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23/06/2016

Flora au Civa

« Le « new Civa » évoque fleurs et Art nouveau » : l’article de Guy Duplat dans La Libre Belgique m’a conduite à la rue de l’Ermitage (Ixelles) admirer « Flora’s Feast, le motif floral dans l’Art nouveau », un titre anglais emprunté à Walter Crane, grand illustrateur du mouvement Arts and Crafts. La nouvelle Fondation Civa (qui réunit à présent les Archives d’Architecture Moderne, la Bibliothèque René Pechère, le Fonds pour l’architecture, le Centre Paul Duvigneaud) y offre une jolie exposition (entrée libre) à ne pas manquer pour les amoureux de l’art et du patrimoine bruxellois, ou des fleurs, tout simplement.

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On est accueilli par les superbes photos grand format du photographe liégeois Matthieu Litt (présentées en 2015 aux Halles Saint-Géry) : pivoine, anémone, pavot et autres vedettes des jardins posent sur un fond blanc, sous leur nom latin. Au mur, près d’une série de chromolithographies pour la Revue de l’Horticulture belge et étrangère (années 1880), un bel ensemble permet de comparer des dessins botaniques et la stylisation raffinée des mêmes fleurs dans les décors Art nouveau.

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A travers les estampes, les éventails peints, les bibelots, la mode du japonisme a aussi contribué à renouveler les sources d’inspiration dans les arts décoratifs européens. La nature et les fleurs occupent une place privilégiée dans l’esthétique japonaise. Nature et culture s’y nourrissent l’une de l’autre, loin des conventions académiques, et les artistes de l’Art nouveau y trouvent « un champ d’exploration formel » (Guy Conde-Reis, La fleur au Japon, catalogue).

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Une photographie d’une aiguière « Pivoines » en argent (de l’orfèvre Philippe Wolfers) voisine avec la présentation sur tréteaux de différents documents iconographiques : chaque table est consacrée à un seul type de fleur et à ses déclinaisons sur les façades de bâtiments bruxellois Art nouveau. Juste en face du Civa, à travers les baies vitrées, on aperçoit de très beaux sgraffites « magnolia » au-dessus des fenêtres d’une maison particulière, fraîchement restaurés.

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Panneaux, cimaises, tréteaux, vitrines, rien d’uniforme dans cet espace d’exposition. Ça et là des objets : un fauteuil de Victor Horta, exposé à Turin en 1902, se trouvait dans sa véranda, tourné vers le jardin. Le plus célèbre des architectes belges de l’Art nouveau dessinait aussi des meubles, luminaires, vitraux, et tous les détails d’un intérieur. Ici, le fauteuil est présenté devant des croquis de fleurs dont les courbes et les formes déliées stimulaient sa créativité. Sur la photo de lui dans ce fauteuil, on retrouve les lignes végétales jusque sur le sol.

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Le musée Horta a prêté aussi un grand vase en cristal monté sur bronze « à décor de feuilles de marronnier gravées ». J’ignorais que les premières graines de marronnier d’Inde ne sont arrivées en Europe qu’au XVIe siècle. Le roi Léopold II aimait particulièrement les marronniers et leurs fleurs pyramidales, il en a fait planter sur les grands axes de la capitale belge. Leurs feuilles palmées serviront souvent de motif dans la ferronnerie Art nouveau ou encore en arrière-plan dans les sgraffites de Privat-Livemont.

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Soliflores du Val-Saint-Lambert, affiches publicitaires, couvertures de revues, dessins préparatoires (pour des façades, plafonds, balcons, mosaïques, tapis…), l’exposition montre à quel point le motif floral a inspiré toute une génération de créateurs : les architectes Paul Hankar, Henry van de Velde, Ernest Blérot, les décorateurs Adolphe Crespin et Privat-Livemont, entre autres.

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Même les cinéastes de la Belle Epoque s’en inspiraient pour de petits films muets « délicieux », comme l’écrit Guy Duplat, prêtés par la Cinematek : de jeunes femmes y composent des tableaux vivants et fantaisistes où les fleurs surabondent, la danseuse Loïe Fuller dessine avec ses voiles d’éphémères corolles sur scène.

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Une citation de Maeterlinck invite à monter l’escalier vers le « cabinet des orchidées » : on peut y admirer de beaux dessins d’Alphonse Goossens accrochés sous une citation empruntée à Proust (vous vous souvenez des catleyas dans Un amour de Swann) et des objets inspirés par ces fleurs précieuses, « manifestations les plus parfaites et les plus harmonieuses de l’intelligence végétale » (Maeterlinck, L’intelligence des fleurs, 1910).

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Une fenêtre intérieure y donne une belle vue d’ensemble sur l’exposition, visible à la Fondation Civa jusqu’en octobre prochain. Un très beau catalogue, avec une orchidée blanche en couverture, permet de prolonger chez soi cette promenade chatoyante au royaume de Flora, « Flora’s Feast », de fleur en fleur.

06/06/2016

La Granja d'Esporles

De Puigpunyent, c’est par une belle route montagneuse qu’on arrive à Esporles (à quinze kilomètres de Palma) et au superbe domaine de La Granja. Au cœur de la Serra de Tramuntana (paysage culturel classé au Patrimoine mondial de l’Unesco), La Granja (la ferme) est aujourd’hui le musée de la tradition et de l’histoire de Majorque.

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A hauteur des ginkgos bilobas de l’entrée, le regard cherche à cerner les bâtiments dont on aperçoit de loin une élégante galerie couverte aux fines arcades, mais d’ici ce sont les jardins et les arbres qui dominent le décor, en particulier deux araucarias superbes, la pointe d’un cyprès dans le ciel, ou encore, se découpant sur la montagne, un magnifique pin parasol.

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Un bouc et des chèvres, des ânes, des moutons, des lapins, une basse-cour… Les animaux de la ferme accueillent les visiteurs dans cette ancienne exploitation agricole, tant ceux qui servaient pour le travail de la laine, la fabrication du fromage, que ceux destinés à l’alimentation.

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Lieu privilégié grâce à une source locale, La Granja a connu divers occupants : des Maures (Arabes) se servaient de son eau pour irriguer et alimenter les moulins, des moines cisterciens y ont construit un couvent et cultivé les terres, puis une famille aristocratique s’y est installée. Cette ferme, je l’ai découvert en préparant ce billet, sert même de support à un jeu de société !  

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Dans une cour pas encore ombragée par les platanes, une visite guidée commence, mais nous ne sommes pas trop nombreux à l’heure de l’ouverture et c’est bien à l’aise que nous visitons les ateliers extérieurs (un numéro permet de les identifier, une soixantaine de points à voir sur le parcours) : coupe de paille, moulin de potier, buanderie, etc. Les outils anciens y sont rassemblés, la façon de travailler évoquée d’une manière ou d’une autre, tout un trésor de savoir-faire ancestral.

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Un bel escalier d’eau couvert de céramiques descend entre deux murs de pierres sèches, bordé de terres cuites. L’eau est ici magnifiée, et aussi les jeux d’ombre et de lumière, au milieu d’une végétation abondante, de plantes en pots. Plus loin on verra de magnifiques cascades moussues, des grottes, l’eau est partout à La Granja – richesse du lieu et bonheur des visiteurs.

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L’atelier de teinturerie montre pigments et écheveaux colorés, pilons et mortiers, pochoirs anciens, et illustre la teinture traditionnelle pour la fabrication des tissus majorquins qu’on reconnaîtra plus loin sur le métier à tisser. Juste avant d’entrer dans la résidence seigneuriale, voici un joli motif de coquillages sur un muret, non loin d’une grotte en rocaille et coquillages dans le goût du XVIIIe siècle.

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Le salon à fresques (source)

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A l’intérieur, après un salon où une grande fresque murale reprend une vue de La Granja en pleine verdure, les pièces de réception sont décorées de meubles, tentures et objets témoignant de modes de vie anciens. Il y a tant de choses à regarder, comme cette nappe aux broderies typiquement majorquines ou une jolie lampe suspendue, les coiffes en dentelle des tenues traditionnelles.

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Sur le parcours, la lingerie, l’ermitage des moines, des chambres, une salle de bain avec un sèche-cheveux assez effrayant (on dirait un instrument de torture, il y en a de véritables dans une inattendue salle de torture au sous-sol), une bibliothèque, une salle de jeux, et j’en passe. Bien sûr, une salle à manger, une cuisine majorquine avec four, et toutes sortes d’ateliers pour les préparations traditionnelles – olives, huile, vin, liqueurs – et l’artisanat – menuiserie, tannerie, bijouterie, tissage, entre autres.

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Le portique de style florentin entre patio et jardins, bien plus large qu’une galerie, qu’on admire de loin en arrivant à La Granja, est une merveille : l’endroit idéal pour s’asseoir dans les fauteuils d’osier, écouter de la musique, lire, rêver en s’appuyant à la balustrade, observer le jet d’eau qui fuse à proximité. Au plafond, de jolies guirlandes peintes entourent les lanternes.

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Au jardin, les deux araucarias sont tout aussi impressionnants de près que de loin. Allées de roses, allées couvertes, plantes grasses fleuries, vieux arbres, que c’est beau ! La prochaine fois, il faudra se promener plus longuement, suivre la rivière, explorer la forêt même.

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J’imagine qu’en été, il passe ici beaucoup de monde. Visiter La Granja avec une amie par une belle journée de printemps a été un des temps forts de mon séjour.

31/05/2016

Mystère

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A vous de jouer,

si ça vous dit :

que voyez-vous

sur cette photo ?

Mystère !

 
(Mallorca, 22/5/2016)

30/05/2016

Majorque au naturel

Quelques jours à Majorque en mai : charmes de la campagne et travaux de printemps, l’amitié est à la fête.

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Le potager réclame des mains. Les lapins grandissent, bientôt les poussins passeront leur première nuit dehors, bien protégés du soleil le jour, bien couverts la nuit.

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A cette saison, les couleurs éclaboussent jardins et prairies. Les moutons préfèrent déjà l’ombre. Au bord de la route, des arbustes tendent les bras.

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Ici, des capucines chevauchent des branchages. Là, un clocher fait signe. En face de l’église, la montée offre de beaux points de vue sur Puigpunyent, les vergers, les montagnes.

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Un bougainvillée flambe près d’une porte. Les palmiers, majestueux, ont l’art d’ennoblir une demeure. D’en haut, le panorama sur le village au creux des montagnes est très beau.

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Mallorca / Majorque au naturel : loin des plages et des lieux touristiques, du vieux Palma superbe, la campagne majorquine où il fait bon vivre cultive l’art de l’hospitalité. La nature se marie à la pierre claire. Cultures en terrasses, murs, c’est le royaume de la pierre sèche (elle donne son nom à un circuit de randonnée).

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Après le chemin qui longe le torrent (à sec), ses jeux d’ombre et de lumière, revoici la luxuriance d’un jardin ami, la terrasse à l’ombre de la vigne vierge. Les nèfles sont juste à point pour la maraude.

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Quelques jours à Majorque en mai : à peine rentrée, je me demande déjà quand j’y retournerai. Heureusement, chaque semaine, des « Espaces, instants » nous y ramènent – merci, Colo.

19/04/2016

Bormes les Mimosas

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En avril, les mimosas ne sont plus en fleurs, mais Bormes les Mimosas offre toujours dans ses jardins et parterres de quoi charmer, étonner, intriguer (si vous connaissez les noms des plantes, instruisez-moi, merci).

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Pour la première fois, en regagnant le parking à l’entrée du village, nous avons vu sur le côté de la chapelle Saint François de Paule le monument funéraire du peintre, sculpteur et céramiste Jean-Charles Cazin, et admiré les beaux bronzes signés par son épouse, également peintre et sculptrice, Marie Cazin.

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14/03/2016

Le nid du cygne

Ciel bien dégagé pour ce deuxième dimanche de mars : après une nuit de gel, une légère brume matinale, le thermomètre remonte lentement. Si nous allions au Rouge-Cloître cet après-midi ?

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En passant devant la maison du meunier, une pensée pour le peintre Bastien qui y a habité. Pas étonnant que cet endroit ait inspiré des artistes, le cadre est pittoresque à souhait, en toute saison.

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Beaucoup de promeneurs le long des étangs, dans les allées. Les bancs face au soleil remportent leur succès habituel et quelques pêcheurs ont même jeté leurs lignes dans les eaux tranquilles.

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Plus loin, un chemin s’écarte vers la droite et nous rejoignons un groupe d’observateurs immobiles qui gardent le silence : des photographes et des curieux se sont arrêtés pour regarder le manège des écureuils, des mésanges, des sitelles…

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Il y a là quelques troncs couchés, un fouillis de branchages, et puis, sur les poteaux en bois de la clôture au bord du chemin, des graines pour attirer la faune locale. Difficile de saisir l’instant dans ce ballet improvisé quand on ne dispose pas d’un de ces magnifiques appareils munis de téléobjectifs !

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Mais la plus belle surprise du jour nous attend plus loin : au bord d’un sentier moins passant, tout près de l’eau, un cygne s’affaire sur son nid en construction. Installé en plein milieu, il allonge le cou pour disposer les rameaux autour de lui, fait une pause pour juger du résultat, recommence, sans trop s’inquiéter du voisinage humain.

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Nous le laissons derrière nous avec regret – tant de blancheur, tant de grâce. Un peu plus loin, un panneau « zone de protection » rappelle de ne pas s’écarter du chemin et de tenir son chien en laisse, c’est bien le moins. Quelle confiance chez ce cygne envers les flâneurs du dimanche !

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Emue par ce spectacle, à présent je trouve à tout une grâce particulière, comme à cette frêle ramure au-dessus de l’eau aussi délicate qu’une dentelle.

05/03/2016

Jumelles

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« Nous ne pouvons toucher de la main la plus haute feuille des grands arbres, cette faveur est réservée aux choses les plus pures du monde : la pluie, la neige, le vent. Mais l’étang me permettait de les atteindre à la nage, de prendre en main l’eau vert-feuille, de la rejeter, d’éparpiller alors les images jumelles, de les maîtriser, de les franchir, puis, quittant l’étang, de les voir rapidement se reconstituer. »

Marie Gevers, Vie et mort d’un étang

 

03/03/2016

Du ciel sur la terre

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* Mercredi 24 février 2016

Après des jours gris, après la pluie encore et encore, un jour de lumière éblouissante : allons-nous promener à la campagne. Dans ce coin du Brabant flamand, les fossés gorgés d’eau jouent aux métamorphoses, les prairies inondées offrent un miroir aux nuages. Du ciel sur la terre.

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Les verticales et les horizontales parfois se dédoublent, soulignent ici une clôture, là un chemin, une allée d’arbres du « plat pays qui est le mien ». On voudrait être peintre pour capturer ces lignes, on camperait son chevalet au bord de la route pour rendre grâce à la beauté d’un tel jour.

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Les arbres aussi sont à la fête. Peupliers blancs, saules, habitués des terres humides. En février, ils bourgeonnent à peine mais déjà leur ramure s’élance, on perçoit comme un frémissement qui adoucit leur ramure, annonce le fin brouillard printanier de la feuillaison.

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A notre approche, un couple de canards enchantés des nouveaux territoires gagnés par l’eau cherche un refuge. Il y a tout ce qu’il faut à la lisière des prés, herbes sèches, haies naturelles des arbustes aux branches verdies qui s’ouvrent en éventail, promesses d’ombre.

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Majesté végétale, cet arbre-ci embrasse tout, le ciel et le paysage. Sur son canal éphémère, regardez comme il se déploie, traversé par la lumière, comme il offre de l’air à ses branches et ses branches aux oiseaux, comme il invite au regard ! Nous le saluons. 

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Au canal de Louvain, la perspective est plus classique. On pense à certaines rangées d’arbres sous le pinceau d’Emile Claus, au Canal en Flandre de Théo Van Rysselberghe (mais ici, le temps n’est pas triste). Miroir friselé auquel une bande de mouettes, prises au jeu des reflets, apposent leurs paraphes blancs. Sur la berge, les oies fouillent du bec la terre spongieuse.

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Une péniche a passé l’écluse, elle vient troubler la scène : les oiseaux s’envolent, s’écartent, les remous dispersent le paysage inversé. Tout reprendra bientôt sa place, les arbres reviendront se mirer dans l’eau tranquille. Illusion de l’immobilité : les nuages se sont éloignés, d’autres se rapprochent, la lumière change imperceptiblement. 

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On pense à Marie Gevers et à son étang. Au retour, le long des fossés qui débordent, c’est à qui l’emportera sur l’autre. Le bleu des mares ou celui du ciel ? L’arbre qui s’élance ou son reflet qui se noie ? La terre fait aujourd’hui* le plein de lumière.

15/02/2016

Au parc en février

Du soleil après des jours de pluie et de grisaille, ça se fête ! En route pour une balade au parc Josaphat. Au pied des vieux arbres qui laissent encore passer toute la lumière en ce 12 février, quelques arbustes en fleurs font signe.

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Les bancs sont déjà tous occupés : on écoute de la musique, on regarde passer les gens et les chiens, on papote, le visage offert à la douce caresse d’une après-midi ensoleillée.

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Même en saison de feuilles mortes et d’herbes sèches, le parc centenaire a belle allure. Courbes des sentiers, méandres des canaux, plantations variées d’un jardin public à l’anglaise. C’est vendredi et il y a déjà du monde à la plaine de jeux pour profiter de l’embellie.

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Dans les parterres, ce n’est pas encore le temps des splendeurs, mais les ellébores qui en font le tour offrent de délicates nuances de blanc, de rose, de vert. Bientôt, à voir leurs boutons, les magnolias entreront dans la danse.

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J’ai raté ma photo des cols-verts glissant deux par deux sur l’étang, elle est floue, aussi vais-je tout de même mettre celle-ci, pas tout à fait nette, des mouettes rieuses. Elles ont l’air d’attendre quelque chose, mais quoi ?

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Du côté de l’avenue Louis Bertrand, nous empruntons le trottoir de l’avenue du Suffrage universel, où de jeunes arbres ont été plantés le long des nouvelles tribunes du stade du Crossing. Une bonne idée, ces grandes baies vitrées où les reflets jouent avec les couleurs du ciel.

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Quand on se promène dans les rues près de chez soi, même celles qu’on croit connaître, il y a toujours quelque chose qu’on n’a jamais vu, parce qu’on regardait ailleurs.

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C’est peut-être la floraison de l’arbre qui nous a fait remarquer cette petite maison à la façade bien entretenue : elle s’appelle crânement « Villa Marie Louise ».

 

14/12/2015

Plissart Aqua Arbor

Le Botanique accueille jusqu’au dix janvier « Aqua Arbor » de Marie-Françoise Plissart. Connue pour ses photographies d’architecture et de villes, elle expose ici un autre versant de son œuvre : les mers, les arbres, des photographies en noir et blanc. « Parc royal » (l’affiche) avec son assemblage, ses reflets dans l’eau, ses lumières, introduit ses grandes « compositions marines ».

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Parc royal © Marie-Françoise Plissart

Ce ne sont pas des vues de mer d’un seul point de vue à un moment précis, mais des agencements, des mises en scène. Dans une vidéo (sur la mezzanine), la photographe explique qu’elle a voulu prendre en compte le temps qui change, le temps de regarder, de photographier (la vitesse d’obturation a incroyablement progressé – temps impossible à l’échelle du regard humain ou animal), le temps de composer aussi. Elle situe son travail « à cheval sur l’argentique et le numérique ».

« Aqua » montre des « constructions visuelles » jouant sur l’art de juxtaposer, de créer des contrastes, d’ajuster, « toujours dans une recherche de tension et d’équilibre » (Véronique Danneels). Ex-véliplanchiste, Marie-Françoise Plissart prend ses photos du littoral, pas en pleine mer, sur tous les continents. Elle prépare une installation artistique dans la station de métro Parc Royal, prévue en 2018.

L’horizon qui structure ses compositions, en principe au milieu, on peut quasi le toucher sur une photographie, alors qu’en réalité (elle le souligne dans la vidéo), il reste une limite inaccessible. Enfant, la photographe bruxelloise passait les grandes vacances à la campagne et rêvait d’aller à la mer, de voyager.

Au sol, une carte du monde inédite est dédiée à celle-ci : une carte des mers réalisée par Bieke Cattoor, architecte-urbaniste (KUL). En laissant pays et continents sur les bords, cette carte en bleu nous fait prendre conscience autrement de l’importance de la mer sur notre planète (pas seulement par la surface qu’elle couvre).

La houle et les nuages, les rives du fleuve Congo, le vol des oiseaux, le passage d’un bateau, les explosions d’écume sur les vagues... Chaque composition explore un thème, un climat, à Saint-Pétersbourg ou Ostende, Hong Kong ou Lesconil (France), jusqu’à cette fascinante vue du Sri Lanka où les animaux sur le rivage et la végétation volent la vedette au monde aquatique.

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Lesconil (France) © Marie-Françoise Plissart

Au fond de la salle, on peut s’asseoir pour regarder le film « Congo » (2003) : autorisée à filmer la rive gauche du fleuve Congo à Kinshasa – « 45 minutes, pas une seconde de plus » (injonction administrative) –, la cinéaste filme d’une bananière un plan fixe. Au rythme lent de la navigation, on découvre les activités humaines sur la rive ou à bord d’autres bateaux, les installations industrielles à l’abandon, les baraques rafistolées, le linge mis à sécher, la végétation qui pousse comme elle peut. Des inscriptions, des slogans, des gestes de réaction aussi. « Ce qu’on voit parle de soi-même. » (M.-F. Plissart)

« Arbor », à l’étage, présente des photographies N/B des vingt dernières années que Marie-Françoise Plissart avait prises sans intention particulière sinon garder le souvenir de rencontres, de lieux, d’impressions. Le rôle du photographe n’est-il pas d’être le « gardien de la mémoire » ? Elle raconte dans la vidéo comment, après un incendie à côté de chez elle, une dame lui avait parlé d’un album de photos comme de sa plus grande perte – un témoignage confirmé par les assureurs.

Plus que des photographies d’arbres, sa sélection montre les liens entre les arbres ou entre les arbres et les hommes. Par exemple dans ses séries de voyage en Chine, en 2010 et 2011. Des hommes prennent le thé dans la cour d’un ancien temple de Confucius où poussent deux figuiers centenaires. Des canards se promènent près d’une grange où les villageois rangent leur cercueil creusé dans un tronc, préparé de leur vivant. Des amateurs emmènent leurs oiseaux siffleurs au parc, une couverture sur leur cage.

Une belle série montre des arbres de santal transplantés à l’aide de cordes pour peupler un nouveau campus universitaire. A l’opposé de cet esprit de conservation ou plutôt de transmission aux générations futures, des photos de cabanes installées dans les arbres du bois de Lappersfort, près de Bruges, témoignent du combat écologique contre l’abattage (perdu et gagné, 5 hectares rasés sur 13).

Dans ses voyages, la Bruxelloise a rencontré des arbres exceptionnels, un baobab qui aurait 734 ans (Sri Lanka), un figuier du Bengale (Calcutta) foudroyé qui continue de croître (on dirait plusieurs arbres, mais en réalité, il s’agit bien d’un seul, qui s’étend à présent sur un hectare et demi !)

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Vue d'ensemble au musée du Botanique. Au sol, "Carte des mers" de Bieke Cattoor

Marie-Françoise Plissart lit beaucoup (dans la vidéo, elle cite Ponge, Maylis de Kérangal), elle est à l’écoute des gens qu’elle rencontre. Elle a pris des photos dans le jardin de l’architecte Pierre Hebbelinck, à Othée : des arbres chaulés dans le brouillard ; un élagueur en plein travail, y taillant un vieux poirier « pour lui donner quelques années de plus ». Pierre Lesage lui a fait remarquer que les arbres « depuis toujours forment le plus grand des réseaux par leurs racines qui vont jusqu’à la mer ».

Vous vous souvenez peut-être des aquarelles de Hans Op de Beeck, exposées au Botanique l’an dernier ? « Aqua Arbor » de Marie-Françoise Plissart m’y a fait penser, bien que son travail soit très différent, plus ancré dans le réel : cette fois encore, le noir et blanc, la lumière, la nature et l’humanité, la poésie sont au rendez-vous.