du Lac, 6 à Ixelles (1902, E. Delune), photo Wikimédia Commons 2006 / actuellement en travaux / Ixelles

Rue du Lac, une façade originale due à Ernest Delune est en pleine restauration, elle était très dégradée. Commandée par un entrepreneur pour l’arrière d’une maison éclectique située au 5, rue de la Vallée (1893), à l’emplacement d’une petite cour triangulaire, elle utilise l’arc outrepassé (arc en plein cintre qui se poursuit au-delà du demi-cercle) pour la verrière (derrière laquelle une cage d'escalier donne accès à un atelier d’artiste) et pour l’entrée avec sa fenêtre placée de manière originale dans le même arc que la porte. Les vitraux aux pensées (voir Flora’s Feast) sont en verre américain chenillé, qui fait bel effet aussi bien dehors que dedans.

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Immeuble à appartements au carrefour formé par la rue de la Vallée et la rue Vilain XIIII / Ixelles

Il serait fastidieux de vous raconter toute la promenade, qui a duré plus de deux heures : maisons, immeubles, époques, le quartier présente une diversité de styles très intéressante, comme souvent à Bruxelles, qui cultive l’éclectisme. Ici, on remarque comment on a transformé un hôtel particulier en immeuble de rapport (la guide nous montre des photos anciennes, des plans), là on admire deux maisons (fausses jumelles) de Blerot où des sgraffites remplacent les impostes (rue Vilain XIIII).

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Rue Vilain XIIII, 9 et 11, deux maisons de Blerot (1902)

Près d’un monument, Cécile Dubois présente la résidence Belle Vue aux grands appartements bourgeois et celle du Tonneau (bien nommée), deux réalisations de l’architecte et self-made-man Collin bien connu des Bruxellois à cause de l’affaire Etrimo, une faillite qui ne doit pas faire oublier son objectif : permettre à chaque Belge de devenir propriétaire.

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Le Tonneau, 1938-40 (Stanislas Jasinski et Jean-Florian Collin)

Avenue Emile Duray, après une maison de Blomme aux jolis motifs de briques, nous arrivons au square du Val de la Cambre, un ensemble qu’il a dessiné pour la société Cogeni dans un style tourné vers le passé, inspiré par larchitecture médiévale et baroque (Stanislas-André Steeman y a habité dans la deuxième cour, au-delà du porche à clocheton, au 21).

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Square du Val de la Cambre (1928-1932, A. Blomme) / Ixelles

Tant de belles constructions méritent de s’y attarder, des immeubles d’un tel luxe pour l’époque qu’on les appelle « Palais », comme le Palais de la Cambre qui devait border tout un îlot (avenue Emile Duray), finalement limité à cinq immeubles avec des connexions en sous-sol.

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Palais de la Cambre (détail), 1925 à 1930 (Camille Damman) / Ixelles

Le rond-point de l’Etoile a disparu au boulevard général Jacques, devenu carrefour sur une quasi autoroute urbaine. Les immeubles construits avant la guerre se tournent vers le rond-point, après la guerre on les oriente différemment pour détourner les terrasses du trafic. Le plus prestigieux est le Palais de la Folle chanson (nommé d’après une statue de Jef Lambeaux) dû à Antoine Courtens, une copropriété qui se voulait bien située à proximité du Bois de la Cambre.  

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Palais de la folle chanson et son hall d'entrée (1928, Antoine Courtens), / Ixelles

Après avoir levé les yeux vers le campanile étoilé de sa spectaculaire rotonde d’angle, un espace de réception, c’est sur le marbre devant sa belle entrée ronde (comme l’entrée Ravenstein du Palais des Beaux-Arts de Horta) que s’est achevé ce parcours passionnant qui donne envie de se promener plus souvent aux alentours des étangs d’Ixelles... et de rouvrir les deux beaux livres de Cécile Dubois sur Bruxelles.

20/05/2017

Plus distingué

Gary Folio.jpg« – Tu seras ambassadeur de France, c’est ta mère qui te le dit.

Tout de même, il y a une chose qui m’intrigue un peu. Pourquoi ne m’avait-elle pas fait Président de la République, pendant qu’elle y était ? Peut-être y avait-il, malgré tout, chez elle, plus de réserve, plus de retenue, que je ne lui en accordais. Peut-être considérait-elle, aussi, que dans l’univers d’Anna Karenine et des officiers de la Garde, un Président de la République, ce n’était pas tout à fait du « beau monde », et qu’un ambassadeur en grand uniforme, ça faisait plus distingué. »

Romain Gary, La promesse de l’aube

18/05/2017

Gary sur scène

Au Public, Michel Kacenelenbogen joue Romain Gary sur scène, dans La promesse de l’aube. Patricia Ide, épouse et co-directrice du théâtre, a accueilli le public de la première générale en racontant un sympathique échange entre le comédien et son metteur en scène, Itsik Elbaz. Celui-ci avait joué au Public dans La vie devant soi en 2011, ce succès d’Emile Ajar (qui n’était autre que Romain Gary) dans une mise en scène de Kacenelenbogen. Pour ce spectacle-ci, un « seul en scène », ils ont inversé les rôles. C’est réussi.

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Source Photo Le Public

Dans La promesse de l’aube (1960), Romain Gary (1914-1980) raconte son enfance, sa jeunesse, la guerre, mais il n’est pas le héros de cette autobiographie. L’héroïne, c’est sa mère. C’est d’elle qu’il parle constamment, puisqu’il lui doit tout : pas seulement une véritable adoration pour son fils, mais la conviction – qui l’a porté jusqu’à l’accomplissement – qu’il serait un jour un grand homme, dans ce pays où elle rêvait de vivre. « Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! »

En costume, mouchoir à la pochette, Michel Kacenelenbogen capte l’attention immédiatement et sans temps mort pendant un peu plus d’une heure. Décor minimum, animé par l’éclairage : une paroi rouillée où il ouvre de temps à autre une porte, où quelques images sont projetées lors des transitions. Un jeu tout en sobriété, efficace : le public est suspendu à ses lèvres, rit, réagit. (Dans un entretien-portrait, il y a quelques années, ce petit-fils belge de grands-parents polonais répondait : « Ce n’est pas une blague ; l’amour de ses parents, c’est quelque chose d’extraordinaire, qui rend tout possible ! »)

Seule, « sans mari, sans amant », la mère de Romain Gary s’est toujours battue pour gagner de quoi vivre. Fille « d’un horloger juif de la steppe russe », partie de chez ses parents à seize ans, deux fois mariée et divorcée, un temps « artiste dramatique » sous le nom de Nina Borisovskaia, elle n’a d’autre objectif, depuis la naissance de son fils, que de le préparer au destin brillant qui l’attend. Dès l’enfance, elle lui apprend qui sont ses ennemis : Totoche, le dieu de la bêtise ; Merzavka, le dieu des vérités absolues ; Filoche, le dieu de la petitesse.

A Wilno (Pologne) où ils sont « de passage » avant d’aller en France où il devait « grandir, étudier, devenir quelqu’un », elle façonne des chapeaux pour dames, y coud des étiquettes « Paul Poiret », les vend avec difficulté, peine à payer son loyer à temps. Les voisins la trouvent louche, se méfient des réfugiés russes, la dénoncent à la police. Elle défend son honneur et, de retour dans l’immeuble, traite ses détracteurs de « sales petites punaises bourgeoises » en clamant qu’un jour son fils sera ambassadeur de France et... s’habillera à Londres !

Peu à peu, ses affaires prospèrent. Son garçon reçoit l’éducation élégante dont elle rêvait pour lui : gouvernante française, costumes de velours, leçons de maintien et de baise-main, apprentissage de la valse et de la polka, cours d’équitation et d’escrime. Mais à neuf ans passés, il tombe malade, sévèrement ; sa mère se ruine pour le sauver, appelle des spécialistes à son chevet et, quand il échappe à la mort, l’emmène à Bordighera, en Italie, pour qu’il reprenne des forces au soleil. Vu leurs dépenses et la baisse des affaires, faute de pouvoir partir en France, ils vont à Varsovie pour l’inscrire au lycée français, mais c’est au-dessus de leurs moyens.

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Source Photo Le Public © Gaël Maleux

Un jour pourtant, elle arrive à ses fins : ils vont vivre à Nice. Elle y tient, entre autres, une vitrine d’articles de luxe à l’Hôtel Negresco, elle se débrouille pour qu’il ait chaque midi un bifteck sur son assiette – végétarienne, elle n’en mange pas. Mais le garçon de treize ans la surprend un jour dans la cuisine en train d’essuyer avec du pain la poêle où elle l’a cuit et comprend soudain la vérité sur ses motifs réels de se priver de viande. Il en ressent une terrible honte, puis « une farouche résolution de redresser le monde et de le déposer un jour aux pieds de (sa) mère ».

Quand il rentre du lycée avec un zéro en math., elle accuse son professeur de ne pas le comprendre – il doit l’empêcher d’aller le trouver. Alors elle prédit qu’il sera, faute de don pour la musique ou la danse, un grand écrivain, « Victor Hugo, Prix Nobel ». Son ambition pour son fils ne connaît jamais le doute. Quand il part étudier le droit à Aix, elle lui fait des adieux déchirants à sa montée dans l’autocar. Quand l’armée française lui refuse le grade d’officier, à lui seul sur trois cents aspirants, du fait de sa naturalisation trop récente, il lui évite d’être déçue en prétextant une sanction pour avoir séduit la femme du Commandant – « elle aimait les jolies histoires, ma mère ».

Parmi les moments forts du spectacle, je retiens celui où Romain Gary, tenté par le suicide, est sauvé par un chat ; celui où sa mère, ulcérée qu’on ne reconnaisse pas dans son fils un futur champion de tennis, prend à témoin le roi Gustave de Suède de passage au Club du Parc Impérial ; le jour où elle l’envoie tuer Hitler ; la fin, bien sûr, dont je ne dévoilerai ni la surprise du récit, ni celle de la mise en scène.

La promesse de l’aube est le formidable hommage d’un homme à sa mère, un texte de fidélité et de reconnaissance. Il dit aussi la difficulté d’une telle attente, d’un amour maternel si passionné : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. » Michel Kacenelenbogen, fidèle dans son adaptation théâtrale au récit de l’auteur, donne chair à cet homme qui voulait être à la hauteur du rêve de sa mère. Que vous ayez lu Romain Gary ou pas, vous pouvez le rencontrer sur la scène du théâtre Le Public, jusqu’au 24 juin prochain.

16/05/2017

Rondeur

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« Les images de la rondeur pleine nous aident à nous rassembler sur nous-mêmes, à nous donner à nous-mêmes une première constitution, à affirmer notre être intimement, par le dedans. Car vécu du dedans, sans extériorité, l'être ne saurait être que rond. »

Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, 1957.

15/05/2017

Riches frondaisons

Je passe, je suis passée si souvent en voiture le long de ce quartier cossu, à la lisière de la région bruxelloise et de la forêt de Soignes, mais je ne m’y étais jamais promenée. Les frondaisons printanières, leurs multiples couleurs, les vieux arbres splendides dans les jardins de ces belles propriétés qui ressemblent parfois à des parcs m’ont enchantée.

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Plutôt que de nous enfoncer dans la forêt à proximité, j’avais envie de jouir du bleu azur tant attendu et souvent éphémère chez nous, traversé par les lignes blanches des avions. Ce sera donc une balade le nez en l’air, à admirer ces arbres parés de vert déjà éclatant ou encore léger, selon les essences, et ces érables japonais aux jeunes feuilles pourpres ou vertes, souvent associés par contraste, d’autant plus fascinants quand on les regarde à contre-jour. (On en rencontre en ville aussi, d’une beauté explosive en ce moment.)

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Je repensais à cet élévateur vu aux serres communales il y a peu, qui permet d’accéder à la cime des arbres. On voudrait être oiseau pour se poser là et regarder la terre, non pas vue du ciel – une vue magnifique mais si éloignée de ce que l’œil perçoit d’ordinaire – mais vue du haut des arbres, comme quand je montais dans le grand noyer au fond du verger de mes grands-parents et m’y laissais balancer, bercée par le vent, l’été, dans la campagne flamande.

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La cime des arbres touche le ciel, les arbres se touchent entre eux – il paraît qu’ils se concertent – et c’est un bonheur de contempler leurs feuillages divers. Les hêtres pourpres mettent des accents de splendeur dans toute cette exubérance végétale qui prolonge la forêt de Soignes à proximité. Puis l’œil redescend à hauteur plus humaine, vers les cornus kousa, les pivoines arbustives, qu’un amateur de jardins m’a appris à reconnaître.

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Nous n’avons croisé quasi personne durant ces deux heures de balade, seulement quelques voitures. Je crains d’avoir inquiété une propriétaire qui s’éloignait dans la sienne en photographiant cet arbre mort couché sur la pelouse, qui offre un si bel avant-plan à sa charmante maison blanche, vue de la chaussée.

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Beaucoup de jardiniers travaillaient par ce temps clément, tandis que les robots tortues tondaient l’herbe. Même quand on ne possède pas de jardin à soi, on peut puiser ici de belles idées d’aménagements, comme ces ombelles violettes d’ail ornemental tout le long d’une haie ou ces azalées aux tons chauds assortis aux tuiles d’une maison pittoresque (les arceaux où s’enroule une clématite y répondent aux courbes d’une barrière en bois).

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Ailleurs ce sont de fières italiques en fer forgé qui agrémentent une grille noire devant une maison blanche – entrée fermée – ou des topiaires, des haies taillées qui encadrent joliment une plante en bac – entrée ouverte. Plus loin, une haie qui s’interrompt offre au visiteur un chemin d’accueil et au passant un aperçu sur le bel érable pourpre à l’angle de la maison.

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Pour terminer sur ces frondaisons fredonnantes, voici un dernier fouillis de verdure savamment agencé. « Les jardins sont une des formes du rêve, comme les poèmes, la musique et l’algèbre », écrit Hector Bianciotti. Je compléterai cette citation par une autre, d’Erik Orsenna : « Plus qu’aucun autre art, celui des jardins dépend d’un bon vouloir allié à de gros et durables moyens. » Pour reprendre à Pascale Seys la formule qui conclut sa formidable chronique matinale sur Musiq3, et vous, qu’en pensez-vous ?

08/05/2017

Serres communales

Ce dimanche 7 mai, les serres communales de Schaerbeek étaient ouvertes au public. Beaucoup de gens ont profité de l’occasion, souvent en famille, pour découvrir les ateliers des jardiniers communaux, les plantes destinées aux parterres et aux décors publics, ou participer aux animations.

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On y accède au numéro 411 du boulevard Lambermont, en haut du parc Josaphat. De belles floraisons entourent déjà les serres, comme ces iris blancs – ce week-end, c’était aussi la fête de l’Iris, la fête de la région bruxelloise. De merveilleux pavots fleurissent dans l’allée principale.

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Les enfants étaient ravis de faire un petit tour tirés par Camille ou sur le dos de Gribouille, les ânes de la commune (vous pouvez lire ici pourquoi Schaerbeek est surnommée la Cité des Anes). Dans la grande serre, un magnifique âne végétal attirait tous les regards.

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Mais ce sont bien sûr les plantes cultivées ici avant d’être plantées un peu partout dans la commune qui jouaient les vedettes, soigneusement alignées, étiquetées, parfois déjà en fleurs, parfois débutantes : géraniums et pelargoniums, pétunias, surfinias, gazanias, gauras, impatiens, marguerites, bégonias… et j’en passe.

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Le long de la serre principale, voici des potentilles assorties à la tenue de travail des jardiniers, occupés à garnir un grand bac en pierre. Plus loin, Vouziers, un des deux chevaux de trait ardennais qui participent à l’entretien de l’espace public, regardait calmement passer ceux qui se rendaient au bout de l’allée : là, sensations garanties en montant grâce à l’élévateur jusqu’à la cime des arbres !

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Derrière le stand d’information sur le compostage, un petit chemin mène à une zone de compost et de paillage, où plusieurs panneaux indiquent les différentes manières naturelles d’entretenir un jardin, d’y attirer les oiseaux, les insectes, de recycler les branches taillées pour créer des barrières naturelles le long des chemins du parc.

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Même sous les nuages, qu’il est beau, ce parc Josaphat au printemps, avec tous ses verts différents, ce roux indéfinissable des jeunes feuilles de hêtres ! Un couple de bernaches avec leurs sept oisons irrésistibles attiraient tous les regards et les appareils photo, bien sûr.

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Sous un vénérable marronnier aux grandes chandelles blanches, des moniteurs encadraient les enfants inscrits pour la « grimpe aux arbres » ou plutôt « l’accrobranche » à l’aide de cordes. Plus loin, une sorcière avait aussi un certain succès auprès des plus jeunes.

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Les tulipes sont pour l’instant les reines des parterres, mais quel plaisir aussi de contempler les arbres aux feuillages encore légers, les vieux troncs noueux, les canards endormis ou en quête de quelque nourriture. On se sent reverdir aussi au contact de tout ce renouveau végétal autour des étangs.

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Détail du panneau à l'entrée des serres communales

« Schaerbeek ou le mariage réussi de la nature et de la ville », titrait le site de la commune. Ce n’est pas encore vrai dans tous les quartiers, mais beaucoup d’efforts sont faits pour embellir et entretenir les espaces verts, et cela de manière écologique.