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15/09/2012

Tambouille générale

« Aux murs, des toiles : Chagall, Léger, Modigliani. Au sol, quelques tapis effrangés. Sur les étagères, les poupées-portraits en feutre que Marie Vassilieff fabriquait puis vendait au couturier Poiret ou aux bourgeois de la rive droite qui les empilaient dans les angles droits de leurs cosy-corners. Partout, des chaises dépareillées, des poufs décousus, des centaines d’objets glanés aux Puces. 

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Figures-sculptures de Marie Vassilieff (Photo Rouillac)

Derrière le bar, à la vaisselle, haute comme une demi-pomme et plus vivace encore qu’un ludion, officiait le phénix des hôtes de l’endroit. Sur deux réchauds, Marie et une cuisinière préparaient la tambouille générale. Il en coûtait à chacun quelques dizaines de centimes pour un bol de bouillon, des légumes, parfois un dessert. Les plus riches avaient droit à un verre de vin et trois cigarettes de Caporal bleu. »

 

Dan Franck, Bohèmes

 

13/09/2012

Bohèmes à Paris

« La bohème, la bohème / Ça voulait dire on a vingt ans / La bohème, la bohème / Et nous vivions de l'air du temps… » Qui n’a pas joint sa voix à celle de Charles Aznavour ? Dan Franck a composé Bohèmes (1998) pendant qu’il écrivait un roman, Nu couché : « l’un est roman, l’autre est chronique ». Bateau-Lavoir, La Ruche, Montparnasse… Paris, de 1900 à 1930, était la capitale des avant-gardes qui dérangent toujours, avant que la société finisse par les intégrer, le plus souvent.

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Paris 1910, ateliers d'artistes à Montmartre © Albert Harlingue / Roger-Viollet

Pour distinguer les artistes des artisans, l’auteur cite Soulages : « L’artiste cherche. Il ignore le chemin qu’il empruntera pour atteindre son but. L’artisan, lui, emprunte des voies qu’il connaît pour aller vers un objet qu’il connaît également. » Dans Bohèmes, le romancier se fait le conteur des artistes de Montmartre et de Montparnasse, ces « deux collines d’où vont naître les beautés du monde d’hier, et aussi celles d’aujourd’hui » – les « anartistes » de la Butte, pour commencer.

On ne connaît pas le père de Maurice Utrillo, l’artiste qui a immortalisé les rues de Montmartre, mais bien sa mère célibataire, indépendante et de mœurs et d’esprit. Pour empêcher son fils de boire, Suzanne Valadon l’encourageait à peindre d’après des cartes postales. La suite est connue. C’est un Espagnol qui va faire davantage encore pour la réputation de Montmartre. Picasso arrive à Paris pour l’Exposition universelle de 1900 et décide d’y rester. Il a des amis à Montmartre. Le suicide de Casamegas l’année suivante marquera un tournant dans son œuvre. Picasso ne reste pas longtemps dans la dèche, très vite on lui achète ses toiles. Berthe Weil est sa première marchande véritable. Cette « amoureuse des arts » prend peu de bénéfices, elle aide Picasso et beaucoup d’autres.

 

Riche en anecdotes, l’essai de Dan Franck fait revivre ceux dont le nom figure aujourd’hui en bonne place dans l’histoire de l’art moderne, mais aussi les quartiers du Paris d’antan et les nombreuses figures parisiennes qui ont croisé leur route : marchands, galeristes, collectionneurs, commerçants, tenanciers de bar ou de brasserie, modèles, concierges… Vollard est en bonne place, avec ses manières de rustre. Dan Franck s’amuse à nous décrire la première visite que lui font Gertrude et Léo Stein, « deux Américains à Paris ».

 

Dans l’entourage des peintres, bien sûr des gens de plume. Max Jacob partage tout ce qu’il possède avec Picasso, « la personne la plus importante de son existence », qu’il servira avec passion. Du poète, cette autre distinction : « Le romancier écrira : Une robe verte et un poète écrira : Une robe d’herbes. » Max Jacob et Picasso rencontrent dans un bar un jeune homme d’une grande élégance, cultivé, séduisant, curieux : Guillaume Apollinaire. « Kostro » est l’autre personnage-clé de Bohèmes.

 

Et les femmes ? Fernande Olivier, grande amoureuse de Picasso, habite aussi le Bateau-Lavoir. Elle accompagne son amant jaloux au Lapin agile. Marie Laurencin, la muse d’Apollinaire, prendra elle-même les pinceaux. Gertrude Stein, quand elle reçoit, laisse à Alice Toklas le rôle de maîtresse d’accueil. La riche protectrice de Picasso aime beaucoup Matisse, elle les invite ensemble – « Pôle sud et Pôle nord ». Les demoiselles d’Avignon sont une réponse au Bonheur de vivre. « Personne ne comprend. »

 

Désaccords, disputes, ruptures. Ainsi va aussi la vie d’artiste. Derain, Braque, Le Douanier Rousseau, Juan Gris… Chacun a son chapitre dans la chronique de Dan Franck. Le vol de la Joconde jette un froid. Le cubisme fait scandale, Kahnweiler défend ses artistes. La guerre de 1914 sépare les uns et les autres. L’association « La Peau de l’Ours », dont les onze membres versent une cotisation annuelle pour l’achat groupé d’œuvres d’art, organise dix ans après sa fondation une grande vente le 2 mars 1914 à l’Hôtel Drouot. Cent cinquante œuvres et des adjudications qui montrent quelle réputation ont acquise les peintres et sculpteurs de Montmartre. Jour de gloire pour Picasso, il fait mieux que Matisse. Il n’est plus alors au Bateau-Lavoir, Picasso s’est installé à Montparnasse.

 

Des photos s’intercalent à deux endroits du livre : portraits, groupes, artistes à l’atelier ou en uniforme militaire, Closerie des Lilas, Bal Bullier. Le beau Modigliani, un charme fou ; Jeanne Hébuterne à vingt ans, la photo est floue. Foujita coud à la machine. Séance de rêve éveillé, signée Man Ray.

 

Jarry meurt en 1907. Vers et Prose, la revue créée par Paul Fort en 1910, ne survit pas à la guerre. « Paris misère. » Marie Vassilieff peint et sculpte, ouvre une académie impasse du Maine. Sa cantine est connue de tout Montparnasse. On vient y manger, y chanter, après s’être chauffé le jour dans un café. Soutine (le peintre préféré de Dan Franck) apprend à lire à la Rotonde. Son visage s’éclaire quand il voit entrer Modigliani, si généreux, offrant à boire, à manger, l’ami de tous.

 

Apollinaire et Cendrars. Cocteau et Diaghilev. Braque et Picasso. Duchamp et Picabia. Amitiés et rivalités. C’est bientôt l’heure de Dada, puis des surréalistes. Breton intimide la jeune libraire de la Maison des amis des livres, Adrienne Monnier. Amours et demandes en mariage – ou non. Kiki de Montparnasse prend la pose pour Van Dongen, pour Kisling, pour Foujita.

 

Le seigneur de Montparnasse s’appelle Jules Pascin, « roi de toutes les fêtes », toujours entouré de filles. D’aucune école, comme Modigliani, le peintre reste à la marge des bandes d’artistes qu’il fréquente. Comme lui, il se montre généreux avec tous. C’est avec le suicide du « dernier des bohèmes » que Dan Franck termine sa chronique, le 11 juin 1930. Vies flamboyantes, légendes majeures et mineures – et à jamais vivantes, les œuvres d’art.

11/09/2012

Couleurs fauves

« J’aime l’or, une couleur magique, pour le reflet d’une femme, c’est la couleur du soleil. J’aime le rouge, agressif et sauvage. Les couleurs fauves du désert. »

 

Yves Saint Laurent

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10/09/2012

Ors du soir

Magie des ciels au couchant, cadeau royal d’un cinquième étage avec vueAu cœur de juillet, déjà, il arrive que Bruxelles le soir s’enveloppe d’une écharpe chaude. En août, le soleil quitte l’Atomium, revient sur ses pas, s’accroche aux barres d’immeubles.  

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« L’or du soir qui tombe » suffit en lui-même à composer un spectacle. Mais il faut aux grands ciels d’apparat des nuages. Leur ombre ajoute à la lumière, leurs formes à la féerie. L’étole alors devient toile abstraite, patchwork aux coutures invisibles, mousseline, gaze. 

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Une paupière se soulève, de la poussière d’or sur les cils. La terre, alourdie de fatigue, s’immobilise sous les dernières flambées solaires. « Encore une journée divine » s’exclame Winnie au lever du rideau. Avant qu’il ne se baisse, parfois, un festival de rayons s’improvise au filtre des nuages. Un soir céleste, encore un.

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Au tour de Notre-Dame de Laeken de s’embraser. Les rougeoiements du soleil sur l’horizon laissent la place à de doux dégradés. Changements à vue. Le bleu touche au violet, le rose à l’orange, le jaune au pourpre. Un grand soir, le ciel ose des fulgurances inédites, habillé par Yves-Saint-Laurent.  

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Septembre. Les jours fondent depuis des semaines, on le sent tout à coup davantage – « Voici que la saison décline ». Les traînées des avions se métamorphosent, s’amollissent, se colorent, s’illuminent, tracent un arc par-dessus la ville, ouvrent une porte à l’infini.  

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Que de signes dans le ciel, d’écritures évanescentes ! Au théâtre du couchant, quand le soleil fait son cinéma, j’aime m’imprégner des ors du soir et suivre leur cortège, de ma fenêtre. 

08/09/2012

Une bonne photo

« Une bonne photographie doit dégager une impression d’inévitabilité, comme si elle n’avait pas pu être composée, ou prise, autrement. »

Meaghan Delahunt, Le livre rouge 

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06/09/2012

Album indien

« Elle choisit les photographies, les dispose dans l’album et les relie à l’aide d’un tissu rouge. » Le livre rouge de Meaghan Delahunt (2011) donne le ton du roman et annonce sa première protagoniste : Françoise, une photographe australienne partie en résidence en Inde à l’occasion du vingtième anniversaire de la catastrophe de Bhopal et pour l’exposition de Raghu Rai, dont la fameuse photo d’un enfant dans la terre en 1984 l’avait si fort impressionnée. 

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Dès son arrivée à Delhi en décembre 2003, d’abord en pension dans une famille sikh, elle ressent « le poids des couleurs et des sons ». Surjit Singh, son épouse et sa mère, très accueillants, se montrent curieux de leurs hôtes. Françoise se promène quelque temps dans la « colonie » avant de déclencher son vieil Olympus OM-10 au déclic toujours « turquoise », le son qu’elle préfère.

La brève description d’une photo datée précède chaque séquence du récit, centrée sur un des personnages principaux. Le deuxième, Naga, un jeune homme aux pieds nus sur une photo de 1984, est au service des Singh et de leurs pensionnaires. Il s’habille de vieux habits oubliés par leurs hôtes étrangers. La Memsahib lui est reconnaissante de les avoir protégés d’émeutiers en leur tenant tête devant la grille : « Pas de sikhs ici. » Tibétain d’origine, il peine à garder son calme en entendant un Britannique arrogant critiquer le Tibet et le Dalaï-lama.

Arkay est le dernier à apparaître, sur une photo prise en 1990 à New-Delhi, « en débardeur et pantalon kaki. Un sac à dos à ses pieds. » L’Ecossais boit trop, c’est son problème. Il a tout laissé tomber dans l’espoir de devenir « différent » en Inde, de s’y recréer. Un vieux moine qu’il regarde danser au monastère principal de Dharamsala et se métamorphoser dans la danse devient son gourou. Devant lui, il nie d’abord sa dépendance, puis peu à peu, change à son contact. Il s’engage même à renoncer à l’alcool dans une cérémonie bouddhiste. Mais il rechutera.

« Premières épreuves », la deuxième partie, rappelle le passé de ce trio – les chemins de l’Australienne et des deux hommes se croiseront plus tard. Fille de facteur, Françoise doit son prénom à un cheval sur lequel son père adorait parier ; sa mère, une infirmière, l’appelle « Fran ». Quand le facteur est mort d’une crise cardiaque en pleine rue, elles ont dû déménager. Petite fille, sur la plage, Françoise a cherché alors une pierre « lisse, plate et sombre » pour en faire sa pierre de rêve, capable de se transformer en oiseau, bateau, avion…

« Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours entendu les couleurs et vu les sons. » Un médecin met un jour un mot là-dessus : « synesthésie ». C’est son grand-père qui l’a le mieux comprise et encouragée ; il lui a offert son premier appareil, un Polaroïd. Renvoyée de l’école à huit ans, parce qu’elle pleurait trop, elle a eu la chance de rencontrer tous les samedis un thérapeute qui la faisait dessiner et surtout raconter ce qu’elle voyait dans des taches d’encre. Les pleurs se sont espacés.

Arkay, l’Ecossais qui se fait appeler par ses initiales (R.K.), a émigré en Australie à dix-sept ans, fuyant un père alcoolique et violent. Il a travaillé comme saisonnier, puis comme aide-cuisinier sur un cargo, avant d’échouer en Turquie chez un tailleur d’onyx. Naga, enfin, est né en 1961 juste après que sa mère, qui fuyait le Tibet avec une sage-femme pour l’aider, a franchi la frontière avec l’Inde. Il a été son premier enfant à survivre. Un temps porteur dans l’Annapurna – « Et pour l’Occident… il y a toujours quelqu’un d’autre pour porter le fardeau »  –, usé et malade de l’altitude, il a dû arrêter à vingt ans et s’est engagé comme domestique chez les Singh à Delhi.

« Toutes les émotions répondent à un code couleur » pour Françoise ; la maison de sa mère était beige : « N’espère pas trop et tu ne seras jamais déçue. » C’est après sa mort qu’elle est partie en Inde, le pays de la méditation dont lui parlait sa tante Jess, une voyageuse. Arkay, lui, rentre en Ecosse pour enterrer son père. Quand il a vu le Taj Mahal un jour à la télévision, cela lui a donné l’envie d’être ailleurs. Quant à Naga, il a quitté ses employeurs la nuit juste après la catastrophe de Bhopal, dans l’espoir d’y retrouver les siens vivants.

C’est dans la ville de la catastrophe – l’Union Carbide avait négligé la sécurité dans son usine déficitaire – que les trois personnages se rencontrent en 2004. Françoise y occupe un studio d’artiste. Naga soigne sa sœur malade, seule survivante de la famille. Arkay, devenu moine comme Naga, est son ami. Aruna Singh avait donné à Françoise une photo de son domestique enfui et son dernier salaire, au cas où elle le verrait à Bhopal. Et c’est devant l’usine qu’elle a fait connaissance avec le moine en robe safran, intéressé par les photos qu’elle prenait, toujours en noir et blanc : « On dirait qu’elles sont en couleurs » – c’est ce qu’elle cherche. Elle l’accompagne aux funérailles de sa sœur, y rencontre Arkay. 

Le premier roman de Meaghan Delahunt, Dans la maison bleue, abordait les thèmes de lart, de la justice sociale et de lamour (la liaison présumée de Trostsky et Frida Kahlo au Mexique). Née à Melbourne, elle a séjourné en Inde pour l'Unesco et s'est installée à Edimbourg (Ecosse). Le vieux gourou d’Arkay, avant de mourir, avait insisté : « Ne jouissez pas de la vie avec tristesse. » Le moine jamais débarrassé de l’alcoolisme trouvera-t-il une voie ? Que donnera le séjour de la photographe à Bhopal ? Naga reverra-t-il les Singh à Delhi ? Le livre rouge illustre une parole de sage : « Tout était changement. » 

04/09/2012

Invitation

Annoncés dans Le Soir il y a peu, « les Apéros du Parc Josaphat » débutent le vendredi 7 septembre prochain, ce sera tous les vendredis jusqu'à la mi-octobre (jusqu'aux élections communales si je comprends bien). « Bar, tapas & flonflons » à partir de 17h30, rendez-vous au Kiosque à musique. Une nouveauté pour tous les amis du parc schaerbeekois.

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03/09/2012

Premier septembre

J’avais prévu de vous parler d'un roman que je viens d’achever, je le reporte à jeudi. Pour aborder septembre en douceur, un dernier billet de vacances, une balade  l’été n’a pas dit son dernier mot. Ce samedi premier septembre, il faisait un temps très agréable pour se promener, c’était l’occasion de montrer un peu de Schaerbeek à nos invités. La Cité des Anes, vous le savez, possède un patrimoine remarquable et bien des quartiers paisibles où j’aime à passer. 

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A l’entrée du parc Josaphat, un cortège de mariage profite de la belle lumière pour prendre des photos. Le soleil joue dans les robes des demoiselles d’honneur, l’atmosphère est festive. Au bord d’un étang, une poule d’eau hésite à notre approche : rester ? se jeter à l’eau ? Il y a du monde dans les allées, sur les pelouses. Les promeneurs causent, les enfants jouent. Sur les bancs on prend l’air et on s’amuse à observer tout ce joli monde. L’heure est à la détente. Un grand bol d’air avant la rentrée des classes.

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Le parc Josaphat est vraiment superbe depuis sa restauration. Les statues respirent. Les grands arbres, les ponts, les rocailles, les courbes des allées fleurent bon une époque révolue qui se mêle harmonieusement à la nôtre.

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Les lapins ne s’encourent ni ne se cachent, habitués au va-et-vient, gourmands d’herbe fraîche. Mais ils nous ont à l’œil, qu’ils ont grand. Camille et Gribouille, les ânes du parc, remportent leur succès habituel.

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Un salut à Verhaeren, au passage – je n’oublie pas notre rendez-vous au Caillou-qui-bique, mais quelques soucis imprévus... Plus loin, Cendrillon détourne son regard du feu, tient mollement un soufflet à bout de bras, rêveuse. Sa patine ajoute une nuance de vert à la végétation qui l’entoure et la met en valeur. Ce beau week-end annonce les lumières de l’automne, si particulières. Je vous souhaite un bon mois de septembre, avec ou sans rentrée.

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30/08/2012

Femmes dans l'exil

C’est le fil des commentaires sur Assia Djebar qui a attiré mon attention sur la correspondance entre Nancy Huston et Leïla Sebbar : Lettres parisiennes. Histoires d’exil (en couverture) ou Autopsie de l’exil (sur la page de titre).

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Ayant quitté le Canada pour l’une, l’Algérie pour l’autre, elles se sont rencontrées à Paris en contribuant à diverses publication féministes : Histoires d’elles, Sorcières, Les Cahiers du Grif. Elles se connaissent déjà depuis dix ans, « proches et à distance », quand elles décident de s’écrire, pour se parler de l’exil. Trente lettres envoyées de Paris le plus souvent, parfois d’ailleurs, qui vont les rapprocher. Du 11 mai 1983 au 7 janvier 1985.

Leïla Sebbar aime écrire dans une brasserie, un lieu de passage, sur des papiers de hasard, voire des bouts de nappe, qu’elle range ensuite dans son sac près des enveloppes, tickets, papiers divers conservés. « Je m’incruste dans ces lieux publics, anonymes… » Nancy Huston ne fait jamais cela, pour elle c’est un cliché de « l’Américaine à Paris », ce qu’elle n’est pas. Canadienne anglaise, elle a choisi l’exil volontaire et la double nationalité. Elle n’est pas non plus une « Française authentique » et parle de son accent comme d’une « friction entre (elle)-même et la société qui (l’)entoure ».

Nancy et Leïla s’expriment sur leur condition de femmes en exil et, indissociablement, de l’écriture qui en découle, pour l’une et l’autre. Nancy Huston a choisi d’écrire en français. Sa première réponse tapée à la machine choque Leïla Sebbar qui préfère l’encre verte habituelle des cartes postales de Nancy. Fille d’une mère française et d’un père algérien, tous deux instituteurs, elle tient beaucoup à son stylo, le même depuis dix ans : « la mobilité du stylo-plume me plaît infiniment. » Le français est sa langue maternelle, elle n’a jamais su l’arabe et pense même que, si elle avait su la langue du pays de son père, elle n’aurait pas écrit.

Chaque matin, Nancy quitte la maison de M. pour son studio dans le Marais, à un quart d’heure de marche, se plaît dans ce quartier. Un séjour en Amérique du Nord lui a donné la nausée des platitudes échangées là-bas, même si elle est triste de quitter parents et amis pour rentrer à Paris, sa ville d’élection, quitte à passer pour une femme têtue et sans cœur.

Leïla connaît bien cette « division » ; elle l’estime nécessaire, vitale, parce qu’elle crée le déséquilibre qui la fait exister, écrire. Elle n’a pas de lieu bien à elle, préfère l’espace public. Sa passion pour George Sand, pour Indiana en particulier, la rapproche de Nancy, « Canadienne berrichonne », qui va régulièrement dans la maison de campagne de M. située dans le Berry de Sand. Le français est sa « langue d’amour », écrit-elle.

De Cargèse en Corse, où elle ressent l’hostilité des autochtones envers les touristes français, Leïla raconte son amour non d’une ville mais d’un pays, la France. Elle connaît mal Paris, ne cherche pas à en savoir davantage sur la ville. D’Ardenais, Nancy dit les petites catastrophes du quotidien (une bouteille de cassis pleine cassée dans la cuisine) qui la font penser à Virginia Woolf. Ils sont sept dans la maison de campagne et elle y retrouve d’une certaine façon la maison familiale qu’elle a fuie. Il n’y a qu’avec son frère, indépendantiste, qu’elle parle en français.

De lettre en lettre, nous suivons ces deux indépendantes dans leur vie quotidienne, dans leurs déplacements, mais surtout nous en apprenons davantage sur leur passé et sur leur façon de vivre l’exil. Le père de Leïla Sebbar était un instituteur du bled, ce qui l’excluait du milieu des filles de colons à l’école. Apercevoir l’une d’elles, à Paris, qui ne l’a pas reconnue, la secoue tellement qu’il lui faut écrire cela à Nancy. Pour celle-ci, l’exclusion est plutôt liée à la religion, qui lui a été un temps un refuge ; ses parents étaient de religion différente et le remariage de son père avec une Allemande les amena à la religion anglicane, par compromis.

Leïla Sebbar évoque souvent des femmes passionnées, rebelles, elle conservait dans une farde intitulée « Institutrices, guerrières, putains » des documents sur les « aventurières de l’école, de la guerre, de l’amour ». Femmes souvent nomades, « déplacées ». Jeanne d’Arc l’a séduite, alors que Nancy Huston la voit comme un emblème du nationalisme et de la force militaire, et refuse l’héroïsme de la violence.

Les Lettres parisiennes sont une véritable correspondance entre deux femmes qui prennent aussi des nouvelles de leurs enfants (deux garçons pour Leïla, une fille pour Nancy, dont Leïla apprécie le prénom proche du sien, Léa). Leïla Sebbar aime enseigner, enseigner la protège de l’exil. Les questions des intellectuels qui la poussent constamment à se situer, le rejet des Arabes qui ne comprennent pas qu’avec son nom, elle ne parle pas l’arabe, tout cela renforce son sentiment d’exclusion, de non appartenance à un groupe ou une communauté.

Nancy Huston : « j’ai accepté d’habiter cette « terre » qu’est l’écriture, une terre qui est par définition, pour chacun de ses nombreux habitants, une île déserte. » Femmes écrivains, rencontres de hasard (souvent de comptoir, pour Leïla), familles, projets d’écriture, souvenirs, condition féminine… A travers de multiples thématiques, deux femmes de lettres et d’exil se disent et se questionnent. L’exil, se demande Nancy, n’est-ce pas finalement le fantasme qui fait écrire ? « Je ne subis pas l’écart, je le cherche. »

28/08/2012

Risques de guerre

C’est la première fois que je remarque en quittant le Moeraske la grande inscription « RGT Risques de guerre » peinte en lettres capitales sur un pignon de briques rue Walckiers, et « Assurances » juste en dessous. Des recherches sur la Toile m’apprennent qu’elle est classée depuis 2004 par la Région de Bruxelles-Capitale comme « monument » d’intérêt historique et social. Cette peinture murale est « un exemple unique à Bruxelles, voire en Belgique, de publicité remontant au début des années 40. C'est un témoin in situ qui rend compte d'une époque qui utilisait le mur comme moyen de diffusion des messages publicitaires. » 

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L’inscription pouvait être lue de loin par les passagers du train – un slogan concis, facile à retenir. Des bombardements ont rasé le centre du village d’Evere et une partie du quartier d’Helmet à Schaerbeek, entraînant l'arrêt des activités de la compagnie d'assurance. Comme quoi on apprend toujours quelque chose en se promenant le nez en l’air.