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23/03/2017

Son seul modèle

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Rik Wouters, La Dame au collier jaune [Intérieur D], 1912, huile sur toile, 121,5 x 109,8 cm, Bruxelles,
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 4741, don de Mme Gabrielle Giroux, 1928
© Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns - Ro scan

« Peintre épris de couleur et de lignes enchantées, sculpteur hors normes, obsédé par l’amplitude, la générosité des volumes, dessinateur soucieux d’épure et du trait qui enveloppe et confie du cœur à ses sujets, Rik Wouters (1182-1916) fut aussi l’amoureux de Nel. Auprès d’elle, il vécut douze années d’une complicité à toute épreuve : elle fut son seul modèle. »

Guy Duplat, Rik Wouters en toute humilité, La Libre Belgique, 13/3/2017.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

21/03/2017

Aquafortiste

wouters,rik,exposition,bruxelles,mrbab,2017,peinture,sculpture,dessin,art,belgique,culture,autoportrait« C’est dans la période de 1908 à 1911 que Rik Wouters fit toute son œuvre gravée. Son métier, il le créa lui-même ; il n’avait jamais appris la technique de la gravure mais, avec sa ténacité de Flamand, il chercha et parvint à surmonter toutes les difficultés du métier. Durant cette période, il consacra presque toutes ses soirées à l’eau-forte. Le jour, il peignait et sculptait mais, le soir venu, il s’enfermait dans la chambre atelier afin de s’adonner librement et en toute tranquillité à sa nouvelle passion, ou bien il s’en allait, le portefeuille sous le bras, dessiner dans le village les sujets qui avaient frappé son attention. »

Nel Wouters

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

Rik Wouters, Intérieur d'aquafortiste B - Table d'aquafortiste, 1909, Musée des Beaux-Arts, Anvers

20/03/2017

Rik Wouters

RIK-WOUTERS_Portrait of Rik.jpg
Portrait de Rik (sans chapeau)
, 1911, huile sur toile, 30 x 32 cm, collection privée
© photo Vincent Everarts Photographie, Bruxelles

« Né à Malines le 21 août 1882, il meurt à Amsterdam le 11 juillet 1916. Dans cette vie d’artiste, rien à signaler qui ne soit le sort de beaucoup d’humains : les difficultés matérielles au début, le succès somme toute assez rapide, la guerre qui l’arrache à son travail, l’internement dans un camp en Hollande, la maladie, les interventions chirurgicales, la mort. C’est là une vie pareille à beaucoup d’autres et que marque seule une fin prématurée. Mais il se fait que cet homme produit des œuvres comme le rosier des roses. Dès lors, on s’arrête et on s’étonne, car s’il est normal que le rosier donne des roses, il est insolite et rare que l’homme produise des œuvres qui retiennent l’attention ; mieux, qui émeuvent ou qui envoûtent. Et, forcément, l’on se penche sur l’homme doué de ce pouvoir mystérieux. »

Roger Avermaete, Rik Wouters, Jacques Antoine, Bruxelles, 1986.

Rik Wouters, Exposition rétrospective, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 10.03 > 02.07.2017

18/03/2017

Visible

Grannec couverture.jpg« Parrain était penché sur sa table. Il superposait des papiers découpés sur un fond sec d’aquarelle et soufflait de l’encre avec une pipette. Quand il retirait les caches, des triangles et des escaliers apparaissaient.
– Que peins-tu ? L’Egypte. Un jour, j’irai voir l’Egypte. J’ai besoin de lumière. Je n’en peux plus de cette éternelle grisaille.
– Tes pyramides sont toutes plates.
– L’art ne reproduit pas le visible, mon ange. Il rend visible.
Assise à son côté, le chat en étole, je tirais la langue sur son portrait à la gouache que je comptais lui offrir. Parrain m’observait à la tâche en souriant.
– J’ai si mauvais mine ?
– Je te peins dans tes vraies couleurs.
– Une Fauve en herbe.
– Tu es de la couleur de l’olive, du jaune acide des yeux de Fritzi et de tous les verts de ton jardin.
– Intéressant. Sais-tu que mon ami Kandinsky déteste le vert ? Il dit que c’est une couleur pour les vaches.
– Comment peut-on détester une couleur ? »

Yannick Grannec, Le bal mécanique

***

Voici venu pour moi le temps des vacances. Je vous laisse en compagnie d’un merveilleux artiste belge mis à l’honneur en ce moment aux Musées royaux des Beaux-Arts (Bruxelles) : ne manquez pas, si vous pouvez vous y rendre, la rétrospective Rik Wouters, elle est superbe ! Prenez bien soin de vous.

Tania

16/03/2017

Le bal de Grannec

Quel roman foisonnant que Le bal mécanique de Yannick Grannec ! Il s’ouvre sur une équipe de télé-réalité américaine au travail, il se ferme sur la contemplation d’un paysage et entre-temps, sur plus de cinq cents pages, relate des séquences de vies. De Josh Schors, animateur de télévision à Chicago, à son père Carl, peintre à Saint-Paul-de-Vence, pour le présent. De Théodor Grenzberg, marchand d’art entre Allemagne et Suisse, à l’effervescence dune étudiante au Bauhaus, pour le passé. Qu’est-ce qui relie véritablement ces trois hommes ? C’est le fil conducteur du roman, où apparaissent de beaux personnages de femmes.

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Tisserandes, Dessau, Ecole du Bauhaus, 1927 | Photographe Lux Feininger

« Un siècle, une famille, l’art et le temps », annonce la quatrième de couverture. Le récit affiche sa mécanique romanesque : chaque séquence porte en titre trois éléments (prénom, lieu, année) et en épigraphe la légende d’une œuvre d’art (titre, artiste, année, technique). Tantôt à la première personne, tantôt à la troisième. Narration, dialogue, correspondance. Voilà pour le cadrage.

L’émission « Oh my Josh ! » propose à une famille candidate de vider sa maison et de la rénover en une semaine. Durant les travaux, ses habitants sont logés dans un hangar aménagé et interrogés sur leurs attentes : « Une famille qui postule à OMJ ! demande à être sauvée d’elle-même. » Cela fait huit ans que Josh fabrique ce programme avec sa femme Vikkie et son équipe, chaque émission est un défi : il faut préserver l’effet de surprise, prévoir et maîtriser les réactions des candidats, en tirer deux séquences télégéniques de trois quarts d’heure.

A Saint-Paul-de-Vence, Carl Schors, 85 ans, son père, vit dans une maison au décor minimaliste, où chaque objet est choisi. De la terrasse, il contemple la vue sur les collines et le cap d’Antibes. Il rouspète quand Aline, sa gouvernante, ne replace pas les pieds de son fauteuil exactement sur les marques au sol. Un article de magazine retient son attention : « Cornelius Gurlitt et le trésor nazi ». Dans la liste des œuvres spoliées pas encore restituées figure un portrait d’homme par Otto Dix, celui de Theodore Grenzberg : « Grenzberg », un nom qu’il n’a plus prononcé depuis longtemps, un nom qui « fut le sien ». Il va contacter son avocat à Chicago.

Considéré par son père comme « un opportuniste », voire « un escroc », Josh s’est inspiré pour son émission du catalogue Ikea. La maison des Carter où ils filment la première étape, « la Purge », révèle un intérieur vieillot, à part la chambre de Jane, leur fille, impatiente de « se tirer de cette baraque ». Vikkie est uniquement « la Voix » de l’émission, elle n’y apparaît pas. Psychologue de formation, elle a mis au point un schéma de psychogénéalogie qu’ils appellent le « Diagramme de Dickens » pour cerner les personnalités des candidats et les liens entre eux.

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Paul Klee, Blanc polyphoniquement serti, 1930,
plume et aquarelle
© Centre Paul Klee, Berne 

Josh Schors ne s’est guère intéressé à ses propres origines : son père Carl a été adopté par David et Ethel Schorsmann en 1940, à qui ses parents l’avaient confié « la mort dans l’âme ». Mais Vikkie est enceinte de trois mois et quand sa belle-mère Mina, toujours soucieuse de Carl malgré leur divorce, les appelle pour dire son inquiétude – Carl lui a téléphoné en pleine nuit, bouleversé –, elle désire en savoir davantage sur les ancêtres du futur bébé qu’ils appellent entre eux « la Chose ». Les recherches de l’avocat sur les Grenzberg font apparaître un nouveau nom : Magdalena Grenzberg. Qui est-elle ?

En studio, les Carter déçoivent, peu réactifs. L’équipe décide de déclencher une crise pour faire avancer les choses et Vikkie découvre que la mère a menti sur leurs motivations. En réalité, c’est leur fille qui voulait être sélectionnée, devenir célèbre grâce à l’émission et gagner assez d’argent pour se refaire le nez. Ce tournage compliqué leur donne du fil à retordre.

Dans ses moments libres, Vikkie cherche sur internet des traces de Magdalena et finit par trouver une « Magda Grenz » étudiante au Bauhaus, photographiée avec d’autres étudiantes, « les Tisserandes » : elle a les mêmes yeux clairs que Josh. Magda devient son obsession, tandis que Josh prépare le retour des Carter dans leur « nouveau foyer » : « Ils feindront d’être surpris. Je feindrai d’être triomphant. La lumière sera belle. » Le triomphe de Vikkie, ce sera de découvrir que Grenzberg et Klee étaient amis, Klee était même le parrain de Magda. « Le bal mécanique », une toile qu’il a offerte à Théo, reste introuvable.

En seconde partie, Grannec remonte jusqu’en 1901, quand Théodore Grenzberg décide d’abandonner ses études de médecine pour l’histoire de l’art, quitte Munich pour Paris, et travaille pour Vollard. On découvre alors la destinée de ce marchand d’art, son mariage avec Luise, une riche héritière excentrique, sa rencontre avec Paul Klee, la naissance de Magdalena. Années 1910, 1920, 1930… Les années du Bauhaus se terminent avec la montée du nazisme et c’est à travers l’histoire de Magda Grenz que Yannick Grannec les raconte. Magda veut être libre, créer, être heureuse, y arrivera-t-elle ?

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Paul Klee et son chat Bimbo (source)

Le bal mécanique mêle si bien personnages réels et fictifs qu’on a l’impression qu’ils ont tous existé. Le découpage du récit en séquences semble parfois forcé, les deux parties sont très différentes, d'ailleurs intitulées Livre I (Un coeur imparfait, Karl et Josh) et Livre II (La matrice de métal, Théo et Magda). Quand il revient au présent, tous les liens entre les personnages auront été retissés, la romancière pourra conclure. On sort de ce roman avec le sentiment d’avoir participé à un grand jeu de construction où l’art, plus qu’un contexte pour des personnages en quête d’accomplissement, est en réalité son sujet principal.

14/03/2017

Je plie, replie

picasso Femme aux bras écartés.jpg« D’abord, je commence avec des feuilles de papier que je plie, replie, recoupe et replie, et une fois faites en papier, comme c’est fragile et qu’[elles] se déforment au moindre contact des autres, je les fais en tôle un peu plus solide [...]. C’est, au fond, du laboratoire, des choses de laboratoire [...]. »

Pablo Picasso 

Cité dans le Guide du visiteur, Picasso. Sculptures, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2016-2017.

 

 

Pablo Picasso, Femme aux bras écartés, 1961. Tôle découpée, pliée et grillage peints,
183 x 177.5 x 72.5 cm Musée national Picasso-Paris © Succession Picasso – SABAM Belgium 2016
Photo © RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Mathieu Rabeau

13/03/2017

Picasso sculpteur

Le renouvellement perpétuel de Pablo Picasso impressionne : toute une vie à réinventer sa peinture. Ses sculptures, excepté les plus célèbres comme la tête de taureau née d’une selle de vélo et d’un guidon, La chèvre ou La petite fille sautant à la corde, sont moins connues. L’exposition Picasso. Sculptures qui vient de fermer ses portes au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, après les rétrospectives du Moma à New York et du musée national Picasso Paris, a permis de mesurer à quel point Picasso, sculpteur autodidacte, est un formidable explorateur.

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Picasso, Buste de Femme. 1931. Ciment © Succession Picasso SABAM 2016
Photo © musée Picasso-Paris, Adrien Didierjean

Le parcours, chronologique et thématique, montre environ 80 sculptures prêtées par le Musée national Picasso de Paris dans leur contexte d’origine : des tableaux, des objets collectionnés par l’artiste (art africain, art ibérique) permettent de situer ces œuvres et de les y confronter. A l’entrée trône un grand Buste de femme au nez fort et saillant (ci-dessus), comme sur la toile de 1931 accrochée sur le côté, Le sculpteur (assis face au buste) – on en verra plus loin une des sources d’inspiration.

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Pablo Picasso, Le Sculpteur, 1931. Huile sur contreplaqué, 128.5 x 96 cm Dation Pablo Picasso, 1979. Musée national Picasso-Paris
© Succession Picasso – SABAM Belgium 2016 Photo © RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Béatrice Hatala

Les premières sculptures de Picasso sont plus classiques. La toute première, Femme assise (1902), est un petit sujet en terre « qui s’apparente à un santon » (Guide du visiteur). En bronze, Le fou est au départ un portrait de Max Jacob, coiffé d’un chapeau d’Arlequin, et Femme se coiffant, une figure inspirée par Fernande Olivier, sa compagne.

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Pablo Picasso, Femme se coiffant, 1906 Bronze, fonderie C. Valsuani, 1968, 42.2 x 26 x 31.8 cm Musée national Picasso-Paris
Don MM. Georges Pellequer et Colas, 1980 © Succession Picasso – SABAM Belgium 2016 Photo
© RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Mathieu Rabeau

Bientôt, les bois sculptés le sollicitent, lors d’un séjour à Gósol (Pyrénées orientales) et sous l’influence de Gauguin. J’ai particulièrement aimé Buste de femme (Fernande) de 1906 (ci-dessous) : le bois, qui porte des traces de peinture rouge, présente des courbes délicates au-dessus desquelles Picasso a sculpté un visage aux traits fins et doux. On y voit l’influence de la culture catalane et du primitivisme. Sur la toile Paysage aux deux figures, accrochée à proximité, on cherche du regard les personnages, tant ils s’intègrent aux arbres stylisés.

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Pablo Picasso, Buste de femme (Fernande), 1906 © Succession Picasso - Musée Picasso Paris

De salle en salle, changement d’inspiration, de technique, de manière. Diverses « expérimentations cubistes » sur le vide et le plein aboutissent aux surprenants Verre d’absinthe (avec véritable cuillère en métal fondue en bronze puis peinte) et Violon : comme dans les masques africains que Picasso collectionne, la sculpture ne représente plus, elle devient « un système de signes où reliefs et creux s’inversent » !

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Picasso, Violon, 1915. Fer-blanc découpé, plié, peint et fil de fer © Succession Picasso, SABAM 2016;
Photo © musée Picasso de Paris, Béatrice Hatala

La salle d’angle offre un bel espace au monument à Apollinaire. La Société des Amis du poète voulait lui rendre hommage par un monument sur sa tombe, mais aucun des projets de Picasso ne sera retenu : ni les Métamorphoses, ni la grande sculpture en fer soudé montrée ici avec deux maquettes, « nées d’une série d’études graphiques de points reliés par des lignes ». Plus tard, Picasso offrira à sa veuve une tête de Dora Maar, installée à Saint-Germain-des-Prés sur un socle en pierre portant la mention « A Guillaume Apollinaire ».

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Pablo Picasso, 
Figures (Projets pour un monument à Guillaume Apollinaire), 1928 © Succession Picasso - Musée Picasso Paris

Voici une sculpture étonnante, « La femme au jardin », autre proposition pour Apollinaire, un assemblage de tôles peintes en blanc. Picasso a appris à souder avec Julio González, peintre et sculpteur catalan qu’il avait fréquenté à Barcelone. Quelle fantaisie dans cette figure dressée sur une base triangulaire, cheveux au vent ! La soudure permet à l’artiste d’intégrer à ses sculptures des objets du quotidien, comme les deux passoires dans Tête de femme.

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Pablo Picasso, La Femme au jardin, 1929, fer soudé et peint,  206 x 117 x 85 cm
Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, MP267 © Succession Picasso

Dans la salle consacrée aux « baigneuses », une animatrice guidait une bande d’enfants qui ne se sont pas fait prier quand elle les a invités à se coucher dans la même position qu’un Nu couché aux couleurs lumineuses, accroché près des sculptures. A l’autre extrémité de cette pièce, un masque Nimba superbe près d’un buste de femme : le voilà, ce nez saillant, proéminent, dont Picasso s’est inspiré tant de fois !

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Masque d’épaule Nimba, XIXe siècle, bois dur et fer, Musée  national Picasso-Paris

Baigneuse allongée, Femme au feuillage, Tête de taureau, Femme à la pomme… Chaque sculpture de Picasso montre une autre approche, des profils très différents, des éléments inattendus. Côté à côte, deux versions de Crâne de chèvre, bouteille et bougie : une peinture où les couleurs réussissent à harmoniser la composition, et la sculpture correspondante, plus âpre. En vitrine, une extraordinaire Tête d’Oba originaire du Bénin, en bronze (ci-dessous). Sous le large collier montant qui enserre le bas du visage, de petits animaux, de petites mains – on aimerait comprendre le sens de chaque élément dans cette œuvre composite et anonyme.

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Tête d'Oba en bronze, Ancien Royaume du Bénin, s.d.,
collection du Musée national Picasso-Paris        

L’homme au mouton, sculpté pendant la guerre, a parfois été rapproché du Bon Pasteur, mais Picasso a écarté cette interprétation : « j’ai exprimé simplement un sentiment humain, un sentiment qui existe aujourd’hui comme il a toujours existé. » Cette sculpture est visible à Vallauris, face au musée de la céramique. Picasso s’y installe en 1946 et y réalise de nombreux assemblages, comme La Grue (qui intègre pelle, fourchette et robinet de gaz !), tout en s’initiant à la céramique. 

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Pablo Picasso, La grue, Vallauris, 1951-1953, Musée national Picasso-Paris © Succession Picasso

Toutes sortes de pièces illustrent son activité avec l’atelier Madoura et Jules Agard, maître-tourneur. Celui-ci « donne vie aux formes en volume d’après les dessins et les indications de l’artiste », Picasso peint l’argile une fois sèche, sur tous les supports : briques, tomettes, fragments… Des visages de femmes y prennent un relief inattendu, mystérieux. J’ai aimé aussi deux belles petites sculptures en terre blanche, Faune et Musicien assis (décor aux engobes).

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Pablo Picasso, Petit cheval, tôle, Musée national Picasso-Paris © Succession Picasso

« Dessiner aux ciseaux », la dernière section, présente des sculptures en tôle pliée et peinte, « synthèse entre dessin, peinture et sculpture ». Craquant, ce petit cheval sur roulettes, non ? Tout au long de sa vie, Picasso aborde la sculpture en chercheur et ce qui m’a frappée aussi, ce sont ses collaborations avec d’autres artistes qui l’ont aidé, grâce à leur savoir-faire, à passer du projet à la réalisation. « Il est bien ce bricoleur de génie, ce géant de l’art, qui a tout réinventé dans la sculpture du XXe siècle, utilisant tous les matériaux et rebuts, toutes les techniques. Et cela en s’amusant comme un enfant. » (Guy Duplat)

11/03/2017

Tellement présents

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« Comme je me promène aussi dans les galeries devenues claires et vastes du musée des Beaux-Arts, en saluant des tableaux comme on salue de vieux parents morts et qui nous suivent dans la vie, invisibles dans notre dos mais tellement présents. Car eux ne m’ont jamais fait de peine, et jamais ne m’ont déçu, à l’inverse de ces amis qui étaient tout pour moi tandis que, sans le savoir, je n’étais rien pour eux. »

Philippe Claudel, Au revoir Monsieur Friant

 

Emile Friant, Autoportrait en gris clair (détail), huile sur toile, 1887,
Musée des beaux-arts de Nancy

09/03/2017

Peindre, dépeindre

Peindre, dépeindre, écrire comme on peint. Il est parfois difficile de donner un autre titre à un billet de lecture quand celui du livre sonne si juste : Au revoir Monsieur Friant. Ce texte court de Philippe Claudel, « paru pour la première fois, sous une autre forme, en 2001 », est à la fois intime et fraternel. Juste sous le titre, en bandeau, le regard d’Emile Friant nous fixe (Autoportrait de 1887). Une rétrospective vient de lui être consacrée au musée des Beaux-Arts de Nancy.

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Emile Friant, Les Buveurs ou le travail du lundi, huile sur toile, 1884, Musée des beaux-arts de Nancy

Philippe Claudel décrit le canal de Dombasle, le royaume de sa grand-mère, l’éclusière. « C’était une femme d’un temps où les gestes comptaient plus que les mots. Ses longs silences valaient de belles phrases. » Il la retrouvait dans sa maisonnette après l’école, ses parents venaient le reprendre après le travail. « Elle s’affairait toujours. « Il n’y a que les trimardeurs qui se reposent ! » » – l’enfant n’osait pas demander ce que c’était, un trimardeur.

Emile Friant entre dans ce récit de souvenirs avec Les Buveurs, une toile où il semble au narrateur retrouver son arrière-grand-père, « mort fracassé à vingt-neuf ans par l’abus de fée verte et de picrate ». C’est le premier tableau que Philippe Claudel décrit du « plus convenu des romanceaux naturalistes ». Puis il raconte l’été des Canotiers de la Meurthe, une toile visible au musée de l’Ecole de Nancy.

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Émile Friant, Les Canotiers de la Meurthe, 1887, Huile sur toile, Musée de l’Ecole de Nancy

Des toiles du peintre aux souvenirs de l’écrivain, le chemin de l’enfance se trace sans peine. Le grand-père du Café de l’Excelsior, avoue Philippe Claudel, il l’a inventé « en pensant à Grand-Mère. » « Grand-Mère s’est installée dans les lignes tandis que j’écrivais, comme elle le faisait, dans son vieux fauteuil pour ravauder chaussettes et chemises, et que tout ainsi était pour le mieux. Ecrire est aussi un ravaudage, un ravaudage plus ou moins habile d’un vieux tissu troué de mensonges et de vérités que se passent les hommes entre eux depuis des millénaires. »

Un amour de jeunesse se faufile dans Jeune Nancéienne dans un paysage de neige. Et puis sa mère, le curé, la Toussaint – « Bien des gens trouvent cela triste, mais les cimetières jamais ne sont aussi joyeux. » Et La Toussaint de Friant permet de retrouver tout cela, « comme si le tableau en plus de contenir un monde me délivrait du mien ».

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Emile Friant, Jeune Nancéienne dans un paysage de neige, huile sur toile, 1887, Musée des beaux-arts de Nancy

Avançant ou revenant dans les pas d’antan, celui qui écrit, sentant grandir les malentendus – comme chez ce peintre de Nancy qui, après avoir donné le meilleur, n’exécutait plus que « des toiles gentilles », des portraits de commande – se dit qu’il finira par ne plus écrire. Il le pourrait, abandonner les mots, se contenter de musique et de vin.

Philippe Claudel mêle ici heureusement paysages et personnages, choses vues et choses dont on se souvient, vécues ou rêvées, peinture et écriture, portraits et autoportraits. Il est vrai que dans la vie ont lieu toutes sortes de rencontres – « La rencontre », c’était le premier titre de Bonjour Monsieur Courbet, on n’a pas manqué d’y penser en lisant ce titre-ci.

Merci à celle qui m’a envoyé ce petit livre de recueillement, pensant que je l’aimerais. Oui, Au revoir Monsieur Friant est de ces textes dont on n’oublie pas la petite musique, de jour ou de nuit. L’auteur, en quatrième de couverture, dit bien ce qu’il en est : « Dans ce roman, j’ai voulu parler de lui, et parler de moi à travers lui, lui mener en quelque sorte une conversation imaginaire et sincère. »

07/03/2017

Explosion

Europeana Partage_Plus_ProvidedCHO_Museu_Nacional_d_Art_de_Catalunya_157758_G.jpeg« La seconde moitié du XIXe siècle a vu une explosion des médias imprimés comme les romans, bulletins, journaux, caricatures, estampes et livres illustrés. Les lignes sinueuses et les motifs inspirés par la nature de l’Art Nouveau apparaissaient fréquemment sur les couvertures de livre et les ex-libris. »

« Art Nouveau – Un style universel », Europeana Collections, 2017.

 

Ex-libris de W. Porter Truesdell, 1903, Alexandre de Riquer i Inglada
(Museu Nacional d’Art de Catalunya)