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22/05/2014

Un conte cruel

Dès la première rencontre entre Katya Spivak, seize ans, et Marcus Kidder, soixante-huit ans, devant une boutique de luxe à Bayheard Harbor (New-Jersey), Joyce Carol Oates suggère que Le Mystérieux Mr Kidder (2009, traduit de l’anglais par Claude Seban) aura tout l’air d’un conte de fées. 

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Le titre original, A Fair Maiden, met l’accent sur la jeune fille, engagée comme nounou pour l’été par les Engelhardt. Elle promène un bébé en landau et une petite fille de trois ans, Tricia, quand Marcus Kidder la surprend devant une vitrine de lingerie : « Et que choisiriez-vous, s’il vous était accordé un souhait ? » Katya se retourne sur un vieux monsieur distingué, des cheveux blancs et des yeux « d’un bleu de glace » : impossible de désigner l’ensemble en dentelle rouge qu’elle admirait, aussi, comme il insiste, montre-t-elle une chemise de nuit en mousseline blanche – « Ah ! Votre goût est impeccable. Mais ne regardiez-vous pas autre chose ? » ose Mr Kidder.

Dans cet échange entre le « résident d’été de Bayheard Harbor depuis de longues années » et la jeune fille très consciente de « ce que pouvait promettre une voix masculine cordiale parlant de souhait », il apparaît vite que, même si les employeurs de Katya sont membres du Yacht Club, Mr Kidder n’a que du mépris pour les nouveaux venus « qui se multiplient comme des mouches à miel sur la côte du Jersey. »

La richesse, l’amabilité et l’élégance font beaucoup d’effet à cette fille originaire d’une petite ville « déshéritée », mais lorsque son admirateur lui laisse sa carte avec son adresse et son numéro de téléphone en l’invitant pour le thé le lendemain, elle répond « peut-être » et intérieurement « pas question ». Ensuite elle se souviendra de son père, « un joueur maladif », parti il y a longtemps, qui disait toujours : « Aux dés de décider ». Katya sait qu’un homme âgé « qui avait un faible pour elle » peut être un « gogo » à exploiter. Elle le reverra, mais décide de le faire attendre un peu.

C’est donc la semaine suivante qu’elle emmène les petits Engelhardt dans la partie « historique » de la ville, à la découverte d’un quartier de résidences anciennes et spacieuses où même l’air porte « une odeur d’argent particulière ». La « vieille maison digne » à bardeaux de Mr Kidder ressemble à « l’illustration d’un conte pour enfants » et c’est comme le début d’une aventure pour  Katya d’appuyer sur la sonnette et de surprendre à son tour son occupant, nettement moins à son avantage en short et chemise froissée, les pieds nus dans ses sandales.

Jeune fille pauvre et vieil homme riche, le schéma paraît simple. Mais les intentions le sont moins. Ils sont deux à s’observer, à jouer leur rôle, à soigner les apparences et à écouter les sous-entendus. La petite Tricia reçoit ce jour-là un livre d’images, « L’anniversaire de Ballot Lapin » – Katya découvrira plus tard que Kidder en est l’auteur. Et au moment du départ  apparaît le cadeau qu’il lui destine, une boîte rose contenant un « caraco de dentelle rouge sexy et la culotte assortie » qu’elle refuse, choquée et furieuse.

Le mystérieux Mr Kidder est un conte cruel, l’histoire d’un été, avec sa magie luxueuse et ses maléfices. Joyce Carol Oates sait installer une atmosphère trouble autour de ses personnages : tous deux ont leurs forces et leurs faiblesses. Marcus a pour lui l’expérience et la richesse, mais il est vieux et très seul. Katya n’a jamais été traitée aussi gentiment dans sa désastreuse famille, mais elle y a pris « de mauvaises habitudes ». 

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Le mystère annoncé dans le titre tient jusqu’au bout du roman, qui ne se résume pas à un sordide piège sexuel, même si le sexe est un thème récurrent dans l’œuvre de Joyce Carol Oates, qui sait observer les attentes et les névroses de ses contemporains. La romancière joue ici au chat et à la souris, et il est bien difficile de prévoir qui, dans ce suspense psychologique, va gagner ou perdre la partie.

20/05/2014

Pénombre

Pamuk Old_house_in_Çengelköy_2.JPG« J’ai fait entrer la voiture dans le jardin et j’ai contemplé avec mélancolie la maison qui, chaque fois, me semble plus vieille, encore plus vide. La peinture des revêtements de bois s’était écaillée, la vigne vierge du mur de gauche envahissait la façade, l’ombre du figuier atteignait les volets clos de la chambre de grand-mère. Au rez-de-chaussée, les grilles des fenêtres étaient couvertes de rouille. Un sentiment bizarre m’a envahi : il me semblait deviner, avec surprise et crainte, qu’il y avait des choses effrayantes dans cette maison, des choses que l’accoutumance m’avait empêché jusque-là de remarquer. Je ne quittais pas des yeux, entre les lourds battants de la grande porte, ouverte à l’occasion de notre arrivée, la pénombre dans laquelle vivaient grand-mère et Rédjep, et qui sentait la moisissure et la mort. »

Orhan Pamuk, La maison du silence

 Photo İhsan Deniz Kılıçoğlu (Wikimedia commons) : Une vieille maison en bois à Çengelköy (Istanbul, Turquie) 

19/05/2014

La maison du silence

Premier roman d’Orhan Pamuk traduit en français, La maison du silence (Sessiz Ev, 1983, traduit du turc par Munevver Andac) raconte les retrouvailles à Uskudar, au bord du Bosphore, des petits-enfants de Dame Fatma dans sa vieille maison. « Dame », comme l’appelle Rédjep qui est à son service, n’est pas commode. Rien n’est jamais à son goût dans ce qu’il lui prépare et, à 90 ans, elle pèse de tout son poids sur lui pour monter les dix-neuf marches qui mènent à sa chambre. 

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Quand Rédjep sort le soir, c’est dans l’espoir de rencontrer quelqu’un à qui parler à l’heure où la plupart sont devant la télévision. Dans un café du bord de mer, des garçons se moquent de lui – la faute à un article dans le journal sur « la maison des nains à Uskudar », lui explique le garçon : l’épouse du sultan Mehmet II y avait fait construire, « parce qu’elle adorait les nains », une maison construite à la taille de ses favoris, détruite dans un incendie au XVIIe siècle. A 55 ans, Rédjep est triste de devoir encore subir de telles moqueries à cause de sa petite taille.

A chaque chapitre de La maison du silence, le romancier turc change de narrateur, ce qui permet de varier les points de vue et de révéler les préoccupations de chacun. Dans l’attente de ses petits-enfants qui vont arriver le lendemain, Fatma, insomniaque, se souvient de Sélahattine, son mari médecin. Banni d’Istanbul en raison de ses opinions politiques pro-occidentales, il avait consacré le plus clair de son temps à écrire son « Encyclopédie » pour éclairer les ignorants. 

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Hassan, le neveu de Rédjep (le fils de son frère infirme, qui vend des billets de loterie), fréquente de jeunes « Idéalistes » (des fascistes) et les accompagne quand ils rackettent les commerçants. Le coiffeur, dégoûté, le traite de « cancrelat ». (Sans les aborder de front, Orhan Pamuk suggère les tensions politiques qui ont traversé la Turquie au XXe siècle.) Toujours à épier les autres, Hassan remarque l’Anadol blanche de Farouk qui arrive chez sa grand-mère avec sa sœur Nilgune.

C’est Rédjep qui les accueille. La vieille dame questionne ses petits-enfants sur ce qu’ils font : Nilgune étudie la sociologie, Métine termine le lycée et rêve de partir aux Etats-Unis. Farouk, l’aîné, chargé de cours et divorcé, bouffi par l’alcool, s’intéresse aux objets de son grand-père conservés dans la buanderie, « poussière du passé ». 

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Deux mondes se côtoient à Uskudar : les jeunes riches et bronzés qui se retrouvent chez la fantasque Djeylane, et ceux que la pauvreté rend envieux et frustrés. Parmi ceux-ci, Hassan, amoureux de Nilgune, ose à peine lui adresser la parole mais suit de loin ses faits et gestes quand elle se rend au cimetière avec toute la famille ou à la plage avec ses amis.

Comme sa grand-mère hantée par les discours obsessionnels de son mari contre l’ignorance et contre la religion (son athéisme militant avait éloigné peu à peu tous ses patients), Farouk est tourné surtout vers le passé. A Guebzé, il dépouille les archives locales. Ce travail d’archiviste lui plaît, le contact avec les vieux papiers jaunis, loin des jalousies entre collègues historiens : « derrière ces paperasses, il y avait suffisamment d’histoires pour y consacrer toute une vie ». 

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La présence des jeunes fait plaisir à leur grand-mère mais l’inquiète aussi : elle craint sans cesse que Rédjep ne leur parle, ne trahisse un secret – celui qui les lie, lui et son frère, à leur famille – qui pourrait les détourner d’elle. On suit donc en alternance le regard intérieur de Fatma sur sa vie passée et les préoccupations tout autres de ses petits-enfants, ainsi que l’évolution de la société turque sur plusieurs générations.

Métine est lui aussi amoureux, de Djeylane. Il la rejoint dès que possible, se mêle à sa bande d’oisifs qui trompent leur ennui en voitures de sport, canots à moteur, discothèques – mais il se sent à part. Et quand l’alcool coule à flots, il n’est plus assez lucide pour bien interpréter l’attitude de Djeylane à son égard.  

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La maison du silence est le roman des silences entre ses personnages, de la solitude et des pensées secrètes qui mènent parfois au drame. Les lecteurs familiers de lunivers romanesque dOrhan Pamuk y verront bien des thèmes développés dans ses romans ultérieurs. L'écrivain y fait même une brève apparition, cité parmi d’anciens copains évoqués par Farouk : « Chevket s’est marié, Orhan écrit un roman. » Ces jours d’été à Fort-Paradis, l’ancien nom du port turc, révèlent davantage ce qui sépare tout ce petit monde que ce qui rassemble.

17/05/2014

Reliances

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« Je montre peu, juste un univers. »                             (Gérard Edsme)

« A la manière de Brancusi, qui dans « le cube blanc » installait ses œuvres pour les mettre en écho, G. Edsme compose trois ensembles de peintures. 
Entre elles se tissent des liens formels et poétiques  « RELIANCES » lieux où la narration prend source et où les formes dialoguent. » (L. S.)

 

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Gérard Edsme / Parcours Off /

Parcours d’Artistes Saint-Gilles & Forest / 

16/5 > 1/6/2014.

 

15/05/2014

L'atelier du peintre

Les communes de Saint-Gilles et de Forest organisent ensemble, du 16 mai au premier juin, un « Parcours d’Artistes » au programme riche et varié. Le peintre Gérard Edsme, déjà présenté ici  (« Le jardin d’essai », « Extraits/Abstraits »), s’y associe – « Parcours Off » – et ouvre à cette occasion les portes de son atelier saint-gillois à la rue Saint-Bernard dès demain soir, pour trois week-ends. 

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Photo Gérard Edsme - www.facebook.com/gerard.edsme

S’il est un lieu qui fait rêver l’amateur d’art, c’est bien l’atelier d’artiste. Ce lieu où il œuvre en solitaire, cherche, transforme, crée, cet espace où sous ses doigts fusionnent la lumière et la matière. Les « parcours d’artistes » permettent à tout un chacun d’y avoir accès, de faire connaissance, de découvrir leur travail.

« Chronique d’atelier » : Gérard Edsme a mis récemment sur son blog des photos de deux projets : une cabane en cours de réalisation et la transformation de son atelier pour présenter « L’atelier du peintre… Les Reliances », « trois ensembles de peintures » inspirées par la nature, habitées par le flux vital, sans être pour autant figuratives. J’ai hâte d’y retrouver l’art si sensible de ce peintre poète. 

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Relier : lier ensemble, rendre solidaire ; assembler et attacher des feuilles ; mettre en communication ; établir un lien. Le concept de reliance est cher à tous ceux, aujourd’hui, qui veulent réinsuffler du sens dans la vie, dans la ville, dans un monde où trop souvent nous vivons isolés les uns des autres, même si nous sommes de plus en plus reliés virtuellement. « Les Reliances » de Gérard Edsme rencontrent toutes ces significations. 

Je vous parlais il y a peu d’un jardin japonais – lignes, rythmes, formes, reflets, couleurs… Le jardin, c’est mon premier point de contact avec l’univers pictural de Gérard Edsme : « Je place mes traits, couleurs et formes là où ils peuvent respirer. » L’atelier du peintre s’est métamorphosé pour recevoir le public curieux de ce qu’il y peint à l’abri des regards, en musique ou en silence. Son invitation de mai offre une occasion rare de découvrir cet espace « où le peintre offre des possibles ». 

13/05/2014

Cinq fois par an

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Pour apprécier un jardin japonais,

le visiter cinq fois dans l’année :

à chacune des quatre saisons

et une fois sous la pluie,

qui lui donne un charme particulier. 

12/05/2014

Au jardin japonais

Un torii, portail traditionnel, marque l’entrée du jardin japonais d’Hasselt, le plus grand d’Europe. Cerisiers et magnolias auraient mérité une visite un mois plus tôt, mais même sous un ciel gris de mai, le charme opère dès le début de la promenade. Dans ce jardin où l’eau, le bois et la pierre jouent un rôle particulier, l’impression dominante est d’équilibre et de quiétude. 

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Depuis 1985, des liens d’amitié unissent les villes d’Itami (Japon) et de Hasselt (chef-lieu du Limbourg belge). En échange d’une tour à carillon, les Japonais ont aménagé ce jardin près d’un grand parc, selon leurs principes : respect et utilisation de l’environnement naturel, maintien des arbres et arbustes présents, passages aérés « sans marquer démesurément les limites » (Guide de la promenade). 

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Contre le petit bâtiment en bois du guichet, une magnifique viorne illumine l’entrée (première photo). Ce Viburnum plicatum 'Watanabe' présente une masse d’inflorescences blanches et plates comme celles de l’hydrangea – de petites étiquettes vertes permettent d’identifier les arbres et arbustes du jardin. 

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L’eau serpente à proximité du chemin, des rochers encadrent une chute. Ces pierres, parfois de plusieurs tonnes, imitent et symbolisent un paysage montagneux. Impérissables, elles sont les éléments permanents du décor. Au-dessus du chenal en courbes douces, de petits ponts japonais. De fines baguettes de bambou, simplement glissées dans les petits trous des piquets en bois, bordent le passage des visiteurs. 

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Bientôt les marronniers à fleurs rouges laissent la place à de superbes érables japonais. Des verts et des pourpres se côtoient souvent, ce qui met en valeur leurs fins feuillages au port étalé. On est passé en douceur d’un jardin de transition au jardin japonais proprement dit.  

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Comme dans l’art du bonsaï, les Japonais veillent à donner une silhouette élégante aux arbres et à laisser la lumière, le regard les traverser. Sur l’autre rive, on aperçoit des échafaudages en bambou qui maintiennent à l’horizontale des branches de pins sylvestres : ainsi exposées à la pleine lumière, elles bourgeonnent magnifiquement. On peut préférer les arbres au naturel, mais l’art du jardin japonais est une culture, et selon sa tradition, c’est à l’homme de révéler la beauté cachée de l’arbre en le taillant, de rendre hommage au paysage en le miniaturisant. La nature est idéalisée, stylisée, apprivoisée. 

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Le chenal s’élargit peu à peu vers l’étang central. Et voici une grande lanterne japonaise ou tōrō, au bord de l’eau ; comme le torii, elle marque à l’origine l’entrée d’un sanctuaire. Cette lanterne de pierre offre un beau point d’appui à la vue vers la maison japonaise en bois, construite en partie sur l’étang, avec sa galerie qui permet d’admirer la vue et de superbes koïs. 

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Une plage de gros galets en pente douce invite à se rapprocher de l’eau. Les carpes colorées, tachetées viennent y défiler, par gourmandise sans doute. Plus loin, dans la dernière partie du jardin, un grand espace équipé de tables et de bancs permet de pique-niquer à l’ombre des arbres et des glycines, dans la cerisaie. 

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Avant de visiter la maison, nous allons au petit temple un peu plus loin, une réplique d’un temple shinto à Hiroshima. On peut accrocher ses vœux au portique d’entrée en bambou, glisser un papier roulé dans une encoche ou suspendre une plaquette. Dans le temple miniature, un miroir, symbole de sagesse, renvoie au visiteur son reflet et l’appelle à tourner son regard vers l’intérieur de lui-même. 

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Un large pont mène à la maison de cérémonie : de beaux espaces séparés par des cloisons mobiles en papier. Des sièges à même le sol, autour d’une table laquée. Des coussins dans le grand salon, des tatamis. Du bois, des pierres naturelles, du bambou, de l’argile… Les ouvertures révèlent une architecture en harmonie avec le jardin et l’étang où elle se reflète.

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Un peu plus haut, une maison de thé, entre des bambous et des des pins sylvestres. Un dimanche par mois, on y organise une cérémonie du théLorsqu'on fait le tour de l’étang, la vision du site change à chaque pas et permet d’apprécier la disposition des pierres et des végétaux, la surface de l’eau toujours changeante. 

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Au bord du chemin, différents cornouillers, dont un très beau cornus kousa. Dans le jardin japonais d’Hasselt, on peut aussi marcher sur l’eau, je vous en laisse la surprise. J’imagine ce jardin sous la neige, ce doit être merveilleux. C’est un espace où cheminer lentement, qui appelle à contempler.  

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Il y a plein de détails « à la japonaise » à observer dans l’aménagement du jardin. Et quand on approche de la sortie, un tapis de pétales au pied d’un arbre, les courbes d’une haie, d’une branche basse, d’une clôture, l’élan d’un érable champêtre vers le ciel, tout paraît différent, subtil, harmonieux.

10/05/2014

Deux jeunes filles

coe,jonathan,la pluie avant qu'elle tombe,roman,littérature anglaise,secrets de famille,culture« Et voici la cinquième photo pour toi, Imogen. Une scène hivernale. Le parc public de Row Heath, à Bournville, dans les premiers mois, terriblement froids, de 1945.
J’ai du mal à regarder cette photo. Elle a été prise par mon père, avec son petit appareil, un dimanche après-midi. L’étang qui se trouve au centre du parc est gelé, et des dizaines de gens y patinent. Au premier plan, en gros manteau et bonnet de laine, regardant droit dans l’objectif, deux silhouettes : moi, onze ans, et Beatrix, quatorze ans. Beatrix tient une laisse dans sa main gauche, et au bout de la laisse, à ses pieds, Bonaparte s’impatiente. Les deux jeunes filles sourient, d’un grand sourire heureux, sans se douter de la catastrophe qui va s’abattre sur elles. »
 

Jonathan Coe, La pluie, avant qu’elle tombe

08/05/2014

Photos pour Imogen

Cela fait longtemps que je ne m’étais plus tournée vers Jonathan Coe. La pluie, avant qu’elle tombe (2007, traduit de l’anglais par Jamila et Serge Chauvin), est un roman tout en sensibilité, aux personnages attachants, même si l’histoire est sombre, et l’écrivain britannique a surpris ses lecteurs attachés à un ton plus ironique. La mort de son grand-père et les souvenirs des vacances passées chez lui quand il était enfant ont nourri son inspiration, entre autres, comme il l'explique sur son site. 

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Mais ce roman donne voix surtout aux femmes. Gill apprend le décès de sa tante Rosamond à 73 ans, trouvée chez elle « assise bien droite dans son fauteuil ». A son enterrement au village, peu de gens se connaissent. Gill est heureuse de retrouver son père, son frère, et ses filles, Catharine et Elizabeth. De l’amie médecin de sa tante, elle apprend que celle-ci était en train d’écouter de la musique, et qu’elle tenait un micro relié à un vieux magnétophone.

Rosamond, qui n’a pas eu d’enfant et avait perdu Ruth, sa compagne peintre, des années auparavant, a divisé son héritage entre Gill et David, ses neveux, et une « quasi-inconnue », Imogen, que Gill n’a rencontrée qu’une seule fois, il y a plus de vingt ans  la petite fille aveugle était à la fête des cinquante ans de sa tante. Comment retrouver sa trace ? Il faut de toute façon que Gill aille quelques jours dans le Shropshire pour trier les affaires de Rosamond.

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Dans le modeste bungalow de sa tante, Gill trouve près du fauteuil tourné vers le jardin un portrait d’Imogen enfant, des cassettes, et un petit mot : « Gill, ces cassettes sont pour Imogen. Si tu ne la retrouves pas, écoute-les toi-même. » Sur l’électrophone, des Chants d’Auvergne par Victoria de Los Angeles. Près des autres disques, un verre à whisky et un flacon vide de tranquillisants. Gill en est bouleversée, puis décide de ne rien en conclure. Rosamond avait de graves ennuis cardiaques, elle avait refusé de se laisser opérer et savait sa fin proche – pourquoi en parler ?

Quatre mois plus tard, malgré les annonces, Imogen reste introuvable. Gill se rend à Londres où vivent ses filles pour écouter les cassettes avec elles. C’est à Imogen que Rosamond s’adresse d’emblée, Imogen dont elle a perdu la trace depuis que ses « nouveaux parents » ont décidé d’éviter tout contact avec elle. Rosamond lui laisse de l’argent, mais elle a quelque chose d’« infiniment plus précieux » à lui transmettre : son histoire, « la conscience de (ses) origines, et des forces qui (l’) ont façonnée ». 

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Elle a sélectionné vingt photos dans ses albums. Comme Imogen ne peut les voir, elle a choisi de les lui décrire et de raconter leur contexte, afin d’arriver au plus douloureux, une histoire qu’Imogen ne connaît pas et qui la concerne, une vérité que Rosamond est seule à connaître. La pluie, avant qu’elle tombe est le récit d’une vie, « l’album du destin selon Jonathan Coe » (Le Monde).

Rosamond, avant de mourir, a revisité son enfance et les temps forts de sa vie, de la fin des années 1930 à ses cinquante ans. Sa cousine et deux femmes aimées ont énormément compté pour elle. Rosamond cherche les mots justes, se perd parfois en digressions, s’interrompt quand l’émotion la submerge. Sa voix révèle des pans secrets de sa propre vie, d’autres vies aussi, et la place qu’y tient Imogen, restée si proche dans son cœur malgré que la vie les ait éloignées l’une de l’autre. 

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L’auteur est musicien, amateur dit-il, et son roman fait une belle place à la musique, notamment à travers le personnage de Catharina, la fille de Gill, qu’on y découvre en concert. Si le destin de ses personnages, ou plutôt leur quête de la vérité, captive en premier le lecteur, l’écrivain britannique possède l’art, par petites touches, d’évoquer en même temps une époque, des paysages. Dans son dernier roman, Expo 58, un personnage secondaire de La pluie, avant qu’elle tombe (Thomas, le père de Gill) est invité à se rendre à Bruxelles pour l’Exposition universelle – un autre rendez-vous prévu avec Jonathan Coe.

06/05/2014

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« C’est vrai qu’un dessin très court peut être réducteur, mais parfois il peut aussi ouvrir des portes pour aller au-delà. » 

Cécile Bertrand (Arte, 28/3/2013) 

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© Cécile Bertrand (La Libre Belgique/Cartoonbase)