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20/07/2010

La maison du peintre

Avec Ensor et Verhaeren / 2     

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Ensor, Chinoiseries aux éventails, 1880, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

« On dégringole l’escalier raide et tournant et l’on quitterait, la poignée de main échangée, la maison du peintre, sans plus, si le magasin du rez-de-chaussée, avec ses larges vitrines encombrées de bibelots, ne retenait un instant encore l’attention. C’est que là, parmi les coquillages et les nacres, les vases de la Chine et les laques du Japon, les plumes versicolores et les écrans bariolés, l’imagination visuelle du peintre se complaît à composer ses plus rares et ses plus amples symphonies de couleurs. »

Emile Verhaeren, Sur James Ensor (1908), Complexe, 1990.

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Ensor, Nature morte au vase et à l’éventail bleu, 1889

 

19/07/2010

Ensor à Ostende

Avec Ensor et Verhaeren / 1       

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Ensor, Carnaval sur la plage, 1887, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

"C'est un grand texte que celui-ci. Le premier livre important publié sur James Ensor. Cela remonte à 1908. Le peintre est fixé à Ostende, sa ville natale, comme moule à son brise-lames. Il a 48 ans. Il ne connaît pas la gloire de Seurat, de Cézanne, de Gauguin, de Van Gogh. Il n’est estimé que d’un cercle restreint d’amateurs. « Son art, écrit hardiment Verhaeren, n’est pas encore à cette heure, situé où quelque jour il se campera. »

Mais déjà toute l’œuvre est derrière lui. Il a peint avant 1900 tous les tableaux qui feront sa renommée dans un petit atelier situé au cinquième étage, sous le grenier, au coin de la rue de Flandre et du boulevard Van Iseghem, là où sa mère tient une boutique de coquillages et souvenirs. Elle le houspille, le harcèle et lui compte parcimonieusement l’argent pour lui acheter les couleurs.

Il traverse une crise morale profonde. Sa participation à diverses expositions collectives à Bruxelles a provoqué des tempêtes de quolibets. Sa sensibilité, « fine comme le grain d’un bois rare et précieux, a subi, écrit Verhaeren, les coups de rabot de la bêtise ».

Et voici qu’en 1898 sa première exposition personnelle à Paris est accueillie dans l’indifférence. Cet échec l’a profondément meurtri et il va perdre mystérieusement sa force créatrice.

Témoin attentif et lucide de ce drame inexpliqué, inexplicable, Verhaeren s’interroge : « Quelle brisure a lézardé une muraille déjà si haute ? » L’écrivain ne s’attarde pas à commenter cet épuisement qu’il espère provisoire et qui sera, hélas, définitif. Il s’attache avec une merveilleuse simplicité à cerner l’originalité des grandes toiles qu’Ensor a produites à jet continu de 1880 à 1890. Verhaeren met une sourdine à son verbe tumultueux et décrit avec une justesse de ton inégalée l’œuvre d’un homme dont il n’est pas l’ami intime (Ensor en a-t-il jamais eu ?), mais dont il admire sans réserve « l’indépendance superbe et outrancière. »"

Luc de Heusch, Présentation de Sur James Ensor (incipit), suivi de « Peintures » par James Ensor, Editions Complexe, Le regard littéraire, 1990.

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Ensor, Le liseur (détail), 1880, fusain, Galerie Patrick Derom, Bruxelles

« Ainsi, pendant l’été tout entier, Ostende s’affirme la plus belle peut-être de ses capitales momentanées du vice qui se pare et du luxe qui s’ennuie. Et ce n’est pas en vain que chaque année James Ensor, dont l’art se plaît à moraliser cyniquement, assiste à cette ruée vers le plaisir et vers la ripaille, vers la chair et vers l’or. »

Emile Verhaeren, Sur James Ensor (1908), Complexe, 1990.

 

 

17/07/2010

Incroyable

« Il est incroyable qu’aucun chemin ne se fraie d’un être à un autre. Un chemin ténu, une voie minuscule par où voyagerait vers l’autre une petite pincée d’inquiétude. Une infime miette d’inquiétude, qui suffirait pour troubler son sommeil. »

 

Sándor Márai, Le premier amour 

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Portrait de Sándor Márai par le peintre hongrois Lajos Tihanyi en 1924

 

 

Chères lectrices, Chers lecteurs,  

    

Pour vous tenir compagnie,  
je vous ai préparé quelques billets  
au croisement de la peinture et de la littérature.  

 

A bientôt, au plaisir de lire vos commentaires.  

 

Tania   

 

 

15/07/2010

Penser à quelqu'un

Métamorphoses d’un mariage, le premier roman que j’aie lu de Sándor Márai (1900-1989), date de 1980. Cette fois, j’ai découvert sa première œuvre, publiée à l’âge de vingt-huit ans, Le premier amour. C’est le journal intime d’un professeur de latin proche de la retraite, tenu du 4 août au 20 juin, le temps d’une année scolaire sous le signe du changement pour ce vieux solitaire. Même s’il a bien du mal, d’abord, à le reconnaître.

István Csók, Orphelins (1891).jpg

Ce cahier dans lequel il avait commencé à écrire vingt-huit ans auparavant (il n’avait alors que trente ans), il l’a emporté avec lui à Virágfüred, « au pied des Tátra », dans une station thermale sur le déclin, où il est revenu à la villa Tivoli, dans la même chambre qu’alors. Ecrire lui est difficile, mais lui fait du bien, et il n’a « rien d’autre à faire ». Il n’a pas emporté de livres : « Cela fait quatre ans que j’ai fermé mon compte chez le libraire. C’était après mon cinquantième anniversaire, alors que j’avais commencé à me laisser pousser la barbe, ayant congédié mon ancienne gouvernante et réorganisant ma vie à tous les niveaux. »

En relisant ce qu’il pensait alors, le professeur commence une sorte de bilan, depuis cette erreur de jeunesse qu’il se reproche – un trop gros bouquet de fleurs envoyé à la fille d’un homme avec qui il jouait aux tarots, interprété par cette famille comme un premier signe d’engagement, alors qu’il n’avait aucune intention la concernant, ce qui lui a valu le repas le plus embarrassant de son existence, où il fut incapable de dire un mot – jusqu’à cette vie rythmée par de strictes habitudes soudain troublée par une affiche de voyage devant laquelle il s’est mis à pleurer, confirmation pour ses collègues de son état dépressif et de la nécessité pour lui de prendre des vacances.

« Au cours de cette matinée, allongé dans mon lit, je me suis rendu compte que j’étais seul. Pas une âme, pas un seul être au monde que j’aimerais, avec qui je partagerais quelque chose. (…) Cela fait longtemps, peut-être quinze ans, que je vis totalement seul. Je n’ai d’intimité avec aucune de mes relations. » A la salle à manger, ils ne sont que trois sans compagnie à table. A l’heure de la messe dominicale, un homme d’âge moyen, seul dans la salle, lui adresse la parole, en ricanant sur la religion. Bien qu’il lui déplaise, quelque chose attire le professeur vers ce Tímar, secrétaire à Budapest, au point de lui rendre visite dans sa chambre lorsqu’il ne se montre plus.

Tímar, à qui un problème au larynx donne une voix très désagréable, admet fuir la compagnie des hommes – « On ne gâche pas volontiers la fête, le bal des gens en bonne santé. » Mais il a reconnu chez le professeur la même solitude que la sienne, pas celle qu’on choisit, mais « celle qui est comme la gale, qui se lit dans le regard, se trahit dans la démarche et les mouvements, qui marque la peau. » Or, selon Tímar, « tous ceux qui sont loin des gens sont coupables », sans accès aux deux seuls remèdes, l’amour ou Dieu, parce qu’incapables de compassion. Cette conversation amène le professeur à lui raconter toute sa vie, enivré « du simple fait
de parler et d’être écouté par quelqu’un. »

A la rentrée scolaire, il décide de fréquenter davantage ses semblables et modifie son emploi du temps. Il continue à écrire dans son cahier, notamment ses impressions sur ses élèves – on lui a confié contre son gré une classe de terminale assez faible, et mixte, une expérience nouvelle. Il parle avec son collègue Mészáros de Mádar, un garçon doué mais une personnalité « trouble », pensent-ils. Le 10 octobre : « A ma grande surprise, je me rends compte que, depuis mon retour, j’écris dans ce journal à propos de tout, sauf ce qui me préoccupe véritablement. » Il pense souvent à Tímar, à qui il a prêté de l’argent, le seul être qui aurait pu devenir son ami. Il est triste d’être sans nouvelles de lui, note « Je suis triste » de plus en plus souvent.

Conscient d’attendre que quelqu’un vienne à sa rencontre, le professeur s’intéresse au concierge de l’école, qui boit trop ; puis au jeune professeur d’histoire, un rebelle qui démissionne ; à Mészáros, qui lui confie son désarroi en apprenant que sa maîtresse est enceinte et lui emprunte une grosse somme. Enfin, il observe plus attentivement les « trente-quatre têtes penchées sur leurs cahiers », vingt-huit garçons et six filles – « Elles constituent pour moi un territoire inconnu. » Surnommé « le Morse » à cause de sa moustache, il ressent d’abord de la pitié pour Mádar quand celui-ci est absent à cause d’une pneumonie, lui rend visite pour l’encourager dans sa chambre d’étudiant pauvre et lui offre discrètement un manteau neuf, dont il a grand besoin.

Bien que le garçon travaille très bien, il le prend ensuite en aversion, à cause de sa
voix nasillarde, de son visage boutonneux, de son regard constamment sur lui. Quand
il soupçonne que son meilleur élève est amoureux d’une condisciple, la petite Czerey, que lui-même aime tant regarder, le professeur se métamorphose, jusqu’à se raser la barbe et s’offrir un nouveau costume. Tout le monde s’étonne de sa nervosité nouvelle, de ses fréquentes promenades en ville, de son comportement de plus en plus étrange. Entre le professeur et Mádar, une terrible partie va se jouer.

Profonde observation de la solitude qui éloigne irrémédiablement certains êtres des autres, et de leur souffrance, Le premier amour est une terrible plongée en eaux souterraines. Impossible pour moi de ne pas songer constamment, pendant cette lecture, à notre vieille voisine, trouvée morte il y a peu dans son appartement, qui coupait toujours court aux tentatives de conversation et refusait toute aide. Personne, quelques semaines plus tard, ne s’est encore manifesté chez elle. La réalité dépasse la fiction.

13/07/2010

Yardbird

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Je voudrais poser

sur la branche d’un poème

ce merle du soir

dans mon jardin, mais pourquoi

le faire, puisqu’en somme il se trouve

là où il doit être : dans un

poème, là, dehors.

 

Roland Jooris, Yardbird 1

 

(Francis Dannemark, Ici on parle flamand & français,
une fameuse collection de poèmes belges,
Le Castor astral, 2005)

 

 

12/07/2010

Best of Belgium

Le 8 juillet 2010 restera dans la mémoire des 35.861 spectateurs présents au stade Roi Baudouin pour avoir battu le record de la plus nombreuse assistance d’un match de tennis. Le record précédent datait du 20 septembre 1973, quand Billie Jean King, grande figure et promotrice du tennis féminin, a battu l’Américain Bobby Riggs lors de la fameuse « Bataille des sexes ». L’affiche de « Best of Belgium » était alléchante : Justine HeninKim Clijsters.

 

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Quoi de mieux pour les amateurs de tennis que d’applaudir nos deux meilleures joueuses belges à Bruxelles ? C’était avant qu’on n’apprenne la défection de Justine, blessée au coude lors du tournoi de Wimbledon. Mais les organisateurs lui ont trouvé une remplaçante, l’actuelle n° 1 du tennis féminin, Serena Williams elle-même, quitte à rebaptiser la partie « Best of the world ». De quoi fêter la présidence belge de l’Union européenne (et oublier un peu l’imbroglio politique dans notre pays).
 

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J’ai eu le plaisir de vivre cette soirée spéciale dans notre stade national (encore merci à la société Groen Service qui m’a accueillie dans l’espace V.I.P. et à B.), une première pour moi qui n’avais jamais assisté à un match de tennis entre joueuses de ce niveau ni goûté aux savoureuses attentions d’un accueil si soigné. Au Heysel régnait une atmosphère bon enfant. Chaleur de juillet, temps des vacances, tenues estivales – le temps superbe a fait le bonheur des vendeurs d’eau en bouteille, de bière et de crèmes glacées, mais pas seulement, les frites aussi avaient leurs amateurs (réputation oblige). Distribution d’applaudisseurs gonflables et de jumelles en carton, musique d’ambiance, concert avant et après le match : sur le podium, une belle brochette d’artistes belges dont Maurane, Clouseau, Toots Thielemans. 
 

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A cette fête sportive, un match d’exhibition sans réel enjeu, on a vu défiler d’abord sur la piste, à bord de voitures MGB, des vedettes du sport belge, très applaudies, puis Kim et Justine ensemble, et enfin l’Américaine, apparemment ravie de participer à cette soirée. De grands écrans dans les quatre angles du stade permettaient de mieux les voir.

 

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Que dire du match ? C’était très sympathique de le voir arbitrer par Martina Navratilova« la plus grande joueuse de simple, double et double mixte qui ait jamais vécu » selon Billie Jean King. Pour l’occasion, la partie se déroulait sans avantages : à 40/40, celle qui gagnait le point suivant emportait le jeu. Il est certain qu’un affrontement entre Kim et Justine aurait présenté plus d’intérêt. 
 

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Sans surprise, Kim a pris le dessus dès la première manche pour s’imposer sur le score final de 6-3, 6-2. Quelques beaux services, plusieurs longs échanges, de quoi admirer la vitesse dont sont capables ces joueuses, d’apprécier des balles qui fusent ou suivre celles qui s’égarent, comme cette balle envoyée par Serena dans la toiture amovible disposée au-dessus du terrain (pour garantir la tenue du match quels que soient les caprices de la météo), un dispositif qui permettait aussi de jouer avec les éclairages pendant les pauses. A l’applaudimètre, la palme est sans doute revenue à la petite fille de Kim qui déclenchait des réactions enthousiastes à chaque apparition sur les écrans. 
 

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En attendant le feu d’artifice qui clôturait cette soirée festive sans véritable compétition, les spectateurs ont allumé les petites lampes nichées à l’intérieur des applaudisseurs, du plus bel effet à la nuit tombée, puis se sont amusés à les lancer sur la piste d’athlétisme bientôt jonchée de lucioles vertes – du travail supplémentaire pour les services de la Ville de Bruxelles. La princesse Mathilde et le prince Philippe ont été chaleureusement applaudis, Yves Leterme, le premier ministre « en exercice », hué – comme on pouvait s’y attendre.

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Justine a défendu au micro la cause de la Belgique et des Pays-Bas candidats ensemble pour la Coupe du Monde de football en 2018. Vers minuit, la foule s’est dispersée dans la bonne humeur au pied des boules illuminées de l’Atomium, tout le monde semblait content d’avoir participé à cet événement populaire à l’organisation impeccable et sans anicroche. Bien sûr, on espère revoir bientôt un vrai match Henin – Clijsters.

 

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10/07/2010

Ville

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Gaston Haustraete (1878-1949), Rue de Bruxelles

  

Il ne suffit pas d'un tas de maisons pour faire une ville
Il faut des visages et des cerises
Des hirondelles bleues et des danseuses frêles
Un écran et des images qui racontent des histoires

 

Tahar Ben Jelloun

08/07/2010

A ciels ouverts

Si Yann-Arthus Bertrand ne se lasse pas de nous montrer La terre vue du ciel, le ciel vu de la terre inspire naturellement les photographes, artistes ou amateurs. Dans l’amphithéâtre de la Bibliothèque Sésame, une exposition en témoigne : « Schaerbeek à ciels ouverts », visible tout l’été jusqu’au 20 septembre prochain.

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C’est en découvrant la plate-forme au dixième étage de la Résidence Bel-Air (boulevard Lambermont) que Philippe Massart a trouvé son bonheur de photographe. Il en a fait son nid d’aigle : « Le citadin passionné par les grands horizons est un être souvent frustré… Des immeubles, des poteaux, des arbres ou des câbles, il y a toujours un obstacle qui empêche de voir le ciel grand ouvert. » Là, enfin, une vue dégagée.

Ses photos, prises durant ces dernières années, montrent « Les quatre saisons du ciel au-dessus des toits de Schaerbeek ». Le choix d’une ligne d’horizon très basse réduit le plus souvent la ville aux silhouettes des maisons et des immeubles. Les cheminées, les tours, les clochers des églises, tout ce qui « dépasse » permet aux Bruxellois de reconnaître la direction prise par l’objectif.

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Mais le ciel constitue le champ essentiel à contempler. Le lever et le coucher du soleil offrent les couleurs les plus somptueuses, allument les nuages, révèlent le grillage des stries laissées par les avions qui survolent Bruxelles. On y parcourt toute la gamme des couleurs chaudes, entre autres dans un magnifique ciel pommelé – presque exotique. Sur une photo de jour, un panache de fumée monte à l’assaut de l’azur. En regardant attentivement ce qui se dessine là-dessous, on distingue d’une photo à l’autre le dôme de l’Eglise Royale Sainte-Marie, la tour Reyers, le Brusilia, l’Atomium, la flèche de l’église de Laeken

Allez-y faire un tour, l’entrée est libre, vous ne le regretterez pas. Ne manquez pas cette photographie de l’hiver 2010, avec ses jolies maisons sous la neige dans l’arrondi d’une grande avenue. Elles attirent en premier lieu le regard, mais derrière elles se profilent les gratte-ciel du quartier Nord – une image significative du passage des quartiers « à taille humaine » à la ville contemporaine, qui vise toujours plus haut, comme on vient de l’apprendre avec le feu vert accordé par la Ville de Bruxelles à la future Tour Premium le long du canal, une tour de 42 étages culminant à 140 mètres de hauteur.

 

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D’autres photos de Philippe Massart complètent cette exposition, à la Bibliothèque Mille et une pages, place de la Reine. Internautes, vous pouvez explorer les galeries photos de Philmass, amoureux des paysages d’Irlande ou de Provence, randonneur des villes et des montagnes, ami des arbres et des nuages en Belgique ou ailleurs.
« Il y a de ces jours où l'on ne peut que rester sans voix en admirant le ciel s'allumer et se transformer en peinture », écrit-il.

06/07/2010

Hors saison

 

Cloches de Pâques

 

 

 

La ville est belle, c’est dimanche

le soleil filtre entre les branches

 

Les tramways, peints en jaune, glissent

En crépitant sur le rail lisse

 

Un pigeon blanc sur le toit bleu

est un spectacle agréable

 

Ce jeune homme est élégant

il ne boutonne pas ses gants

 

« Au Zèbre du Zanzibar »

la belle enseigne pour un bar

 

Près de son père une Antigone

passe, souriante, en tea gown

 

Les marronniers sortent de terre

corrects comme des notaires

 

Ces vers, mesdames,  je les veux

taillés courts comme vos cheveux

 

 

 

Paul Neuhuys, L’arbre de Noël (1927) in

On a beau dire, Labor, Bruxelles, 1984.

 

 

 

05/07/2010

Joli peuplier, pauvre dahlia

Elle ne figure pas encore sur les plans de Bruxelles, mais elle a sa plaque communale, bilingue comme il se doit à Bruxelles : « Placette du peuplier – Populierpleintje ». Son inauguration le 4 juin dernier a mis le point final aux aménagements destinés à sécuriser les abords de l’école Saint-Dominique à Schaerbeek, dans le quartier Terdelt. Dans le jargon urbanistique actuel, c’est une zone « kiss and ride » (sic) où les parents peuvent déposer ou venir chercher leurs enfants.

 

Mosaïque d'Ingrid Schreyers.JPG

 

Il y a des années, plusieurs peupliers bruissaient tout près de cette école, mais l’un d’eux s’est abattu un jour en travers de la rue, dans un grand fracas, et a signé l’arrêt d’exécution de ses compagnons, tous malades et menaçant de s’effondrer. Il n’y avait eu d’autre victime qu’une voiture heureusement vide, il ne fallait pas courir de risque. Depuis, les riverains attendaient qu’on replante des arbres comme promis.
C’est chose faite.

 

Trottoir de la placette du peuplier.jpg

 

Au pied du poteau indicateur de la nouvelle placette, une double dalle de l’artiste Ingrid Schreyers illustre gaiement cette plantation. Comment lui est venue l’idée de « Couleur pavé » ? « Une ville / Un trottoir / Je regardais ce trottoir. / Je comprenais tout de suite que / je devais / y placer un pavé coloré. / Peu de temps après / il y en avait chez les voisins / ensuite dans la rue avoisinante / enfin dans toute la commune. » Ses mosaïques colorées se sont multipliées sur les trottoirs schaerbeekois au grand plaisir des passants. Ses sources d’inspiration sont très variées : âne, chat, chien, oiseau, grenouille, potager ou fleurs, danse, football,... Vous pouvez vous amuser à les découvrir sur le site de B[IS]art.

 

Placette du Peuplier.JPG

 

Si le gris des villes est un cliché, surtout à Bruxelles où les espaces verts ne manquent pas, la grisaille des trottoirs ne l’est pas. Les pavés mosaïques réjouissent le regard des promeneurs schaerbeekois, comme les jardinières de fenêtres, les balcons fleuris, les plantes grimpantes en façade (encouragées).

 

Hélas, trois fois hélas, quand ici une rue reverdit, là une autre, tranquille jusque alors, voit sa vie bouleversée par un nouveau plan de mobilité – un test, qu'on espère non définitif – qui a transformé depuis un mois une petite rue charmante et calme en rue passante envahie par la circulation, par la simple inversion d’un sens unique : pauvre rue du Dahlia ! On n’a pas encore compris pourquoi, alors qu’ailleurs, la commune a installé des panneaux demandant aux automobilistes en transit de respecter l’environnement des riverains et de ne pas quitter les grands axes de circulation, ici, on a favorisé la situation inverse. Les habitants de la rue du Dahlia ont réagi, un site est né : « Il faut sauver la rue du Dahlia ». Joli peuplier, pauvre dahlia…