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08/11/2011

Parler d'orage

Ensor Après l'orage.jpgEnsor, Après l’orage

 

« Parler d’orage et d’herbage d’avant l’orage
A quelqu’un au secret des prisons, qui le peut
Sinon celle qui sans irais-je et sans qu’y peux-je
Sait traverser, moderne aux pieds nus, le blindage,
Sait dissiper de paumes d’ange le blindage
De cette chambre forte où quelqu’un est captif ?
C’est la porteuse d’eau des mots, la narrative,
La conteuse du vert urgent quand vient l’orage,
Dit-elle, « et tout, la haie et l’ortie, a changé,
Et sache que le bleu au revers des ombrages
Devient de bronze de cloche immobile avant
Que tonne grave un premier tonnerre. Et le vent,
Le voici, je te l’ai apporté, comme il passe
Sur la figure, en linge, ou en parole, ou en
Avant-vague marine et faible et s’échouant…
Que veux-tu, si j’apporte l’Eau, que cela fasse,
L’édit de soif perpétuelle et le mur vain ? »
 

Vous êtes dans les murs, et moi. Mais elle vient

 

(On dit qu’il vaut mieux que je vous le dise,
Ma moderne aux pieds nus, c’est Poésie.
Je ne veux plus qu’on bâille que c’est difficile
A comprendre, et j’expliquerai docilement
Qu’elle est moderne étant chaque jour inventée,
Qu’elle est pieds nus parce que simplement
Ses pieds vont clairs dans la ville surhabitée,
Qu’elle rend bien, comme nous le disions à l’école,
L’odeur de l’herbe avant l’orage, ou les sonnailles
D’un troupeau invisible ; et pour nous visiter
Là où vous savez trop, comme moi, que nous sommes,
Qu’elle est seule à savoir traverser les murailles. »

 

Marcel Thiry, Le Festin d’attente, 1963

07/11/2011

Thiry poète marchand

Succédant à son père, Marcel Thiry achète et revend des stocks de charbon, de bois, il voyage. « Son existence est à présent ponctuée d’échéances, d’horaires de trains, de chambres d’hôtels, de Bourses du Commerce, de buffets de gares. » (Bernard Delvaille) Nouvelles sources d’inspiration.

Arbres.jpg 

« Tu vends des peupliers au marché de Roermonde.
Tu es venu par le moins lyrique des trains.
Bourse aux arbres : la roue ironique du monde
T’arrête ici pour faire un calcul en florins.

 

Bientôt, wagons, vous nous aurez assez blasés
De notre ancien plaisir de passer les frontières ;
Seuils des pays, nous vous aurons assez usés,
Et les virginités des gares douanières.

 

Où est le voyageur-Psyché qui adorait
Les Eros endormis des wagons de seconde,
Et les trains plus aventureux que la forêt ? .
Il vend des peupliers au marché de Roermonde. »


(Statue de la Fatigue, 1934)

 

1935 est pour lui l’année de partage entre la paix et la guerre, à nouveau. La Hollande où il se rend pour ses affaires entre dans son univers poétique et surtout le thème de la fuite du temps, abordé aussi dans des nouvelles, des récits, des proses.

 

« L’ange A-quoi-bon descend quelquefois dans les villes.
C’est souvent par des soirs changeants, qu’il va pleuvoir,
Que la rose des vents s’effeuille au ciel des villes ;
Alors l’ange A-quoi-bon sort des squares tranquilles.
On passe à travers ses lins simples sans le voir,
On croit que c’est le vent qu’on a sur la figure
Et sur le dos des mains heureuses, mais c’est sa
Robe et son corps immatériel qu’on traversa,

Et l’on en garde un bleu immortel en vêture.

 

Car l’à-quoi-bon bleuit subtilement la ville,
Un bleuté d’aquarium vient délaver la vie.

 

Rare et heureux celui qui a traversé l’ange,
Connu son corps de vent caressant comme un linge
Et qui en sort vêtu d’un bleu indifférent.
Rien ne lui est plus rien de l’amour, du courant
Des tramways cristallins, de la mort, des lumières ;
Il passe à travers les passants et les matières
Comme l’ange à travers son passage a passé,
Il laisse un peu de bleu au tramway traversé
Et ses yeux sont lavés d’avoir traversé l’ange
Et sont plus clairs d’avoir été des yeux d’aveugle
Et sauront voir, quand il descendra vers le Fleuve,
L’Ange à-quoi-bon assis sur la berge à l’attendre. »


(Ages, 1935)

 

Le thème du temps destructeur gagne du terrain – Usine à penser des choses tristes – mais il l’envisage sans trop de mélancolie, serein, lucide. Il se réjouit que sa fille Lise (virologue renommée) accompagne son « grand âge ». Et chaque année, heureusement, ramène les fleurs de saison,  jacinthes bleu-Pâques, asters, colchiques. Les arbres, il en fait commerce et il les aime, ils reprennent vie dans des vers libres :

 

« Tous les arbres que j’ai tués se mettront quelque jour à revenir
Non tels que je les aurai mutés par commerciales métamorphoses,
Non pas distribués comme ils le sont par mes contrats et mes factures
Au large du monde avide et réceptif… »
 

(Prose des forêts mortes in Trois longs regrets du lis des champs, 1955)

 

Marcel Thiry, poète, marchand, a aussi été très actif dans la vie publique : membre, puis secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, membre à vie du Conseil international de la Langue française, cofondateur du Rassemblement wallon, un parti défenseur des francophones pour lequel il a été sénateur, puis sénateur européen. A l’écart des courants et des modes, « Marcel Thiry incarne en quelque sorte l'homme pressé de la poésie belge d'expression française » (Karel Logist )

 

« Hiver. Les révélés du noir sur vert et gris.
Hiver pour la fine écriture des branchages
Tracée en phrase collective au long des pages
De ciel, par longs dessins épiés incompris,
La diffuse arabesque au-delà des langages,
Dont même celle qui nous attend, notre lot
Final, elle la totale, n’a pas le mot. »

 

(L’Encore, 1975)

 

05/11/2011

Angle doux

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« Quand j’eus compris quel angle doux

Faisait sa bouche avec sa joue,

Je savais quelle âme floue

J’aimerais un jour.

 

Mais quand sa voix aux longs échos

M’eut donné ses profondeurs mauves

Mieux qu’après l’ombre et l’alcôve

Je savais son corps. »

 

(Marcel Thiry, L’Enfant prodigue, 1927)

03/11/2011

Thiry poète voyageur

Marcel Thiry (1897-1977), poète voyageur, puis poète marchand, s’est engagé à dix-huit ans comme soldat avec son frère dans une unité belge d’autos-canons en soutien des forces russes : Petrograd, Tsarkoïé-Selo, Moscou, Kiev, Tarnopol... Quand la Révolution d’Octobre éclate, c'est le signal du retour par la Sibérie, Irkoutsk, Kharbine, Vladivostok   « les trente mois de notre jeunesse les plus ardents et les plus riches en souvenirs, et nous garderons d’elle, des peuples russes et de la vie russe un amour plus fort que l’amertume des rêves et des déceptions. » Défilé sous une pluie de roses à San Francisco, puis les soldats visitent Salt Lake City, New York, avant Bordeaux, Paris, Liège où Thiry va étudier le droit. 

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« Je me souviens encor de vos rouges falaises,

Folkestone, et du vert des pelouses anglaises

Et du balancement respirant d’un steamer,

Et, passé les semaines vastes sur la mer,

Je sais encor l’arrière-saison boréale

Où parurent, parmi la pâleur idéale

Et l'haleine du Pôle angélisant le ciel,

Le Nord, le gel, et les clochers d'or d'Archangel.

 

Je me souviens encor du nom fier d'Elverdinghe

Et des bons compagnons durcis par la bourlingue

Près de qui j'ai dormi mes plus justes sommeils ;

Je me souviens de continents et de soleils

Qui jalonnèrent les trois ans de France en France,

Et dans sa fin d’enfance et son indifférence,

Du soldat maigre, oisif et sale que j'étais. »

 

Dès 1912, Marcel Thiry publie ses premiers vers dans la revue Belgique-Athénée. Il admire Henri de Régnier, Verlaine, et après la guerre, l’Apollinaire d’Alcools. Sa voix – sa voie – propre se fait entendre en 1924 dans Toi qui pâlis au nom de Vancouver, titre du recueil et d'un célèbre poème plusieurs fois remanié.

 

« Toi qui pâlis au nom de Vancouver,

Tu n'as pourtant fait qu'un banal voyage ;

Tu n'as pas vu la Croix du Sud, le vert

Des perroquets ni le soleil sauvage.

 

Tu t'embarquas à bord de maint steamer,

Nul sous-marin ne t'a voulu naufrage ;

Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,

Pour déserter tu fus toujours trop sage.

 

Mais qu'il suffise à ton retour chagrin

D'avoir été ce soldat pérégrin

Sur les trottoirs des villes inconnues,

 

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,

D'avoir aimé les grâces Greenaway

D'une Allemande aux mains savamment nues.

 

(Marcel Thiry, Toi qui pâlis au nom de Vancouver, 1924)

 

Après Plongeantes Proues et L’Enfant prodigue, le thème du voyage laissera la place à une autre source d’inspiration. A la mort de son père en 1928, Thiry reprend ses affaires (commerce de bois et de charbon) et sa poésie aborde des thèmes plus rares chez les poètes : le commerce, les bureaux. Le ton change. Ce sera pour un autre billet.

29/10/2011

Histoires vraies

« Les histoires que l’on me racontait étaient-elles plus vraies que celles que je fabriquais moi-même à partir de souvenirs épars, de suppositions et de choses apprises en écoutant aux portes ? Les histoires inventées devenaient parfois vraies au fur et à mesure, et nombre d’histoires inventaient la vérité. »

 

Katharina Hagena, Le goût des pépins de pommes

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27/10/2011

Un jardin enchanté

Jolie couverture pour Le goût des pépins de pomme, un premier roman à succès de Katharina Hagena (2008, traduit de l’allemand par Bernard Kreiss) : une gravure botanique de Friedrich Guimpel (XVIIIe) – Pomme (Pyrus Malus) – reprise aussi dans le format de poche. Les pommiers de cox orange ou de boscop tiennent une belle place dans cette histoire de famille, et le verger, le jardin, la maison dont Iris Berger, bibliothécaire à Fribourg, hérite de sa grand-mère.

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Pissarro, La cueillette des pommes © Ohara Museum of Art (Japon) 

« La mémoire ne nous servirait à rien si elle fût rigoureusement fidèle » (Paul Valéry) : l’épigraphe indique la trame profonde du récit, nourri des souvenirs de trois générations de femmes. La maison des grands-parents à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, Iris la redécouvre aux obsèques de sa grand-mère Bertha. Elle y revoit sa tante Harriet qu’elle n’a plus revue depuis treize ans, depuis un autre enterrement, celui de sa fille Rosemarie, pendant lequel Iris s’était évanouie.

 

Pourquoi Bertha n’a-t-elle pas légué sa maison à sa fille Christa ? En ouvrant les portes, de pièce en pièce, Iris se souvient de tant de choses. Veut-elle de cette maison pleine de livres et de robes d’antan ? Pas vraiment. Elle préfère enfourcher son vélo et pique-niquer à l’écluse. Là, pour la première fois mais pas la dernière, Iris se fait surprendre par Max, l’avoué, le frère de Mira, son amie d’enfance et surtout l’amie de Rosemarie.

 

Dans la famille d’Iris, les femmes ont des dons particuliers. Sa tante Inga, née en plein orage, dégage de l’électricité au moindre contact. La belle Inga porte des bijoux d'ambre. La jeune bibiothécaire s’étonne de trouver la maison et le jardin de Bertha si bien en ordre, alors que sa grand-mère a terminé sa vie dans un home, mais l’arrivée de M. Lexow, l’ancien instituteur, éclaire la situation : il en a les clés, il a aimé Bertha, il prétend même être le père de sa tante Inga, sans en avoir jamais eu la confirmation, fruit d’une nuit d’amour sous le pommier.

 

D’après la légende familiale, c’était pourtant Anna qui était amoureuse de lui, Anna qui mangeait tout des pommes, même les pépins qu’elle mâchonnait, Anna morte à seize ans d’une pneumonie. Sa sœur Bertha a épousé Hinnerk, le fils de l’aubergiste, qui deviendra notaire. Et c’est d’un pommier que Bertha est tombée, beaucoup plus tard. Alors elle a commencé à changer, à oublier, à fuguer.

 

Iris a besoin de quelques jours pour prendre une décision, elle prolonge son congé. Chaque fois qu’elle prend son vélo pour aller se baigner quelque part, Max Ohmstedt surgit, mais lui prétend que c’est elle qui hante ses endroits préférés. Il lui apprend que Mira travaille comme juriste à Berlin, et que l’adolescente qui ne portait et ne mangeait que du noir n’en a plus jamais porté depuis la mort de Rosemarie. Max aide Iris à repeindre la maisonnette du jardin où elle a découvert sur un mur le mot « nazi » en lettres rouges. Son grand-père a été « dénazifié » après la guerre ; dans un tiroir de son bureau, elle découvre un carnet de poèmes. Que sait-elle vraiment de lui ?

 

Iris porte tour à tour, selon l’inspiration du moment, les robes anciennes de sa mère et de ses tantes : la verte, la dorée, la vaporeuse… Elle se souvient de ses jeux, parfois cruels, avec Rosemarie et Mira, se remémore les tensions, les drames de leur jeunesse. « Quiconque oublie le temps cesse de vieillir. L’oubli triomphe du temps, ennemi de la mémoire. Car le temps, en définitive, ne guérit toutes les blessures qu’en s’alliant à l’oubli. » .

 

Katharina Hagena convoque tous les sens dans Le goût des pépins de pommes, ce qui donne au récit sa texture particulière où le concret flirte avec l’imaginaire. Sous le pommier, l’herbe fauchée accueillera-t-elle d’autres amours ? Dans la maison de sa grand-mère, le passé et l’avenir d’Iris prennent la forme de questions dont les clés, sans doute, se cachent dans un jardin enchanté.

25/10/2011

Spectacle permanent

« Or l’essentiel de la vie des sacs se déroule dans d’autres contextes. Dans l’éclat des apparences, le plaisir des mises en scène, l’art quotidien de la silhouette. L’âme des sacs est le plus souvent colorée et joyeuse ; les sacs sont un spectacle permanent. » 

Jean-Claude Kaufmann, Le sac

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Ammi Philips (1788-1865)
Portrait de Harriet Leavens

 

 

 

24/10/2011

Leurs sacs et elles

Léger ou pesant, le sac que la plupart des femmes et quelques hommes trimbalent avec eux où qu’ils aillent est pour le sociologue Jean-Claude Kaufmann « un formidable laboratoire ambulant ». Malgré son sous-titre ridicule (Un petit monde d’amour), Le sac (2011) allait-il m’apprendre quelque chose sur cet accessoire dont le choix n’est pas si simple ? 

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Allons-y pour « faire parler les sacs ». Le sociologue a enquêté dix-huit mois sur le sujet, et son essai se nourrit largement des témoignages récoltés via Psychologies magazine, « 75 récits de sacs ». Les hommes le ressentent comme un territoire interdit, la plupart des femmes en font leur domaine intime, personnel, inviolable. 
 

Ce « compagnon des temps creux » abrite en plus du portefeuille toutes sortes de choses, des papiers avec des listes, des carnets, mais aussi des grigris, des porte-bonheur, un livre, des cailloux même, voire des chaussures de rechange. Pourquoi transporter tant de choses avec soi ? « Les femmes sont des êtres relationnels » beaucoup plus que les hommes, elles ont dans leur sac de quoi aider, soigner, réparer, recoudre, elles portent pour elles mais aussi pour les autres.
 

Que met-on dans son sac ? Qu’est-ce qui se cache dans leurs profondeurs ? Pourquoi n’y retrouve-t-on pas tout de suite son téléphone, ses clés, souvent repérés au toucher ? Pourquoi si peu de poches dans les sacs – même si les fabricants commencent à répondre à cette demande d’organisation ? Kaufmann convient que la majorité se situe entre les « ultra-maniaques » et les « ultra-bordéliques ». Les femmes qui lui ont écrit classent elles-mêmes le contenu de leur sac à main en choses essentielles et optionnelles, permanentes ou occasionnelles.
 

« Le style n’est pas qu’affaire de style. Il est aussi affaire d’identité. » On porterait un sac à son image. Acheté en vacances, il rappelle le plaisir d’une évasion, de bons moments. La mode, bien sûr, encourage la recherche de la distinction (ou du conformisme) – le sac, enjeu commercial et guerre des marques, entre dans le jeu social. Comment le porter ? Le sac à l’épaule lancé par Coco Chanel en 1929, plus pratique, est devenu l’usage ordinaire, mais pour l’élégance il se porte au creux du coude ou sur le poignet relevé.

 

Le sac se ferme, il s’ouvre, il dissimule. « Petite maison portative », il peut contenir de quoi boire, de quoi manger, de quoi écrire… « au cas où ». Pourquoi s’infliger une telle charge ? Au nom de l’égalité entre hommes et femmes, certaines se proclament « anti-sac » et s’en passent, d’autres optent pour le sac à dos qui laisse les mains libres. Si certaines se réjouissent de partir se promener sans sac, allégées, d’autres éprouvent comme un sentiment d’amputation en l’absence de leur sac à main.
 

Besace, sacoche, pochette, « le sac fait la femme », ose Kaufmann. Son format change avec l’âge : le sac léger de jeune fille s’alourdit avec le temps, et plus tard, à l’approche de la soixantaine, s’allège à nouveau. Les vieilles femmes, dans leur résidence pour personnes âgées, s’accrochent avec dignité à ce sac devenu poids plume, « le dernier visage de leur identité ».
 

Les hommes à sacs sont plus rares, parfois efféminés, souvent à la recherche du fonctionnel. Le sac à dos ou le sac de sport, dont le format tend actuellement à se réduire, amorce-t-il un changement, une appropriation du sac par la gent masculine friande d'accessoires technologiques ?
 

L’essai de Jean-Claude Kaufmann (un homme à cartable) est bourré d’anecdotes, de témoignages, il se lit comme un magazine, avec son lot d’informations, d’amusements et de niaiseries. Pris la main dans le sac par quelques blogueuses, le sociologue de la vie quotidienne veut montrer la complexité d’un sujet qui est à la fois « dehors » et « dedans ». Rien de neuf, il me semble, pour qui a une longue expérience des sacs. Mais admettons tout de même qu’à lire les vicissitudes de cet objet quasi obligé de la féminité, nous nous interrogeons quelquefois, sur les autres et sur nous-mêmes, en toute légèreté.

 

22/10/2011

Lune d'automne

« A propos d’Ishiyama, voici une autre histoire curieuse : au terme d’une longue hésitation sur le choix de l’endroit où j’irais, cette année, voir la lune d’automne, j’avais opté finalement pour le monastère d’Ishiyama ; or, la veille de la pleine lune, je découvris dans un journal une information selon laquelle, pour ajouter au plaisir des visiteurs qui viendraient au monastère le lendemain soir pour contempler la lune, on avait dispersé dans les bois des haut-parleurs qui diffuseraient un enregistrement de la Sonate au clair de lune. Cette lecture me fit sur-le-champ renoncer à mon excursion à Ishiyama. Un haut-parleur est un fléau en soi, mais j’étais persuadé que, si l’on en était là, on avait certainement fait bonne mesure et illuminé la montagne de lampes électriques artistiquement réparties pour créer l’ambiance. » 

Junichirô Tanizaki, Eloge de l’ombre  

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20/10/2011

Beauté de l'ombre

Lire avant le lever du soleil
Eloge de l’ombre (1933)
Livre culte
Junichirô Tanizaki (1886-1965)
 

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Suspension contemporaine, papier japonais © Archi Expo 

Le livre refermé
Eteindre
M’habituer à la pénombre
Observer

Dans les rectangles des fenêtres
Le lilas très pâle du ciel par-dessus les toits
A l’intérieur
Le nouveau visage des choses
Dans l’ombre naissent d'autres lueurs

Problème d’architecture
Comment concilier le pur style japonais 
Les calorimètres les luminaires les sanitaires
 
« Des lieux d’aisance de style japonais, voilà qui est conçu véritablement pour la paix de l’esprit »
A l’écart, à l’abri d’un bosquet, dans la pénombre
A
contempler le jardin  

Occident vs Japon  

« Dans l’art oratoire, nous évitons les éclats de voix, nous cultivons l’ellipse, et surtout nous attachons une importance extrême aux pauses » 

La tiédeur du papier japonais
Son contact « doux et légèrement humide, comme d’une feuille d’arbre »
 

L’objet étincelant déplaît 

Plutôt l’argent terni, l’étain noirci, les murs « sablés » 

« L’obscurité est la condition indispensable pour apprécier la beauté d’un laque »

Décor à la poudre d’or aux « résonances inexprimables » 

Chandelles ou lampes à huile
« Monde de rêve à l’incertaine clarté »
Intérieurs obscurs
Profondeur, sobriété, intensité
 

« Vu du dehors, et cela est vrai non seulement pour les temples, mais aussi bien pour les palais et les demeures du commun des mortels, ce qui frappe d’abord le regard, c’est le toit immense, qu’il soit couvert de tuiles ou de roseaux, et l’ombre épaisse qui règne sous l’auvent. »
 

Le beau, « jeu sur le degré d’opacité de l’ombre » 

Poésie des reflets 

Costumes et maquillages de théâtre 

Beauté des femmes japonaises 

Inconvénients de l’éclairage abusif 

Couleurs et cuisine 

Sushis aux feuilles de kaki 

Bienfaits de la civilisation contemporaine

 

Eloge de l'ombre, traduit par René Sieffert

« Pour moi, j’aimerais tenter de faire revivre, dans le domaine de la littérature au moins, cet univers d’ombre que nous sommes en train de dissiper. »