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04/04/2011

L'art de commenter

Pas de billet ce lundi ? Un poisson d’avril noyé dans l’encrier des blogs ? Bonjour ou plutôt bonsoir, amies, amis de Textes & prétextes. Je suis bien rentrée mais pas encore au gouvernail. La tête encore là-bas où la lumière est autre. Les lectures de vacances nécessitent quelque toilette complémentaire avant d’être partagées. Et puis Nina la chatte est en manque de caresses et d’attention – il faut jouer, voyons, sortir sur la terrasse, observer ensemble ce pigeon qui roucoule sur la corniche, le voyou, tout près de la fenêtre, de l’autre côté de la vitre.

 

Lumière de Cassis.jpg

 

En deux semaines, tout a changé : les bourgeons sont devenus feuilles, des arbres en fleurs ont l’air de mariées, les couleurs se pointent dans les jardins de ville, ici un camélia corail, là un magnolia de nacre. La sarriette squatteuse remontre le bout de son nez, la pervenche fleurit dans la jardinière. On dirait que les plantes sont ravies d’avoir déménagé : l’arrosage à l’eau de pluie, quoi de plus naturel. Les pies visitent le nid des corneilles, partout l’on vole et l’on pille – désolée pour ceux qui ont eu affaire à des visiteurs indélicats, grossiers merles plagieurs, pirates de blogs sans scrupules, qu’on suspende leurs sites haut et court, amen.

 

L’art de commenter : je ne vais pas donner de cours à des spécialistes comme vous qui avez joyeusement, gentiment, malicieusement pianoté sur un clavier vos remarques pour une absente, belle générosité devant laquelle je m’incline. Merci de vous adonner ici à l’art de la formule, de l’allusion, de me faire cadeau de vos impressions. Au passage, je salue bien sûr les milliers d’autres qui pratiquent l’abstention du côté des commentaires mais fréquentent régulièrement ce blog. Si vous avez le temps et surtout l’envie, jetez-vous à l’eau, allez. Quoi qu’on en pense, il n’y a pas plus libre que le commentaire, à chacun sa manière.

 

Vous avez joué le jeu, merci d’être passés ici à l’heure du thé. Plaisir, manie, rituel, certes. Combien de tasses ? Ne comptons pas, la suivante est en général la meilleure. Tous les matins, sur un air de Musiq3, l’eau filtrée ronronne avant de s’arrondir dans la théière chinoise, en terre cuite, commune – mais j’en ai de plus élégantes pour vous servir un jour ou l’autre, compagnie oblige. En manque de thé, vers quatre, cinq heures, je perds le nord, je bats la campagne, je me mets à bougonner, vous voilà prévenus. Pour le thé au jasmin, le darjeeling ou un Ceylan orange pekoe, si je ne possède point de ces tasses merveilleuses où se cache une belle en chignon, de jolis bols ou verres feront l’affaire.

 

Dans un autre style, le thé en grande bouteille thermos présente, c’est vrai, quelque côté éléphantesque, les Chinois en usent et en abusent à ce que je vois, comme notre cher octogénaire toujours vert qui muse avec les muses, pour notre plus grand plaisir. Quant au thé à l’anis, ami de Miss Ellen, je n’en ai jamais goûté mais il aide à… éliminer. Voilà que je m’égare, bonsoir ou peut-être bonjour. Vous voyez, je ne vous ai pas oubliés. La suite à jeudi, si tout va bien. Et à bientôt sur vos blogs.

02/04/2011

Reconnaissante

Pause-thé / 8       

Léger La tasse de thé.jpg

 

« J’ai déposé sur la table le plateau avec la théière fumante, les deux tasses blanches. Je suis reconnaissante à cette infusion, à ces objets, de la respiration qu’ils me permettent de prendre, et aussi à l’odeur du thé bouillant qui s’élèbve dans l’air, sortant comme une crinière flottante des jets dorés qui emplissent la porcelaine. Combien de fois ai-je puisé mon équilibre dans cette sorte de menus événements ? Une quantité de fois. »

 

Marie Cardinal (Sabine Yi, Jacques Jumeau-Lafond, Michel Walsh, Le livre de l’amateur de thé, Robert Laffont, 1985)

31/03/2011

C'est du thé

Pause-thé / 7         

 

Steinlen Chocolats et thés.jpg

« Haines s’assit pour verser le thé.

- Je vous mets deux morceaux à chacun, fit-il. Dites donc, Mulligan, il est plutôt fort de thé, celui que vous faites.

Buck Mulligan, qui taillait d’épaisses tranches à la michen répondit en prenant une voix de vieille enjôleuse :

- Quand je faye du thé, je faye du thé, comme disait la mère Grogan. Et quand je faye de l’eau, je faye de l’eau.

- Sapristi, c’est du thé, déclara Haines.

Et Buck Mulligan toujours coupant et bêtifiant :

- C’est comme ça, m’ame Cabill qu’elle dit. Pardine m’ame, dit Mme Cabill, le Seigneur vous accorde de ne pas faire les deux dans le même pot. »

 

James Joyce, Ulysse

29/03/2011

Le samovar

Pause-thé / 6    

 

 

 

« Après la huitième partie

De cartes, si j’ai bien compté,

L’ardeur est un peu ralentie,

Il est temps de servir le thé.

Nous connaissons l’heure au village,

Par les repas ; rien n’est plus sage :

Nous avons à l’intérieur, un excellent régulateur :

Notre estomac ; c’est une horloge.

Quand vint l’heure où le jour décline,

On apporta le samovar ;

Dans une théière de Chine 

Le thé se trouvait mis à part ;

Olga put déployer ses grâces

A loisir, emplissant les tasses,

Pendant que le petit garçon

Offrait la crème sans façon. »

 

Pouchkine, Eugène Onéguine

28/03/2011

Miss Ellen

Pause-thé / 5    

 

 

« Miss Ellen, versez-moi le Thé

Dans la belle tasse chinoise

Où des poissons d’or cherchent noise

Au monstre rose épouvanté.

 

J’aime la folle cruauté

Des chimères qu’on apprivoise :

Miss Ellen, versez-moi le Thé

Dans la belle tasse chinoise.

 

Là, sous un ciel rouge irrité

Une dame fière et sournoise

Montre en ses longs yeux de turquoise

L’extase et la naïveté :

 

Miss Ellen, versez-moi du Thé. »

 

Théodore de Banville, Le Thé

26/03/2011

Douce tranquillité

Pause-thé / 4    

 

Théière Qianlong.jpg

« On peut goûter, on peut sentir ; mais on ne saurait exprimer cette douce tranquillité, dont on est redevable à une boisson ainsi préparée. »

 

Empereur Qianlong, Eloge de la ville de Mukden

 

(Sabine Yi, Jacques Jumeau-Lafond, Michel Walsh, Le livre de l’amateur de thé, Robert Laffont, 1985)

24/03/2011

Tous les matins

Pause-thé / 3 

 

Théière Chine 1800.jpg 

 

« J’ai vu la princesse, qui parle de vous, qui comprend ma douleur, qui vous aime, qui m’aime, et qui prend tous les jours douze tasses de thé. Elle le fait infuser comme nous, et remet encore dans la tasse plus de la moitié d’eau bouillante ; elle pensa me faire vomir. Cela, dit-elle, la guérit de tous ses maux. Elle m’assura que Monsieur le Landgrave en prenait quarante tasses tous les matins. « Mais, madame, ce n’est peut-être que trente – Non, c’est quarante.  Il était mourant. Cela le ressuscita à vue d’œil. » Enfin, il faut avaler tout cela. »

 

Madame de Sévigné, Lettre (4 octobre 1684)

22/03/2011

La première tasse

Pause-thé / 2    

 

 tasse-chinoise.jpg

 

« La première tasse humecte mes lèvres et mon gosier.

La seconde rompt ma solitude.

La troisième pénètre mes entrailles et y remue des milliers d’idéographes étranges.

La quatrième me procure une légère transpiration et tout ce qui est mauvais dans ma vie s’en va à travers les pores de ma peau. »

 

Lu Tong

 

(Sabine Yi, Jacques Jumeau-Lafond, Michel Walsh, Le livre de l’amateur de thé, Robert Laffont, 1985)

21/03/2011

Le thé de la veuve

Pause-thé / 1    

   

Théière Ming et bol.jpg

 

 

« La veuve de Shen Wu vivait avec ses deux fils dans la ville de Yanxian. Elle était une adepte du thé. La cour de la maison abritait la tombe d’un inconnu et, toutes les fois qu’elle préparait du thé, elle ne manquait pas d’en offrir au défunt avant d’en boire elle-même. Ce qui déplaisait à ses fils. « Que peut bien en savoir la tombe, disaient-ils. Vous vous donnez vraiment du mal pour rien. » Ils se décidèrent à supprimer la tombe, mais, devant les raisonnements de leur mère, différèrent plusieurs fois leur geste. Or, une nuit, la veuve fit un rêve : un homme l’accostait qui lui disait : « Il ne reste rien de moi excepté cette tombe qui existe depuis trois cents ans. A plusieurs reprises vos fils ont décidé de la détruire, mais votre protection les en a empêchés. De plus vous m’offrez toujours du thé qui sent bon. Quoique je ne sois plus que quelques os desséchés, que puis-je faire pour répondre à votre gentillesse ? » Lorsqu’elle se leva le matin, la veuve trouva dans sa cour cent mille pièces d’or qui semblaient avoir été enterrées depuis longtemps alors que la ficelle qui les enserrait paraissait neuve. Elle appela ses fils et leur fit honte en montrant ce que la vieille tombe avait fait. »

 

Lu Yu (Sabine Yi, Jacques Jumeau-Lafond, Michel Walsh, Le livre de l’amateur de thé, Robert Laffont, 1985)

19/03/2011

Fraternité

« Je n’avais jamais éprouvé cela auparavant : que l’amitié, l’amour, ne sont pas affaire de temps mais le résultat d’une secrète alchimie, et que l’éternité, non plus, n’est pas une affaire de durée. Tout homme, dit-on, revient changé d’un pèlerinage. Mes amis Kurdes et Turcs, pèlerin de la fraternité, je rentrerai à la maison avec votre sourire et votre accolade de l’adieu au fond de moi. »

 

Bernard Ollivier, Longue Marche (I. Traverser l’Anatolie)

Turquie Deux hommes.JPG

 

Sur le départ, je vous ai mis de l’eau fraîche à bouillir, quelques bonnes feuilles de côté, sorti la belle porcelaine… Bonne dégustation ! Si vous laissez ici quelques bribes de conversation, je les savourerai à mon retour dans deux semaines – au printemps.

 

Tania