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28/07/2014

Renoir à Martigny

L’exposition Renoir à Martigny a de quoi séduire les estivants, habitués ou non de la Fondation Pierre Gianadda et de son jardin qui embellit d’année en année – arbres, étang, sculptures... 

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Renoir, Femme s’essuyant la jambe droite, vers 1910,  Museu de Arte de Sao Paulo - Assis Chateaubriand

Déjà autour dun Faisan sur la neige (1879), on reconnaît la touche mousseuse du peintre et sa manière singulière de capturer la lumière sur la toile. Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), « peintre de la femme », a souvent privilégié la figure humaine, mais il n’a cessé de peindre aussi des paysages : ceux de la petite salle d’angle au début de l’exposition sont pleins de charme, lac ou bord de Seine, chemins de promenade, en été le plus souvent.

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Renoir, Femme à l’ombrelle dans un jardin, 1873-1875, Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid

Annonciatrice de son chef-d’œuvre exposé au musée d’Orsay, Au jardin – Sous la tonnelle du Moulin de la Galette, prêt du musée Pouchkine, montre une jeune femme de dos, en robe rayée bleue et blanche, appuyée sur une ombrelle pour bavarder avec des personnages attablés dans la verdure, une image de plaisirs simples et partagés. 

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Renoir, Au jardin - Sous la tonnelle au Moulin de la Galette, Musée Pouchkine, Moscou

Renoir est un portraitiste. La comtesse de Pourtalès, les fillettes Alice et Elisabeth Cahen d’Anvers (Rose et bleu) ou Madame X montrent une grande attention à la personnalité, aux visages, aux vêtements aussi – même si la préférence du peintre va aux modèles nus, ses célèbres « Baigneuses », qu’il peindra toute sa vie avec sensualité et enthousiasme. « Renoir me dit que le nu lui paraît être une des formes indispensables de l’art », écrit Berthe Morisot dans son Carnet, le premier janvier 1886, après une visite à son ami. 

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Renoir, Rose et bleu – Alice et Elisabeth Cahen d’Anvers, 1881, Museu de Arte de Sao Paulo - Assis Chateaubriand 

Dans la première partie du parcours, deux autres paysages m’ont frappée, issus de collections particulières : d’abord Etude de mer – Marine à Capri, une petite toile délicate où mer et ciel mêlent leur palette, puis Paysage d’Alger – Le jardin d’essai, qui m’a rappelé l’exposition de Gérard Edsme inspiré par ce jardin luxuriant. 

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Renoir, Etude de mer (Marine à Capri), 1881, Collection particulière 

Une autre salle d’angle présente, près des Enfants de Martial Caillebotte, Jean et Geneviève assis avec leurs livres (le peintre possède l’art de rendre la grâce enfantine, le garçon porte les cheveux longs comme il était courant à l’époque) et d’une Jeune fille au chapeau noir à fleurs rouges au regard franc, un magnifique portrait de Julie Manet, la fille de Berthe Morisot : avant de mourir, celle-ci avait confié sa fille à Renoir, qui devient son tuteur. Quel que soit le format de la toile, Renoir assure présence à son sujet, on peut encore le vérifier dans une ravissante petite huile appartenant à la fondation Gianadda, Jeune fille en buste, vue de profil. 

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Renoir, Mlle Julie Manet, vers 1894, Musée Marmottan Monet, Paris

Femme s’essuyant la jambe droite, affiche de l’exposition, annonce une série de nus, le plus souvent dans un cadre de verdure, où Renoir donne libre cours à son enthousiasme pour la beauté féminine, son type de femme plutôt ronde et colorée : « Ce que j’aime, c’est la peau, une peau de jeune fille, rosée, et laissant deviner une heureuse circulation. » Ses modèles devenaient ses maîtresses ou l’inverse, je ne sais. Renoir peignait ceux qui vivaient auprès de lui, ses enfants, ceux de ses amis. L’exposition se termine sur un autoportrait de 1910 où il s’est peint de profil, la barbe et la moustache aussi blanches que son chapeau, l’œil toujours vif, curieux. 

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Renoir, Jeune fille au chapeau noir à fleurs rouges, vers 1890, Collection particulière, Photo Jean-Louis Losi

Dans le forum, on peut admirer une nature morte aux fruits exotiques, Bananes et ananas. Près de sa célèbre Venus victrix en bronze (Renoir & Richard Guino), une belle Etude de nu – Baigneuse du musée Rodin m’a plu par son inachèvement, ses couleurs, l’attitude du modèle. Si vous passez par Martigny cet été, ne manquez pas le passionnant documentaire projeté au sous-sol, qui montre Renoir à l’œuvre et les lieux où il a vécu. Dans ses derniers jours, le peintre aurait dit en peignant, les pinceaux attachés à ses doigts pleins de rhumatismes : « Je commence à y comprendre quelque chose. »  

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Une exposition annexe présente les vitraux offerts par la Fondation Pierre Gianadda aux deux chapelles de Martigny dont la rénovation vient de se terminer. Les fac-similés exposés permettent de les découvrir à hauteur des yeux, une occasion rare. C’est le Père Kim En Joong, créateur des nouveaux vitraux de la cathédrale St Lambert à Liège, qui a peint ceux de la chapelle catholique de la Bâtiaz. 

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Pour la chapelle protestante, construite en 1932 par le grand-père de Léonard, Baptiste Gianadda, Hans Erni a dessiné dix-sept vitraux sur des thèmes bibliques liés à la vie et à la renaissance – il en a découvert la maquette le jour de ses 105 ans ! 

28/06/2014

Patineuse

Marmottan Morisot.JPEG« Il est singulier qu’une virtuose du blanc comme Berthe Morisot ait si rarement abordé le thème de la neige. (…) C’est durant l’hiver 1879-1880, l’un des plus rigoureux du siècle, que Berthe Morisot peint Jeune femme remettant son patin. Contrairement à Monet, qui consacre une suite de peintures aux bouleversements occasionnés par la débâcle de la Seine, Berthe Morisot choisit le cadre préservé du Bois de Boulogne pour poser son chevalet.

Le lac aménagé en patinoire pour le plus grand plaisir des Parisiens est le décor de cette grande esquisse. La composition repose principalement sur le contraste entre le noir du vêtement de la patineuse qui s’est assise pour remettre son patin et le blanc savamment nuancé du bois enneigé. » 

Marianne Mathieu in Les impressionnistes en privé, Cent chefs-d’œuvre de collections particulières, Hazan / Musée Marmottan Monet, Paris, 2014. 

Berthe Morisot, Jeune femme remettant son patin, vers 1880 – Collection particulière

26/06/2014

Impressions privées

Il vous reste jusqu’au 6 juillet pour visiter à Paris l’exposition « Les impressionnistes en privé » : le musée Marmottan fête ses 80 ans avec ces « Cent chefs-d’œuvre de collections particulières » qui attirent beaucoup de monde. Trop, sans doute, pour regarder à l’aise certaines toiles comme ce petit « Voilier dans le port de Honfleur » de Jongkind non loin de « Bénerville, la plage » de Boudin ou de « Ville d’Avray, le grand étang et ses villas » de Corot. Ces précurseurs de l’impressionnisme rendent les variations de l’air et de la lumière dans des paysages où une ligne d’horizon assez basse donne au ciel sa part essentielle.

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Johan Barthold Jongkind, Voilier dans le port de Honfleur, 1863 - Collection particulière © Brame & Lorenceau, Paris 

Les impressionnistes peignent aussi la ville, comme Caillebotte avec ses vues plongeantes sur une rue de Paris ou un refuge pour les piétons au milieu d’un carrefour. C’est depuis une fenêtre d’un appartement du boulevard Haussmann qu’il a peint « Intérieur, femme à la fenêtre » : une femme de dos, en robe bleu foncé, regarde par la fenêtre ; près d’elle, un homme lit le journal. Mais dans l’immeuble en face (quelques lettres dorées permettent d’identifier l’hôtel Canterbury, détruit pour la construction des Galeries Lafayette) – voilà qui titille l’imagination –, on distingue une petite silhouette à une fenêtre. Le contre-jour, les rideaux de dentelle et les volutes du fer forgé, l’harmonie du blanc, du bleu et de l’or pâle, tout cela forme un magnifique tableau d’atmosphère. 

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Gustave Caillebotte, Intérieur, femme à la fenêtre, vers 1880 - Collection particulière

« La petite danseuse de quatorze ans », la célèbre sculpture de Degas exposée ici est un bronze fondu après 1922 dit la notice, un des rares exemplaires encore en mains privées « sinon le seul, parmi les vingt-neuf recensés à ce jour » (catalogue). De belles peintures de Degas montrent son sens original du cadrage, qu’il évoque le mouvement des chevaux sur le champ de courses, une femme à sa toilette ou une danseuse au repos. Ou encore sa fameuse gravure au format vertical représentant « Mary Cassatt au Louvre ». 

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Eva Gonzalès, Le moineau, vers 1865-1870 - Collection particulière

J’ai admiré un ravissant portrait au pastel de sa jeune sœur par Eva Gonzalès, « Le moineau », mais je me suis arrêtée bien plus longuement devant les Berthe Morisot : « Portrait de jeune femme » (en robe de mousseline à fleurettes), « Les lilas à Maurecourt » (sa sœur Edma et ses deux enfants dans un parc) et « La Fable » où Julie Manet, la fille de Berthe et d’Eugène Manet, sur un pliant, fait face à sa nourrice qui se repose sur un banc. 

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Berthe Morisot, Jeune fille à la potiche, vers 1889 - Collection particulière

Le génie de Berthe Morisot, son art de capter la vie en touches légères, dans toute sa fraîcheur, apparaît aussi dans « Jeune femme remettant son patin » où une patineuse en robe sombre est entourée d’un tourbillon glacé, un décor presque abstrait. Autre découverte – rien que pour ces Morisot, l’exposition vaut le voyage, à mon avis – « Jeune fille à la potiche », où elle a peint sa nièce : une œuvre inachevée, mais un portrait plein de présence de la jeune fille au regard franc.  

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Il y a d’autres figures à découvrir dans l’exposition : chez Renoir,  le « Portrait de Lucie Bérard au tablier blanc » par exemple, ou ces « Jeunes filles au bord de la mer » reprises en couverture du catalogue. Et cette charmante « Gardeuse d’oies au bord du Loing », un pastel de Sisley. Tous ces portraits et paysages portent les signatures les plus fameuses de l’impressionnisme.  

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Alfred Sisley, Gardeuse d’oies au bord du Loing - Collection particulière

Pour ce qui est de Monet, le musée Marmottan a de quoi combler ses visiteurs dans ses collections permanentes. En descendant au sous-sol, quel bonheur de retrouver tant de chefs-d’œuvre et cette fois dans des salles vastes et paisibles, des « Glycines », des « Nymphéas »… Michel Monet, le fils de Claude Monet, a légué sa collection personnelle au Musée Marmottan en 1966. Trente ans plus tard, les descendants de Berthe Morisot lui ont eux aussi légué de nombreuses œuvres qui forment à présent la collection Morisot la plus importante réunie dans un musée (salles au premier étage).

24/06/2014

Elle c'est toi

Rafel Joan Elle est toi.jpg

Ella ets tu (détail) © Rafel Joan, 1995

« Ella ets tu » (Elle c’est toi, 1996) est aussi une peinture sombre et mystérieuse, au pinceau rapide et gestuel, dont la composition évoque une Annonciation, sujet fréquemment abordé par les grands peintres italiens de la Renaissance et du Baroque. Dans la partie inférieure droite du tableau, on perçoit une tache foncée, dont le contour rappelle une tête de femme, à la manière d’un sphynx ; l’artiste m’explique que c’est une pierre qu’il avait gardée, qui ressemblait, effectivement, à une tête de femme et qu’il voyait comme une sculpture de déesse primitive. Elle est comme tapie dans les branches et les feuilles d’un arbre, peut-être aux aguets. Le fond blanc du tableau fait penser à un écran de cinéma. Une autre silhouette, sombre et curviligne, aux formes organiques, flotte dans l’angle supérieur gauche : c’est une charcuterie en train de sécher. 

Enrique Juncosa, La fixité : la peinture de Rafel Joan (Catalogue Es Baluard, Palma de Mallorca, 2014)

23/06/2014

Rafel Joan Peintures

Es Baluard (le rempart), le musée d’art moderne et contemporain de Palma de Majorque, s’est ouvert en 2004. Ses terrasses accessibles de l’extérieur offrent de belles vues sur la ville, la mer et la montagne. Après avoir découvert ses collections d’art en lien avec les îles Baléares, nous y avons visité la belle rétrospective consacrée au peintre mallorquin Rafel Joan (elle vient de fermer ses portes). 

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Près de l’entrée, Ritual (Ben Jakober & Yannick Vu, 1994) : un fil de néon passe entre des aiguilles géantes, l’effet est étonnant, très réussi, et aussi vu d’en haut, depuis l’étage. Le parcours chronologique débute en 1900, avec des paysages mallorquins signés Degouve de Nuncques (Baie de Palma), Joaquim Mir, Santiago Rusiñol, Joaquín Sorolla (Cala San Vicente), Pilar Montaner 

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Ritual © Ben Jakober & Yannick Vu, Es Baluard

Des œuvres modernes, ensuite, dont Chevaux en fuite par le vol de l’oiseau-terreur de Miró (1976). Des Flûtistes de Juli Ramis très matissiens, des peintures de Tapies (je vous renvoie à l’index des artistes sur le site du musée). Une salle Picasso propose une belle photo de lui et des céramiques.

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Chevaux en fuite par le vol de l’oiseau-terreur © Miró, Es Baluard

Une salle Miró montre ses illustrations pour Ubu et pour d’autres ouvrages, Colo y a consacré un billet. Le parcours se termine sur des œuvres plus récentes comme Ile d’un monde parfait III (2007-2008), une sculpture de Baltazar Torres. 

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Island of a perfect world III © Baltazar Torres, Es Baluard

Dans les salles du bas, la rétrospective Rafel Joan Pintures 1983-2013 nous a révélé l’univers de ce peintre autodidacte, né à Palma en 1957. Le bleu domine dès ses premières œuvres, comme dans « Carn i fruita » : un homme dévore un morceau de pastèque tandis que sa compagne contemple la mer, accoudée à une balustrade, vue de dos – ses rondeurs répondent à celles des plats et des fruits.

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Femater, aigües brutes i cementeri, 1988 © Rafel Joan (Photo AraBalears)

Rafel Joan a peint de nombreux paysages de Majorque loin des clichés, dans leur aspect quotidien, par exemple « Femater, aigües brutes i cementeri » (Ordures, eaux sales et cimetière) dans des tons de terre rouge et d’ocre, image de chaleur et de sécheresse. Plus sereine, « Cala Bóquer », une belle vue de la baie à Portocolom, décline tous les tons du bleu clair au bleu foncé.

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S’estudi (détail), 1984-1985 © Rafel Joan 

Un autoportrait m’a fait forte impression, « S’estudi » : dans l’atelier, où une lumière très blanche s’engouffre par la porte, l’artiste travaille, assis à sa table en tricot blanc et pantalon d’un bleu intense. La main droite dessine, la gauche trifouille dans un tiroir ouvert. Concentration. 

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Eleazar (détail), 1992 © Rafel Joan 

Le peintre mallorquin a vécu à Palma, au Maroc, à Barcelone, à New York – ses carnets de voyage exposés en vitrine sont très vivants – et il a peint aussi les villes avec leurs enseignes, les rues étroites fréquentées la nuit par les prostituées, les cafés et les bars. Les personnages s’y réduisent souvent à des silhouettes. Ce sont des peintures d’atmosphère, où la configuration des lieux est très bien rendue.  

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Une autre série de toiles, très différentes dans leur cadrage et dans leurs couleurs, évoquent la contemplation de la nature, avec une grande attention aux feuillages, aux ramures et surtout, avant tout, à la lumière. « Niu » (Neige) est une ode à la lumière d’hiver qui baigne des rameaux noirs et nus, comme à l’encre. 

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Niu (détail), 2001 © Rafel Joan

Dans les années 2000, Rafel Joan a eu l’occasion de survoler son île en avion ultraléger et il s’en est inspiré pour peindre la terre vue du ciel (on pense parfois à Klee). Ensuite, changement complet de point de vue avec ses œuvres sous-marines, en bleu et vert, un magnifique ensemble dans lequel il cherche à rendre les impressions quil a eues en marchant sous l’eau (en tenue de plongée) parmi les poissons, les effets de la lumière sous la surface de la mer.

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Rafel Joan vit en solitaire et peint à l’écart des tendances esthétiques contemporaines, ce qui ne l’empêche pas de participer à la vie artistique de Majorque, où il habite actuellement à Vilafranca de Bonany. Il a de nombreux amis écrivains et artistes, les peintres Barceló et Claramunt, entre autres – le premier signe un texte intitulé « Si j’ai 3 amis, l’un d’eux est RJ ». Le catalogue en catalan offre tous les textes traduits en castillan, en français et en anglais et propose en plus des œuvres exposées de belles photographies du peintre et de son atelier. 

31/05/2014

Différents

yates,richard,un destin d'exception,roman,littérature américaine,1944-1946,seconde guerre mondiale,armée,art,mère,fils,culture« « Nous sommes différents, Bobby », expliquait-elle à son fils, qui n’avait cependant jamais eu besoin d’explication. Peu importait la ville : il était toujours l’unique nouveau, l’unique pauvre, l’unique enfant dont la maison empestait le moisi, les excréments de chats où la pâte Plastiline, et dont le garage faisait office de statuaire. L’unique garçon sans père.
Pourtant, il lui vouait un amour romantique et il avait une foi quasi religieuse dans sa bravoure et dans sa bonté. En s’en prenant à elle, le propriétaire, l’épicier, le charbonnier et Georges Prentice devenaient ses ennemis personnels : il était son allié, son protecteur face au matérialisme grossier et brutal du monde. Il aurait volontiers cherché toutes sortes de manières d’offrir sa vie pour elle, mais c’était d’un genre d’aide bien différent dont ils avaient besoin, d’un genre moins mélodramatique, et cette aide-là, elle ne venait pas. »
 

Richard Yates, Un destin d’exception

***

Deux mois plus tard que prévu, je m’envole enfin pour d’autres horizons. Aussi ne vous étonnez pas d’un léger décalage de saison dans le florilège programmé pour les jours qui viennent.
Je vous l'avais préparé au début du printemps - et ce n'est pas encore l'été. 

Prenez bien soin de vous.

Tania

29/05/2014

Destins manqués

Dès le prologue d’Un destin d’exception (A Special Providence, 1965-1969, traduit de l’anglais par Aline Azoulay-Pacvon, 2013), Richard Yates (1926-1992) laisse entendre que Robert Prentice, dix-huit ans, soldat américain de première classe, n’a pas vraiment l’étoffe d’un héros. C’est l’automne 1944. Avant d’être envoyé en Europe, le jeune homme profite de son dernier sauf-conduit pour rentrer à New York voir sa mère. 

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Rien ne peut faire plus plaisir à Alice, qui le couvre aussitôt de son « riche et intarissable » monologue habituel où se mêlent souvenirs, projets, illusions. Illustratrice, elle a été déçue par le mariage, excepté la naissance de Bobby, son seul enfant. Alice rêve depuis toujours d’une vie d’artiste accomplie, elle s’est mise à la sculpture, mais la réalité est tout autre : pauvreté, petits boulots, dettes…

Comme l’était souvent son père, Georges Prentice, un commis-voyageur dont elle a divorcé, Robert est soudain excédé par le déni flagrant de sa mère : elle mène une vie d’ouvrière et non de grande artiste, sans vouloir le reconnaître. Après la mort de son père, il a dû abandonner ses études pour travailler et l’aider.

Les moqueries des vétérans envers les bleus, lors du dernier entraînement en Virginie, comptent moins pour Prentice que la compagnie de Quint, un gars « intelligent et éloquent » dont il s’est rapproché et avec qui il embarque pour l’Angleterre, puis la France. Avec Sam Rand, un fermier, ils forment bientôt un trio inséparable au sein de leur régiment.

Robert Prentice est le jeunot qu’on appelle « gamin », « petit », et ses gaffes, ses distractions – il rate le départ du bataillon pour le front en s’attardant dans une maison accueillante aux soldats et bien chauffée – ainsi que ses perpétuelles questions finissent par excéder Quint, qui en a bientôt assez de jouer le rôle de son « foutu paternel ».

En Alsace, Prentice est nommé messager de la deuxième section, Quint est affecté au pistolet-mitrailleur. Tous deux toussent depuis le voyage en bateau vers l’Europe et se sentent de plus en plus malades, mais Prentice s’accroche, exécute les ordres comme il peut. Le jour où Quint suggère qu’ils se rendent ensemble à l’hôpital – ils souffrent sans doute d’une pneumonie –, le plus jeune refuse, il préfère rester au combat malgré le froid et le chaos, sur les talons de son lieutenant, il s’accroche à un espoir d’accomplissement.

Dix ans plus tôt, ils vivaient dans une grande maison où Alice avait aménagé dans la grange un atelier de sculpture. Bobby, huit ans, lui servait de modèle. Son mari, qui l’aidait encore à régler ses factures malgré leur séparation, la pressait de chercher une location moins coûteuse. Comme cette femme entêtée qui veut croire à sa bonne étoile malgré les ennuis et les échecs, son fils à son tour paraît s’accrocher à des faux-semblants, plus inquiet de l’image que les autres ont de lui que de la guerre elle-même. Le moment où il aperçoit son reflet dans un miroir, dans une maison qu’il est chargé de sécuriser fusil à la main, et où il se rassure sur la virilité de son apparence, est très révélateur.

Un destin d’exception décrit la mère aux prises avec les difficultés de la vie quotidienne et le fils avec celles de lengagement militaire, s’efforçant d’être à la hauteur et terriblement maladroits. Tous deux agacent et en même temps nous émeuvent. N’est-ce pas là le sort des êtres ordinaires, à savoir la plupart d’entre nous ? Ils sont si rares, les destins d’exception, et c’est un tel défi d’être simplement soi-même. 

Dans La fenêtre panoramique, Richard Yates  Stewart O’Nan le présente comme « le grand écrivain de l’Age de l’Anxiété » méconnu de ses contemporains (Boston Review montrait un couple à la dérive, piégé par ces modèles que la société cherche à imposer. Ici, Alice et Bobby se cherchent un destin et nous sommes inquiets pour eux. Le romancier américain, qui a fait la guerre au même âge que son héros et comme lui, a vécu avec une mère célibataire et alcoolique, montre dans Un destin d’exception un monde sans pitié pour ceux qui échouent.

17/05/2014

Reliances

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« Je montre peu, juste un univers. »                             (Gérard Edsme)

« A la manière de Brancusi, qui dans « le cube blanc » installait ses œuvres pour les mettre en écho, G. Edsme compose trois ensembles de peintures. 
Entre elles se tissent des liens formels et poétiques  « RELIANCES » lieux où la narration prend source et où les formes dialoguent. » (L. S.)

 

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Gérard Edsme / Parcours Off /

Parcours d’Artistes Saint-Gilles & Forest / 

16/5 > 1/6/2014.

 

15/05/2014

L'atelier du peintre

Les communes de Saint-Gilles et de Forest organisent ensemble, du 16 mai au premier juin, un « Parcours d’Artistes » au programme riche et varié. Le peintre Gérard Edsme, déjà présenté ici  (« Le jardin d’essai », « Extraits/Abstraits »), s’y associe – « Parcours Off » – et ouvre à cette occasion les portes de son atelier saint-gillois à la rue Saint-Bernard dès demain soir, pour trois week-ends. 

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Photo Gérard Edsme - www.facebook.com/gerard.edsme

S’il est un lieu qui fait rêver l’amateur d’art, c’est bien l’atelier d’artiste. Ce lieu où il œuvre en solitaire, cherche, transforme, crée, cet espace où sous ses doigts fusionnent la lumière et la matière. Les « parcours d’artistes » permettent à tout un chacun d’y avoir accès, de faire connaissance, de découvrir leur travail.

« Chronique d’atelier » : Gérard Edsme a mis récemment sur son blog des photos de deux projets : une cabane en cours de réalisation et la transformation de son atelier pour présenter « L’atelier du peintre… Les Reliances », « trois ensembles de peintures » inspirées par la nature, habitées par le flux vital, sans être pour autant figuratives. J’ai hâte d’y retrouver l’art si sensible de ce peintre poète. 

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Relier : lier ensemble, rendre solidaire ; assembler et attacher des feuilles ; mettre en communication ; établir un lien. Le concept de reliance est cher à tous ceux, aujourd’hui, qui veulent réinsuffler du sens dans la vie, dans la ville, dans un monde où trop souvent nous vivons isolés les uns des autres, même si nous sommes de plus en plus reliés virtuellement. « Les Reliances » de Gérard Edsme rencontrent toutes ces significations. 

Je vous parlais il y a peu d’un jardin japonais – lignes, rythmes, formes, reflets, couleurs… Le jardin, c’est mon premier point de contact avec l’univers pictural de Gérard Edsme : « Je place mes traits, couleurs et formes là où ils peuvent respirer. » L’atelier du peintre s’est métamorphosé pour recevoir le public curieux de ce qu’il y peint à l’abri des regards, en musique ou en silence. Son invitation de mai offre une occasion rare de découvrir cet espace « où le peintre offre des possibles ». 

12/04/2014

Un art pour vivre

delerm,sundborn ou les jours de lumière,roman,littérature française,peinture,carl larsson,grez-sur-loing,skagen,suède,amitié,amour,art,sens de la vie,culture« Bien sûr, les tableaux parlent d’eux-mêmes. Mais vous savez ce que cette peinture avait de différent. Sur la plage de Skagen ou dans le jardin de Sundborn, nous voulions arrêter la vie, la lumière. Mais nous voulions vivre aussi, et vivre ensemble, toucher le bonheur au présent. Peut-être était-ce trop demander. Peut-être. Mais c’était là tout le secret de notre passage sur la terre. Si l’on ne comprend pas cela, je crains fort que l’on ne se méprenne sur le sens à donner à cet art qui n’était surtout pas de l’art pour l’art, mais un art pour vivre, un art pour être et rendre heureux. »  

Philippe Delerm, Sundborn ou les jours de lumière

Carl Larsson, Karin et Esbjörn, 1909.