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03/09/2012

Premier septembre

J’avais prévu de vous parler d'un roman que je viens d’achever, je le reporte à jeudi. Pour aborder septembre en douceur, un dernier billet de vacances, une balade  l’été n’a pas dit son dernier mot. Ce samedi premier septembre, il faisait un temps très agréable pour se promener, c’était l’occasion de montrer un peu de Schaerbeek à nos invités. La Cité des Anes, vous le savez, possède un patrimoine remarquable et bien des quartiers paisibles où j’aime à passer. 

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A l’entrée du parc Josaphat, un cortège de mariage profite de la belle lumière pour prendre des photos. Le soleil joue dans les robes des demoiselles d’honneur, l’atmosphère est festive. Au bord d’un étang, une poule d’eau hésite à notre approche : rester ? se jeter à l’eau ? Il y a du monde dans les allées, sur les pelouses. Les promeneurs causent, les enfants jouent. Sur les bancs on prend l’air et on s’amuse à observer tout ce joli monde. L’heure est à la détente. Un grand bol d’air avant la rentrée des classes.

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Le parc Josaphat est vraiment superbe depuis sa restauration. Les statues respirent. Les grands arbres, les ponts, les rocailles, les courbes des allées fleurent bon une époque révolue qui se mêle harmonieusement à la nôtre.

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Les lapins ne s’encourent ni ne se cachent, habitués au va-et-vient, gourmands d’herbe fraîche. Mais ils nous ont à l’œil, qu’ils ont grand. Camille et Gribouille, les ânes du parc, remportent leur succès habituel.

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Un salut à Verhaeren, au passage – je n’oublie pas notre rendez-vous au Caillou-qui-bique, mais quelques soucis imprévus... Plus loin, Cendrillon détourne son regard du feu, tient mollement un soufflet à bout de bras, rêveuse. Sa patine ajoute une nuance de vert à la végétation qui l’entoure et la met en valeur. Ce beau week-end annonce les lumières de l’automne, si particulières. Je vous souhaite un bon mois de septembre, avec ou sans rentrée.

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28/08/2012

Risques de guerre

C’est la première fois que je remarque en quittant le Moeraske la grande inscription « RGT Risques de guerre » peinte en lettres capitales sur un pignon de briques rue Walckiers, et « Assurances » juste en dessous. Des recherches sur la Toile m’apprennent qu’elle est classée depuis 2004 par la Région de Bruxelles-Capitale comme « monument » d’intérêt historique et social. Cette peinture murale est « un exemple unique à Bruxelles, voire en Belgique, de publicité remontant au début des années 40. C'est un témoin in situ qui rend compte d'une époque qui utilisait le mur comme moyen de diffusion des messages publicitaires. » 

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L’inscription pouvait être lue de loin par les passagers du train – un slogan concis, facile à retenir. Des bombardements ont rasé le centre du village d’Evere et une partie du quartier d’Helmet à Schaerbeek, entraînant l'arrêt des activités de la compagnie d'assurance. Comme quoi on apprend toujours quelque chose en se promenant le nez en l’air.

27/08/2012

Au Moeraske en août

Je vous ai déjà parlé du Moeraske, cette bande de nature sauvage qui borde les voies du chemin de fer dans le bas de Schaerbeek (le parc Walckiers) et surtout d’Evere, deux communes bruxelloises limitrophes. S’y promener après le quinze août, c’est se sentir entre été et automne. Tout est encore très vert, d’un vert parfois fané, mais il suffit d’une éclaircie pour y mettre des contrastes, du relief, de la vie.

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Un héron cendré semble de pierre au bord de l’étang. Les canards, eux, viennent à la rencontre des promeneurs, peut-être habitués à recevoir du pain, et tracent leurs jolis « v » à la surface de l’eau. De part et d’autre du chemin de terre parallèle aux voies ferrées, les orties et les ronces disputent la place aux autres plantes. Le jaune domine dans les massifs encore en fleurs, de la tanaisie, des solidages, entre autres.

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Les roseaux prospèrent  et tout autour du marais (« moeraske » désigne un petit marais en néerlandais), c’est un fouillis végétal d’arbres, d’arbustes et de plantes sauvages. Cà et là, des feuillages prennent déjà des couleurs d’automne. Et dire que toute cette biodiversité est née d’un projet abandonné d’autoroute, le long du chemin de fer, et du remblaiement des pentes. Une histoire  étonnante à lire sur le site de la Commission de l’Environnement (CEBE-MOB).

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Au bout du chemin, en remontant, voici des haies, une nature domestiquée. Une partie du bosquet de bouleaux survit jusqu’à présent aux nouvelles habitations qui poussent en bordure du Moeraske. Un autre chantier, des logements « basse énergie », près de la vieille église Saint-Vincent, semble grignoter ce refuge de vie sauvage qui pourrait pâtir des projets de la Région pour la Promenade Verte autour de Bruxelles.

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On craint surtout pour le parc Walckiers, dont l’accès n’est possible qu’en visite guidée, et pour sa population de lérots, espèce phare du lieu. Espérons que les aménagements prévus, actuellement bloqués vu la contestation, n’appauvrissent pas la faune et la flore préservées du Moeraske et respectent ses divers biotopes.

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Nous longeons le parc du Bon pasteur avec ses terrains de jeu et de sport pour revenir à notre point de départ (rue Walckiers) en admirant les potagers bien tenus à l’arrière des entreprises voisines. (On entre au Moeraske par différentes rues du côté d’Evere.) Une chatte rousse sortie des taillis accepte volontiers les caresses avant de rejoindre ses congénères noirs ou tigrés, familiers des lieux – tous stérilisés et en bonne santé, nous assure un employé communal qui arrive en poussant une brouette de jardinier. On veille sur le Moeraske, « Zone Verte de Haute Valeur Biologique ».

18/08/2012

Représentation

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Vue du livre-guide du visiteur, avec des cartes postales détachables

« La représentation de l’Homme est devenue une préoccupation pratiquement obsessionnelle dans l’histoire de la peinture occidentale. Contrairement à d’autres cultures, l’art européen et nord-américain a mis l’humain à l’avant-plan de manière proéminente. »

Guide de la « Biënnale van de schilderkunst 2012. De mens in beeld »

16/08/2012

L'homme en image

« De mens* in beeld / L’homme en image » (*l’être humain, en néerlandais). C’est le thème de la troisième « biennale de la peinture » des Musées Dhondt-Dhaenens (Deurle) et Roger Raveel (Machelen-Zulte), dans la région des peintres de Laethem-Saint-Martin. Un parcours sur la figure humaine vue par des artistes contemporains, en dialogue avec quelques peintres de leurs collections permanentes. A visiter jusqu’au 30 septembre 2012.

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Vue du Musée Dhont-Dhaenens

Qu’il est agréable de déambuler dans ces musées modernes à taille humaine où la lumière circule si bien ! Le premier, destiné d’abord à abriter la collection des époux Dhont-Dhaenens et à la rendre accessible – une manière aussi de valoriser cette belle région de la Lys en Flandre, se consacre à l’art du XXe siècle et contemporain. Depuis 1999, le musée Roger Raveel – quelle consécration pour un artiste d’avoir de son vivant, dans son village, son propre musée – présente un ensemble considérable d’œuvres de l’artiste et des expositions contemporaines. 

Au musée DD entouré de verdure, dix artistes en dialogue avec Constant Permeke et Frits Van den Berghe. Surprenante entrée en matière, à gauche de l’entrée, avec les Autruches dansantes de la portugaise Paula Rego : en tutu noir, Lila Nunes, mannequin, a posé dans des attitudes grotesques inspirées du film Fantasia de Walt Disney.

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Sans titre (Musical chair) © Francis Alÿs

Tout en finesse et légèreté, plus loin, des peintures et dessins sur calque de Francis Alÿs. Ce Belge de réputation internationale réside à Mexico City. Des œuvres de petit format sur le mouvement et la répétition attirent ici l’attention sur les pieds. Soulier ciré (études pour une animation sur DVD visible à l’exposition, Shoe Shine Blues) ; personnages en marche ; soulier soulevant un tapis rouge ; couple autour d’une chaise, en deux scènes inversées. 

Dans le couloir central, une série de petits cadres révèlent un artiste qui m’a fait forte impression, avec ses bonshommes tristes – du bleu surtout, du noir, du doré. Trait acéré, dates incisives à l’encre de Chine qui sont à la fois titres et motifs, lames menaçantes, l’univers de Florin Mitroi (1938-2002) évoque l’impuissance, l’angoisse, le désespoir. « Only one trait, only one colour, only one truth » (un seul trait, une seule couleur, une seule vérité) écrit Erwin Kessler à propos de ce professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Bucarest. Sa peinture éloignée du réalisme social imposé par le régime communiste n’a guère exposée de son vivant. Après sa mort, des centaines d’œuvres sur toile, bois, verre et papier ont été retrouvées dans son atelier. C’est terrible et intense, inoubliable.

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Technique mixte sur verre © Florin Mitroi

Les personnages d’Elizabeth Peyton, une Américaine née en 1965, appartiennent à un univers très différent, eux sont dans le monde, mondains même. Gens célèbres ou familiers, elle les représente dans leur solitude, rêveurs, fragiles, incertains. Parmi ses portraits, ceux de Martin Creed les yeux dans le vague, d’Elizabeth (Arden) et Georgia (O’Keeffe) en noir et blanc, ou d’une femme seule devant un verre de vin (belle aquarelle exposée au musée Raveel). 

Le Rêve (La Création) de Frits Van den Berghe représente un homme couché, les yeux clos, la tête appuyée sur une main. De son corps émergent de petits personnages colorés – l’imaginaire prend possession de l’artiste. Les figures solides peintes par Van den Berghe (1883-1939) appartiennent à sa région, les formes sont généreuses, les couleurs chaudes. Les œuvres présentées ici font la part belle à l’imagination et certaines illustrent les fantasmes sexuels de l’artiste, non sans humour (La pédicure, Fertilité, L’impudique). 

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Le rêve (La Création) de Frits Van den Berghe

Après une pause en terrasse – plaisir d’une belle journée d’été – et quelques pas dans Laethem-Saint-Martin où les anciennes maisons restaurées et les belles résidences rivalisent de chic, et aussi leurs jardins, non loin des champs et de la Lys où les bateaux de plaisance défilent en ce chaud dimanche d’août, nous prenons la route en direction du musée Roger Raveel. 

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Vue du Musée Roger Raveel

Comment présenter cet artiste inclassable, né en 1921 ? Ce qui frappe dans ses toiles, c’est le jeu des structures, des couleurs. Beaucoup de blanc – sa devise est « Wit bewaar steeds je geheim » (Le blanc conserve toujours ton secret). Du jaune, du bleu, des couleurs vives, des rayures. Raveel ne dessine pas les visages en général, mais des silhouettes, des formes. Homme ou femme à ses occupations quotidiennes, de face, de dos, à une fenêtre ; parfois un paysage. Raveel mêle les motifs abstraits et figuratifs. Des miroirs sont intégrés dans de nombreuses toiles, et d’autres objets : grillage, tissu, cage à oiseau… 

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Les visiteurs sont invités à entrer dans L’illusion, un ensemble d’éléments placés en enfilade : à travers le torse découpé d’un personnage, il faut regarder plus loin, à travers un autre cadre. Tout au bout, sur une toile au mur, l’image d’un homme, de dos, à sa fenêtre – l’artiste à son chevalet ? A l’étage, pas loin d’un tapis mural représentant la procession des images, une étonnante Charrette à accrocher le ciel, soit un cube sur roues dont la face supérieure est un miroir ; toutes les faces sont peintes, il faut tourner autour de cet objet astucieux. 

Par une passerelle, on accède à l’étage réservé à la biennale 2012 (on peut y aller un autre jour, si l’on veut, avec le billet combiné). De Jan Van Imschoot, une série de portraits peints en 2001 à l’occasion d’une exposition dans un hôpital psychiatrique – le regard de Felix ! Une autre peintre dont je retiendrai le nom, Ellen de Meutter : autour de ses personnages en mouvement, le paysage bouge, les couleurs tourbillonnent.

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Don’t run away from life © Ellen de Meutter

Parmi les peintres « anciens », j’ai admiré Rachel par Spilliart, et aussi Seule : une petite fille sur le plancher d’un grenier – une scène de théâtre. Un hommage de Van Rysselberghe à la nuque d’Alice Sethe. Coquillages, croupes et mollusques du sarcastique Ensor. A voir aussi, dans une salle de photographies, l’album mural Genesis : des textes d’Hugo Claus illustrés par Raveel.

Si vous aimez flâner en peinture, ne ratez pas cette biennale. N’imaginez pas revoir en même temps la collection permanente du Dhont-Daenens, elle est en voyage, mais ce serait bien le diable si vous ne vous arrêtiez pas, complètement happé, devant l’une ou l’autre œuvre de ces artistes (plus de trente) qui, de façon parfois si déroutante, ou émouvante, parlent d’eux et de nous.

07/08/2012

L'Escaut

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Le bac à Saint-Amand

 

Ce qu’est l’espace immense et l’horizon profond,

Ce qu’est le temps et ses heures bien mesurées,

Au va-et-vient de tes marées,

Je l’ai appris par ta grandeur. 


(...)

 

Verhaeren, L’Escaut (Toute la Flandre – Les héros)

06/08/2012

Balade à Saint-Amand

Verhaeren y est né et célébré, il est partout chez lui à Saint-Amand (Sint-Amands), jolie localité sur l’Escaut propice aux balades, où il repose pour l’éternité. Quelques instantanés d’une balade estivale – oui, c’était vraiment l’été en Belgique à la fin du mois de juillet, depuis le ciel est plutôt changeant, mais nous ne sommes qu’à la mi-saison, n’est-ce pas ?

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En face du Musée provincial consacré au poète, on peut encore voir le grand « Christ au carrefour » évoqué dans « Mon village » (« Mijn dorp », dont des extraits sont affichés un peu partout à Saint-Amand, notamment près de l’ancien pilori – « schandpaal »). Enfant, Emile Verhaeren voyait ce Christ de la maison familiale. Du même côté, plus loin, un Musée des moulins annonce clairement son sujet sur sa façade aux fenêtres décorées : « Vlaams Centrum voor Molinologie ». En pousser la porte un jour pour compléter la visite du Moulin d’Evere ?

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Des maisons des XVIIe et XVIIIe siècles sont classées dans la rue de l’Eglise (Kerkstraat), mais c’est d’abord un imposant monument funéraire qui attire le regard au pied du clocher, surmonté d’un calvaire, avec une inscription en médaillon : « Onder de schaduwe der Kruises rust ik en wacht de verrezen » (A l’ombre des Croix je repose et attends la résurrection).

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Avant de s’installer dans la Bibliothèque communale en 1997, le musée Verhaeren occupait depuis 1955 une jolie maison ancienne, Het Veerhuis (maison du passeur), sur le quai devant l’Escaut. Du temps de Verhaeren, elle était occupée par une auberge où le poète buvait régulièrement un petit verre. C’est aujourd’hui un Office du tourisme où l’on est accueilli très aimablement, qu’il s’agisse de trouver des itinéraires à vélo ou un restaurant. On n’a pas manqué de nous y signaler que le bac permet de passer d’une rive à l’autre, gratuitement.

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Du quai, la vue sur l’Escaut est superbe. Avant d’arriver au sarcophage du poète et de son épouse, entièrement reconstruit en 2008-2009, on aperçoit déjà une statue de Verhaeren (par Léopold Van Esbroeck) debout, en train de déclamer, sa jaquette soulevée par le vent, ses vers à la main. J’ai été davantage touchée par une sculpture très originale de Jan Mees dans le jardin communal Marthe Massin tout proche : « Liefdegetijden » (Heures d’amour), tendre évocation de la poésie amoureuse de Verhaeren et de ce beau couple.

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Si les cyclistes sont nombreux les jours de beau temps à longer les rives, quatre « promenades avec Verhaeren à Saint-Amand » sont proposées aux promeneurs à vitesse réduite. En suivant la berge en direction des « Steenovens » (fours à briques), on rencontre une autre sculpture intéressante, celle du Veerman (Le Passeur) par Marc Macken, d’après « Le passeur d’eau » de Verhaeren.

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A pied, il faut prendre garde aux vélos qui arrivent d’en face ou de l’arrière. Beaucoup de cyclistes du plat pays se donnent rendez-vous à la taverne Den Amandus dont la terrasse avec vue sur le fleuve affichait complet ce jour de grand soleil. Une fois cette « fietsroute » quittée, peu après la vieille ferme des Steenovens, c’est le grand calme de la campagne sur la drève des Moulins où les peupliers bruissent.

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On revient vers le centre de Saint-Amand par le Dam, « misérable et lépreux », écrivait Verhaeren (Mon village) à propos de ce quartier nommé d’après l’ancienne digue qui protégeait le village des eaux de l’Escaut. De petites maisons de pêcheurs bordent la rue, chacune avec son bateau en façade.

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Ici, un vieux filet pend au-dessus des pots qui ornent une maison toute blanche sous son toit de briques orange ; celle-ci arbore de jolis décors sculptés, y compris pour le numéro de la maison, on y voit une vieille barque entre les arbres. Là, un voilier flotte sur une boîte aux lettres. Au n° 78, voile, musique et poésie font bon ménage, sans oublier les fleurs offertes aux passants.

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Encore aujourd’hui, ce quartier pittoresque garde une atmosphère singulière. Une bicyclette peut aussi faire de la figuration, sous de belles fenêtres. Mais après les deux bateaux du sympathique n° 144, aux encadrements de fenêtre d’un bleu soutenu, et la façade pleine d’allure du n° 112 avec son bateau sculpté dans la pierre, voilà la maison la plus bizarre du Dam, sur un angle. Un adepte de Gaudi, ennemi de la ligne droite, y a réinventé le mur de briques pour y faire apparaître des figures, des motifs, dans un joyeux désordre.

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Une galerie d’art et de décoration loge dans cette architecture improbable : si elle avait été ouverte, j’y serais entrée. Mais j’ai suivi un autre musicien, notre Toots Thielemans national, sur son Boulevard : une rue étroite de Saint-Amand située sur la « SIM-route » (route touristique musicale le long de l’Escaut) porte ce nom depuis 2003, le célèbre jazzman à l’harmonica est citoyen d’honneur de la commune.

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De retour à l’église de Saint-Amand, dont le clocher est comme un phare pour se repérer de loin, on embrasse une dernière fois le paysage grandiose avec le fleuve, le bac, la tombe, la maison du passeur, en se promettant d’y revenir un jour. Alors on prendra le bac, on marchera sur l’autre rive, pour découvrir Saint-Amand de l’autre côté de l’Escaut, en songeant au Passeur de Verhaeren, « un roseau vert entre les dents ».

04/08/2012

Mon ami le paysage

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L'Escaut à Saint-Amand

 

J'ai pour voisin et compagnon

Un vaste et puissant paysage

Qui change et luit comme un visage

Devant le seuil de ma maison.

 

(...)

 

Emile Verhaeren, Mon ami, le paysage
(
Les Flammes hautes, 1917)

 

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02/08/2012

Verhaeren au Caillou

Un article enthousiaste de Guy Duplat m’a fait prendre il y a peu la route de Saint-Amand (Sint-Amands) : c’est juste à côté de la maison natale de Verhaeren que le Musée provincial, au premier étage de la bibliothèque communale, propose une exposition sur « Emile Verhaeren & Le Caillou-qui-bique », « lieu mythique lié à Verhaeren comme Combray à Proust ou les Marquises à Gauguin » (Duplat). Le nom du hameau vient d’un rocher saillant « à la silhouette d’un diable, (…) sujet d’innombrables contes et légendes » (Petit guide bilingue de l’exposition).

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Sur la rive de l’Escaut, Saint-Amand vaut d’abord la visite pour ce site exceptionnel : la tombe de Verhaeren, où la dépouille de son épouse est venue le rejoindre, domine le fleuve. Tout près, l’église et une brasserie, De Veerman (Le Passeur), et l’embarcadère où un bac transporte promeneurs et cyclistes (très nombreux) d’une rive à l’autre toutes les demi-heures pendant l’été).

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Sous les noms d’Emile et Marthe Verhaeren, cette inscription : « Ceux qui vivent d’amour vivent d’éternité. »

Tableaux, sculptures, livres, manuscrits, photos, gravures, textes et lettres font revivre ces années 1899 à 1914 où les Verhaeren aimaient passer le printemps et l’automne dans leur résidence secondaire. La muséographie est chaleureuse : tables en bois de différentes hauteurs et dans tous les sens, avec des tiroirs à ouvrir par les visiteurs, comme y invite aimablement le conservateur du musée, tentures aux motifs végétaux, mur sous-bois (photographie). Toutes les légendes sont en français et en flamand.

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De Degouve de Nuncques, deux peintures de l’auberge du Caillou-qui-bique. La maison des Verhaeren (installés alors dans un appartement de Saint-Cloud près de Paris), Marthe Verhaeren (Massin) la représente avec les poules devant une barrière en bois verte. Au départ, ce n’étaient que des étables. Léon Laurent, le propriétaire de la Crémerie, les a réaménagées pour eux. D’anciennes cartes postales et photos rappellent l’atmosphère de l’endroit, à l’époque fort fréquenté pour un bain de nature (vers 1900). « Je ne distingue plus le monde de moi-même, je suis le sol (…) et l’herbe des fossés où soudain je m’affale… » (Verhaeren, La multiple splendeur)

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Marthe Verhaeren, La ferme du Caillou-qui-bique (détail)

Stefan Zweig a souvent séjourné au Caillou et y appréciait la vie simple et naturelle de ses hôtes : « Est-ce bien une maison ? Pas même une maisonnette, ce n’est qu’une grange en briques, sans autre décor que les guirlandes de verdure et de roses qui s’accrochent sur le rouge brunâtre de la brique. C’est un ouvrier qui se tient sous les arbres : veston de velours gris, culotte bouffante, sans col ni cravate, des sabots aux pieds, plutôt laboureur, fermier d’Amérique que bourgeois bourgeoisant. » (Stefan Zweig, Souvenirs sur Emile Verhaeren)

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Zweig entre Emile et Marthe Verhaeren sur le banc
devant leur maison (Photo sur le site du musée)

De Montald, autre visiteur régulier, les dessins à l’encre de Chine sont autant de portraits vivants. En 1907, dans une lettre à Charles Bernier, ami graveur et aquafortiste, Verhaeren confie avec humour ne pas toujours goûter le calme souhaité dans sa maison de campagne : on lui rend visite, beaucoup d’artistes, d’écrivains, de traducteurs ; on le sollicite – « Mon Dieu, que c’est embêtant d’être quelque chose ! »

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Les poèmes de Verhaeren abondent dans l’exposition, on peut aussi en écouter dans une vidéo, comme « Toute la mer va vers la ville » (Le port) et « Je ne puis voir la mer sans rêver de voyage… » (Le voyage). La nature inspire le grand promeneur qu’était Verhaeren – « Je t’apporte, ce soir, comme offrande, ma joie / D’avoir plongé mon corps dans l’or et dans la soie / Du vent joyeux et franc et du soleil superbe… » (Les Heures d’après-midi) – et aussi les hommes « Il n’importe d’où qu’il me vienne / S’il est quelqu’un qui aime et croit / Et qu’il élève et qu’il soutienne / La même ardeur qui règne en moi » (strophe ajoutée à la main par le poète au tapuscrit de Flammes hautes).

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Parmi les portraits, en voici deux de Verhaeren avec sa grande cape, son chapeau et sa canne, le plus petit, de dos, inspiré par celui de Montald, comme en recto verso ; ils sont l’un à côté de l’autre, non loin d’un tableau de Marthe Verhaeren montrant son époux à son bureau. Marthe Massin, que le poète considérait comme son « Saint Georges », est très présente dans l’exposition : oeuvres, photos, portraits, textes qui lui sont dédiés. Plusieurs artistes ont sculpté le buste de Verhaeren : César Schroevens (une copie en bronze près de l’accueil), Buleslaw Biegas (ci-dessous), Zadkine (à gauche sur la vue d'ensemble)…

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On accède au petit salon adjacent par un palier où l’on peut lire près d’un haut relief cette phrase de Zweig : « Par-dessus la terre de ses pères son amour allait vers l’Europe, vers le monde tout entier, plus que le passé il aimait l’avenir ». On y voit un Portrait en redingote rouge de 1907 par Georges Henri Tribout, une belle illustration de Van Rysselberghe pour « Les errants », entre autres.

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Lettre de L. Laurent à Verhaeren

J’ai d’abord cru que cette exposition (jusqu’au 11 novembre 2012) se tenait au Caillou-qui-bique à Roisin (Honnelles), près de la frontière française. Après avoir visité l’exposition de Saint-Amand (un village dont je vous reparlerai bientôt), je suis bien sûr toute prête à prendre la route en direction de ce coin du Hainaut où le grand poète francophone de Flandre, le Belge, l’Européen, qui aurait pu décrocher le Nobel en 1911 à la place de Maeterlinck, se sentait vivre « double et triple ». Là aussi, nul doute, je sentirai la présence de celle qui m’a fait apprendre par cœur, et pour la vie, « Au passant d’un soir ».

19/07/2012

L'écart

Pause / Terre d’écarts / 4    

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Rik Wouters, Le masque qui rit (Nel)

La terre a tourné sans nous
Elle continuera de tourner après nous
mais quand nous y sommes
                                       quelle différence !

 

Liliane Wouters, Vies et morts de mademoiselle Shakespeare

 

(Terre d’écarts – Ecrivains français de Belgique, Editions Universitaires, Bruxelles, 1980.)