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09/06/2015

Souplesse

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« Mais la vérité littéraire est selon moi sans rapport avec la vérité telle que la conçoivent les professionnels de l’information. Les romans ne prétendent pas enseigner quoi que ce soit. Parfois un mot vient se glisser dans la phrase en dépit du référent qu’il désigne, à cause d’une sonorité, d’un nombre de syllabes, d’une association d’idées. C’est pourquoi l’oreille du traducteur se doit d’être fine et sa souplesse extrême. Il n’est pas là pour juger, il est là pour comprendre. »

 

Agnès Desarthe, Comment j’ai appris à lire

08/06/2015

Lire, Agnès Desarthe

Le remplaçant d’Agnès Desarthe, entre fiction et autobiographie, m’a donné envie de lire ses récits personnels. Comment j’ai appris à lire (2013) débute ainsi : « Apprendre à lire a été pour moi une des choses les plus faciles et les plus difficiles. Cela s’est passé très vite, en quelques semaines ; mais aussi très lentement, sur plusieurs décennies. » D’un côté, déchiffrer, « un jeu » ; de l’autre, « comprendre à quoi cela servait », longtemps pour elle une énigme. 

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Charles Dehoy (1872-1940), Jeune fille à la lecture

Nous sommes enclins à penser que les écrivains lisent quasi comme ils respirent, dès l’enfance, avidement. Proust a écrit là-dessus des pages inoubliables. Pour Agnès Desarthe, née en 1966, quand son grand frère apprend à lire, elle n’en voit pas l’intérêt. « Lire ne sert à rien. Moi, ce que je veux, c’est écrire. J’ignore qu’il existe un lien de nécessité entre ces deux activités. »

 

Après une journée à l’école primaire de filles, consacrée au coloriage, on l’amène le lendemain à l’école de garçons : elle sera l’une des quatre filles sur dix classes masculines – et cela importe, on verra pourquoi. Le premier livre de lecture, Daniel et Valérie, lui semble non pas difficile à lire, mais à comprendre : pourquoi des « chandails » et non des « pulls » ? Il lui faudra plus de dix ans pour résoudre son « problème avec les livres » qui parlent « de gens qui n’existent pas mais qui font semblant d’exister ». Elle leur préfère le Manuel des Castors Juniors.

 

Bonne élève, Agnès D. se méfie tout ce qui paraît « normal » aux autres. En revanche, les jeux de mots l’enchantent – « les calembours volent » entre son père et son frère – et, dans Tistou, les pouces verts (Maurice Druon), la façon d’appeler les parents du garçon « Monsieur Père » et « Madame Mère » l’épate. Cela lui inspire un conte, un plagiat, qui fait dire à son père : « Putain, c’est du Marguerite Duras. » Sentiment « de gloire et de gêne ».

 

Son problème perdure jusqu’en classe d’hypokhâgne (un mot qui la fascine). Elle refuse Balzac, Flaubert, Zola et aussi Sartre, Proust, Nizan. Devant la littérature, elle se ferme : « Il est hors de question que cela pénètre en moi. » Avec Prévert, c’est tout autre chose, elle le lit « du matin au soir ». Dans la poésie, rien d’ordinaire.

 

Ses parents lisent et aiment les classiques français, mais leur fille s’entête : « Je n’aime pas lire ». Ils rusent alors, la poussent vers les poètes, puis les polars, souvent traduits de l’anglais – une première perception du travail de la traduction, dont elle fera son métier plus tard. En seconde, elle lit Phèdre et Madame Bovary : « L’une m’enchante, l’autre m’assomme. »

 

C’est dans ses origines familiales qu’Agnès Desarthe situe un des nœuds de son problème. Son père, d’origine lybienne, se plaint du français qui « ne donne rien » de la beauté de certains mots arabes. Il utilise avec ses enfants nés en France la « langue deuxième », approximative, neutre. Sa mère, « née de parents russes parlant aussi le yiddish et le roumain », à Paris, est francophone, « mais c’était toujours mon père qui parlait ». D’où le « serment » d’Agnès Desarthe : « Jamais je ne parlerai bien français, jamais je n’écrirai cette langue correctement, jamais je ne consentirai à lire ses grands auteurs ». L’anglais, code secret des parents entre eux, lui paraît plus désirable.

 

Les années passent. Souvenirs de lectures, de difficultés, et aussi de coups de foudre : Duras, Camus, Faulkner. L’entrée en hypokhâgne au lycée Henri IV – « aujourd’hui encore, je ne comprends pas ce qui leur a pris de m’accepter » – puis en khâgne au lycée Fénelon – elle est « bonne angliciste » – va être décisive : c’est là qu’elle apprend à lire. Grâce à la « troisième madame B. » de sa vie. Après Mme Bessis à l’école maternelle, Mme Bovary sa persécutrice, voilà Mme Barbéris, prof de français, « blonde, les yeux bleus, nez en trompette (…), blouson de cuir, minijupe. Elle pose un quart de fesse sur le bureau et parle. Je l’aime aussitôt. »

 

Celle-ci enseigne le structuralisme, Genette, Bakhtine, dont Agnès D. ne retient que la question « D’où écrit-on ? », essentielle. Le jargon, elle l’aime, et cette façon de lire où il n’est « plus question d’origine ni de culture », qui lui donne des armes, des outils, un « esperanto ». Agnès Desarthe abandonne son serment. Mme B., son « maître », a défait le lien entre exil, déportation, persécution, humiliation sociale et lecture, qui la paralysait.

 

« Mme Barbéris nous montre l’écrivain au travail, et le livre cesse d’être ce parpaing lourd, imposant, blessant ; il devient l’espace de liberté et de souffrance du créateur, il s’ouvre et invite le lecteur à le comprendre, à le décoder. » Agnès D. peut, à présent qu’elle est mère et réfléchit aux incohérences de sa jeunesse, défaire la « pelote emmêlée » de son passé, dire « la peur des garçons » à l’école, où elle se sentait « différente, solitaire, bestiole traquée » parce qu’elle était une fille, simplement.

 

Devenue normalienne, elle « cesse d’être une fille » et « cesse d’être juive ». Elle croyait vouloir l’argent et obtient « la légitimité ». Les romans russes, elle les lit « comme une vie déjà vécue », mais c’est avec Isaac Bashevis Singer que tout s’éclaire : « Singer a achevé de m’apprendre à lire parce qu’il m’a indiqué, d’une certaine façon, d’où j’écris. »

 

L’agrégée d’anglais, romancière et traductrice, livre dans Comment j’ai appris à lire un récit d’apprentissage très personnel, un « portrait de l’artiste en jeune non-lectrice ». Une quête de sens intime et une réflexion passionnante sur les liens entre dire, écrire et lire – et vivre.

06/06/2015

Dans la musique

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Dominique Bona, Deux sœurs

04/06/2015

Deux soeurs au piano

Dominique Bona m’avait enchantée avec Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir. Deux sœurs (2012) raconte la vie des « muses de l’impressionnisme » qui ont servi de modèles au célèbre Renoir, Yvonne et Christine Lerolle au piano (1897), aujourd’hui au musée de l’Orangerie. Berthe Morisot avait rencontré leur père en Normandie, ils y ont même peint ensemble. Et elle avait choisi Renoir et Mallarmé pour veiller après sa mort (en 1895) sur sa fille Julie Manet, qui sera une amie très proche des deux sœurs. 

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Auguste Renoir, Yvonne et Christine Lerolle au piano, 1897 / Photo © La Parisienne du Nord

C’est leur vie, et celle de deux familles : les Lerolle et les Rouart – elles ont épousé deux frères. Yvonne et Christine ont grandi dans un milieu ouvert à l’art : leur père, Henry Lerolle, « héritier d’une entreprise prospère de bronziers d’art », est lui-même peintre, avec modestie, et collectionneur d’art, par amour de la peinture et des artistes qu’il reçoit chez lui. « Tous les gens qu’elles fréquentaient étaient peintres, poètes ou musiciens : elles ont vécu, avec un parfait naturel et sans aucun snobisme, dans un bouillon artistique où les génies se bousculaient. »

 

Qui étaient les sœurs Lerolle ? La question que Dominique Bona s’est posée au départ – « Renoir ne livrait le nom de famille de ses modèles que lorsqu’il s’agissait de personnalités ayant pignon sur rue » – l’a conduite vers un « condensé d’artistes autour des deux sœurs, comme une ronde enchantée, dans les dernières années du XIXe siècle. » Derrière la vision heureuse sur la toile, elle a découvert « des ombres et des drames », et plus qu’il n’en faut pour tenir les lecteurs en haleine.

 

Bona rapporte bien sûr l’histoire du tableau, des circonstances dans lesquelles il a été peint jusqu’à son arrivée dans la collection Paul Guillaume-Jean Walter. Mais du vivant d’Auguste Renoir, la toile qu’on aurait imaginée à la place d’honneur chez les Lerolle n’a en fait jamais quitté le peintre, qui l’a toujours gardée près de lui. 

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Auguste Renoir, Yvonne et Christine Lerolle au piano, 1897, Musée de l'Orangerie, Paris

Quand Renoir les peint, Yvonne et Christine Lerolle ont vingt et dix-huit ans. L’aînée (en blanc) est la plus musicienne, la cadette (en rouge) la plus enjouée. Leur mère, Madeleine Escudier, « grande et belle femme », belle voix, chante et récite des poèmes, elle règne avec charme. Leur père peint des paysages, des scènes religieuses ou symboliques, commandes d’Etat ou d’Eglise. Dans leur hôtel particulier à Paris, la vie est facile pour les deux sœurs et leurs deux jeunes frères : « On ne manque de rien. On reçoit beaucoup, rien que des amis. »

 

Debussy vient souvent chez Henry Lerolle, peintre « enivré de musique », loin de la bohème, mais artiste authentique. Il expose au Salon, déteste l’académisme, et doute tellement de son art qu’il finira par renoncer « à ses pinceaux officiels » pour ne montrer ce qu’il dessine ou peint qu’à ses intimes. Son tableau le plus connu est au Metropolitan, A l’orgue, une toile dans la gamme des bruns et des gris qu’il chérissait, à l’opposé d’un coloriste comme Renoir.

 

Lerolle collectionne les œuvres d’artistes qu’il admire, à une époque où les impressionnistes sont encore mal considérés : Corot, Fantin-Latour, Eugène Carrière, Puvis de Chavannes, Morisot, Monet, Maurice Denis, Degas (en nombre), Gauguin, Camille Claudel… Son beau-frère, le compositeur Ernest Chausson, est pour Henry Lerolle plus qu’un ami, un frère. Lui aussi collectionne dessins et peintures, ils rivalisent même dans la « course aux Degas ». 

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Henry Lerolle, La répétition à l'orgue, 1885, Metropolitan Museum of Art, New York

Le troisième homme, le plus sérieux au milieu de ces doux rêveurs, c’est Arthur Fontaine, qui a épousé la plus jeune sœur Escudier, Marie, la cadette de Madeleine Lerolle et de Jeanne Chausson (c’est elle qui tient une partition et chante sur le tableau A l’orgue). Œuvrant pour le progrès social, ce haut fonctionnaire est un « bourreau de travail ». Au contact des Lerolle et des Chausson, il développe son goût pour les arts et devient lui aussi un grand collectionneur.

A cette époque, chaque famille bourgeoise possède un piano. Jeunes filles au piano est le premier Renoir acheté par l’Etat, une date dans sa carrière. Pour Yvonne et Christine Lerolle au piano, il change de format, peint en largeur, ce qui donne plus de place au piano (elles sont de vraies musiciennes) et laisse entrevoir le décor : deux chefs-d’œuvre de Degas sur le mur du salon, Danseuses et Avant la course.

 

C’est Degas, « célibataire endurci », qui a « l’idée de marier deux fils d’Henri Rouart aux deux filles d’Henry Lerolle » et ensuite Ernest Rouart à Julie Manet. Il ignore qu’Eugène Rouart, grand ami de Gide, est tourmenté par ses penchants sexuels. Yvonne est d’abord rassurée par cette amitié, elle-même est amie de Madeleine Rondeaux que Gide vient d’épouser. Louis, le benjamin des quatre frères Rouart, brille en société, se passionne pour l’art et la littérature, c’est aussi un provocateur impétueux, ce qui semble convenir à Christine, qui aime rire et se moquer.

 

Et pourtant ces deux mariages vont mettre les deux sœurs à l’épreuve, sans jamais nuire à leur attachement. L’aînée se retrouve éloignée des siens, de Paris, par son mari qui se lance dans l’agriculture, la fait passer d’une ferme d’Autun à un château à Bagnols-de-Grenade, du côté de Toulouse. La cadette garde son environnement familier et ses relations parisiennes, mais elle subit les crises d’humeur de Louis, homme « orageux ». Dominique Bona raconte les « deux versions du malheur conjugal ».

 

Affaire Dreyfus, première guerre mondiale, créations, décès, héritages, collections dispersées, Deux sœurs est le récit d’une époque, d’un milieu, avec une incroyable « galerie de personnages », membres des deux clans et amis artistes. Deux sœurs nous introduit dans leur intimité et fait rêver devant cette formidable proximité entre collectionneurs et artistes au tournant d’un siècle, pour l’amour de l’art.

02/06/2015

Les Ponts-de-Cé

J’ai traversé Les Ponts-de-Cé

C'est là que tout a commencé

  

Une chanson des temps passés

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D’une rose sur la chaussée

Et d’un corsage délacé

 

Du château d’un duc insensé

Et des cygnes dans les fossés

 

De la prairie où vient danser

Une éternelle fiancée

 

Et j’ai bu comme un lait glacé

Le long lai des gloires faussées

 

La Loire emporte mes pensées

Avec les voitures versées

 

Et les armes désamorcées,

Et les larmes mal effacées

 

Oh ma France ô ma délaissée

J’ai traversé Les Ponts-de-Cé

 

Louis Aragon, Les Yeux d’Elsa, 1942

 

Photo : Concert guinguette à la Maison des Arts : Le salon de la mélodie (29/5/2015)

 

Pour info, le 20 juin prochain, la fête de la musique déménage à Schaerbeek : apéro musical à la bibliothèque Sésame et « conférence chantée », ensuite fête et concerts gratuits en bas de l’avenue Huart Hamoir.

 

 

 

 

01/06/2015

Une semaine musicale

La semaine dernière, vous étiez peut-être parmi les milliers de mélomanes au rendez-vous du Concours Reine Elisabeth 2015, session violon, pour la finale diffusée tous les soirs sur La Trois. Les sélections et les demi-finales qui se tenaient à Flagey ont été diffusées elles aussi sur la troisième chaîne de la RTBF et en radio sur Musiq3 – on peut d’ailleurs réécouter les candidats sur ce site.  

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Les douze finalistes du Concours Reine Elisabeth de violon 2015

© BELGIUM MUSIC QUEEN ELISABETH COMPETITION SEMI-FINALS BELGA 

Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, les douze finalistes n’interprètent plus désormais que l’imposé et un concerto – auparavant ils jouaient aussi une sonate, ce qui révélait d’autres facettes de leur talent. Chacun d’eux a découvert et travaillé pendant une semaine à la Chapelle Musicale, complètement coupé du monde extérieur, « …aussi peu que les nuages… », l’œuvre inédite commandée au compositeur suisse Michaël Jarrell.

 

Ces « jeux olympiques de la musique classique », comme disaient certains de ces jeunes virtuoses, débouchent sur un classement (jury international) et un sympathique prix du public (par vote après le dernier finaliste). Comme chaque fois, je suis époustouflée par le niveau. Quel travail pour assurer de tels concerts, quelle passion pour la musique et l’instrument !

 

On n’enseigne plus la musique à l’école, une lacune, d’où diverses initiatives pour intéresser le public jeune au Reine Elisabeth. C’était amusant, jeudi, de voir Martin, un petit garçon déluré, qui joue de la batterie et ne connaissait jusqu’alors pas grand-chose au classique, interroger la reine Mathilde pour Ouftivi, sans se troubler. Les Six/De Zes, des étudiants de l’enseignement musical supérieur, commentaient aussi le concours sur les réseaux sociaux.

 

Sur La Trois, l’excellent Patrick Leterme a l’art de poser de bonnes questions et Caroline Veyt, de mettre à l’aise les invités : des musiciens, pour commenter la finale, et aussi des personnalités connues, comme Pierre Marcolini ou Eric-Emmanuel Schmitt. Durant l’entracte, la télévision diffusait un amusant « Je sais pas vous », des « capsules vidéos » où Patrick Leterme explique le violon – « court, décalé, et malgré tout, respectueux » (avec la participation de Laurence Bibot). Vous pouvez les visionner ici sur le site de la RTBF. 

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Concert guinguette à la Maison des Arts : Le salon de la mélodie (29/5/2015)

Mais ce vendredi 29 mai à midi trente, mon premier rendez-vous musical du jour avait lieu dans le jardin de la Maison des Arts de Schaerbeek, qui a proposé trois concerts gratuits en mai, formule « guinguette ». Pour ce « salon de la mélodie », heureusement, de belles éclaircies ont permis au public nombreux qui s’était installé à table (repas et boissons fournis par l’Estaminet), sur les bancs ou dans l’herbe, d’écouter Sophie Tillesse, mezzo-soprano, Diana Gonnissen, soprano, accompagnées par Jean-Pierre Moemaers au piano.

 

Les deux cantatrices ont alterné dans un programme très varié : Brahms, Debussy et Fauré sur des vers de Verlaine, mélodies populaires de Britten, Poulenc… Pour permettre au pianiste de se reposer (le vent était de la partie et les partitions ont failli s’envoler plusieurs fois malgré les pinces), Sophie Tillesse s’est lancée dans l’étonnant « Stripsody » de Cathy Berberian, une « BD musicale », une vraie performance à partir de dessins en guise de partition. Réjouissant !

 

Pour terminer, après des mélodies de Satie et d’autres folles histoires, les deux cantatrices ont donné le duo des dindons et des moutons, et invité le public à glouglouter et bêler avec elles – c’était très drôle. Il y avait une centaine de personnes dans le jardin de la Maison des Arts pour ce délicieux « salon de la mélodie », gai et décontracté, une belle initiative culturelle de Schaerbeek.

 

Au moment où vous lirez ceci, le palmarès du concours Reine Elisabeth sera connu, le prix du public attribué. C’est une chef d’orchestre américaine, Marin Alsop, qui dirigeait l’Orchestre national de Belgique pour cette finale. Après le piano, le violon et le chant, le violoncelle sera pour la première fois à l’honneur en 2017. Vous avez suivi cette finale ? le concert guinguette ? N’hésitez pas, partagez ici vos impressions !

30/05/2015

Cabinet de verdure

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« Le jardin de Genval longeait le lac. Dès la première fois, nous avions remarqué une masse de végétation apparemment sauvage : quand le jardinier eût ôté les orties et les ronces, nous vîmes apparaître un petit cabinet de verdure pourvu d’une table et d’un banc de marbre blanc. Au moindre soleil, je m’y retirais pour lire et dessiner. Personne n’a jamais vu ces dessins, car je les jetais aussitôt achevés. C’est que je n’ai pas dessiné par talent ou par goût du dessin, mais pour devenir Léopold dessinant. »

 

Jacqueline Harpman, La plage d’Ostende

28/05/2015

Au lac de Genval

Le dimanche, il y a du monde au lac de Genval. A une demi-heure de Bruxelles en voiture, c’est un bel endroit pour aller se promener. Le lac n’est pas bien grand, on aime en faire le tour, s’installer dans l’herbe ou à une terrasse et admirer la vue. Côté lac, avec son jet d’eau, ses voiliers, ses palmipèdes, et côté rives, avec les demeures de caractère, les restaurants. 

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Les rhododendrons et les azalées dans les jardins, les iris jaunes au bord de l’eau – l’iris des marais est l’emblème de la région de Bruxelles-Capitale, hélas abandonné cette année sur le drapeau régional pour une stylisation médiocre –, les glycines…, les floraisons de mai sont généreuses. Mais nous sommes ici entre Brabant flamand et Brabant wallon (séparés depuis 1995). La frontière linguistique traverse le lac, entre Overijse et Rixensart.  

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Certaines propriétés, Belle époque ou modernes, se laissent découvrir des promeneurs, d’autres ont élevé des murs pour protéger leur intimité, surtout celles qui ont les pieds dans l’eau, on les contemplera de loin, de l’autre rive. La Pommeraie, une ancienne ferme, a gardé son environnement champêtre. 

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Au début du XXe siècle, le modeste étang alimenté par la rivière Argentine, qui longe la rive nord et la Meerlaan (avenue du Lac), est devenu un beau lac de tourisme autour duquel on a créé un quartier cossu. Place au Lac de Genval.

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Cet écrin de verdure attire les propriétaires les plus aisés, mais aussi les oiseaux, et bien sûr on y regarde s’affairer des poules d’eau, des canards, des oies – et des poussins bien mignons. Quant aux poissons du lac, une petite pêcheuse les attend au tournant avec une canne rudimentaire, pleine d’optimisme.

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Près du Château du Lac (Etablissement d’eaux minérales reconverti en hôtel cinq étoiles), des messieurs en blanc font une partie de croquet.  

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Sur la grande pelouse, on célèbre un mariage, face au jet d’eau. Endroit huppé, belles voitures, des passants s’arrêtent pour écouter les discours prononcés au micro. De la promenade de ce côté du lac, on aperçoit des maisons aux terrasses quasi sur l’eau.  

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Un joli trio de villas : au centre, la flèche de Guillaume Tel, réplique d’une chapelle suisse devenue maison d’hôtes, de part et d’autre, des maisons de style normand, le style dominant dans ce qui fut d’abord une villégiature pour la noblesse et la bourgeoisie bruxelloises – les promoteurs immobiliers s’en inspirent encore aujourd’hui. 

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Sur la promenade, un mur de graffiti détonne, au décor plutôt surréaliste –le propriétaire du Château du Lac a proposé aux participants d’un festival de hip hop, en 1999, de pérenniser ainsi leur passage par une fresque sur le thème des quatre éléments (une façon peut-être aussi de décourager les taggeurs). 

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En retrait, de grandes maisons pleines de charme semblent délaissées, certaines sont à vendre. Je vous recommande deux beaux sites qui proposent des vues du lac de Genval, de ses demeures et des environs, Rétro Rixensart avec des cartes postales et des vues anciennes et Objectif Rixensart, des photographies actuelles.

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Chaque fois que je me promène là, je me demande quelle maison a inspiré celle de La plage d’Ostende : Jacqueline Harpman, au chapitre 2 (« Genval »), raconte comment le père d’Emilienne, la narratrice, les emmène un jour d’avril, sa mère et elle, « visiter une grande maison au bord du lac de Genval. Elle était assez délabrée car elle n’avait pas été occupée pendant quatre ans. » Emilienne Balthus en était tombée « amoureuse » aussitôt et Léopold Wiesbeck, le peintre follement aimé, en sera l’hôte le plus désiré.

 

26/05/2015

Jaillir

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 « Ce qui importe par-dessus tout dans une œuvre d’art,

c’est la profondeur vitale de laquelle elle a pu jaillir. »

 

James Joyce

 

Une citation proposée par Nouria Bajat,
« Le voyage de mes couleurs »,

 

Galerie Art Nomade, Bruxelles,
du 7 au 29 mai 2015.
Nocturne ce vendredi 29 mai, de 17h à 22h, 
exposition prolongée jusqu’au 7 juin. 
 

© Nouria Bajat, L’éternité (détail)

25/05/2015

Nomade Nouria Bajat

Dans la petite galerie Art Nomade, tout près de la Porte de Hal, Nouria Bajat présente « Le voyage de mes couleurs », jusqu’à la fin du mois. Cette artiste d’abord tournée vers la céramique, la mosaïque – la table au plateau vert et bleu est son œuvre –, a osé le grand saut dans la peinture, avant tout par amour de la couleur. 

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Le tableau de l’affiche qui m’a décidée à pousser la porte, avec aussi la recommandation d’un ami, est un beau portrait de petit format mais très présent, « Mon James Joyce avec le chapeau à la plume de James Ensor » (ci-dessus). Il voisine avec un « Hommage à Egon Schiele » original où elle a repris dans le haut de la toile des mains de Schiele à la gestuelle si particulière. Près de ces deux œuvres de 2002, des peintures plus récentes et plus sombres, où le bleu domine, montrent une évolution récente vers l’abstraction.

 

Schiele, Kokoschka, Klimt, le fameux trio viennois, on ne s’étonne pas qu’elle les admire, en regardant « L’éternité » aux couleurs vibrantes. A gauche de l’entrée, « Le Pierrot  russe » de Nouria Bajat, qui m’a subjuguée, est tout mouvement, fantaisie. Sur un fond bleu et or, comme une mer profonde, Pierrot n’a gardé de blanc que le visage aux yeux ourlés de noir, sous un calot rouge, et le bas de son vêtement, où quelques pétales de couleurs semblent tombés de la cascade florale du haut – même la fraise de son costume se pare ici de bleu, de rouge, de vert, de jaune. Un Pierrot pas du tout lunaire, plutôt oiseau de paradis. A côté de lui, « Les mariés de Chagall », en blanc, sont un peu pâles.  

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© Nouria Bajat, Un Pierrot russe (détail)

Dans le passage vers la seconde salle est accrochée une esquisse de Nouria Bajat pour une fontaine installée à la Fondation Maeght, un mur d’eau mosaïque de toutes les nuances du bleu. Et voici deux petites peintures de fleurs exubérantes, un hommage aux tournesols de Van Gogh et « La nature sauvage », face à une grande toile plus abstraite, verticale, « Le jardin de Cézanne ». 

C’est là que l’artiste, qui m’a accueillie avec un large sourire dès que je lui ai adressé la parole, m’a gentiment offert un thé tout en répondant à mes questions. Le Maroc qu’elle a redécouvert longtemps après l’avoir quitté (à l’âge de trois ans), la difficulté d’être une femme artiste, encore aujourd’hui, l’importance d’une chambre ou d’un atelier à soi, l’art « nomade » par nature – d’où le titre de cette exposition –, nous avons abordé bien des sujets. Une belle rencontre. 

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Photos par courtoisie de l'artiste, Nouria Bajat, 20/5/2015

« Le voyage de mes couleurs » de Nouria Bajat, une exposition qui sera peut-être prolongée au-delà du 29 mai prochain (à vérifier*), est visible à la Galerie Art Nomade tous les jours sauf le dimanche de 10 à 16h. et le samedi de 11h30 à 16h. On y oublie instantanément la grisaille des jours sans soleil.

 

*Après une nocturne ce vendredi 29 mai, de 17h à 22h,
l
exposition se prolonge jusqu’au 7 juin.
(Mise à jour 26/5/2015)