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22/03/2010

L'art et l'argent

Je ne sais plus quel blog a éveillé ma curiosité pour Le dernier des Weynfeldt (2008), un roman plus récent de Martin Suter. Entouré d’une « précieuse collection d’art suisse du XIXe et de la première moitié du XXe siècle », Adrian Weynfeldt y est un homme seul et habitué à l’être, expert en art et aussi dans l’art de rythmer le temps à l’aide de rituels qui, selon les jours, lui semblent immobiliser le cours de la vie ou au contraire l’accélérer.

 

Vallotton, Femme nue de dos, accroupie devant une salamandre (1900).jpg

http://pagesperso-orange.fr/arnauld.divry/CHABOCHEpeinture.htm
(La Salamandre dans la littérature et la peinture, par Arnauld Divry)

 

Il devrait dire « Ne fais pas cela » à la jeune femme rousse prête à sauter du balcon de son appartement (cinq cents mètres carrés au-dessus de quatre étages loués par une banque), mais il est aussi incapable de le dire à Lorena dont il a fait la connaissance la veille dans un bar où elle buvait excessivement qu’à sa compagne, la suicidaire Daphné, perdue trente ans plus tôt, à qui elle le fait penser. Aucun mot ne sort de sa bouche, mais il se met à pleurer – et Lorena renonce au grand saut, malgré « sa vie de merde ».

 

Weynfeldt travaille pour Murphy’s, dont la future vente de « Swiss art » ne comporte guère de lots intéressants, à part un paysage de Hodler. Un coup de fil de Klaus Baier, un spéculateur dont il évalue régulièrement la collection, sa « réserve intouchable », va peut-être changer la donne : il envisage de vendre son meilleur tableau, « Nu devant une salamandre » de Vallotton, hérité de son père. Depuis des années, à chaque crise financière, il vend des œuvres en secret et les remplace par des copies.
A septante-huit ans, Baier a cette fois besoin d’une belle somme pour assurer ses vieux jours. Il en veut au moins un million de francs suisses.

 

Tandis que, comme tous les jeudis, Adrian, qui n’a pas d’amis de son âge, partage
son déjeuner à la Trattoria Agustoni avec son cercle d’amis plus jeunes qui usent et abusent de sa fortune – et pas seulement à table (un cinéaste, une sculptrice sur fer, un architecte, une juriste, une libraire, un designer de sites internet, un peintre, « magnifique artisan - mais pas un artiste, hélas »), Lorena se rappelle à lui : elle téléphone d’un magasin de haute couture où elle a été prise, après un manège d’un culot formidable, avec une robe de soie noire coûteuse dans son sac à main. Sans perdre son sang-froid, elle a donné le numéro d’Adrian repris sur la carte de visite qu’il lui avait donnée, a obtenu à son bureau qu’on lui donne celui du restaurant, a appelé « Chéri » à son secours avec un naturel parfait. « Un peu d’action s’était donc tout de même immiscé dans l’ennui de cette heure du déjeuner. » Grand seigneur, Weynfeldt se fait montrer d’autres robes que Lorena avait fait mettre de côté « pour les montrer à un ami » et paye sans sourciller une somme énorme avant de sortir avec elle, les bras chargés de sacs.

 

Pour Lorena, les hommes à chevalière comme lui sont des fils à papa, « généreux quand ils te lèvent, radins quand ils veulent se débarrasser de toi ». Pedroni, un vendeur qui a observé toute la scène au magasin, y voit d’intéressantes perspectives. Pour Adrian, cette intrépide jeune femme d’une trentaines d’années réveille ses trop semblables journées. Même à Saint-Moritz, où il rejoint ses amis plus âgés aux courses du White Turf, comme chaque année, c’est à elle qu’il pense, à cette Lorena dont il ne connaît ni le nom ni l’adresse.

 

Deux cercles d’amis, un métier passionnant, un appartement de rêve, cela n’empêche pas Weynfeldt d’éprouver en rentrant chez lui un sentiment parfois désagréable. Le soir, il examine à la loupe le Vallotton ramené chez lui, dont il n’a encore soufflé mot chez Murphy’s. Le point habituel que le peintre posait derrière sa signature y est bien, mais pas dans l’original – c’est un faux, une superbe copie. Baier, convoqué, lui apporte le vrai, dont il a beaucoup de mal à se séparer, et cherche à convaincre l’expert de vendre la copie, que personne ne contestera, pour un million et demi, le surplus éventuel serait pour Weynfeldt.

 

La situation est bien en place : deux Vallotton, un vrai et un faux, une femme surprenante et vénale, un sexagénaire richissime prêt à tout pour se sentir un peu plus jeune dans ses costumes demi-saison sur mesure. Il y a quelque chose du « bon faiseur » chez Martin Suter, qui réunit dans Le dernier des Weynfeldt tous les ingrédients du romanesque, excelle à les relier et à tenir ses lecteurs en haleine – comment va se dérouler la fameuse vente ? entre Weynfeldt et Pedroni, avec qui Lorena va-t-elle finalement s’associer ?

 

L’auteur de Small World m’avait touchée, ici Suter l’ancien publicitaire aligne un peu trop d’images sur papier glacé, un peu trop de marques de luxe, un peu trop de situations « vendeuses ». Weynfeldt n’est pas Swann, même s’il aime imaginer en peinture ce qu’il a sous les yeux, même s’il se tourne vers une femme qui n’est pas son genre. Reste une intéressante évocation des peintres suisses, du mobilier moderne et du marché de l’art. « Qui paie ? » est finalement la question la plus souvent posée
dans ce « polar sociologique » dont les débuts prometteurs cèdent la place aux péripéties de l’intrigue, originale, certes, et bien menée, mais aux dépens de ce qui fait le mystère des êtres.

 

20/03/2010

L'appentis

« La plupart du temps, Simone arrivait à le détourner vers l’appentis du jardinier. L’endroit qu’il préférait. Il retrouvait toujours au-dessus du chambranle l’endroit où le jardinier cachait la clé. Lorsqu’il ouvrait la porte,
il disait d’un air mystérieux : « Il faut que tu sentes maintenant. »

Ils respiraient tous deux cette odeur de terreau, d’engrais et d’oignons de fleurs, qui remplissait la petite baraque. Puis il fallait que Simone s’asseye à côté de lui sur une caisse à claire-voie. Alors, après quelques secondes, il plongeait dans un autre temps qui, à en juger par l’expression de son visage, avait dû être plus heureux. »

 

Martin Suter, Small world

Bois rangé à la façon suisse.jpg

 

 

18/03/2010

Le monde de M. Lang

« Small world » est le titre original du premier roman de Martin Suter, Suisse de langue allemande, titre conservé pour la traduction française. Dédié à son père, ce récit captivant tourne autour d’un personnage très singulier, Conrad Lang, Koni pour ses amis, soixante-trois ans, qu’on découvre au début en gardien de villa à Corfou, « plutôt une sorte de régisseur ». D’après les instructions d’Elvira Senn, la propriétaire, il n’est pas censé vivre dans la villa Koch, mais dans la maison du portier. Le temps froid de février l’a amené à s’installer dans l’aile la plus basse de la villa, celle des invités, dont le séjour lui plaît beaucoup – « il se sentait comme le
capitaine d’un paquebot de luxe sur la passerelle : il voyait au-dessous de lui
une piscine d’un bleu turquoise, et devant lui rien d’autre que l’humeur égale de la mer. A ceci s’ajoutaient les commodités de la cheminée qui tirait bien et le téléphone. »
 

 

Vieil arbre au bord du Lac Léman.jpg


C’est là que distraitement, il allume du bois d’amandier, trop humide pour s’enflammer, avec de l’essence et puis remonte en téléférique se chercher à boire et à manger. Quand il redescend, tout est en flammes, et il s’échappe de justesse. Schöller, le secrétaire personnel d’Elvira Senn, débarque à Corfou pour le délivrer de la cellule où on a enfermé l’incendiaire, Conrad Lang lui explique qu’il s’agit d’un accident. Du Stöckli, le « bungalow de verre, d’acier et de béton apparent » qu’elle s’est fait construire dans le parc de la Villa Rhododendron, avec vue sur le lac, la maîtresse des lieux, septante-huit ans, ordonne de ramener Conrad en Suisse et de l’installer dans un appartement rénové de l’avenue des Sapins, avec un minimum d’argent de poche.

 

Conrad-Koni, élevé avec Thomas Koch, le fils d’Elvira, qu’il a accompagné dans les meilleures écoles, quémande davantage auprès d’Urs Koch, le petit-fils, juste assez pour « être traité comme un être humain » au bar du Grand Hôtel des Alpes. Dans un manoir du XVIIe siècle sur les bords du Léman où on préparait « la future élite », Thomas l’avait présenté à ses amis comme le fils d’une employée de maison, Anna Lang, que sa mère aidait, et cela l’avait mis à part. En 1946, lors d’une party d’adieu, Conrad avait été frappé du changement d’attitude dans cette « bonne société » envers un « petit homme blême » ignoré de tous avant le concert ; une fois que le pianiste avait interprété des Nocturnes de Chopin, il était devenu un homme entouré, admiré, célébré. L’année suivante, selon le désir de Conrad, Thomas et lui avaient pris des cours de piano. Conrad était doué, pas Thomas, mais le professeur de piano s’était
un jour détourné de son élève.

 

Au Rosenhof, Conrad est le seul client à qui la serveuse fait crédit ; sa cravate, son élégance, ses bonnes manières, les cinq langues qu’il parle font de lui quelqu’un de respecté, un « milord ». Quand Elvira Senn reçoit une lettre où il lui écrit qu’il rêve de leur vie d’antan, elle est troublée par la précision de ses souvenirs, étonnée qu’il se souvienne d’une robe blanche qu’elle portait quand il n’était qu’un enfant. Connaissant sa faiblesse pour l’alcool, elle fait passer sa rente de trois cents francs à deux mille, ce qui devrait l’aider à oublier. Mais Conrad tombe amoureux d’une divorcée,
Rosemarie Haug, et pour elle, arrête complètement de boire. Lorsqu'on célèbre à la Villa Rhododendron les noces d’Urs, l’héritier Koch, avec Simone Hauser, l’absence inédite de Koni est remarquée de tous : il a envoyé des fleurs, écrit d’Italie une lettre pleine de son bonheur. Thomas ne supporte pas que Koni le laisse tomber ainsi, après tout ce que sa famille a fait pour lui. Il veut l’emmener avec lui en Argentine, où il a envie de se changer les idées – sa troisième épouse veut divorcer. Koni, jusqu’alors docile, toujours disponible, refuse ; Rosemarie et lui vont se marier.

 

Le lendemain, après avoir fait des courses, Conrad ne retrouve plus son chemin. Il arrive quelque temps à cacher ses absences, ses « pannes ». Rosemarie finit par s’en apercevoir et le convainc de consulter un médecin, qui diagnostique la maladie d’Alzheimer. En peu de temps son état s’aggrave, Rosemarie engage une aide à domicile, qui est renvoyée, trop brutale, comme la suivante, et puis Sophie Berger que Conrad ne supporte pas – « il faut que Maman Anna parte ». Un matin, Koni disparaît. C’est Simone, qui habite la Villa Rhododendron en attendant que leur future maison soit construite, qui le rencontre près de l’appentis du jardinier où il s’était caché. Quand on veut le reconduire chez lui, il répond : « Mais je suis à la maison. » Il s’étonne que Thomas ne se souvienne pas de la « porte des pirates » dans le mur de la propriété voisine, par laquelle il s’est introduit dans le parc. On le place alors dans un centre gériatrique, à l’étage des enfermés.

 

Elvira Senn, nerveuse à l’idée des souvenirs lointains que Conrad exprime de temps à autre, envoie Simone lui rendre visite, pour se tenir au courant. Rosemarie, qu’il ne reconnaît plus, ne vient plus le voir. Conrad s’échappe un jour par l’escalier de secours, et tente de se suicider. Bouleversée par sa détresse, Simone convainc Elvira de la laisser équiper la petite maison des invités, dans le parc, pour y recevoir Conrad et le soigner. « Small world ! » dit-il en y arrivant. Et bientôt, il va mieux. Jusqu’au soir où la redoutée Sophie Berger remplace la merveilleuse Ranjah, l’infirmière tamoule avec qui il s’entend si bien et avec qui il cause en anglais : Koni croit revoir « Maman Anna » et s’enfuit dans la nuit. Trempé par la pluie et crotté, il fait irruption à la villa Rhododendron au milieu d’un grand dîner des Koch et supplie Elvira Senn : « Maman Vira, Maman Anna doit s’en aller, s’il te plaît ! » Malaise.

 

Il y a des secrets que Conrad, de plus en plus plongé dans le passé, exprime à sa façon confuse, mais avec une certaine constance. C’est Simone, déçue par son mari infidèle, qui va s’y intéresser de près. C’est elle aussi qui veille, à chaque défaillance
du vieil homme malade, à mettre en place une stratégie thérapeutique qui lui permette de retrouver ses souvenirs, de vivre mieux, malgré la maladie. Au grand dam d’Elvira, qui refuse à Simone l’accès aux albums de famille, de peur de réveiller la mémoire lointaine de Koni.

Martin Suter, dans cette intrigue au cœur des « dix mille » qui comptent dans le « petit monde » des Suisses les plus riches, réussit à nous rendre terriblement attachant et palpitant le destin d’un homme atteint d’Alzheimer, lié – on découvrira comment – à une famille qui s’est servi de lui plus qu’elle ne l’a aimé, sans l’abandonner néanmoins. « Le roman devait s'intituler Boules de neige au mois de mai, reprenant ainsi le titre donné par le père de Martin Suter (décédé de cette maladie) à l'un de ses dessins » écrit Pascale Frey dans L’Express. A travers le regard de ceux et surtout celles qui se prennent d’affection pour lui, à travers les méandres de son cerveau atteint mais dont bien des portes s’ouvrent encore,
le lecteur de Small world prend fait et cause pour ce personnage imprévisible et charmant, quand les fantômes du passé cessent de le menacer.

16/03/2010

En ordre

« Sans répondre, je me suis lancée dans le déballage et le rangement. Je considère que ce genre de choses doit être accompli avec une grande rapidité
dès qu’on rentre. De même qu’il est nécessaire, selon moi, de défaire les valises dès la porte ouverte, sinon c’est la fin des haricots. Il faut le faire tout de suite, et il faut le faire vite. Faire place nette pour les choses importantes. Cela va avec faire son lit quand on se lève, débarrasser la table dès que le repas est fini, ne pas traîner en robe de chambre, se coiffer pour aller dans la rue, se maquiller les yeux avant de sortir. Je me suis souvent demandé à quelle conviction secrète obéissaient ces règles, à quel apaisement. J’appelle cela faire de sa vie une œuvre d’art, c’est le nom que je donne à mes manies, c’est le brevet de félicitations que je me décerne quand tout est à sa place, harmonieux, une jolie pièce, une table décorée d’un plat de fruits et d’une branche de lilas. Il me semble que je dois agir comme si, à tout instant, quelqu’un allait sonner à la porte ou, mieux, ne pas sonner et entrer. Pour cet inspecteur, pour ce vernissage, tout doit être, à tout instant, en ordre. »

 

Geneviève Brisac, Week-end de chasse à la mère 

Thevenet Louis Fleurs et cerises.jpg

 

 

15/03/2010

Douce-amère

Femmes seules avec enfants, c’est une catégorie à part entière dans les études socio-économiques aujourd’hui, particulièrement vulnérable en ces temps de crise. Dans Week-end de chasse à la mère, Geneviève Brisac, dont j’avais aimé l’essai sur Virginia Woolf, aborde cette situation sous un autre angle : un portrait de mère avec enfant, à deux pour passer Noël – passer et non fêter, je souligne.

 

Smits Mater amabilis.jpg

 

Avant Noël, Eugenio, le fils de Nouk, ne cesse de poser des questions à sa mère. Il
ne supporte pas l’ennui, il a la langue bien pendue. Quand sa mère l’emmène à l’école, le matin, et lui dit chaque fois « Regarde cette maison, c’est la plus belle de Paris », Eugenio répond : « Tu dis toujours la même chose : regarde, écoute, regarde, écoute. Laisse mes yeux et laisse mes oreilles. «  Depuis deux ans, depuis le divorce, Nouk partage une pièce et demie avec son fils, qu’elle aime regarder s’endormir, le soir, même si on lui dit de ne pas le faire. « Il n’y a que les mères mortes, me surprends-je à songer parfois, celles-là ne font plus de mal, elles sont les plus douces et les plus parfaites. »

 

Ensemble, ils vont acheter un couple de canaris chez Papageno, c’est le cadeau choisi par Eugenio. Faire prendre l’air chaque jour à son fils, même quand il neige, c’est « une des rares certitudes maternelles » de Nouk. Parfois, elle le laisse seul pour un rendez-vous au restaurant avec son amie Martha, hostile à ce climat trop fusionnel, et qui ne digère pas la décision qu’a prise Nouk, peintre reconnue, d’abandonner définitivement ses pinceaux. Elle s’est trouvé un homme, elle, depuis trois semaines, et incite Nouk à faire de même – « elle ne se blesse pas comme moi à la moindre épine » songe celle-ci en écoutant les confidences trop intimes de Martha, mêlées aux conversations d’une table voisine, expositions à voir absolument, article de Télérama, télévision. « Nous ne sommes qu’un petit tas d’habitudes, pour la plupart mortelles », pensait Nouk au moment où Martha pose la question redoutée : « Qu’as-tu prévu pour Noël ? » Elle arrive à persuader son amie de venir la rejoindre en Bretagne, dans la maison de famille où elle n’a plus mis les pieds depuis quinze ans.

 

Le lendemain matin, il y a dehors « ce silence des dimanches matin et des jours fériés, cette épaisseur douce de l'air de Paris, opaque de silence. » Quand un fleuriste sonne, un bouquet de fleurs à la main, la porte de l’appartement s’ouvre sur une femme et un enfant en pleurs : un des canaris est mort dans la cage, la femelle qu’ils avaient baptisée « Eve ». Pas une femelle, observe Anton le fleuriste (sa mère aimait Tchekhov), mais un petit mâle, qu’il propose à Eugenio d’enterrer dans son jardin. Nouk est d’accord, ils en profiteront pour acheter un sapin. « Adam » ira rejoindre les oiseaux de la volière au bas de la cage d’escalier. Pour réjouir l’enfant, le surprendre, sa mère l’emmène pour la première fois à l’Aquaboulevard : Eugenio s’enthousiasme, se trouve un copain ; Nouk est vite écœurée par la foule et les odeurs – « Nous sommes trop nombreux sur la terre, mais à certains moments, c’est saisissant. »

 

Nouk cède plus souvent qu’il ne faut à la mélancolie, on l’a compris, et pourtant un rien l’émerveille, elle déborde de créativité pour distraire son fils. Son travail de fonctionnaire à la Bibliothèque de recherche sur la pédagogie et l’enfant lui convient, elle y est chargée de lire et de recenser les nouveautés, comme La Fête et la Faute, « un livre érudit et malheureusement dépourvu de l’humour que contient son titre ». Quand Martha lui téléphone au bureau pour lui rappeler sa promesse, elle n’a aucun mal à obtenir un congé, ses collègues sont pleines de sollicitude.

 

Nouk et Eugenio se dépêchent, changent leurs billets de train pour voyager en première, pour la douceur des « petites lampes orange » qui plaisent tant à Eugenio, exultent en s’y installant – « Les voyages sont contenus dans la seconde du départ. » Mais chez Martha, « militante de la protection des adultes menacés par la civilisation de l’enfant-roi », ils occuperont la chambre la plus sombre, derniers arrivés des quinze convives de Noël (la mère de Martha, ses soeurs et leurs filles,
l’ami Etienne). Une bonne ou une mauvaise idée ?

 

Les pages touchantes du duo mère et fils, la poésie des choses ordinaires, les affrontements complices, la satire parfois féroce des mœurs contemporaines, tout cela ne suffit pas à masquer la tristesse qui pèse sur Week-end de chasse à la mère (prix Femina 1996). Geneviève Brisac l’exprime avec des mots simples et de jolies formules. Dans un Petit texte sur l’art de la nouvelle qu’on peut lire sur son site, elle parle de l’écriture, de ses difficultés, de la dépression, et du « devoir exigeant qui
est le nôtre d’être simplement ce que nous sommes, ce qui est si difficile. »
On termine l’histoire de Nouk et d’Eugenio sur le même soupir qu’aux lendemains de
fêtes où l’on n’avait pas le cœur à ça. On songe à toutes les mères qui, comme Nouk, sans jamais se sentir à la hauteur, font de leur mieux, jour après jour.

13/03/2010

A autre chose

« Comme si c’était un miracle que je puisse connaître ça par cœur, qu’une femme puisse s’intéresser à autre chose qu’à des liserons dans une haie, ou au sexe des messieurs, cet ambassadeur est peut-être intelligent, mais il se croit obligé de faire le coq parce que j’ai une robe légère et que je suis mariée, qu’eût valu une vie pour laquelle il n’eût pas accepté de mourir ? et Philippe qui ne se doutait pas que je connaissais le roman, il croit qu’il suffit de m’aimer, de m’épouser, et de me regarder comme un furieux parce que ce soir je n’ai pas
mis de jupon, un mari moderne, j’en ai fait le tour,
mort saturée de ce chevrotement fraternel, assemblée de vaincus où des multitudes reconnaissent leurs martyrs, ce monsieur Goffard a du culot, aucun respect pour son auteur, il lui vole le rôle, Malraux est beaucoup plus attentif aux gens que je ne l’imaginais, de l’allure, pas de tics, il joue beaucoup ce qu’il dit, sans prudence, légende sanglante dont se font les légendes dorées. »

Hédi Kaddour, Waltenberg (chapitre 7)

Waltenberg, édition polonaise.jpg

11/03/2010

Le roman du siècle

« Un homme rêve de retrouver une femme qu’il a aimée. Un maître espion cherche à recruter une taupe. Leurs chemins se croisent. Cela s’est passé au
XXe siècle. »
Ces quatre phrases au dos du roman d’Hédi Kaddour, Waltenberg (2005) respectent les conseils qu’y donne Kappler, le spécialiste de la phrase « mille-pattes », à son ami Lilstein pour les notes à rédiger dans l’action : « Apprenez, jeune Listein, parlez en dernier, dix mots par phrase, pas plus, et quelques phrases seulement. » C’est au chapitre trois, précédé comme les autres par quelques phrases d’annonce plus explicites, les personnages y sont nommés. Hans Kappler, écrivain allemand ; Lena Hotspur, cantatrice dont le nom changera ; Max Goffard, journaliste français ; Michaël Lilstein, espion allemand ; Henri de Vèze, ambassadeur de France – les pièces maîtresses de ce jeu d’échecs qui dure de 1914 à 1991, raconté dans le désordre en quatorze chapitres, sept cents pages étourdissantes.

 

Davos.jpg

 

L’amitié entre Hans et Max débute en 1914, après la charge de la cavalerie française à Monfaubert, « à l’assaut des rêves allemands ». Hans y voit mourir un compagnon, Max y caresse la tête d’un cheval qu’il a pris par la bride. Tous deux étaient partis au front « pour défendre la civilisation et la culture » contre la barbarie. Après la guerre, Kappler n’a plus envie que d’écrire huit heures par jour à Rosmar – il a abandonné son poste d’ingénieur aux chantiers navals – pour écrire « le roman d’une famille, un roman total, avec le retour du monde dans le roman ». Il lui faut retrouver Lena avec qui, depuis février 1913, il faisait une fois par semaine le voyage de Waltenberg pour sa leçon de chant. L’hôtel Waldhaus, « une folie Belle Epoque, entre château bavarois et rêve démesuré de chalet », au cœur des Alpes suisses, avance son aile nord de vingt mètres sur le vide d’un précipice, Hans refuse d’occuper une chambre de ce côté.

 

En 1956, Lilstein, quarante-deux ans, est à Waltenberg pour deux rendez-vous importants : il cherche à dissuader Kappler de rentrer en RDA, ce qui n’est pas gagné ; il propose à un jeune Français, Max Goffard, en plein doute à propos du communisme, après Budapest, de travailler pour lui, d’échanger des informations. Lilstein l’incite à dénoncer le communisme publiquement, ce qui lui procurera une excellente couverture, et ainsi à préserver ses deux âmes : « l’âme désenchantée reste au service de l’âme rêveuse et l’aide à ne pas trop trahir ses rêves ».
Lilstein a été la victime et des nazis et de Staline, il n’a jamais cédé sous la torture. Au Waldhaus, ce « communiste grinçant mais un vrai communiste » multiplie les digressions, détaille pour Max les délices de la Linzer Torte et lui confie des fragments de sa vie d’internationaliste. Sa propre mère, à qui le parti avait offert un joli deux-pièces à Moscou, y est morte d’une pneumonie, son médecin ayant reçu d’en haut l’ordre de ne pas lui donner de pénicilline – « et un jour vous découvrez que le cher parti a fait du pire avec votre meilleur ». 1956, « L’enfance d’une taupe ».

 

La rumeur d’une taupe au sommet court à Paris en 1978. Max est à présent le secrétaire général du Forum annuel de Waltenberg, où ses rendez-vous avec Lilstein se tiennent désormais dans son appartement « conspiratif ». Ils fêtent le vingt-deuxième anniversaire de leur première rencontre en savourant une Linzer torte. A Moscou, de Vèze, cinquante-cinq ans, a rendez-vous avec Vassilissa, une mathématicienne, la nièce d’un maréchal membre du Comité central, donc on les laisse tranquilles. C’est lors d’un bal à l’ambassade de Grande-Bretagne que le maréchal lui a demandé de faire danser sa nièce et aussi de lui dire du mal des Occidentaux. La découverte d’un traître dans ses services va bientôt mettre de Vèze sur la touche.

 

Lilstein avait dit à Max : « Morale de l’histoire, pour aller vite, jeune Français, lisez Gogol, comptez avec l’imprévisible, n’appliquez jamais aucune règle de façon trop stricte… » Au dîner de l’ambassade de France à Singapour, en 1965, Max joue le baron Clappique en présence de Malraux et le provoque : « cyanure et caramel, l’envers et l’endroit ». Au cours de cette conversation, où chacun tente d’impressionner l’autre, Max croit avoir trouvé la formule gagnante : « La Condition humaine, c’est la locomotive et le perroquet ! » ; la jeune femme à leur table le reprend : « la locomotive et le kangourou » – Max est bluffé, Malraux ravi. Mais quand Max-Clappique évoque les « lolitas de Mao », l’écrivain change d’humeur ; « près d’un demi-siècle d’amitié et ils sont en train de rompre ». L’ambassadeur est choqué, « on ne parle pas comme ça à Malraux ». La conversation repart :
« Il faut des années à un écrivain pour écrire avec le son de sa propre voix, traverser la voix des autres… »

Hédi Kaddour ramène donc le monde dans son roman, des intrigues politiques, des guerres, des manœuvres secrètes, et beaucoup d’idées, de réflexions sur la littérature et le style, de musique. Dans ce roman total que veut être Waltenberg (qui réussit à l’être), les femmes ont une place qui n’est pas limitée aux sentiments. On y décrit des tableaux, des porcelaines, on y skie, on y chante, on y perd sa chaussure en voulant caresser un pied sous la table, on y traverse une chaise peinte avec la jambe en grimpant dans un lit. On s’y connaît en vins, en musique, on y lit de grands textes. La belle Lena continue à faire rêver, même après sa mort. Certains personnages disent « je », à d’autres on dit « vous », de vrais ou faux monologues, le récit explose en facettes et en échos. Au bout du compte, le lecteur envoûté se demande s’il a bien
tout vu, tout entendu, tout compris – il faudrait relire. Et aussi ce chef-d’œuvre de la littérature allemande, auquel on a pensé en le lisant : La montagne magique.

08/03/2010

R. G. dit Hergé

A  J. V. (Charlotte, Caroline du Nord)  

Au centre de Louvain-la-Neuve, Hergé a son musée depuis l’été 2009, un paquebot clair entre les arbres, auquel on accède du centre par une passerelle en bois. En ce début du mois de mars, à ses pieds, un de ces grands chantiers incessants dans la ville universitaire. Mais une fois à l’intérieur, on l’oublie, on s’abandonne au calme des volumes aux lignes obliques et aux couleurs pastel, reliés par de légères passerelles métalliques, des espaces très originaux et agréables à parcourir.

 

Plan du centre de Louvain-la-Neuve (musée en haut à droite du cercle jaune).jpg

Ceci n’est pas une photo du musée Hergé (en haut, à droite).

 

Le ticket d’entrée, audioguide et badge « Tintin » compris dans le prix, vous ouvre la porte d’un ascenseur : on visite de haut en bas. La première salle présente Georges Remi dit Hergé par les grandes dates de sa vie, assorties de planches significatives.
Il y a peu à lire pour les visiteurs allergiques aux écouteurs : une brève présentation du thème, pour chaque espace, et quelques citations. « A croire mes parents, je n’étais vraiment sage que lorsque j’avais un crayon à la main et un bout de papier », confie le dessinateur dans un entretien pour la revue Libelle-Rosita en 1978. Des vitrines basses offrent un contenu plus personnel : des albums de photos d’Hergé boy-scout – « C’est avec le scoutisme que le monde a commencé à s’ouvrir à moi » ; Hergé l’homme qui aimait les chats, photos et croquis à l’appui, dont une belle feuille où il a dessiné Thaïke, un siamois, sur le vif ou sagement installé sur un coussin bleu.

 

Ensuite on découvre les différentes facettes de son talent. Le créateur de « Quick & Flupke, gamins de Bruxelles », a produit des dessins publicitaires très réussis, pour le rayon des jouets à l’Innovation, par exemple, ou pour des cigarettes turques Moldavan, que fume un homme en smoking coiffé d’un fez. Déjà la sobriété
légendaire d’Hergé : le dessin doit être avant tout « efficace ». De grandes photos montrent l’Atelier Hergé Publicité au travail. Nous ne sommes donc pas dans un 
« musée Tintin », c’est clair, l’objectif, ici, est avant tout de faire connaître son créateur. Mais le célèbre reporter est tout de même omniprésent, avec toute sa famille de papier dont les noms traduits surprennent parfois : « Bobbie » ou « Snowie » pour Milou, les « Jansen & Janssen » ou « Thomson & Thompson » – l’audioguide précise que le frère jumeau du père d’Hergé a inspiré leur fameux « je dirais même plus » et propose une astuce pour les distinguer l’un de l’autre. Haddock reste Haddock dans presque toutes les langues. Pourquoi si peu de femmes, à part La Castafiore ? Pas par misogynie, dit Hergé, mais parce qu’il est plus délicat de tourner une femme en ridicule, à ses yeux.

 

Des rideaux en beau velours rouge d’autrefois s’ouvrent sur une salle de cinéma ; on y projette un documentaire sur la vie d’Hergé dans son époque puis une sélection de dessins, esquisses, traits, significatifs de son génie. On suit les différentes étapes du travail, on observe des variantes graphiques avant la forme définitive à donner même à un simple chiffre. Le grand écran met les détails en valeur, ce que ne permettent pas certaines planches présentées en vitrines trop basses.

 

Au musée Hergé, on découvre de belles photos de lui dans Bruxelles, par exemple avec Tchang au Cinquantenaire sous la neige ; on apprend les circonstances de leur rencontre, l’influence qu’elle a eue sur Hergé. Une exposition temporaire, au rez-de-chaussée, y est consacrée, dans le cadre d’Europalia Chine (prévue jusqu’au 28 février, elle était encore visible le 4 mars). On y découvre des sculptures de l’ami chinois, des citations de Lao-Tseu, la traduction des idéogrammes calligraphiés par Chang pour assurer la vraisemblance du décor dans Le Lotus bleu.

 

La huitième et dernière salle du musée illustre la gloire d’Hergé par les témoignages de différentes célébrités. Michel Serres, le grand philosophe tintinologue et ami d’Hergé, « un homme délicieux », lui rend hommage avec passion. Il raconte dans un document vidéo comment L’oreille cassée illustre à merveille son cours sur le fétichisme ; il place Hergé parmi les tout grands créateurs du XXe siècle, avec un enthousiasme communicatif. Il ne reste plus qu’à entrer dans la tour des couvertures
de Tintin dans toutes les langues : Tinéjo, Tinni, Tim, Tintim, Tantana et autres Kuifje, Kuifie, Kuifstje voire Keefke - ah well merci !

 

Au lendemain de la visite du musée Hergé, où l’on ne s’ennuie pas, moins passionnant que je ne l’espérais (pardon à mon amie tintinophile), que reste-t-il ? La belle architecture de Christian de Portzamparc, récemment primée, en parfaite adéquation avec l’univers d’Hergé et très bien intégré dans son cadre. La muséographie, un peu lisse, laisse parfois sur sa faim. Mais on sort de là avec l’envie de relire les bandes dessinées abandonnées depuis longtemps sur un rayonnage et de les regarder d’un autre œil, et de plus près. Avant une nouvelle visite, qui sait ?

06/03/2010

Un halo

« Un halo complet encerclait la lune, traversé par une bande horizontale de lumière pâle qui couvrait toute la largeur des cieux. La toundra baignée dans un calme ineffable semblait dormir, bercée par cette lumière douce et tranquille. Aucune splendeur scintillante pour éblouir l’œil mais quelque chose de délicat,
de précieux, presque spirituel.

De loin en loin, quelques blocs de rochers recouverts d’une fine couche de glace réfléchissaient la lumière de la lune, la piégeant dans ses recoins et ses angles cristallins où elle s’intensifiait.

Dans le ciel profond se déroulaient les écharpes lumineuses d’une aurore
boréale bleue et mauve. »

Nicolas Vanier, Solitudes blanches

Aurora_near_Abisko,_Sweden,_1.jpg

http://commons.wikimedia.org/wiki/Aurora

04/03/2010

Pour saluer l'hiver

Pour saluer l’hiver, pour en finir une fois pour toutes avec ses grisailles, ses neiges parfois traîtresses, ses désastres tempétueux, je me suis laissé accrocher par un titre
de Nicolas Vanier, Solitudes blanches (1994). Sans me rendre compte qu’il allait me rappeler des lectures d’autrefois, des romans d’aventures signés Jack London ou Fenimore Cooper. Je ne savais rien de ce Solognot amoureux du Grand Nord qu’il explore, qu’il raconte ou qu’il filme depuis les années 1980.
 

 

Klaus, Prug, Ula, si ses personnages pratiquent les courses en solitaire, sont-ils pour autant vraiment seuls avec leurs chiens d’attelage ? Klaus, de retour dans la vallée après deux mois de trappe, ressent son « excitation mêlée d’inquiétude » augmenter à l’approche de la cabane de son vieil ami Prug dont il n’a aperçu aucune piste au col de la Notte ni dans les bois en descendant de la montagne. Pas de trace de Prug ni de son traîneau ni de ses chiens. Aux aguets, il tourne la tête vers un tas de bois mort : « Une jeune Indienne se tient là, droite et fière, tel un bel arbre dans la force de l’âge, avec cet air à la fois heureux et triste qu’ont toutes les bêtes sauvages. » (sic)

 

Il ne la connaît pas, mais Ula, la belle-fille de Prug, elle, le reconnaît et l’invite à entrer. Elle lui raconte la mort de Raoul, entraîné avec son traîneau dans un rapide au début de l’hiver, puis la disparition de Prug, sans doute mort lui aussi. Coup dur pour Klaus qui a reçu de lui son premier chiot et craint d’avoir perdu son meilleur ami – celui-ci lui avait parlé de la belle épouse de son fils, il s’en souvient maintenant. Mais quelqu’un vient avertir Ula : il y a peut-être une piste dans les montagnes « du côté de Chanagaï, à l’est de la réserve des Indiens sékani. Une piste comme des centaines d’autres, à cette exception près qu’elle se dirige droit vers le nord, au-delà de toute piste, là où personne ne va jamais, ni Blanc, ni Indien. »

 

Deux histoires commencent là, celle d’une course-poursuite à la recherche de Prug, s’il vit encore, celle de l’amour de Klaus et d’Ula qui se méfient pourtant l’un de l’autre. Tous deux préparent leur attelage. Ils ignorent que Prug, anéanti par la mort de son fils, est parti « comme ça », « comme pour une course de quelques heures en forêt », en oubliant une partie de son matériel, lui qui a initié Klaus à la méticulosité vitale pour qui s’aventure ainsi dans le pays des grands froids. Pire, il a perdu la tête, s’imagine être poursuivi et fait tout pour brouiller ses traces.

 

Lire Solitudes blanches, c’est entrer dans les gestes du maître d’attelage pour ses chiens, dans sa complicité avec son chef de meute, c’est regarder le paysage avec les yeux du chasseur, c’est ressentir la morsure du gel, l’inquiétude des réserves qui s’amenuisent, l’instinct de survie. Kernok, son chien de tête, prend soin de Prug au moins autant que son maître de lui, comme le Tuktu de Klaus. Ula a d’autres manières qu’eux avec son attelage qu’elle mène « à l’indienne » ; Klaus admire son savoir-faire et son efficacité, qui lui sauveront la vie.

 

Pour saluer l’hiver, ce roman du grand nord de Nicolas Vanier tient ses promesses de bêtes sauvages et de vents tournants, de cauchemars de neige et de dérives silencieuses où certains se trouvent et d’autres se perdent. « Pour mémoire »,
l’auteur reprend à la fin du livre la réponse fameuse que fit le chef d’une tribu indienne de la côte nord-ouest au président des Etats-Unis qui lui proposait d’acheter la plus grande partie de leurs terres en échange de la création d’une réserve : « Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur et la terre ? » C’était en 1854.