Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

20/07/2017

L'avenue Rogier

C’est dans une des avenues les plus connues de Schaerbeek que le rendez-vous de Patris était donné le 9 juillet (Estivales 2017). Yves Jacqmin attendait les amateurs du patrimoine et des promenades guidées sur le terre-plein de la place de la Patrie. (Pour information, quasi toutes les dates affichent complet et il ne reste plus qu’à espérer des désistements pour ceux qui sont sur liste d’attente.)

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Place de la Patrie, Schaerbeek © SPRB-DMS

Vers 1860, la commune a décidé de prolonger la rue Rogier qui reliait déjà la chaussée de Haecht au quartier Nord : l’avenue Rogier s’est ouverte en plusieurs phases, jusqu’à la place Meiser. Charles Rogier (1800-1885), homme politique plusieurs fois ministre de l’Etat belge, a de son vivant vu son nom donné à une rue puis une avenue, et aussi à la place Rogier. Enterré au cimetière de Saint-Josse ten Noode, il a sa statue place de la Liberté.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Au milieu, un entablement blanc typique de l'Art Déco en haut d'une façade, entre deux colonnes (place de la Patrie)

La visite commence donc par le tronçon le plus récent : la place de la Patrie, prévue à l’origine pour une église finalement bâtie plus loin, est devenue un square ; en venant de la place Meiser, c’est la première étape sur le tracé de l’avenue Rogier, avant la place des Bienfaiteurs. Elle a été construite dans les années 1920, quand s’épanouissait l’Art Déco. La bourgeoisie privilégiait encore des styles plus anciens, comme en atteste une maison à proximité (ci-dessous), avec ses œils-de-bœuf sous le toit et un joli fer forgé au balcon central.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Vue partielle de l'avenue Chazal

Nous traversons l’avenue Chazal qui monte vers la place Dailly, ce qui rappelle à notre guide l’hiver 60 qui rendait « fous » ses élèves quand la neige rendait l’ascension difficile pour le bus et occasionnait des retards. Devant une maison de Joseph Diongre, l’architecte de Flagey, qui a gardé ses sgraffites et quelques éléments art nouveau, pas ses châssis malheureusement, je me dis que cette façade comme beaucoup d’autres dans l’avenue Rogier mériterait d’être restaurée.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
A droite, maison moderniste (avenue Rogier)

De l’autre côté de cette large avenue large plantée d’arbres, où le tram circule au milieu, nous observons une maison moderniste de l’architecte Léon Guianotte (au 280, ci-dessus) à côté d’une façade de style beaux-arts. Du côté impair, un autre témoignage du modernisme présente un parement noir et blanc en carreaux de céramique (au 299). Du côté pair, le numéro 250 présente une belle loggia en bois ; la pierre bleue du rez-de-chaussée encadre une entrée inspirée par l’art nouveau dans sa phase stylisée.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Maison de style Beaux-Arts (la plus haute), avenue Rogier

La diversité des styles architecturaux frappe comme presque partout dans Bruxelles. Ici un pignon en briques, vaguement médiéval, là de grandes baies vitrées – les maisons de style beaux-arts, inspirées du XVIIIe français, sont très bien éclairées. Le petit bois des fenêtres, dont les moulures jouaient avec la lumière, a souvent été remplacé par du PVC inesthétique, mais il suit tout de même les lignes originales.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
271, avenue Rogier

Plus loin, une confrontation radicale entre tradition et modernité : le mur de verre de la façade, au 271, inédit en 1968 pour une maison particulière, tranche avec les maisons voisines – les vitres ont déjà été modifiées depuis. A l’angle de la rue Victor Bourgeois, le propriétaire du 263 a réalisé en 1930 une extension moderne avec garage très différente de sa maison : châssis arrondis, crépi blanc... Aujourd’hui, les murs sont jaunes et portent depuis la fin du mois dernier une fresque sympathique signée Nean, dans le cadre du projet d’art urbain Mixity.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
urbana_project Mixity Wall #3 / Nean - Bruxelles « ville intergénérationnelle » (détails

En descendant vers la place des Bienfaiteurs, rond-point en pente qui coupe lavenue à mi-parcours, un habitué des Estivales me fait remarquer, en me montrant la perspective, que le premier creux de l’avenue Rogier, plus bas, correspond à la vallée du Maelbeek. Puis on remonte vers la chaussée de Haecht avant de redescendre, dans la rue Rogier, vers ce qui fut la vallée de la Senne.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Vue de la place des Bienfaiteurs vers l'avenue Deschanel (en bas) puis la chaussée de Haecht (en haut)

Au centre de cette grande place inaugurée en 1907, un « Monument aux Bienfaiteurs des Pauvres » de Godefroid Devreese est agrémenté d’une fontaine et de bassins auxquels ont collaboré Henri Jacobs et l’architecte paysagiste du parc Josaphat, Edmond Galoppin. Plus de cent ans plus tard, les arbrisseaux devenus de grands arbres dissimulent le piteux état de la fontaine – faute d’entretien, les bassins de cette place remarquable et pourtant classée ont un besoin urgent de restauration.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Monument des Bienfaiteurs (Godefroid Devreese) : « Cette allégorie de la Charité protégeant le vieillard et l’enfant
est complétée d’une paysanne schaerbeekoise qui rassemble ses choux dans un panier.
Le patrimoine communal possède les deux esquisses en plâtre de cette imposante fontaine. »

Les maisons qui l’entourent datent des années 1908-1909 et présentent un mélange de styles propre à l’éclectisme bruxellois : pignons d’inspiration médiévale, courbes Art nouveau… Les bâtiments d’angle vers le bas de l’avenue (photo de la vue plus haut) sont à la fois semblables et différents, leurs coupoles d’origine – trop coûteuses à restaurer, parfois faute d’artisans qualifiés – ont été remplacées par des toitures plates.

 

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Le Bienfaiteur, place des Bienfaiteurs, 25 (angle de la rue Frans Binjé)

Une ancienne habitante de la place nous fait remarquer qu’Alain Resnais a tourné ici une séquence de « Je t’aime, je t’aime ». Elle se souvient d’un temps où les fontaines fonctionnaient encore. Le guide nous fait remarquer un hôtel dit « de rapport » annonçant les immeubles à appartements : sa façade en briques jaunes se termine par un pignon, elle dispose de trois portes (photo ci-dessous), celle du milieu dessert le haut, les latérales les appartements de chaque côté.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Trois portes d'un immeuble ou « hôtel » de rapport de style éclectique (architecte Louis Serrure), 1912
place des Bienfaiteurs 26-27-28

Nous verrons encore quelques bâtiments aux alentours avant de revenir sur la place – le snack-resto Le Bienfaiteur occupe le rez-de-chaussée d’une maison d’angle surmontée d’un renard, remarquable avec ses pierres bleues et ses balustres sous les fenêtres. En face, de l’autre côté de la place, le café Le vase d’argent (disparu) était connu des amateurs de jazz. Une petite communauté ou comité de quartier des environs sappelle « les Bienfêtards » !

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
A gauche, maison en briques jaunes à arcs brisés (architecte A. Dankelman), 1909 (rue Frans Binjé)

Quand on descend vers l’avenue Deschanel où la promenade se termine – espérons qu’elle aussi fasse un jour l’objet d’une Estivale schaerbeekoise –, on peut admirer entre autres la belle poste de l’avenue Rogier (ancien hôtel de maître) ; une maison qui porte la mention « Anno 1908 » très hétéroclite avec ses carreaux de céramique ; un magasin dont la façade déborde de fantaisie décorative.

avenue rogier,schaerbeek,estivales,2017,architecture,urbanisme,culture,promenade guidée,patris
Poste de l'avenue Rogier (stores rouges)

Nous voici presque à l’avenue Deschanel, nous nous arrêtons au pont du chemin de fer pour admirer ses beaux matériaux. Quand la station-service de l’avenue a été reconstruite, tout près, on a veillé à ce qu’elle ne dépare pas trop le grand carrefour des avenues Rogier et Eisenhower (hauteur réduite, murs de briques). Ces avenues ont conservé un beau patrimoine, mais il semble fragile.

08/07/2017

Antoine de Vinck

La Louvière Keramis (86) Le baiser Vinck.jpg« La figure humaine très stylisée, plutôt archétypale, statique peut devenir buste ; et le buste appelle à son tour le masque. Sensible à l’art ancestral, Antoine de Vinck ne pouvait passer outre cet élément rituel familier de toutes les civilisations.

La Louvière Keramis (8).JPGLa figuration humaine évolue dans la série des Atlantes vers une asymétrie radicale présentant un profil souvent très éloigné de la forme humaine. Leur appellation et leurs silhouettes découpées évoquent la statuaire africaine et peut-être plus particulièrement celle du Congo, dont l’imaginaire d’Antoine de Vinck a été abondamment nourri (notamment par sa fréquentation du Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren). » 

Extrait du Dossier de presse de l’exposition « Antoine de Vinck. L’esprit des formes » au musée Keramis, 2016.

A gauche : © Antoine de Vinck, Le baiser, 1991, grès
A droite : Vue partielle d'un ensemble Antoine de Vinck au rez-de-chaussée du musée Keramis

 

06/07/2017

Au musée Keramis

De la gare de La Louvière, j’avais remarqué de loin ce bâtiment original avec sa peau grise aux craquelures plus claires, sans savoir que c’était là le musée Keramis : le Centre de la céramique, érigé sur le site de l’ancienne faïencerie Boch. Après la visite de l’exposition Alechinsky le matin, c’était un objectif tout indiqué pour l’après-midi.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture

Inauguré en 2015, le musée Keramis est un bel exemple d’architecture contemporaine autour d’un bâtiment industriel classé. Quand on le découvre depuis la nouvelle Cité administrative, derrière un plan d’eau aménagé, on distingue bien les formes organiques de ses ailes en béton, en contraste avec le bâtiment ancien en briques.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture

Le revêtement gris en deux textures sur une surface de 4000 m2, dû au plasticien Jean Glibert, évoque le « craquelé ou faïençage de l’émail » (La revue de la céramique et du verre). La constructiond’un centre commercial à proximité, prévue  en 2018-2020, changera sans doute la vision actuelle du musée entouré d’espaces verts.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture

Une fois à l’intérieur, on se sent bien dans ces volumes de béton et de verre aux circonvolutions inattendues. Le parcours commence par une vaste salle spectaculaire : trois fours bouteilles (classés en 2003) y sont conservés in situ. « Derniers exemplaires belges de fours à faïence au charbon à flamme directe », ils datent du dernier tiers du XIXe siècle et ont fonctionné jusqu’au lendemain de la deuxième guerre mondiale.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture

On accède ensuite à une salle dédiée à la céramique des XXe et XXIe siècles – Keramis est un musée et un centre de création contemporaine (atelier, résidence d’artiste). On y voit des oeuvres d’artistes actuels, comme Antoine de Vinck qui vient de faire l’objet d’une exposition, Pierre Culot avec un Grand vase à col émaillé (grès chamotté), Carmen Dionyse avec sa sculpture L’alchimiste (1990, grès, émail et jus d’oxydes).

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture
A gauche : © Carmen Dionyse, L’alchimiste (1990, grès, émail et jus d’oxydes).
En bas à droite : © Pierre Culot, Grand vase à col émaillé (s.d., grès chamotté)

Les pièces exposées là sont de grande qualité, originales par leurs formes, leurs couleurs, leur finesse et leurs finitions – on a envie de les toucher. Au mur, une plaque de Corneille à dominante bleue illustre ses figures de prédilection : oiseau, femme, soleil... et chat. Plus loin, je me suis attardée devant une sculpture monumentale de Guy Bauclair, Liberté anthropomorphique.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture
Guy Bauclair, Liberté anthropomorphique (1983, grès chamotté et oxydes)

A l’entrée de la « réserve visitable » du musée Keramis, une grande composition murale (carrelage en faïence) de Raymond-Henri Chevallier illustre l’élément nécessaire aux métiers de la céramique, Le Feu. La Terre, du même artiste, est exposée à l’étage. Un panneau didactique et des vidéos rappellent les étapes de la fabrication des faïences dans cet espace qui correspond à un ancien atelier.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture
A l’entrée de la réserve visitable, : © Raymond-Henri Chevallier, Le Feu (détail)
(vers 1948, composition murale en carrelages, faïence émaillée), Collection du musée royal de Mariemont

Dans de grandes armoires vitrées, on a rassemblé de la vaisselle, des vases, des objets divers (non étiquetés) qui illustrent l’histoire de la faïencerie Boch La Louvière, de « Boch frères Keramis » (1844) à « Royal Boch » (1994). (Les peintres Anna Boch et son frère Eugène appartiennent à cette famille.) Fleuron de la céramique jusqu’aux années 1970, Boch La Louvière va subir alors la crise économique et aller de restructuration en restructuration. Un film relate le combat des ouvriers, l’occupation de l’usine et, malheureusement, la faillite de la manufacture en 2011. Une belle vidéo de la Fondation Roi Baudouin retrace son histoire et présente l’art et les techniques de la céramique.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture

On reconnaît au passage quelques services de table vus chez des grands-parents, des parents, comme le décor Rambouillet. Boch a diffusé de nombreux modèles à paysages, à figures, à fleurettes, comme cette théière bleue pour laquelle je craquerais sans doute si je la trouvais dans une brocante. Beaucoup de Belges achetaient du Boch pour sa qualité et son « design » liant l’utile et l’agréable. A l’étage, quelques services phares des différentes décennies du XXe siècle témoignent de la succession des formes et des modes. 

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture
Vases Art Nouveau

Des pièces exceptionnelles sont montrées là-haut, de format hors du commun, signées par des initiales ou des noms de peintres – la « collection Boch ». Décors peints, imitation du Delft ou ou de l’Iznik, puis le triomphe de l’Art Nouveau et surtout de l’Art Déco, avec ces vases Keramis qui ont toujours du succès dans les salles de vente, en particulier ceux signés par Charles Catteau, que j’avais admirés dans une rétrospective à Strepy-Thieu en 2006.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture
Vases Art Déco signés Charles Catteau

La dernière grande salle, aux baies largement ouvertes sur le paysage environnant, expose des céramiques d’artistes modernes et contemporains, collection de l’Etat belge et achats de la Communauté française (réguliers jusqu’en l’an 2000). De très belles créations signées Antoine de Vinck, Pierre Caille ou Chantal Talbot.

keramis,centre de la céramique,la louvière,boch,musée,exposition,architecture,céramique,sculpture,collection,culture
« Introspection : 7 ans d’acquisition », exposition temporaire
 

Il manque encore un bon catalogue à ce nouveau musée wallon, heureusement j’y ai trouvé un numéro de la Revue de la céramique et du verre qui lui est entièrement consacré (épuisé). Le site de Keramis est plein de ressources et propose même un parcours urbain : « Découvrez La Louvière sous le signe de la céramique ». Je ne peux que vous encourager à visiter un jour ce Centre de la céramique pour son architecture, son histoire, ses collections – un patrimoine qui nous est cher.

01/07/2017

Objets trouvés

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture« Depuis le milieu des années cinquante, il collectionnait, avec passion, les anciens papiers déjà utilisés. Les boucles élégantes d’un clerc appliqué servent de point de départ à la représentation de quelque monstre. Les cartes géographiques sont des tentatives humaines destinées à rendre la nature mesurable et à l’appréhender par la raison. Alechinsky réussit à inverser le processus. Elles sont les formes d’objets trouvés d’Alechinsky, riches en qualités graphiques, elles nourrissent son appétit d’images. »

Willy Van Den Bussche, Un voyage dans l’imaginaire (Catalogue Pierre Alechinsky, PMMK-Musée d’art moderne, Ostende, 2000)

© Pierre Alechinsky, La femme du géomètre, 1977

Pierre Alechinsky, Les palimpsestes,
Centre de la gravure et de l'image imprimée, La Louvière, 03.03 > 05.11.2017

* * *

Un appel urgent aux amateurs du patrimoine bruxellois :

Ce 28 juin, la Commission du Développement Territorial a adopté le projet d’ordonnance réformant le CoBAT (Code Bruxellois de l’Aménagement du Territoire), malgré une pétition signée par plus de 2600 personnes et une carte blanche dans Le Soir cosignée par de nombreuses associations et politiques de la majorité et de l'opposition. Il supprime l’avis conforme de la CRMS (Commission royale des Monuments et des Sites). Cela signifie que, dans l’avenir, l’avis de la CRMS pouvant ne plus être suivi, notre patrimoine pourrait à nouveau être donné en pâture aux promoteurs.

Ce projet de réforme devant encore être approuvé par les 89 députés du Parlement Bruxellois d’ici le 20 juillet, nous pouvons encore les convaincre de ne pas l’approuver en continuant à signer la pétition et à la faire circuler.

Lien vers la pétition : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-le-patrimoine-bru...

Merci d'en parler autour de vous.

Tania

 

 

29/06/2017

Papiers d'Alechinsky

« Les palimpsestes » est le titre de l’exposition proposée par Pierre Alechinsky au Centre de la gravure et de l’image imprimée, à La Louvière, depuis le début du mois. En chemin, j’ai lu sur une façade cette citation d’un autre artiste de Cobra, Christian Dotremont : « La vraie poésie est celle où l’écriture a son mot à dire. » Voilà qui correspond bien à cette pratique littéraire du texte superposé à un autre : ici, peindre sur des papiers imprimés, tapuscrits, manuscrits, cartes géographiques, prendre des empreintes, par frottage, sur des plaques d’égouts ou d’autres supports.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture

Au fond de la grande salle du rez-de-chaussée consacrée aux « estampages » (l’exposition occupe trois niveaux), une œuvre spectaculaire attire le regard (je m’en approcherai plus tard), en rouge et noir comme sur la droite le clavecin peint, dont tous les éléments sont constitués de papiers imprimés surchargés de motifs peints.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture

Sur la gauche, Débâcle de mars (1987), une grande œuvre avec bordure et prédelle (succession de petites cases dans la partie inférieure) caractéristiques d’Alechinsky est étiquetée comme suit : « estampage : tour d’arbre en fer, 19e siècle / prédelle : encre et acrylique sur papier de Chine marouflé sur toile ».

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Débâcle de mars, 1987,
estampage : tour d’arbre en fer, 19e siècle / prédelle : encre et acrylique sur papier de Chine marouflé sur toile

Quelle fête ce sera d’observer, de suivre le pinceau du peintre d’œuvre en œuvre, de se laisser séduire par des couleurs, des contrastes, des motifs d’un langage inimitable qui fait reconnaître d’emblée son univers ! Et de lire l’étiquette pour situer son inspiration : Bruxelles, Paris, Liège, New York, Pékin…

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Société de sauvetage, 1991, encre sur vélin, estampage sur papier de Chine

En couleurs ou en noir et blanc. Au-dessus de l’empreinte de la « Société centrale de sauvetage des naufragés », dotée d’une ancre, une marine montre, sous un ciel étoilé, un petit navire à l’horizon, alors que se lève, à l’avant-plan, une gigantesque vague.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Passerelle, 1986, acrylique avec estampages en bordure sur papier de Chine marouflé sur toile

Œuvre phare en rouge et noir, Passerelle, peinture à l’acrylique avec bordure d’estampages, est un superbe exemple de l’art d’Alechinsky. On pourrait la décrire ainsi : quinze rectangles aux bords irréguliers, déclinés trois par trois (verticalement, un carré, un petit rectangle plus large que haut, un grand rectangle plus haut que large). A l’intérieur, des paysages, des sinuosités, des ouvertures qui invitent au voyage imaginaire – tout est mouvement. Une seule figure, centrale : un homme coiffé d’une toque regarde les fleurs qu’il tient à la main.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Dactile, 1984, encre sur mémorandum de 1902

Au premier étage, une vidéo montre l’artiste (né à Bruxelles en 1927) dans son atelier, dessinant de la main gauche ; l’école Decroly où il a fait ses études primaires ne tolérait pas les gauchers : « Ils m’ont laissé la main gauche pour le dessin, les menus travaux. » (Dossier pédagogique)

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Roue, 2011, encre et acrylique sur pièces comptables marouflées sur toile (détail)

Des œuvres très variées, au mur ou sous vitrines, dans tous les formats. Ici Alechinsky peint à l’encre sur d’anciennes actions au porteur ou autour d’un vieux billet de banque démonétisé, là il invente un jeu, L’Oie belge, et une affiche pour les 150 ans du pays. On découvre des complicités : avec Michel Butor qui lui a donné des tapuscrits comme supports d’études à l’encre, avec Marcel Moreau (Deux lettres avec vue sur chaos), entre autres.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, La première heure, 1968-1974, peinture à l’acrylique, dans la prédelle : 5 encres sur tapuscrits de Michel Butor

L’artiste s’en donne à cœur joie sur des écrits anciens : courrier, formulaires administratifs, factures… Il a peint une série d’aquarelles très colorées sur des lettres « du duc Prosper d’Arenberg à son conseiller » datant de la première moitié du XIXe siècle.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Lettre du duc Prosper d’Arenberg à son conseiller – Monsieur Stock, 1986, encre sur pli de 1849 remis à monsieur Stock

Le peintre et les ensortilèges naît d’une lettre d’Ensor à Emma Lambotte. Voici des érotiques, des gravures, des livres illustrés – nul doute, comme il l’a dit lui-même, Alechinsky est un peintre « qui vient de l’imprimerie ». Cela se confirme avec un bel ensemble d’affiches et puis des cartes géographiques et plans de villes au deuxième étage.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Le peintre et les ensortilèges, 1980, lettres de James Ensor à Emma Lambotte (détail)

Ne manquez pas « Les palimpsestes » de Pierre Alechinsky, une facette de son travail rarement montrée dans une telle diversité. Allégresse de peindre et humour corrosif sont de la partie. L’exposition dure plusieurs mois, jusqu’au 5 novembre.

alechinsky,pierre,les palimpsestes,exposition,la louvière,centre de la gravure et de l'image imprimée,peinture,gravure,culture
© Pierre Alechinsky, Page d’atlas universel, III – Nantes et Rouen, 1984, encre sur carte de géographie du XIXe siècle

Pour info, le Centre de la gravure et de l’image imprimée (rue des Amours) est accessible en quelques minutes à pied, quasi tout droit en montant de la gare de La Louvière-centre, près de laquelle on peut aussi garer sa voiture. (Si vous avez du temps libre, il y a d’autres musées intéressants à La Louvière, je vous en parlerai prochainement.)

24/06/2017

Olivia Hernaïz

Tout au bout du musée d’Ixelles, côté jardin, l’installation d’Olivia Hernaïz s’intitule « As Long As the Sun Follows Its course ». La lauréate d’ArtContest 2016, sous des couleurs pimpantes, propose une vision faussement « soft » du monde dominé par la politique, l’argent, les multinationales, et interroge les mythes contemporains en trois temps.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture

« Make Yourself Comfortable » : un canapé arrondi plein de coussins colorés permet de s’asseoir bien à l’aise pour mettre un des casques accrochés à la table basse et regarder une vidéo. Des tentures imprimées aux fenêtres parachèvent ce décor « cosy ». A y regarder de plus près, tout est parodie. Par exemple, les tissus reprennent des symboles de mouvements politiques de divers pays et des logos d’institutions financières.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture

« All About You » : derrière un paravent aux motifs tirés du langage des mains utilisé à la Bourse, une table de massage où s’allonger pour regarder et écouter un clip. Olivia Hernaïz chante avec une voix douce les slogans rassurants des banques. En quelque sorte : endormez-vous, bonnes gens, nous nous occupons du reste.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture

« The Solar Economy » : un petit homme en costume sombre à tête de soleil (emprunt à un logo politique japonais) se mêle à des publicités pour des nouveautés technologiques (années 80) qui surfent sur les beautés de la nature que leur modèle de croissance met en péril. Crânement, Olivia Hernaïz « exagère les traits du système dans lequel on vit afin d’en démontrer l’absurdité ».

22/06/2017

De la Chine à Taïwan

Une belle exposition vient de s’ouvrir au musée d’Ixelles : « From China to Taïwan. Les pionniers de l’abstraction (1955-1985) ». A l’exception de Zao Wou-Ki, ces peintres chinois étaient des inconnus pour moi. Or Zao Wou-Ki, Chu Teh-Chun et Lee Chun-Shan ont tous les trois étudié puis enseigné à l’école des Beaux-Arts de Hangzou, dont certains professeurs s’étaient formés en Europe. En 1948, Zao Wou-ki part s’établir à Paris. En 1949, quand Mao Zedong prend le pouvoir, les deux autres s’installent à Taipei (plus d’un million de Chinois quittent alors le continent chinois pour Taïwan).

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture

S’écartant du conservatisme, ces jeunes peintres découvrent par eux-mêmes l’art occidental et se tournent vers l’abstraction. Huit élèves de Lee Chun-Shan créent en 1956 le groupe Ton Fan (1956-1971), ce qui veut dire « Orient » en chinois et exprime leur volonté de ne pas renier la tradition orientale. Leurs œuvres sont exposées dans la grande salle au rez-de-chaussée. La présentation du groupe Wuyeu ou Fifth Moon (1957-1972) – « mois de mai » en chinois, le mois de leur exposition annuelle – se poursuit à l’étage.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture

Tous ces artistes cherchent une troisième voie picturale, entre Orient et Occident. Sur les petites vidéos-portraits placées près de certaines notices biographiques (à lire sur le site de la Galerie Sabine Vazieux – l’auteure du catalogue les a rencontrés dans leur atelier), ils font souvent part de leur volonté de renouveler la peinture chinoise sans tourner le dos à la tradition. Ils cherchent à « s’inscrire dans la modernité internationale tout en exprimant leurs racines profondes » (Dossier de presse).

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture
© Zao Wou-ki, 17.02.71- 12.05.76 (1971), collection privée
 

De Nous deux (1955) encore inspiré de la calligraphie chinoise à ce paysage abstrait (ci-dessus) de Zao Wou-ki, l’évolution du grand peintre est déjà visible. En 1953, il disait tendre « vers une écriture imaginaire, indéchiffrable »  (Fondation Zao Wou-ki). Son travail aura une grande influence sur ses compatriotes, notamment après son séjour à Hong-Kong en 1958.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture
© Hu Chi-Chung, Sans titre (1960), collection privée

Le passage vers l’abstraction s’accompagne d’expérimentations techniques. Fong Chung-Ray privilégie l’encre sur papier, noire ou rouge. Hu Chi-Chung mêle du sable à l’huile sur la toile, créant des effets de pastel. Liu Kuo-Sung fabrique de nouveaux papiers et pratique le « pelage » pour obtenir des traits blancs sur l’encre noire.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture
Vue d’ensemble de quelques toiles de Chuang Che

Sur l’estrade au bout de la salle, on expose un bel ensemble de Chuang Che. Ce peintre mêle huile et acrylique sur ses grandes toiles à la fois graphiques et fluides, mystérieuses aussi. Elles invitent à la contemplation. « Maître du paysage abstrait sur toile, poète et philosophe, la spiritualité de ses œuvres est dans la lignée des grands artistes traditionnels chinois. » (Sabine Vazieux)

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture
© Hsiao Chin, Red Cloud (1985), collection privée
 

A l’étage, l’abstraction vire au minimalisme chez Richard Lin : il privilégie les lignes pures, appose de petites barres d’aluminium sur la toile, où le blanc domine, en subtiles variations. Ho Kan conjugue l’abstraction géométrique avec des signes calligraphiques issus de son héritage culturel. Hsiao Chin pratique l’encre sur papier de façon très personnelle, invente des rythmes, des cadrages. J’aime sa manière de jongler avec les formes et les couleurs.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture
© Ho’Kan, Sans titre (1967), collection privée
 

Cette peinture chinoise de la seconde moitié du XXe siècle mérite absolument d’être découverte, je vous recommande cette exposition. L’accrochage de plusieurs œuvres de chaque artiste évite la sensation d’éparpillement. Chaque fois, un univers original s’offre au regard. En même temps, on perçoit une tendance commune au renouveau du langage pictural, d’une façon différente de celle proposée avant eux par les peintres abstraits occidentaux. Le musée d’Ixelles attirera sans doute beaucoup de visiteurs avec cette exposition inédite.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture
Vue d’ensemble de quelques toiles d’Elie Borgrave

Comme à chaque fois, en plus de la grande exposition, des expositions temporaires sont à découvrir de l’autre côté des collections permanentes (qui valent la visite pour elles seules, avant les travaux d’agrandissement prévus en 2018). « Elie Borgrave. L’équilibre des contraires » est la première rétrospective consacrée à ce peintre belge (1905-1992). Son oeuvre abstraite a traversé plusieurs périodes (bruxelloise, américaine, italienne, hollandaise) déclinées ici en une quarantaine de tableaux et dessins. De quoi se régaler.

from china to taiwan,les pionniers de l'abstraction,chine,taiwan,1955-1985,peinture,abstraction,zao wou-ki,musée d'ixelles,exposition,été 2017,elie borgrave,jean coquelet,photographie,nu féminin,olivia hernaïz,installation,art contemporain,culture
© Jean Coquelet, M 35. 3 (1997), collection privée
 

Place ensuite à Olivia Hernaïz avec une installation très intéressante, je vous en parlerai dans mon prochain billet. Enfin, un « Hommage à Jean Coquelet » (1928-2015), ancien directeur du musée d’Ixelles, historien d’art qui avait d’abord étudié la sculpture, permet de découvrir ses magnifiques photographies du nu féminin. Ces expositions sont visibles durant tout l’été au musée d’Ixelles, jusqu’au 24 septembre.

20/06/2017

Soucis domestiques

Au cours de cette balade à Renaix, j’ai aimé retrouver Les soucis domestiques de Rik Wouters au milieu d’un petit parc (place J.-B. Mouroit).

Renaix (41).JPG

Huiselijke Zorgen (en néerlandais), une œuvre conçue en 1913, est à la fois son dernier portrait sculpté de Nel et la représentation d’une femme au foyer qui songe à la vie quotidienne.

19/06/2017

Balade à Renaix

Avant de me rendre à Renaix (Ronse en flamand), ville de Flandre Orientale (à un peu plus d’une heure de Bruxelles en voiture), j’ignorais presque tout de cette cité des Ardennes flamandes. Notamment que le Dr Ovide Decroly (1871-1932), psycho-pédagogue novateur dont se réclame encore aujourd’hui l’école Decroly à Uccle, y était né – une plaque est apposée devant sa maison natale.

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

On peut lire à Renaix des enseignes en français, des affichettes bilingues. On y entend parfois parler la langue de Molière. Renaix, proche de la Wallonie picarde, est une ville « à facilités linguistiques ». Ce régime particulier, souvent évoqué dans la périphérie bruxelloise, concerne aussi certaines communes de Flandre (avec des facilités en français) et de Wallonie (avec des facilités en néerlandais), des deux côtés de la « frontière linguistique », ainsi que la communauté germanophone.

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Un autre Renaisien, Stefaan Modest Glorieux (1802-1872), fondateur des Frères puis des Sœurs de Notre-Dame de Lourdes, a laissé son nom à un centre scolaire, à divers établissements de soins ; cet ecclésiastique a œuvré toute sa vie pour les pauvres, comme en témoigne ce monument qui le montre en compagnie d’un orphelin et d’un mendiant. 

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Flanquée d’un parc archéologique, de belles arcades végétales en charme (René Pechère) et d’un jardin de buis, l’église Saint-Hermès date des XVe et XVIe siècles, l’« une des principales curiosités de la ville » selon mon Guide touristique illustré. Sa crypte exceptionnelle (XIe et XIIIe), à la fois romane et gothique, attire de nombreux visiteurs. Trente-deux colonnes monolithiques soutiennent l’église et rythment ce magnifique espace où sont exposés des trésors archéologiques (des panneaux et un audioguide fourni à l’entrée donnent des explications).  

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Sous ces voûtes de briques, j’ai appris que saint Hermès (martyr romain d’origine grecque) était réputé guérir de la folie : les malades étaient baignés dans l’eau tirée du puits de la crypte, une grande balance permettait de peser les pèlerins et de fixer le tarif pour les soins. Ils faisaient plusieurs tours dans l’église où se trouve une étonnante statue équestre du saint, au-dessus d’un reliquaire. 

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

« Ontdek Ronse » (Découvrez Renaix) offre aux curieux de nombreuses informations intéressantes pour préparer ou prolonger la visite de la ville. Le vieux centre historique, « De Vrijheid » ou « La Liberté », était un territoire indépendant ou franchise jusqu’à la Révolution française. Cette seigneurie qui appartenait entièrement au clergé, constituait comme une ville dans la ville. Les prêtres y exerçaient leurs fonctions ecclésiastiques ainsi que des fonctions administratives et juridiques.

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Un peu plus loin, l’ancienne église St Martin désacralisée abrite « Le Passage », une galerie commerciale aménagée dans le respect de l’architecture, sous une charpente apparente.

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Sur la place du marché, le vent secouait fort les parasols au-dessus des étals et les drapeaux de l’Hôtel de ville. Un obélisque surmonté d’un aigle à deux têtes (armoiries de Ronse) surmonté d’une couronne y orne la première fontaine publique de la ville. 

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

De belles maisons bourgeoises rappellent la prospérité de Renaix et de son industrie textile, une économie basée sur la fabrication de draps. De différents styles, souvent en briques, leurs façades travaillées, leurs tourelles, leurs grands jardins de ville privés affichaient l’aisance de leurs propriétaires.

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Certaines façades paradent par rapport à leurs voisines, comme celle-ci, de style néo-Louis XVI, avec ses briques claires et ses pierres bleues très ornées, un festival d’architecture « beaux-arts » en très bel état. Le contraste est grand avec les ruelles de petites maisons ouvrières habitées par les tisserands.

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Le site de la ville invite aussi à la découverte de maisons art nouveau ou art déco, l’office du tourisme propose des brochures ad hoc. Certaines belles demeures abritent à présent des restaurants, comme la Maison D. avec ses sgraffites, une adresse que je vous recommande pour son cadre, sa cuisine et son accueil.  

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

De la Hoge Mote (Grande Motte), en travaux de restauration pour l’instant, on a une très belle vue vers le clocher de Saint-Hermès. C’est un des bâtiments anciens les mieux conservés dans le centre historique de Renaix, il abrite l’office du tourisme. Le Musée de Renaix et du folklore est situé tout près, dans l’ancienne « Maison des Espagnols », non loin du Must, musée du textile. 

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Dans un tout autre genre, j’ai apprécié la fresque murale de la bibliothèque, un clin d’œil aux félinophiles. Chaque année, la ville permet au lauréat du festival « Picturale » de décorer un mur ; en 2007, c’est l’illustratrice Kristien Aertssen qui a dessiné ce grand chat des champs. Bref, il y a beaucoup de choses à voir à Renaix, pour qui aime musarder.  

renaix,ronse,flandre,facilités,église saint hermès,crypte,balade,culture

Au cours de cette première balade, j’ai remarqué de nombreuses statues publiques, notamment des personnages du folklore local, De belleman (le sonneur) dû au sculpteur local Stefaan Ponette (également l’auteur d’un étonnant Saint Pierre à l’entrée de Saint-Hermès) et le petit Buunie (soit Buuntjies Neutjies, vendeur de pois et de noisettes) dont je caresserai la tête la prochaine fois, puisque j’ai lu que cela porte bonheur !

06/06/2017

Jardin suspendu

Ixelles (41).JPGEn retrait

dans la ville

un jardin suspendu