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16/06/2018

Existence

Je dédie ce billet à mon cher Parrain, Doulidelle, qui n'est plus.

Vous avez peut-être échangé l'un ou l'autre commentaire avec lui ici ou sur son blog, Propos d'un octogénaire. Il avait 88 ans (1929 - 2018).

Cliquez sur son blog pour lire son "Hymne à l'existence".

Tania

 

nicole houssa,ma dame intemporelle,poésie,littérature française,belgique,lisa dejonghe,peinture,cultureA caresser la hanche des regrets

A respirer l’odeur des irréels

A effeuiller les roses d’impossible

Ai-je perdu, qu’ai-je perdu de toi

O Dame temporelle

O Existence ?

 

Nicole Houssa, Ma dame intemporelle (strophe 1 / Comme un collier brisé)

(Jeannine Moulin, Huit siècles de poésie féminine, Anthologie, Seghers, 1975.

© Lisa Dejonghe

 

 

 

 

 

14/06/2018

Parcours d'artistes

Parfois la porte est ouverte, parfois une fenêtre, ou bien il faut sonner. Le parcours d’artistes de Schaerbeek 2018 m’a permis de faire connaissance avec quelques artistes de mon quartier que je ne connaissais pas. « La promenade ne serait-elle pas un moyen de découvrir ce que nous n’aurions jamais eu l’idée de chercher ? » (Jean Grenier)

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https://www.schaerbeek.be/fr/culture-loisirs/culture/art-1030/edition-2018

Max Morton, je l’avais déjà aperçu en passant devant son garage ouvert (ça se remarque, un bateau posé devant une porte de garage en ville). Quel accueil chez cet artiste bruxellois d’origine britannique où peinture et musique font la fête, même si partout « c’est le bordel », comme il dit. Un piano et une contrebasse, une table au plateau peint, des toiles qu’on dirait abstraites où s’invitent un clavier, la silhouette d’un instrument ou alors le ciel et la mer, les vagues, et toujours la lumière… Partout des instruments de musique, une lyre sur un muret, une sculpture en plexiglas : couleurs, rythme et parfois écriture aussi. Max Morton est un conteur.

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© Max Morton / https://www.maxmorton.be/

Il raconte l’histoire d’un petit violoncelle récupéré in extremis avant de finir dans un conteneur à la déchetterie, les duos improvisés quand un ami musicien lui rend visite, la déprime qui pousse à écrire sur une toile – « le vide » a aussi quelque chose à dire en peinture (ci-dessus), la « Maja nue » et la « Maja habillée » de Goya qui lui ont inspiré une toile (des épaisseurs de blanc, du rouge) qu’il posersur un chevalet une fois son laïus terminé, debout, couchée, dans l’autre sens... Il sait y faire et aussi blaguer, inviter à toucher la toile pour sentir les pigments. Chouette rencontre, à prolonger sur son site, je vous recommande cette vidéo.

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http://www.micheldebray.be/index.php

Chez le photographe Michel de Bray, l’ambiance est tout autre. Avant d’entrer dans son studio, j’admire au mur de somptueux tirages en noir mat : le nu féminin est le sujet de ses travaux personnels. Silhouettes, gros plans jusqu’au grain de la peau, exploration du noir érotique. Tout autour de la pièce, ses clichés sont accrochés à un fil. Des cadrages très différents de ceux de Jean Coquelet (Musée d’Ixelles, 2017). Au milieu du studio, des bouteilles éclairées, un travail ancien sur un autre support que le papier. Les deux photos en couleurs de l’entrée – détails végétaux – sont des agrandissements de diapositives d’une précision extraordinaire.

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http://lebamp.com/

Un peu plus loin, ce que je prends pour une entrée de garages est celle du Studio BAMP : Brussels Art Melting Pot. Personne ! Un espace pour la création, ce que révèlent les murs et une sculpture rouge vif accrochée sous la verrière du fond. Pour en savoir plus, je consulte le site : « un centre de résidence artistique et de création (…), un espace d’échanges où les techniques se croisent et se rencontrent, un espace propice au décloisonnement des différents secteurs de la création artistique, un espace de vie partagé. »

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https://www.jdesaedeleer.com/

Jessica De Saedeleer a son atelier de luthier au fond d’une cour, au calme. Quand j’y arrive, elle est en train d’expliquer à des enfants, dont une petite fille qui apprend à jouer du violon, les étapes de la construction de l’instrument – 300 heures de travail – illustrations à l’appui sur un écran d’ordinateur. J’apprends que la prêle séchée et la peau de requin permettent un ponçage très fin. Un petit groupe écoute, questionne, des personnes qu’on a déjà croisées, d’autres. J’apprends le nom du pernambouc, qui ne pousse qu’au Brésil, le bois utilisé pour la fabrication de l’archet. Un bel endroit.

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© Lisa Dejonghe / https://www.schaerbeek.be/fr/content/dejonghe-lisa

Suivre un parcours d’artistes demande du temps, on ne se contente pas de regarder et passer, c’est l’échange qui en fait tout l’intérêt. Ma dernière visite est pour Lisa Dejonghe : la jeune femme a gentiment mis des fruits, du cake à la disposition des visiteurs. Elle peint surtout des portraits. Tout un mur de visages colorés, plutôt expressionnistes, d’autres sur carton – des visages noirs rendus avec beaucoup de force. C’est la première fois qu’elle montre sa peinture. J’ai aimé, dans un autre style, une silhouette plus mystérieuse, épinglée près de la fenêtre.

Merci à tous ces artistes pour leur accueil, véritable, et l’autorisation de prendre une photo.

12/06/2018

Vrille

farhadi,todos lo saben,everybody knows,film,2018,cinéma,famille,suspense,psychologie,société,culture« Voilà un récit où l’on retient son souffle pendant 2h10. Mais Everybody Knows n’est pas qu’un thriller vertigineux qui dès l’entame, adresse un clin d’œil à Vertigo ; c’est aussi un mélodrame qui vrille au cœur d’une famille. Notre inspecteur [un inspecteur à la retraite appelé à l’aide] ne doit pas creuser bien profond pour réveiller des secrets et des sentiments qui constituent autant de mobiles à l’enlèvement. » 

Fernand Denis, Avec "Everybody Knows", Farhadi métamorphose un thriller en mélodrame, La Libre Belgique, 16/5/2018.

11/06/2018

Tout le monde sait

Que vous dire de Todos lo saben (Everybody Knows), le dernier film d’Asghar Farhadi dont les médias, la presse ont déjà tant parlé ? C’est « son second film hors d’Iran après Le Passé » (Wikipedia) qui a fait l’ouverture du Festival de Cannes 2018. Un film à voir pour ses acteurs, l’excellent trio formé par Penélope Cruz, Javier Bardem (ci-dessous) et Ricardo Darín – un bon moment de cinéma.

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Penélope Cruz joue Laura, la mère qui arrive avec son fils et sa fille Irene, au début du film, dans le village où sa jeune sœur va se marier. Toute la famille se rassemble dans la grande maison en partie hôtel, tenu par la sœur aînée. Le mari de Laura, resté en Argentine pour affaires, n’a pas pu l’accompagner. (L’acteur argentin Ricardo Darín qui apparaîtra plus tard dans le film est le mari de Penélope Cruz). Javier Bardem incarne un fascinant Paco, son amour de jeunesse, marié lui aussi.

On admire le rythme et les cadrages pour filmer ces préparatifs de mariage puis la cérémonie et la fiesta sans temps mort, tout en mouvement. Irene, adolescente rebelle, a tôt fait d’improviser une virée en moto avec son amoureux du village ou de grimper avec lui dans le clocher de l’église pour y tirer les cloches. C’est là qu’on entend pour la première fois le titre, quand son ami lui montre les initiales de Paco et de Laura, une histoire qu’elle ignorait – au village, « tout le monde le savait ». Mais sur quoi repose ce qu’on sait des autres, en réalité ? 

La disparition d’Irene, le soir même du mariage, est le ressort principal de ce « thriller intimiste » (Le Soir). Des coupures de journaux laissées sur son lit, bientôt une demande de rançon et la menace du pire au cas où on avertirait la police, rappellent un autre enlèvement dans ce village, qui s’était mal terminé, ce qui redouble la tension. Très vite, il semble que les ravisseurs aient dû avoir un complice parmi les proches de Laura. L’absence de son mari, qu’on dit riche – il a versé de l’argent pour restaurer une partie de l’église –, alimente les rumeurs au sein de la famille.

Tout en veillant à garder la disparition d’Irene secrète, pour sa sécurité, la famille et les amis les plus proches envisagent toutes sortes d’hypothèses. Paco, l’ancien amoureux de Laura, viticulteur sur des terres qu’il lui a rachetées, est si bouleversé que sa femme en est jalouse, irritée de le voir se mêler de près aux recherches, tout faire pour soutenir celle qui l’a quittée un jour sans explications. Visiblement, il ne supporte pas de la voir tant souffrir.

Autour des protagonistes du drame, le réalisateur étoffe chacun des personnages secondaires. Une famille est comme un microcosme de la société, avec des réussites différentes, des rivalités, des rancœurs. La propriété, l’argent, le travail, l’alcool, les classes sociales, les générations, la générosité, l’envie, de nombreux thèmes s’invitent dans cette histoire où les apparences sont parfois trompeuses.


Ce film franco-iranien a été tourné à Torrelaguna, près de Madrid. Les paysages, certaines lumières sont superbes. En racontant à la manière d’un thriller cette histoire mélodramatique, Todos lo saben (Everybody Knows) exprime à l’écran la force des sentiments, le besoin de relations vraies et la manière singulière dont chacun réagit aux épreuves de la vie – « les personnages si humains d’Asghar Farhadi ne sont jamais d’un bloc » (Samuel Douhaire, Télérama).

Désolée de ne pouvoir répondre à vos commentaires pour l'instant, mais je les lirai avec plaisir. A bientôt.

Tania

09/06/2018

Rien d'autre

Patrimoine 50aire (68).JPG« J’ai besoin de conduire mes pas dans la forêt pour voir les plus merveilleux chefs-d’œuvre jamais créés, et je ne demande rien d’autre. »

Pekka Halonen

De Tiepolo à Richter, l’Europe en dialogue, Guide du visiteur, Musée Art & Histoire, Bruxelles, 2018

 

Pekka Halonen, Forêt en hiver, 1931,
Kirpilä Art Collection / Finnish Cultural Foundation, Helsinki

 

Avis aux amateurs de promenades guidées
à la découverte du patrimoine :
les inscriptions aux Estivales 2018
sont ouvertes à Schaerbeek (cliquer sur le lien).

07/06/2018

De Tiepolo à Richter

De Tiepolo à Richter, L’Europe en dialogue : les musées du Cinquantenaire (MRAH) présentent une sélection d’œuvres importantes prêtées par quatorze fondations, à l’occasion de l’année européenne du patrimoine culturel. Eclectique plutôt que disparate, cette exposition en deux parties – du XIVe au XIXe siècle, de la fin du XIXe à aujourd’hui – offre de quoi satisfaire les curieux qui acceptent de circuler « à sauts et à gambades » dans l’histoire de l’art. 

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Giovanni Battista Tiepolo, Chasseur à cheval, 1718-1730, Fondazione Cariplo, Milan

C’est toujours gai de découvrir une exposition dont on n’a pas encore entendu parler, sinon par un courriel de la Fondation Roi Baudouin qui y participe largement. Aussi je ne vous en dirai pas trop, promis. Le Guide du visiteur (source des citations) offert par les Musées royaux d’Art et d’Histoire commente l’histoire de chacune des 69 œuvres exposées en une dizaine de lignes. 

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Hayez Francesco, La dernière rencontre entre Jacopo Foscari et sa famille avant d’être envoyé en exil, 1838-1840, Fondazione Cariplo, Milan

L’entrée est impressionnante avec deux tableaux de 1840 commandés par Ferdinand Ier d’Autriche « lorsqu’il s’est rendu à Milan pour être couronné roi de Lombardie-Vénétie » : un chef-d’œuvre de Francesco Hayez et un magnifique Intérieur de la cathédrale de Milan par Luigi Bisi. Vous y verrez aussi L’enseigne du Saint-Sang, un rare bois polychrome de 1529.

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Scènes de la vie et de la mort de la Vierge, vers 1280-1300, Fondation / Musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne 

Plus loin, un petit retable portable, fine sculpture gothique en ivoire, présente des Scènes de la vie et de la mort de la Vierge (XIIIe). Un panneau ogival accroché juste au-dessus montre Jésus debout sur les genoux de la Madone du Maître de San Davino (XVe), il enlace tendrement sa mère. Au siècle suivant, contraste total, La montée au Calvaire d’après Jérôme Bosch le montre écrasé sous la lourde croix, le regard baissé.

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Jean-Baptiste Bonnecroy, Vue de Bruxelles, 1664-1665, huile sur toile 169 x 301,5 cm, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles

L’art ancien domine dans l’exposition, les peintres illustres n’y manquent pas : Dürer, Jordaens, Tiepolo, Guardi, Lombardi… Comment en parler rapidement ? Il faut aller les voir. Et aussi cette vue panoramique de Bruxelles par Jean-Baptiste Bonnecroy (1664-1665) où l’on reconnaît certains édifices. Je me suis attardée plus loin devant un pupitre indo-portugais en teck et bois de rose, orné de belles incrustations en ivoire (l’exposition comporte aussi quelques objets).

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Auguste Rodin, Buste de Victor Hugo, modelé en 1883, reproduit en marbre en 1886-1888,
Fondation / Musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne 

Un marbre admirable, le Buste de Victor Hugo par Rodin (1886-1888), fait la transition vers l’art moderne et contemporain où j’ai eu quelques coups de cœur pour des œuvres venues de Finlande. Par ordre chronologique, je commence par La fille du forgeron (1928) d’Helene Schjerfbeck, cette artiste fameuse dont je vous ai montré récemment un bel autoportrait. Les quatre enfants du forgeron étaient parmi ses modèles préférés à Hyvinkää, ils l’aidaient aussi dans ses tâches quotidiennes.

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Helene Schjerbeck, La fille du forgeron, 1928, Kirpilä Art Collection / Finnish Cultural Foundation, Helsinki

Deux beaux petits paysages d’hiver du début du XXe siècle ont de quoi séduire les amateurs. Plus récent, Automne (1968) de Ernst Mether-Borgström, « pionnier de l’art abstrait finlandais dans les années 1940 », illustre son évolution vers un art géométrique où les couleurs jouent le premier rôle. Enfin, j’ai aimé cette encre sur papier d’Elina Merenmies, Espace (2009) : l’artiste d’Helsinki a étudié à Bruxelles et à Prague.

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© Elina Merenmies, Espace, 2009, encre sur papier, Saastamoinen Foundation Art Collection / EMMA

Impossible de terminer ce billet sans signaler ces chefs-d’œuvre sélectionnés par la Fondation Roi Baudouin : un délicieux logogramme de Christian Dotremont au titre non moins ravissant, Brusquerie de soie, bruissement de suie ; le Squelette de James Ensor regardant des chinoiseries ; Charles au jersey rayé d’Evenepoel ; la terrible Buveuse d’absinthe de Spilliaert, entre autres.

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© Gerhard Richter, Musa, 2009, tapisserie en polyester, coton, laine, soie et acrylique, Olbricht Collection / Foundation, Berlin

De Tiepolo à Richter, l’Europe en dialogue, nous fait voyager dans le passé et le présent de notre continent si riche de ses échanges artistiques. Il me semble que chacun sera sensible à ces « belles histoires attestant de la parenté interculturelle entre citoyens européens ». A voir au Cinquantenaire jusqu’au 30 septembre.

02/06/2018

Une invitation

1030 couverture-programme.jpg« Parcours d’artistes » à Schaerbeek ce week-end (2 et 3 juin) et le week-end suivant (9 et 10 juin) : de nombreux artistes schaerbeekois et différents lieux collectifs ouvrent leurs portes de 14h à 18h. La carte d’« art 1030 » (code postal de la commune) mentionne 205 adresses, suivez la trace des pavés de mosaïque !

Quatre itinéraires sont proposés : pour les enfants, pour les disciplines artistiques, pour l’artisanat et pour les curieux. Tous les détails de l’édition 2018 sont disponibles en ligne. Bonnes découvertes à Schaerbeek, nous nous croiserons peut-être.

09/05/2018

De si grands frais

Mai 1895

camille claudel,auguste rodin,je couche toute nue,essai,littérature française,correspondance,articles,art,sculpture,cultureMonsieur Gauchez,

Vous aviez promis de venir me voir et je vous attendais avec impatience. Ne pouvant plus continuer la sculpture sans aucune avance ni espoir de gagner de l’argent, j’ai donné congé de mon atelier pour le mois de juillet.
Si cela était en votre pouvoir de me faire acheter quelque chose en ce moment, vous me rendriez le plus grand service, car je dois deux termes de loyer qu’il m’est impossible de payer et je ne sais de quel côté me retourner, mes parents refusent de m’aider.
Je regrette d’être obligée d’abandonner mon art au moment de la réussite, alors que je vois autour de moi tant d’artistes médiocres comblés de commandes. Mais enfin je n’ai pas été assez forte. Je vous demande donc comme dernière grâce de m’acheter quelque chose maintenant où je suis si embarrassée et après vous n’entendrez plus jamais parler de moi, car je suis en train de chercher une petite place qui me permette de vivre sans de si grands frais que j’en ai dans la sculpture.
Je vous prie de me répondre afin que je sache si je puis compter sur vous.

Camille Claudel

Portrait de Camille Claudel en 1889 (source : The Red List)

07/05/2018

Camille / Auguste

Dans l’histoire de la sculpture française, les noms de Camille Claudel et d’Auguste Rodin sont inséparables : la force de leur art, leur passion, leur rupture, la suite dramatique pour Camille ont suscité bien des analyses. Dans Je couche toute nue, aux éditions Slatkine & Cie, Isabelle Mons et Didier Le Fur ont préféré s’en tenir aux « sources seules, sans commentaires ni notes » : correspondances, journaux intimes, carnets, archives racontent leur histoire.

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Camille par Auguste : Auguste Rodin, La pensée, 1888-1889

Cela commence avec des lettres envoyées par Rodin à Rose Beuret en 1871, de Bruxelles : il lui envoie de l’argent, lui demande de bien protéger ses moules. Dans un texte autobiographique de 1883, Auguste résume ses débuts difficiles, mentionne un buste refusé au Salon et son départ pour Bruxelles après le siège de Paris en 1870, les ennuis qu’il a eus au retour pour faire accepter L’âge d’airain, les appuis reçus : « Sans que l’artiste s’en doute, se croyant toujours seul sans être découragé par tant d’injustice, il marche. »

En août 1979, le sculpteur Charles Cordier l’invite à venir travailler avec lui à Nice. Rodin dira à Rose combien il se plaît là, « juste devant la mer que rien ne [lui] cache si ce n’est que des lauriers roses, des arbres du Midi, des cactus : à chaque coup d’œil, c’est un plaisir. » D’autres sculpteurs interviennent en sa faveur auprès du ministère des Beaux-Arts, qui l’autorise en 1880 « à occuper au Dépôt des marbres, rue de l’Université, 182, l’atelier M (…) »

Un extrait de Mademoiselle Camille Claudel par Mathias Morhardt en 1898 – il la soutiendra tout au long de sa vie – rappelle qu’Alfred Boucher, qui avait visité son atelier à Nogent-sur-Seine, l’a recommandée au directeur de l’Ecole nationale des Beaux-Arts. Celui-ci demande en voyant ses premières œuvres si elle a pris des leçons avec Rodin – « Jamais encore ». Morhardt fait remarquer que celui-ci « se plaît aux belles harmonies pleines, douces et blondes », « fuit les contrastes trop violents d’ombre et de lumière » alors que les premiers essais de Camille sont « noueux, creusés de noirs profonds, et dramatiques. » La méprise du public sur son talent original ne fera que s’aggraver après ses années à l’atelier de Rodin.

Correspondance entre les Claudel, mots de Rodin à son élève Jessie Lipscomb, chez qui Camille va loger à Paris, critiques dans la Gazette des Beaux-Arts, échanges de Rodin avec le maire de Calais qui lui a commandé un monument, au fil des pages la vie des deux sculpteurs et de leur entourage prend forme. Auguste et Camille se rencontrent en 1884, il a 23 ans de plus qu’elle. Quand elle accompagne les Lipscomb en Angleterre, leur intimité s’exprime sans détours dans leurs lettres : « D’ici là, je vous prie, travaillez, gardez tout le plaisir pour moi. Je vous embrasse. Camille » (août 1886) 

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Auguste par Camille : Camille Claudel, Buste d’Auguste Rodin, 1892

Sans son « Compte-rendu du Salon de 1886 » dans L’Art, Paul Leroi (Léon Gauchez) souligne les qualités de la jeune sculptrice : « Le caractère promet d’être la qualité maîtresse de Melle Camille Claudel. » Ses fusains aussi sont appréciés. Le critique souligne le danger potentiel de l’influence de Rodin, l’importance pour son avenir d’être elle-même « et non un reflet ». Camille aura bientôt son propre atelier au 117, rue Notre-Dame des Champs.

Rodin lui écrit : « Ma féroce amie, (…) Aie pitié, méchante. Je n’en puis plus, je n’en puis plus passer un jour sans te voir. Sinon l’atroce folie. C’est fini, je ne travaille plus, divinité malfaisante, et pourtant je t’aime avec fureur. » Les lettres de Camille à ses amies sont gaies, pleines d’allant, jusqu’à ce qu’elle se dispute avec Jessie Lipscomb qu’elle accuse d’une conduite « indigne » à son égard (6/7/1887). L’un et l’autre sont admirés aux diverses expositions, les critiques des journaux témoignent de l’intérêt du public. Jules Renard note dans son Journal : « Chez Rodin, il m’a semblé que mes yeux tout d’un coup éclataient. Jusqu’ici la sculpture m’avait intéressé comme un travail dans un navet. Ecrire à la manière dont Rodin sculpte. » (9/3/1891)

L’été 1891, ils se voient à l’Islette et c’est de là que Camille écrit à Auguste comment elle passe ses journées et aussi « Je couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais quand je me réveille, ce n’est plus la même chose. Je vous embrasse. Camille. Surtout ne me trompez plus. » Au ministre des Beaux-Arts, elle fait valoir ses mentions au Salon, sollicite une commande en marbre. Rodin la recommande au Courrier de l’Aisne et à d’autres, il lui envoie des mandats pour l’aider.

Une belle lettre de Camille à son frère Paul Claudel, en décembre 1893, témoigne et de ses difficultés matérielles et de « beaucoup d’idées nouvelles qui [lui] plairaient énormément ». Elle lui décrit quelques groupes, son « grand plaisir à travailler » et ajoute : « Tu vois que ce n’est plus du tout du Rodin, et c’est habillé ; je vais faire des petites terres cuites. Dépêche-toi de revenir pour voir tout ça. » Camille et Auguste se sont séparés, ils se retrouveront en 1895, puis ce sera la rupture définitive.

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Camille Claudel, L’Age mûr, 1899

Ce recueil émeut par tout ce qu’il laisse apparaître de la vie des deux artistes et de leur relation si intense, dans la passion, dans la joie, puis dans la douleur. Il intéresse en mentionnant les circonstances de la création de leurs œuvres majeures, les soucis financiers, les complications liées aux commandes – « La Valse » de Camille Claudel d’abord rejetée parce que trop nue, puis admirée dans le tourbillon des voiles autour des danseurs, « La Porte de l’Enfer » d’Auguste Rodin jamais installée mais pivot de son œuvre.

« Je couche toute nue » donne la parole à ceux qui les entouraient et se souciaient de leur venir en aide – amis, artistes, critiques, admirateurs – et aussi à ceux qui ne comprenaient pas leur audace dans la création et les tournaient en dérision. Cela donne un tableau vivant de leur époque, y compris de la manière dont l’Etat français soutenait les artistes et réagissait aux sollicitations des uns et des autres, influencé par leur succès au Salon.

Le plus terrible, ce seront les souffrances de Camille une fois qu’elle se persuade d’être persécutée par la « bande à Rodin » et met des cadenas à ses volets, tant elle craint de se voir voler ses sujets. Rodin lui envoie des mandats de manière anonyme pour qu’elle les accepte. Terrible aussi, sa mère inflexible par crainte du scandale : une fois mise à l’asile, Camille n’aura plus droit aux visites ni même à l’envoi de lettres. Son frère Paul laisse passer trop de temps sans la voir – il se le reprochera, beaucoup trop tard.

Ce livre va rejoindre La robe bleue de Michèle Desbordes, Camille et Paul - La passion Claudel de Dominique Bona, sans oublier Une femme. Camille Claudel d’Anne Delbée, pleine d’empathie pour cette grande artiste au destin tourmenté. Je pense aussi au film de Bruno Nuytten, où Isabelle Adjani et Gérard Depardieu ont incarné ce couple extraordinaire. Il me tarde à présent de visiter le tout nouveau Musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine.

26/04/2018

Nocturne

Melancholia Nocturne.jpgKiki Smith, artiste américaine née en 1954 à Nuremberg, vit et travaille aujourd’hui à New York. Les images et les sculptures qu’elle compose incluent souvent la nature et le corps humain et reprennent les codes du monde de l’enfance pour les charger d’une inquiétante étrangeté. Pour reprendre ses propres mots : « Le corps est notre dénominateur commun, la scène de notre désir et de notre souffrance. Je veux exprimer par lui qui nous sommes, comment nous vivons et nous mourons. »

Guide du visiteur, Melancholia, Fondation Boghossian, Villa Empain, Bruxelles >19.08.2018