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03/04/2017

Allégresse

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Rik Wouters, Femme à la mantille, (1913), pastel sur carton, 760 x 555 mm, Liège,
Musée des Beaux-Arts de La Boverie, AW 2190 © Liège, Musée des Beaux-Arts de La Boverie

« Son art s’imposa très tôt, malgré les goûts nettement conservateurs du milieu. C’est que son art, malgré de prétendues outrances, sut vaincre les résistances et triompha par ses accents d’allégresse. Outrances au reste illusoires, car avant qu’elles se fussent manifestées, fauves, futuristes et cubistes s’en étaient déjà donné à cœur joie. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

 

01/04/2017

Vie

RIK-WOUTERS_Nightmare - war.jpg« Jusqu’au bout Rik Wouters sera égal à lui-même ; et, quoique terrassé par la souffrance, il aura l’énergie nécessaire pour chanter la vie, les multiples images de la vie. Ici encore, la palette fournira de précieuses indications. Tout son œuvre peint est dominé par le rouge. Rares sont les toiles où cette couleur ne tient pas la vedette. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

Rik Wouters, Cauchemar, guerre, (1914), aquarelle sur papier, 175 x 248 mm,
Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten,
inv. 3303, don du Dr Ludo Van Bogaert-Sheid, 1989
© Lukas - Art in Flanders vzw. Photo Hugo Maertens

 

30/03/2017

Frémissement de lumière

RIK-WOUTERS_Autumn.jpg
Rik Wouters, Automne, 1913, huile sur toile, 135,5 x 140,5 cm, Musée des Beaux-Arts, Anvers,
inv. 3293, don du Dr Ludo Van Bogaert-Sheid, 1989
© Lukas - Art in Flanders vzw. Photo Hugo Maertens

« Les couleurs, de plus en plus liquides, ne seront, par moments, que des frottis. La toile sera couverte à peine. Elle apparaîtra, comme un frémissement de lumière, à travers toutes les surfaces de couleur.
1912.
C’est l’année du grand épanouissement. Comme c’est aussi l’année du voyage à Paris et de la rencontre des impressionnistes. On serait tenté d’en tirer des conclusions trop hâtives. (…) Sans vouloir minimiser la signification de ce voyage, il ne servit sans doute qu’à confirmer des certitudes que l’artiste portait en lui. Aiguillon plutôt que leçon. En se mettant en route, Rik savait déjà ce qu’il voulait, mais il entendait, au contact d’autres œuvres, éprouver sa propre vérité.
L’élan est donné. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

28/03/2017

Fêtes

wouters,rik,exposition,bruxelles,mrbab,2017,peinture,sculpture,dessin,art,belgique,culture,autoportrait« Rik n’a rien d’un violent. Peintre tendre et joyeux, le monde lui est une féerie inépuisable. Qu’il s’agisse d’un être humain, d’une pomme ou d’un arbre, ce sont là, avant tout, prétextes à organiser de subtiles fêtes de couleurs. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017


Rik Wouters, Reflets, (1912), huile sur toile, rentoilée, 54,8 x 45,5 cm, collection privée © Olivier Bertrand

 

27/03/2017

A nu

 RIK-WOUTERS_Woman in black reading a newspaper.jpg
Femme en noir lisant le journal
, (1912), huile sur toile, 101,1 x 97 cm, Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen,
inv. 3296, don du Dr Ludo Van Bogaert-Sheid, 1989 © Lukas - Art in Flanders vzw. Photo Hugo Maertens

« Tout ce qu’il prend directement à Cézanne, c’est cette manie – combien imitée ! – de laisser à nu des parties de la toile. Chez Cézanne, on le sait, c’est toujours l’effet de graves scrupules, c’est la peur de gâcher une œuvre en la poussant trop loin. Encore qu’il fût d’une nature plus instinctive, Rik Wouters eut des soucis analogues et sa correspondance en fait foi. Dès lors, puisque l’exemple était donné, pourquoi ne l’aurait-il pas suivi ? Au reste, ces parties découvertes contribuent au jeu des couleurs, à cette vibration de tons qui est un de ses soucis majeurs, à cette captation de reflets poursuivie avec passion et dont il doublera même les sortilèges en introduisant des miroirs dans ses compositions. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

 

25/03/2017

Terre glaise

RIK-WOUTERS_Leaning bust.jpg« Dès l’âge de douze ans, Rik Wouters sculptait le bois chez son père. Entré en 1902 à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, il y fut un brillant élève de Charles Vanderstappen, sculpteur de la lignée des Jef Lambeaux et des Julien Dillens – tous artistes férus de gesticulations assez théâtrales servies par ce réalisme académique qui marque, au XIXe siècle, la sculpture de tout l’Occident avant l’apparition de Rodin. Rik Wouters se dégage très vite de ces influences nocives et c’est Rodin qui lui servira de modèle. Rodin, ce puissant pétrisseur de terre glaise, et qui laisse visibles les traces de son travail. Sculpture impressionniste, dira-t-on non sans raison. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

Rik Wouters, Buste penché [Buste penché au chignon], (1909), plâtre, 49,5 x 38 x 29,5 cm, Bruxelles,
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 11621, don de la Province de Brabant, 1994
© Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns - Ro scan      

23/03/2017

Son seul modèle

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Rik Wouters, La Dame au collier jaune [Intérieur D], 1912, huile sur toile, 121,5 x 109,8 cm, Bruxelles,
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 4741, don de Mme Gabrielle Giroux, 1928
© Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns - Ro scan

« Peintre épris de couleur et de lignes enchantées, sculpteur hors normes, obsédé par l’amplitude, la générosité des volumes, dessinateur soucieux d’épure et du trait qui enveloppe et confie du cœur à ses sujets, Rik Wouters (1182-1916) fut aussi l’amoureux de Nel. Auprès d’elle, il vécut douze années d’une complicité à toute épreuve : elle fut son seul modèle. »

Guy Duplat, Rik Wouters en toute humilité, La Libre Belgique, 13/3/2017.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

21/03/2017

Aquafortiste

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Nel Wouters

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

Rik Wouters, Intérieur d'aquafortiste B - Table d'aquafortiste, 1909, Musée des Beaux-Arts, Anvers

20/03/2017

Rik Wouters

RIK-WOUTERS_Portrait of Rik.jpg
Portrait de Rik (sans chapeau)
, 1911, huile sur toile, 30 x 32 cm, collection privée
© photo Vincent Everarts Photographie, Bruxelles

« Né à Malines le 21 août 1882, il meurt à Amsterdam le 11 juillet 1916. Dans cette vie d’artiste, rien à signaler qui ne soit le sort de beaucoup d’humains : les difficultés matérielles au début, le succès somme toute assez rapide, la guerre qui l’arrache à son travail, l’internement dans un camp en Hollande, la maladie, les interventions chirurgicales, la mort. C’est là une vie pareille à beaucoup d’autres et que marque seule une fin prématurée. Mais il se fait que cet homme produit des œuvres comme le rosier des roses. Dès lors, on s’arrête et on s’étonne, car s’il est normal que le rosier donne des roses, il est insolite et rare que l’homme produise des œuvres qui retiennent l’attention ; mieux, qui émeuvent ou qui envoûtent. Et, forcément, l’on se penche sur l’homme doué de ce pouvoir mystérieux. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

16/03/2017

Le bal de Grannec

Quel roman foisonnant que Le bal mécanique de Yannick Grannec ! Il s’ouvre sur une équipe de télé-réalité américaine au travail, il se ferme sur la contemplation d’un paysage et entre-temps, sur plus de cinq cents pages, relate des séquences de vies. De Josh Schors, animateur de télévision à Chicago, à son père Carl, peintre à Saint-Paul-de-Vence, pour le présent. De Théodor Grenzberg, marchand d’art entre Allemagne et Suisse, à l’effervescence dune étudiante au Bauhaus, pour le passé. Qu’est-ce qui relie véritablement ces trois hommes ? C’est le fil conducteur du roman, où apparaissent de beaux personnages de femmes.

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Tisserandes, Dessau, Ecole du Bauhaus, 1927 | Photographe Lux Feininger

« Un siècle, une famille, l’art et le temps », annonce la quatrième de couverture. Le récit affiche sa mécanique romanesque : chaque séquence porte en titre trois éléments (prénom, lieu, année) et en épigraphe la légende d’une œuvre d’art (titre, artiste, année, technique). Tantôt à la première personne, tantôt à la troisième. Narration, dialogue, correspondance. Voilà pour le cadrage.

L’émission « Oh my Josh ! » propose à une famille candidate de vider sa maison et de la rénover en une semaine. Durant les travaux, ses habitants sont logés dans un hangar aménagé et interrogés sur leurs attentes : « Une famille qui postule à OMJ ! demande à être sauvée d’elle-même. » Cela fait huit ans que Josh fabrique ce programme avec sa femme Vikkie et son équipe, chaque émission est un défi : il faut préserver l’effet de surprise, prévoir et maîtriser les réactions des candidats, en tirer deux séquences télégéniques de trois quarts d’heure.

A Saint-Paul-de-Vence, Carl Schors, 85 ans, son père, vit dans une maison au décor minimaliste, où chaque objet est choisi. De la terrasse, il contemple la vue sur les collines et le cap d’Antibes. Il rouspète quand Aline, sa gouvernante, ne replace pas les pieds de son fauteuil exactement sur les marques au sol. Un article de magazine retient son attention : « Cornelius Gurlitt et le trésor nazi ». Dans la liste des œuvres spoliées pas encore restituées figure un portrait d’homme par Otto Dix, celui de Theodore Grenzberg : « Grenzberg », un nom qu’il n’a plus prononcé depuis longtemps, un nom qui « fut le sien ». Il va contacter son avocat à Chicago.

Considéré par son père comme « un opportuniste », voire « un escroc », Josh s’est inspiré pour son émission du catalogue Ikea. La maison des Carter où ils filment la première étape, « la Purge », révèle un intérieur vieillot, à part la chambre de Jane, leur fille, impatiente de « se tirer de cette baraque ». Vikkie est uniquement « la Voix » de l’émission, elle n’y apparaît pas. Psychologue de formation, elle a mis au point un schéma de psychogénéalogie qu’ils appellent le « Diagramme de Dickens » pour cerner les personnalités des candidats et les liens entre eux.

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Paul Klee, Blanc polyphoniquement serti, 1930,
plume et aquarelle
© Centre Paul Klee, Berne 

Josh Schors ne s’est guère intéressé à ses propres origines : son père Carl a été adopté par David et Ethel Schorsmann en 1940, à qui ses parents l’avaient confié « la mort dans l’âme ». Mais Vikkie est enceinte de trois mois et quand sa belle-mère Mina, toujours soucieuse de Carl malgré leur divorce, les appelle pour dire son inquiétude – Carl lui a téléphoné en pleine nuit, bouleversé –, elle désire en savoir davantage sur les ancêtres du futur bébé qu’ils appellent entre eux « la Chose ». Les recherches de l’avocat sur les Grenzberg font apparaître un nouveau nom : Magdalena Grenzberg. Qui est-elle ?

En studio, les Carter déçoivent, peu réactifs. L’équipe décide de déclencher une crise pour faire avancer les choses et Vikkie découvre que la mère a menti sur leurs motivations. En réalité, c’est leur fille qui voulait être sélectionnée, devenir célèbre grâce à l’émission et gagner assez d’argent pour se refaire le nez. Ce tournage compliqué leur donne du fil à retordre.

Dans ses moments libres, Vikkie cherche sur internet des traces de Magdalena et finit par trouver une « Magda Grenz » étudiante au Bauhaus, photographiée avec d’autres étudiantes, « les Tisserandes » : elle a les mêmes yeux clairs que Josh. Magda devient son obsession, tandis que Josh prépare le retour des Carter dans leur « nouveau foyer » : « Ils feindront d’être surpris. Je feindrai d’être triomphant. La lumière sera belle. » Le triomphe de Vikkie, ce sera de découvrir que Grenzberg et Klee étaient amis, Klee était même le parrain de Magda. « Le bal mécanique », une toile qu’il a offerte à Théo, reste introuvable.

En seconde partie, Grannec remonte jusqu’en 1901, quand Théodore Grenzberg décide d’abandonner ses études de médecine pour l’histoire de l’art, quitte Munich pour Paris, et travaille pour Vollard. On découvre alors la destinée de ce marchand d’art, son mariage avec Luise, une riche héritière excentrique, sa rencontre avec Paul Klee, la naissance de Magdalena. Années 1910, 1920, 1930… Les années du Bauhaus se terminent avec la montée du nazisme et c’est à travers l’histoire de Magda Grenz que Yannick Grannec les raconte. Magda veut être libre, créer, être heureuse, y arrivera-t-elle ?

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Paul Klee et son chat Bimbo (source)

Le bal mécanique mêle si bien personnages réels et fictifs qu’on a l’impression qu’ils ont tous existé. Le découpage du récit en séquences semble parfois forcé, les deux parties sont très différentes, d'ailleurs intitulées Livre I (Un coeur imparfait, Karl et Josh) et Livre II (La matrice de métal, Théo et Magda). Quand il revient au présent, tous les liens entre les personnages auront été retissés, la romancière pourra conclure. On sort de ce roman avec le sentiment d’avoir participé à un grand jeu de construction où l’art, plus qu’un contexte pour des personnages en quête d’accomplissement, est en réalité son sujet principal.