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11/05/2015

Le Tamaris de Sand

C’est l’association Livres en Seyne (La Seyne-sur-mer) qui a republié Tamaris (1862), roman inspiré à George Sand par son séjour à Tamaris en 1861. Ce beau quartier sur la Corniche qui suit la baie du Lazaret et où s’arrête le bateau navette qui relie Les Sablettes de La Seyne-sur-mer à Toulon, elle l’avait choisi alors pour « se refaire une santé » dans un endroit moins cher que Nice.  

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Corniche de Tamaris (source)

François Trucy, qui signe la préface, précise que son bisaïeul lui avait loué pour trois mois la belle bastide rurale qu’il n’occupait que l’été. Les Trucy ne louaient que le premier étage, mais lui ont permis de disposer aussi de tout le rez-de-chaussée et laissé leur chienne pour garder la maison pendant les « interminables excursions » de George Sand « infatigable et curieuse » qui marchait, visitait, parlait aux Provençaux « chaque jour quel que soit le temps ». 

Un jeune médecin en est le narrateur : « En mars 1860, je venais d’accompagner de Naples à Nice, en qualité de médecin, le baron de la Rive, un ami de mon père, un second père pour moi. » Comme celui-ci achève sa convalescence à Nice avant de rentrer à Paris, il décide de s’arrêter quelque temps à Toulon pour régler une petite succession pour le compte de ses parents.

 

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Première édition de Tamaris

Il  y a déjà séjourné et apprend avec plaisir que son ami la Florade, 28 ans, « Provençal de la tête aux pieds », une personnalité « riante », y est à présent lieutenant de vaisseau. Le terrain dont le jeune médecin a hérité et qu’il souhaite vendre se trouve à Tamaris, où il rend visite à un voisin « entre deux âges », M. Pasquali, parrain de la Florade.

 

Lui occupe une bastide près de la plage, à l’abri du mistral, mais comme le Parisien déplore l’absence de vue, Pasquali l’emmène au sommet de la colline, à proximité d’une « maison basse assez grande et assez jolie pour le pays », d’où son visiteur peut admirer « une des plus belles marines » qu’il ait jamais vues : au nord, une colline boisée que surmonte au loin la masse du Coudon, à l’est, « des côtes ocreuses et chaudes festonnées de vieux forts », l’entrée de la petite rade de Toulon, la grande rade avec à l’horizon « les lignes indécises de la presqu’île de Giens et les masses vaporeuses des îles d’Hyères ». 

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Villa George Sand à Tamaris, côté nord, dessin de Maurice Sand, 2 mars 1861
Villa George Sand à Tamaris, côté sud, dessin de Maurice Sand, 14 avril 1861
http://jcautran.free.fr/archives_familiales/forum/george_sand.html#1

Pasquali lui parle de Mme Martin, la jeune veuve qui a loué pour la saison cette maison si bien située et de son enfant malade, à qui le climat rude et sain semble convenir. Lorsqu’elle apparaît et les invite à s’approcher, cette « beauté adorable » impressionne immédiatement le jeune homme, qui lui offre gracieusement ses services et examine Paul, huit ans, de physique délicat, mais en assez bonne forme. 

Une certaine Mlle Roque, fille naturelle de son vieux parent dont elle hérite pour moitié, se révèle être sans ressources, ce qui complique les affaires. Elle occupe sur le terrain une « horrible masure » avec une vieille Africaine presque aveugle. De mère indienne, c’est une « très-belle femme » qui a la réputation d’être une originale. Elle reçoit le médecin dans un joli salon à l’orientale, lui confie que son père s’est suicidé, ce qui a été caché à tous. Elle veut bien vendre, mais pas quitter la bastide, n’ayant jamais vécu ailleurs. 

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Nouvelle édition (Livres en Seyne)

On saura bientôt que la Florade a dans la région une réputation de séducteur, qu’on l’a vu rôder près de la bastide Roque, que la douce Mme Martin, en réalité marquise d’Elmeval, a choisi la discrétion pour son séjour dans le Midi, et que le médecin en est déjà éperdument amoureux, sentiment contre lequel il lutte – « Pourquoi l’aimer, moi qui à trente ans avais su me défendre de tout ce qui pouvait me distraire de mes devoirs et entamer ma persévérance et ma raison ? »

 

N’empêche qu’il saisit chaque occasion de revoir la marquise et, sous le couvert de son goût pour la botanique, de la rejoindre comme par hasard dans ses promenades – il veille à la réputation de la jeune veuve. Elle lui fait découvrir les beaux endroits de la région, ils s’entendent à merveille. Un jour, ils rencontrent une femme singulière, qui se dit très malade et veut être examinée, c’est la femme du brigadier qu’on surnomme « la Gênoise » et qu’on dit méchante, battant ses enfants.  

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Le pavillon Roustan à Tamaris, ancienne maison de gardien de la villa George Sand, aujourd'hui détruite

Bientôt le médecin, à qui chacun, chacune se confie, comprend que la Florade s’intéresse de près à toutes les jolies femmes qu’il croise sur son chemin et laisse derrière lui bien des chagrins, ne s’engageant jamais. Il finit par le soupçonner de vouloir aussi se rapprocher de la marquise, et en souffre.

 

George Sand conte dans Tamaris une histoire romantique, mêlée à une description enthousiaste de ce coin de Provence, de son climat, de ses paysages, des gens, de l’habitat, de la flore… Les végétaux sont désignés avec précision, comme le tamarix narbonnais qui croît en abondance sur le rivage et a donné son nom au quartier : « L’arbre n’est pas beau : battu par le vent et tordu par le flot, il est bas, noueux, rampant, échevelé ; mais, au printemps, son feuillage grêle, assez semblable d’aspect à celui du cyprès, se couvre de grappes de petites fleurs d’un blanc rosé qui rappellent le port des bruyères et qui exhalent une odeur très-douce. » 

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Cette édition a repris l’orthographe et la ponctuation de l’édition originale, comme ces traits d’union que George Sand met toujours entre « très » et l’adjectif. Au début de chaque chapitre, des cartes postales anciennes permettent de se figurer les lieux à l’époque. Si l’intrigue connaît bien des rebondissements sentimentaux, pour qui connaît un peu la région, c’est de voir évoluer les personnages à Tamaris et dans les paysages de Provence qui fait le plaisir de cette lecture.

05/05/2015

Petits aménagements

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« Regardez-moi. Ne suis-je pas un bavard et un simple commerçant ? Non, non, permettez-moi de le dire à présent. Hier, j’étais le fils d’un pacha… Me fais-je bien comprendre ? Mon regretté père disait que chez nous, les grands changements ne sont pas très frappants parce qu’ils résultent toujours de perpétuels petits aménagements… Que dites-vous de cette idée ? Oui, des aménagements… Ce sont de petits et intelligents petits aménagements qui ont permis le cours silencieux de l’histoire ! Voici ce que disait mon père. »

 

Orhan Pamuk, Cevdet Bey et ses fils

04/05/2015

Cevdet Bey & co

Le premier roman d’Orhan Pamuk, Cevdet Bey et ses fils (1982, enfin traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, 2014), raconte le destin d’un commerçant d’Istanbul et l’histoire de sa famille sur trois générations, de 1905 à 1970. Ce récit plein de questions sur le sens de la vie et sur l’évolution de la Turquie compte quelque 750 pages. 

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Le prologue montre le jeune Cevdet Bey au réveil – dans son cauchemar, une fois de plus, il se sentait différent et seul –, le jour de la troisième rencontre prévue avec sa fiancée, fille de pacha, au konak de son père. Le jeune homme s’est habillé avec soin, a loué une voiture, mais dans son magasin, une quincaillerie spécialisée dans l’éclairage, on lui apporte une lettre l’appelant au chevet de son frère.

A son arrivée, Nusret, médecin militaire devenu « Jeune-Turc » à Paris, tuberculeux comme l’était leur mère, est furieux qu’on l’ait appelé, mais il va très mal. Cevdet Bey lui cherche un médecin, puis ramène son neveu Ziya confié à des parents qui habitent encore le quartier pauvre d’Haseki. La tension entre les deux frères est palpable. Nusret méprise le métier de Cevdet Bey, quant à lui fier d’être le seul commerçant musulman dans sa rue, au milieu des Juifs, Grecs et Arméniens.

 

Trois jours après un attentat à la bombe contre le sultan, c’est le principal sujet de conversation au club où il déjeune avec son ami Fuat Bey, commerçant de Salonique, un juif converti à l’islam. Celui-ci l’a introduit dans ce Cercle d’Orient où on apprend beaucoup grâce aux discussions et aux ragots aussi. Fuat Bey l’interroge sur le père de sa fiancée et lui conseille de s’intéresser davantage à la politique :

 

« Pourquoi vivons-nous, en fin de compte ? Uniquement pour faire du commerce et gagner de l’argent ? Non ! Pour fonder une famille, avoir une maison, des enfants ? Oui, bien sûr, mais tant qu’il n’y a pas de liberté, tout cela reste très limité. Quel mal y aurait-il à ce que tout soit aussi libre que là-bas, en Europe ? Nos femmes vivent comme des esclaves, celui qui ne fait pas le jeûne du ramadan finit au tribunal… »

 

Ces questions parcourent tout le roman, le désir de révolution ou du moins de réformes, l’aspiration à une société plus moderne. Son futur beau-père interroge aussi Cevdet Bey sur l’attentat avant de lui parler de ses enfants, de ses ennuis d’argent. Il est si bavard que le fiancé peut à peine entrevoir l’épouse du pacha qui sort avec ses filles, sans avoir pu parler à Nigân, sa future femme.

 

En chemin, Cevdet Bey revisite une maison en vente dans le quartier bourgeois de Nisantasi, regarde les tilleuls, les marronniers, le jardin bien entretenu – « C’est ici que je vivrai. » Chez son frère qui tient des discours exaltés mais se sait condamné, il ressent le prix de la vie et décide d’en profiter davantage, d’être joyeux, de rire, de boire et de manger, même si c’est souvent difficile à concilier avec le magasin.

 

Trente ans plus tard, le jour de la fête du Sacrifice, toute la famille est réunie chez Cevdet Bey et Nigân Hanim : Osman, leur fils aîné, et son frère Refik sont mariés ; leur fille Ayse, seize ans, chipote à table. Après le repas, Cevdet Bey somnole à l’écart des conversations, jusqu’à l’arrivée de son ami Fuat Bey avec sa femme et leur fils Remzi.

 

Le soir, les trois amis de l’école d’ingénieurs, Refik, Ömer et Muhittin qui place la poésie avant toute chose, se retrouvent chez Refik pour boire et discuter de leurs projets. Ömer le conquérant – « Il faut faire quelque chose dans cette vie » – déplore la routine bourgeoise de Refik, qui travaille avec son frère dans le commerce de famille. Lui nourrit de grandes ambitions, veut devenir riche, admiré. Cevdet Bey se joint à eux un moment et leur répète son credo : « Il faut travailler, aimer, manger, boire et rire ! »

 

Ömer a convaincu sa tante de vendre des biens de famille afin d’investir dans la construction d’un tunnel pour la ligne de chemin de fer. C’est là qu’il va travailler dans l’équipe d’un ingénieur allemand, de là qu’il écrit sa demande en mariage à Nazli, fille d’un riche pacha, une nouvelle qui déçoit Muhittin, nostalgique de leurs idéaux d’étudiants hostiles à la vie ordinaire. Comment vivre ? Que faut-il faire ? Lui n’a pas encore trouvé de réponse claire, mais s’est donné un ultimatum : être un bon poète à trente ans ou se suicider.

 

Orhan Pamuk décrit la vie et les états d’âme de ce petit monde que vient troubler la mort de Cevdet Bey, après « un demi-siècle de commerce ». Osman assure la relève, tandis que Refik, peu motivé au travail, se sent de plus en plus perdu même si sa femme a donné naissance à une fille. Devant Muhittin, dont le premier recueil publié n’a guère de succès, Refik avoue que sa vie déraille, que seule l’intéresse à présent la lecture des philosophes français, et surtout des Confessions de Rousseau.

 

Une mauvaise grippe le plonge dans une quasi dépression. Au bout de quarante jours, il accepte de retourner au bureau et de se couper la barbe. Mais un « sentiment de catastrophe » le rattrape bientôt : après une dispute avec sa femme, Refik fait sa valise pour rejoindre Ömer sur son chantier et voir du pays. L’Europe entre alors dans une période sombre. Après dix ans en Turquie, l’ingénieur allemand avec qui ils jouent aux échecs le soir dans leur baraquement n’envisage plus de rentrer au pays – Hitler a annexé l’Autriche.

 

Comment ces jeunes hommes vont-ils faire leur chemin ? Que deviendra Ayse, éprise d’un jeune violoniste qui n’est pas de leur milieu ? Les enfants de Cevdet Bey ne se satisfont pas du mode de vie traditionnel de leurs parents. Le désir d’une Turquie qui se développe à l’européenne se heurte aux réalités sociales, à l’essor du nationalisme turc et à l’individualisme.

 

Cevdet Bey et ses fils raconte comment la famille, les amis font face aux changements. C’est long, répétitif – la lenteur orientale ? Orhan Pamuk, trente ans quand il l’écrit, force le lecteur à s’imprégner des doutes existentiels qui obsèdent les personnages. Le roman trouve son épilogue en 1970, quand le fils de Refik, peintre, cherche à son tour une voie dans l’existence, au dernier étage de l’immeuble familial qui a fini par remplacer la maison de ses grands-parents.

02/05/2015

L'âme humaine

Mucem (1).jpgL’homme en tant qu’individu

Fait d’os et de chair,

De moelle et de nerfs,

De peau recouverte de poils et de cheveux,

Se nourrit d’aliments et de boissons ;

Mais son « âme », son esprit vit de trois choses :

Voir ce qu’il a envie de voir,

Dire ce qu’il a envie de dire

Et faire ce qu’il a envie de faire ;

Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine,

Elle en souffrirait

Et s’étiolerait sûrement.

 

Extrait de la charte de la confrérie des chasseurs mandingues, Empire du Mali, XIIIe siècle.

Texte publié par Youssouf Tata Cissé dans « Soundjata, la Gloire du Mali », Karthala-ARSAN, 1991 (cité au MuCEM, Galerie de la Méditerranée).

28/04/2015

Au jardin d'amour

La belle est au jardin d'amour,

Voilà un mois ou six semaines,

Son père la cherche partout

Et son amant est bien en peine.

 

Faut demander à ce berger

S'il l'a vue dans la plaine.

— Berger, berger, n'as-tu point vu

Passer ici la beauté même ?

 

Comment est-elle donc vêtue ?

Est-ce de soie ou bien de laine ?

— Elle est vêtue de satin blanc

Dont la doublure est de futaine. 

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 — Elle est là-bas dans ce vallon,

Assise au bord d'une fontaine ;

Entre ses mains tient un oiseau,

La belle lui conte ses peines.

 

— Petit oiseau, tu es heureux

D'être entre les mains de ma belle !

Et moi qui suis son amoureux,

Je ne puis m'approcher d'elle.

 

Faut-il être auprès du ruisseau,

Sans pouvoir boire à la fontaine ?

— Buvez, mon cher amant, buvez,

Car cette eau-là est souveraine.

 

— Faut-il être auprès du rosier,

Sans en cueillir la rose ?

— Cueillez, mon cher amant, cueillez,

Car c'est pour vous qu'elle est éclose.

 

Pierre Dupont (1821-1870)

25/04/2015

Le matin s'allonge

En tous sens et à tout vent* / 8       

 

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Le matin s’allonge très loin

Ce matin

Comment lui donner l’allure

D’une journée

Je souffle un petit paysage

Au milieu de mon verre

Je me regarde de travers

Une main végétale

Me tire vers l’arrière

Où dormir être deux

Je vais aller chercher

Suspendue plus au sud

La belle âme d’hier

Ce matin l’eau est une toile grise

Sur le mensonge des passants

Mais je passe aussi et je mens

 

Véronique Wautier, Douce la densité du bleu

 

 

*Colette Nys-Mazure, Christian Libens, Piqués des vers ! 300 coups de cœur poétiques, Espace Nord, 2014.

 

Pierre Abattucci, Bords de rivière

23/04/2015

Mes doigts par morse

En tous sens et à tout vent* / 7       

Mes doigts, par morse, te parlaient

 

En ce pays de nulle part où nous allions

À la recherche de l’amour,

Mes doigts, par morse, te parlaient,

Essayant de doucir ton corps déjà si doux

Contre mon corps, à l’ancre.

foulon,roger,mes doigts,par morse,poème,poésie,littérature française de belgique,anthologie,piqués des vers!,cultureEt nous glissions, malgré notre âge

En ce pays de nulle part qu’on nomme amour.

C’était le port, c’était mon corps toujours plus proche

Mêlé par l’ordre invisible du morse

Que mes doigts inventaient sur épaules, sur jambes

Et sur la dune douce des genoux.

Déjà, ta houle heureuse respirait,

Sœur de la mienne,

Dans un mouvement tendre et régulier

Qui rapprochait nos jeux, nos vœux, nos feux

Comme deux barques en dérive

Par le tropisme des courants, l’une vers l’autre

Ramenées.

Le ciel de notre chambre était rempli de signes

Nés du morse appeleur

Qui, par bec, sur ta peau, faisait naître des cygnes.

 

Et nous suivions sur nos deux corps enfin mêlés

Le doux volettement de ces oiseaux nocturnes.

 

Roger Foulon, Route du poème

 

*Colette Nys-Mazure, Christian Libens, Piqués des vers ! 300 coups de cœur poétiques, Espace Nord, 2014.

 

Braque, illustration de Lettera amorosa (René Char)

21/04/2015

Mains

En tous sens et à tout vent* / 6       

 

kegels,anne-marie,mains,poème,poésie,littérature française de belgique,anthologie,piqués des vers!,cultureTouchez longtemps ce qui se touche

l’écorce, l’eau, l’herbe, la bouche,

avec l’ardeur au creux des doigts

touchez le chaud, touchez le froid,

pour en faire votre aventure

touchez la mer et la voilure,

le mont, la plaine au cri de blé.

Un soir touchez vos doigts usés

comme un drap où les corps roulèrent.

Touchez enfin, noces dernières

aux feux assourdis du couchant

vos souvenirs mêlés au vent.

 

Anne-Marie Kegels, Poèmes choisis

 

*Colette Nys-Mazure, Christian Libens, Piqués des vers ! 300 coups de cœur poétiques, Espace Nord, 2014.

20/04/2015

Ce poids tendre

 En tous sens et à tout vent* / 5       

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Ce poids tendre sur mon épaule,
Cet oiseau blotti dans mes doigts, 
Ce toucher de branche de saule 
Qui résiste et plie à la fois,
Ce tiède museau dans la neige,
Ce fardeau qui m’est un pardon,
Le baiser qui se prend au piège,
Ce confiant petit faucon,
Cette volontaire hirondelle,
C’est ta main, distraite et fidèle. 

Alexis Curvers, Cahiers de poésie 1922-1949 

*Colette Nys-Mazure, Christian Libens, Piqués des vers ! 300 coups de cœur poétiques, Espace Nord, 2014.

 

18/04/2015

Entre

En tous sens et à tout vent* / 4       

Entre visible 

et invisible,

 

poème,poésie,littérature française de belgique,anthologie,piqués des vers!,cultureune seule syllabe à franchir,

 

nul espace à désherber,

 

pas de distance à distancer

 

 

Suffit l’autre regard,

 

toute prescience allumée,

 

exigence exaucée

 

 

Marie-José Viseur, La vie me fouille jusqu’au cri

 

*Colette Nys-Mazure, Christian Libens, Piqués des vers !
300 coups de cœur poétiques
, Espace Nord, 2014.

Jean Beauduin (1851 - 1916), Au crépuscule