Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/04/2014

Timide

Square Riga en fleurs (6).JPG

 

Ce tout jeune cerisier du Japon semble un peu timide en face de l’imposante église de la Sainte Famille qui domine le square Riga. Son clocher art déco, inattendu pour une église conçue au départ en style néo-gothique (une photo du premier projet montre le grand écart réalisé), est unique et reconnaissable de loin.

Une occasion de vous signaler juste à côté du petit arbre le logo de Cambio, réseau de voitures partagées qui compte déjà onze stations à Schaerbeek, et deux emplacements en haut du square.

07/04/2014

Le square en fleurs

Notre goût pour les cerisiers en fleurs est sans doute peu de chose par rapport à l’engouement des Japonais qui se préparent à leur éclosion près d’un mois à l’avance. Le 26 février dernier, les médias japonais présentaient déjà carte et calendrier de « l’avancée du front des cerisiers » en vue des fêtes de hanami (Tokyo-Paris allers-retours).

square riga,cerisiers du japon,patrimoine,bruxelles,schaerbeek,arbres,fleurs,japon,promenade,culture

J’ignore s’il existe en Belgique des cerisaies attirant les visiteurs en si grand nombre – à part au jardin japonais d’Hasselt – mais ceux qui ont la chance de voir fleurir ne fût-ce qu’un seul cerisier du Japon dans leur jardin s’en émerveillent chaque année. A tous, les parcs et les jardins publics offrent plaisir des yeux et atmosphère de fête au temps de leur floraison. C’est la saison où l’entrée du parc Josaphat, à l’angle de l’avenue Louis Bertrand, dessine son plus beau berceau de verdure. 

square riga,cerisiers du japon,patrimoine,bruxelles,schaerbeek,arbres,fleurs,japon,promenade,culture

Lorsque je vous ai parlé de la Villa Regina, je vous avais promis de vous montrer le square Riga paré de ce rose délicieux, en voici quelques photos. Les cerisiers ne sont pas les arbres les plus anciens du square (nommé d’après un musicien du dix-neuvième siècle, Pierre François Riga, un compositeur belge décédé dans la commune), qui compte plusieurs arbres remarquables repris à l’inventaire du patrimoine naturel. Depuis 1998, pour fêter le retour du carnaval à Schaerbeek (« scharnaval »), on y plante chaque année un nouvel arbre.

square riga,cerisiers du japon,patrimoine,bruxelles,schaerbeek,arbres,fleurs,japon,promenade,culture

D’âge et de taille variés, les cerisiers du Japon bordent les terre-pleins du square. Ces prunus « ont été sélectionnés pendant des siècles au Japon (et en Chine) à partir d’espèces sauvages », explique le Guide Delachaux des arbres d’Europe. Outre le plus commun sur notre continent, Prunus serrulata ‘Kanzan’, ce guide en décrit une quinzaine d’autres, qu’on prend plaisir à détailler sur les planches spectaculaires qui les illustrent. Peu répandu, le Prunus ‘Hokusai’ (‘’Uzuzakura’) a des fleurs rose tendre, avec dix à quinze pétales « et un bouquet d’étamines cramoisies au milieu des jeunes feuilles brun cuivré ».

square riga,cerisiers du japon,patrimoine,bruxelles,schaerbeek,arbres,fleurs,japon,promenade,culture

Les gros pompons des cerisiers ‘Kanzan’ (23 à 28 pétales) donnent chaque année un coup de jeune aux habitations construites autour du square Riga il y a près d’un siècle. Une invitation irrésistible à quitter le trottoir extérieur pour longer les terre-pleins. Maisons bourgeoises, hôtels particuliers et autres immeubles ne manquent pas d’agréments, mais ces jours-ci, on préfère la vie en rose. 

square riga,cerisiers du japon,patrimoine,bruxelles,schaerbeek,arbres,fleurs,japon,promenade,culture

C’est sous les cerisiers du Japon  qu’on promène les bébés ou que l’on s’arrête pour tailler une bavette. Les enfants ne résistent pas à cette profusion de rose, et certains, tout contents, en ramènent un bouquet tout fait à la maison. Le retour de la pluie, ce dimanche soir, va sans doute altérer le spectacle, mais tout ce rose va durer encore un peu, avant dêtre foulé aux pieds.

25/03/2014

Reconstruction

360 Tsunami 1 xylogravure.jpg« A travers la technique de la gravure, c’est par le geste que tout commence. Par la déconstruction. Dompter le bois, affronter la planche brute, celle qui laisse des échardes dans la paume, la malmener, la découper, la taillader, lui infliger les blessures de son propre cataclysme. Canaliser la barbarie du monde dans la violence du geste pour ériger un rempart à la sauvagerie. Par la reconstruction. » 

Chris Vander Stappen, Cataclysmes climatiques
« Tsunami » (détail) 
© Nathalie van de Walle

 

24/03/2014

Tsunami à 360°

« Tsunami » : le mot ramène au terrible tremblement de terre en Indonésie, fin décembre 2004, et à la vague meurtrière qui a tout emporté sur son passage. « Tsunami » : une œuvre extraordinaire de Nathalie van de Walle, à voir à Gembloux jusqu’à samedi prochain. Elle y a travaillé huit ans, bouleversée par les images du chaos, du tsunami et des autres catastrophes qui mettent notre terre sens dessus dessous. 

360 Invitation expo Gembloux.jpg

Dans le cadre du Printemps des Sciences, au bel Espace Mohimont installé dans une ancienne ferme abbatiale, l’exposition « 360° Architecture du paysage »  présente des œuvres de Nathalie van de Walle, ainsi que des créations de l’atelier sorcier et du projet « Art et science 2.0 ». Une vidéo d’un paysage à 360° accueille les visiteurs dans les salles du bas, l’exposition continue à l’étage, sous la charpente. 

360° le site.jpg

360 étage.jpg

La double fresque « Tsunami », conçue d’abord pour être présentée en rond, à 360°, se présente ici, où elle est dévoilée pour la première fois dans son ensemble, en une longue courbe sous les voûtes anciennes. En entrant, on découvre d’abord, côte à côte, quinze xylogravures de 110 x 110 cm chacune, un gigantesque chaos, des scènes de destruction où reviennent certains motifs : des cabanes en bois, des pylones et des fils électriques arrachés, des arbres… Au verso de cette courbe se déploie une magnifique estampe sur papier laurier, longue de dix-sept mètres et de 120 cm de haut .

360 Tsunami 1.jpg
15 xylogravures; 110 x 110 cm, 2008-2013 © Nathalie van de Walle

Depuis toujours fascinée par les structures (murs, villes, chantiers, échafaudages...), Nathalie van de Walle déconstruit, reconstruit, réinvente sans cesse, explore des techniques variées, comme on a pu le voir dans ses expositions depuis 1980, en Belgique et en France. « Tsunami », œuvre monumentale, coupe le souffle par l’intensité avec laquelle elle montre le monde dans ses dévastations : en Indonésie, mais aussi ailleurs, là où la terre a tremblé, où un train a déraillé (Buizingen), où des tours se sont écroulées (11 septembre)…  

tsunami,exposition,van de walle,nathalie,gembloux,360°,architecture du paysage,xylogravure,estampe,art,science,culture
Détail d'une xylogravure © Nathalie van de Walle

En découvrant les xylogravures, en déchiffrant leurs motifs, ici les roues d’une voiture retournée, là les bras d’un arbre mutilé, exploration sans fin des débris, on plonge dans la tragédie, les heures sombres. Tout cela semble figé dans lhorreur, mais le temps continue à se mouvoir dans lespace. Spectateur, témoin, impossible d’être impassible. Impression de ne plus respirer, besoin de reprendre son souffle dans les clartés du ciel avant d’explorer plus avant le chaos sur terre. 

360 estampe 3.jpg
Estampe, 17 x 1,20 m, 2013 © Nathalie van de Walle

Quel contraste quand on passe de l’autre côté ! Le dessin est le même, pas la technique : place au noir et blanc de l’estampe, à l’œuvre en continu, d’une force incroyable, lisse, surprenante. Ce sont les mêmes scènes de chaos sur terre, cette fois interprétées par la ligne, le trait, la pureté du dessin – « épure de la tragédie » (Chris Vander Stappen) Des deux côtés, la main de l’artiste a beaucoup œuvré, mais les gestes ont été très différents et pour le regard, l’expérience est tout autre aussi en allant du papier au bois, du bois au papier.  

tsunami,exposition,van de walle,nathalie,gembloux,360°,architecture du paysage,xylogravure,estampe,art,science,culture
Estampe (détail) © Nathalie van de Walle

Autour du « Tsunami », Nathalie van de Walle expose aussi des œuvres de 2004, « paysages nuits », « paysages d’aubes » (eau-forte, collage, acrylique) d’une grande douceur. Le ciel et la terre, la ligne qui les relie, c’est leur fil conducteur. Regardez, par exemple, « Brume et paysages ». C’est comme si la paix répondait à la guerre.  

tsunami,exposition,van de walle,nathalie,gembloux,360°,architecture du paysage,xylogravure,estampe,art,science,culture
Brume et paysages, 2004  © Nathalie van de Walle

 

Espace André Mohimont, Gembloux Agro-Bio Tech., avenue de la Faculté d’Agronomie, n° 5 à 5030 Gembloux (en semaine sur rendez-vous, le samedi 29 mars de 14h à 18h). Mise à jour 25/3/2014.

11/03/2014

Villa Regina

Villa Regina.jpg

Perle du patrimoine schaerbeekois, le square Riga ne manque pas de façades intéressantes. J’aimerais posséder un peu plus de vocabulaire architectural pour vous parler des éléments remarquables qui rendent ses maisons si particulières et si agréables à observer au passage. Voyez, par exemple, la Villa Regina, dont le nom se détache sur un cartouche à dominante bleue. « Maison bourgeoise de style éclectique », selon l’Inventaire du patrimoine architectural de la Région bruxelloise. Cliquez sur la notice : vous y découvrirez, aux mots soulignés, la définition des « coussinets », d’une « serlienne », des « aisseliers », d’un « brisis »…

10/03/2014

Mars qui rit

Ce samedi 8 mars, journée internationale des droits des femmes, les réseaux féministes ont rappelé les combats à mener encore et toujours pour plus de respect et d’égalité – merci à toutes celles qui s’activent, exposent, manifestent. A Bruxelles, l’appel du dehors était irrésistible par ce premier jour quasi printanier de l’année, assez doux pour s’asseoir en terrasse et se laisser caresser par le soleil, ou mieux encore se promener.

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture

Allons au Moeraske ! Un décor original a pris place sur la clôture du jardin partagé, signé « Le cercle déchets d’œuvres » : cette asbl schaerbeekoise, dans le cadre d’un contrat de quartier durable, a organisé des ateliers axés sur la consommation de fruits et de légumes de saison, d’où la création d’une fresque collective sur le thème « nous sommes ce que nous mangeons ». Ces céramiques inspirées par le contenu de nos assiettes ont des couleurs réjouissantes.

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture

Sur le chemin, des jardiniers avec une brouette. En me voyant prendre une photo, l’un des deux m’interpelle : « Vous voulez voir quelque chose de très rare ? » Bien sûr ! L’homme est spécialiste des mousses et nous annonce une hépatique dont quelques spécimens ont été observés dans la zone des potagers : la « Sphaerocarpos michelii ». Nous lui emboîtons le pas et il nous emmène devant un coin de terre presque nue, fort humide, puis me tend une loupe de botaniste. Très rare et… très petite, cette hépatique ressemble à un minuscule chou-fleur vert (au milieu de la photo). Encore merci, monsieur le jardinier. 

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture

La lumière toute neuve de ce jour de mars réveille la roselière du Moeraske, le marais alimenté par le Kerkebeek où des canards s’élancent sur les ondes et font trembler les reflets des arbres. Beaucoup de promeneurs profitent de cette belle journée et laissent leur chien en liberté – en voilà un si fasciné par l’eau qu’il s’y jette sans lâcher la balle qu’il tient dans sa gueule – juste envie de nager un peu, et il ressort. 

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture

Près d’un grand tronc couché envahi par le lierre et qui barre le chemin le long du chemin de fer, un avis de la Cebe-Mob – nous sommes dans un espace naturel protégé – explique les nouvelles balises du sentier de promenade. On l’a repoussé le long du talus boisé pour permettre la régénération de la pelouse sèche le long du chemin de fer.

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture

En haut du talus, les cris des perruches vertes nous font lever les yeux vers leur nid, immense. Beaucoup s’activent dans les environs, elles se sont visiblement installées au Moeraske comme dans la plupart des parcs bruxellois. Ce ne sont pas ici les grandes perruches vertes, mais une espèce plus petite, les conures veuves (Myiopsitta monachus) ou perruches moines. « L'espèce a ceci de remarquable qu'elle est la seule parmi les perruches à construire de vastes nids collectifs à entrées multiples, faits de branches et brindilles, lesquels peuvent atteindre plusieurs mètres d'envergure. » (Wikipedia) 

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture
8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture

Le réveil printanier n’est pas encore très visible sur les arbres, mais leurs ramures semblent s’étirer sous le soleil de mars, comme les bras, la colonne et les jambes des pratiquants du yoga dans la posture… de l’arbreVisiteurs bruxellois, savez-vous que vous pouvez participer jusquau 14 avril à lenquête publique sur le « plan régional nature » ? 

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture

De retour dans les rues de Schaerbeek, en direction du square Riga, arrêt devant une jolie façade : sous un arc de briques rouges, entouré de feuilles, un ornement en faïence offre au regard son cœur bleu comme le ciel du jour. 

8 mars,femmes,bruxelles,moeraske,promenade,jardin partagé,lecercledéchetsdoeuvres,sphaerocarpos michelii,conure veuve,nature,culture 

« Tandis qu'à leurs œuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps. »

Th. Gautier, Premier sourire du printemps

 

08/03/2014

Comme un animal

« Je peins seulement à la lumière naturelle et celle-ci est comme un animal. Elle respire, change d’humeur. Une lumière artificielle est rigide et stérile. De même que quelqu’un savoure un cigare ou du vin, je savoure la lumière depuis toujours. C’est un miracle sans cesse recommencé. »

Michaël Borremans 

(Entretien avec Thomas Schlesser et Mélanie Gentil, Novaplanet, 26/2/2014) 

Borremans Blue.jpg
 © Michaël Borremans, Blue2005

 As sweet as it gets, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 2014

P.-S. En ce moment (10h10) sur Musiq3 : rediffusion de l'entretien avec Jan Hoet.

 

06/03/2014

Borremans au Palais

« As sweet as it gets » : la grande rétrospective consacrée au peintre belge Michaël Borremans (né en 1963) attire du monde au Palais des Beaux-Arts (Bozar) de Bruxelles, où se poursuit la belle exposition Zurbarán. Reconnu sur la scène internationale, l’artiste, qui a son atelier à Gand, offre un aperçu de son travail des vingt dernières années, qui sera montré ensuite à Tel-Aviv puis à Dallas. 

borremans,exposition,rétrospective,bozar,bruxelles,peinture,dessin,sculpture,culture
Michaël Borremans, The Avoider, 2006 
360 x 180 cm Oil on canvas The High Museum of Art Atlanta
Courtesy Zeno X Gallery, Antwerp and David Zwirner New York/London © Photographer Ron Amstutz

On est accueilli par The Avoider (tous les titres sont en anglais exclusivement), un portrait en pied haut de presque quatre mètres ! En face, une toute petite toile, Homme tenant son nez. La figure humaine, le corps, c’est le thème privilégié par Borremans, qui s’inscrit de manière originale dans cet éternel sujet de la peinture. L’illusion réaliste (l’œuvre renvoie à La Rencontre de Courbet) disparaît à l’observation : les ombres de la tête et du bâton ne correspondent pas.

Dans chaque toile, quelque chose trouble. Les petits formats, dans les premières salles, impressionnent par leur présence. Sleeper, une tête d’enfant blond couchée : est-ce une image du sommeil ou de la mort ? Le visage s’arrête à la ligne du menton ; ni cou, ni buste, juste une courbe. Les personnages de Borremans sont ailleurs, montrés de dos ou les yeux baissés, dans des vêtements d’autrefois ou plutôt sans époque, le peintre évitant toute indication de contexte. Pour lui, « le sujet est toujours un objet – et non pas une représentation d’un être vivant » (Guide du visiteur). 

borremans,exposition,rétrospective,bozar,bruxelles,peinture,dessin,sculpture,culture

Michaël Borremans, Sleeper, 2007-2008
40 x 50 cm Oil on canvas Private Collection
Courtesy Zeno X Gallery Antwerp © Photographer Peter Cox

Certaines œuvres rendent hommage aux maîtres anciens. Deux oiseaux contre un mur, 10 et 11, rappellent le chardonneret de Fabritius. La nature morte est un autre genre exploré par le peintre : un poulet mort, un canard, un masque, une figurine. The Garment, une sorte de cape en tissu gris bleu transparent – on pense aux petites natures mortes de Manet : simplicité, matière, présence.

Borremans, qui admire Velasquez et Goya, pratique la technique baroque, « par couches transparentes de peinture à l’huile sur un fond brun clair ou rouge » (Hans Theys, Le mystère Michaël Borremans, OKV). Anna, une femme en corsage rouge, regarde ses bras et ses mains comme ensanglantés. Tout ici est jeu perpétuel sur la présence et l’absence, la solitude, voire la souffrance. Des imperfections, des traînées, des taches rappellent la matérialité de la peinture. 

borremans,exposition,rétrospective,bozar,bruxelles,peinture,dessin,sculpture,culture

Michaël Borremans, The Branch, 2003
80 x 60 cm Oil on canvas Private Collection
Courtesy Zeno X Gallery Antwerp © Photographer Peter Cox

La Branche, un rameau dressé contre un mur : de petits points blancs marquent le relief des bourgeons, et quelque chose de fort se dégage comme par magie de ce sujet tout simple, grâce aux ombres qui créent volume, profondeur, vie.

Borremans aime cadrer une partie du corps, comme dans Blue : d’un buste en blouse blanche, bras et mains posés sur une table, le haut a disparu. Une très belle toile, The Ear, montre une femme de dos, de la tête aux épaules ; sous son chignon, le col droit dune blouse ; les cheveux sont dégagés autour d’une oreille. Le plus souvent, ce sont les mains qui attirent le regard. Main rouge, Main verte est une des œuvres les plus représentatives de l’artiste : tenues à plat à petite distance d’une surface, enduites de couleurs complémentaires jusqu’au poignet. 

borremans,exposition,rétrospective,bozar,bruxelles,peinture,dessin,sculpture,culture

Michaël Borremans, The Angel, 2013
300 x 200 cm Oil on canvas
Courtesy Zeno X Gallery Antwerp © Photographer Dirk Pauwels

Dans la salle des grandes toiles, la plus spectaculaire, on reste baba devant The Angel, silhouette androgyne en longue robe rose à volants, debout les bras le long du corps, le visage couvert de peinture sombre (à la manière dont on se noircit le visage au carnaval) – un ange de la mort ? The Pendant n’est pas moins ambigu : une femme debout semble pendue par les cheveux au moyen d’une corde rouge.

La fillette d’Une jupe en bois regarde vers le bas, torse nu, les bras devant elle, comme aveugle. Derrière, les bords de grands panneaux posés contre le mur de l’atelier jouent avec les autres droites du tableau. Et voici la fameuse Robe du diable, où un homme nu couché a le corps glissé dans un étui en bois rouge qui s’évase aux genoux. Borremans construit ses images en mêlant le familier et létrange, lesthétique et le malaise.

borremans,exposition,rétrospective,bozar,bruxelles,peinture,dessin,sculpture,culture

Michaël Borremans, The Devil’s Dress, 2011
203 x 367 cm Oil on canvas Dallas Museum of Art, DMA/amfAR Benefit Auction Fund
Courtesy Zeno X Gallery Antwerp and David Zwirner New York/London © Photographer Ron Amstutz

Des vidéos de lartiste – encore et toujours des corps immobiles sur lesquels la lumière varie ou qui tournent sur eux-mêmes comme des statues – font la transition vers son œuvre dessinée et ses sculptures. Une petite huile, The Neck, révèle à nouveau la virtuosité technique remarquée dans The Ear pour rendre le bas des cheveux, la nuque, le haut d’une chemise blanche.

Les dessins sont présentés par séries : une fillette dont les mains glissées dans des cornets prennent différentes positions ; un homme en veston bleu assis à une table, des ronds rouges en suspension devant ses mains (The German) ; des étagères où une main retire puis repose des arbres miniatures. Borremans met aussi ces sujets en scène dans des boites où il réunit vidéos, éléments de maquette et minuscules personnages. 

borremans,exposition,rétrospective,bozar,bruxelles,peinture,dessin,sculpture,culture

Michaël Borremans, The Bodies (I), 2005
60 x 80 cm Oil on canvas
Courtesy David Zwirner New York/London ©Photographer Ron Amstutz

Cette partie de l’exposition est parfois ludique. Mais l’inquiétant n’est jamais loin: sur un buste d’homme, quatre trous noirs, une main achève d’y peindre l’inscription « People must be punished » ; sous cette image, une scène de piscine, avec de tout petits baigneurs, un moment de détente (The Swimming Pool). On a rapproché ce dessin de La Colonie pénitentiaire de Kafka. Changement d’échelle, contradictions, de quoi égarer le spectateur. 

Si comme moi, vous n’aviez encore rien vu de Michaël Borremans, « le peintre de l’énigme » (Guy Duplat), ne manquez pas cette rétrospective. Avec ses Laquais accrochés au Palais Royal de Bruxelles (une commande de la reine Paola) et l’émission d’un timbre-poste en son honneur, l’exposition assure une plus large reconnaissance au peintre belge dans son pays. Son savoir-faire impressionne, et on n’a pas fini d’interpréter ses intentions. Selon Hans Theys, « les essais consacrés à son œuvre ont souvent tendance à renforcer la confusion que l’artiste suscite déjà lui-même. » Contre ceux qui le considèrent comme « un démiurge démoniaque évoluant dans un univers sadique autocréé », lui décèle dans son oeuvre « comme une ode à la naïveté et au jeu ». A voir.

***

P.-S. Michaël Borremans à écouter dans "Le grand charivari" sur Musiq3 (15/3/2014) :
http://www.rtbf.be/radio/player/musiq3?id=1902768

 

01/03/2014

Atmosphère

Depuis six ans dans la blogosphère,
mon autre atmosphère.
A la suite de Marilyne et de Mina,
je vous propose pour cet anniversaire
quelques pages où j’ai pris l’air ce mois-ci.
Merci, amies & amis blogueurs & visiteurs !
Bonne balade en lignes.
 

Blog anniv Calder.jpg
L'oreille tourbillonnante de Calder au-dessus du Mont des Arts, 17h, Bruxelles

1er février : A comme Adrienne, P comme Perec.

2 février : Bonheur du soir.

3 février : "Deux" de Nemirovsky.

4 février : S’embrumer.

5 février : L'appel dun grand-père inquiet.

6 février : Un e vous manque, et tout est défloré.

Blog anniv fleurs.jpg

7 février : Véhémences chiliennes chez Colo.

8 février : Jane L., de lart nouveau à lhallucination.

9 février : Lire Juliet, rappelle Keisha.

11 février : De la neige sur Tokyo.

12 février : Ecouter lire avec Christw.

13 février : L’art brut, Zoë est de retour.

14 février : Niki aime les préraphaëlites.

Blog anniv ciel.jpg
Un peu de musique ?

16 février : Danièle au kukaï breton.

17 février : Coumarine et les mondes parallèles.

18 février : Un poète chuchote chez Aifelle. 

19 février : Dominique sur les traces d’un contrebandier.

20 février : Des nouvelles belgissimes.

21 février : Du flou dans les yeux d’Ariane.

23 février : La meilleure nouvelle du mois !

Blog anniv merci.jpg

24 février : Sur la toile d’Armando 

25 février : Lali, lart dillustrer les vers.

26 février : Comment vivre, d’un blog à lautre.

27 février : Le vertige du monde, dOrmesson chez Armelle.

28 février : Un grillon à Saint-Pétersbourg.

27/02/2014

Portraits en touches

Seurat et Signac sont les représentants majeurs de la peinture « divisionniste » (ou « pointilliste ») à la fin du XIXe siècle. Leurs paysages nous sont plus familiers que leurs portraits. C’est pourtant le thème original de l’exposition « To the point » à l’Espace ING à Bruxelles (Place Royale, en face du musée Magritte). 

to the point,portrait,néo-impressionnisme,exposition,espace ing,bruxelles,peinture,seurat,signac,laugé,van de velde,lemmen,van rysselberghe,couleurs,culture
Georges Lemmen, Les deux soeurs ou les soeurs Serruys, 1894 (détail pour l'affiche) 

Deux spécialistes américaines ont exploré cette thématique du portrait en vue d’une exposition au musée d’art d’Indianapolis (IMA), « Face to face », en juin prochain. Celle de Bruxelles, en « première mondiale », fait la part belle aux artistes belges qui ont suivi Seurat en juxtaposant sur la toile de petites touches de couleurs primaires et complémentaires. 

to the point,portrait,néo-impressionnisme,exposition,espace ing,bruxelles,peinture,seurat,signac,laugé,van de velde,lemmen,van rysselberghe,couleurs,culture

Les Français ouvrent le bal, avec un magnifique tableau de Signac jamais montré ici, Portrait de ma mère (collection privée) : près de la mer où vogue un voilier blanc, accoudée au dossier d’une chaise de jardin, elle baisse les yeux sur l’œillet qu’elle tient à la main. A côté, un beau portrait au crayon Conté de Paul Signac en haut de forme par Georges Seurat, celui qui a ouvert la voie avec « Une après-midi à l’île de La grande Jatte ». 

En 1886, dans la revue bruxelloise L’art moderne, le critique Félix Fénéon est le premier à parler de « néo-impressionnisme » pour caractériser la technique divisionniste. D’autres peintres l’adoptent : Maximilien Luce, Pissarro dans un bel Intérieur d’atelier (IMA) qui n’est pas vraiment un portrait, ou des artistes moins connus comme Albert Dubois-Pillet, officier et peintre autodidacte, Henri Delavallée et son étonnant Groom ou Cireur de bottes, et Achille Laugé surtout, avec plusieurs toiles fascinantes. Son Contre-jour, portrait de la femme de l’artiste, est un autre coup de cœur. Derrière elle, des roses trémières, un paysage, un saule, dans une lumière vibrante. 

to the point,portrait,néo-impressionnisme,exposition,espace ing,bruxelles,peinture,seurat,signac,laugé,van de velde,lemmen,van rysselberghe,couleurs,culture

Pour introduire à la deuxième partie de l’exposition, axée sur les divisionnistes belges, une centaine d’affiches et de reproductions rappellent l’effervescence des avant-gardes en Belgique de 1883 à 1904 : Les Vingt à Bruxelles, L’Association pour l’Art à Anvers, dans une moindre mesure, puis La Libre Esthétique. (Des artistes à retrouver au Musée Fin de siècle, si vous avez toute la journée libre.) 

Trois noms émergent ici : Henry Van de Velde, Théo Van Rysselberghe et Georges Lemmen. Van de Velde est bien représenté avec Portrait d’une femme venu de Berlin, Femme à la fenêtre d’Anvers, et deux toiles plus petites, des portraits de lecteurs : le Père Biart lisant au jardin (IMA) et le Portrait de Laurent à Blankenberghe (Bruges), son plus jeune frère.  

to the point,portrait,néo-impressionnisme,exposition,espace ing,bruxelles,peinture,seurat,signac,laugé,van de velde,lemmen,van rysselberghe,couleurs,culture

Si le nom de Georges Lemmen vous est moins connu, vous le découvrirez avec de merveilleux dessins « intimistes », trois portraits d’Aline Maréchal, sa future épouse, qu’on retrouve sur un portrait à l’huile du musée d’Orsay, et une étonnante évocation de Loïe Fuller – une vidéo, tout près, montre ses « Danses serpentines », spectaculaires variations de formes et de couleurs.  

Des écrans tactiles interactifs font apparaître, à partir de visages en médaillon, une notice, des textes, des images qui éclairent les relations entre ces personnes, et aussi, projetées sur le mur, des lignes qui relient leurs résidences en Europe – un « who's who » informatisé qu’on aimerait voir un jour en ligne. 

to the point,portrait,néo-impressionnisme,exposition,espace ing,bruxelles,peinture,seurat,signac,laugé,van de velde,lemmen,van rysselberghe,couleurs,culture 

En dernière partie, Van Rysselberghe, le principal portraitiste parmi les néo-impressionnistes belges. D’abord son amitié avec Verhaeren, dont il a peint plusieurs portraits – et aussi celui de Marthe Verhaeren-Massin (au bouquet de jonquilles). Dans une vitrine sont exposés des photos et des objets du cabinet de travail de Verhaeren, qui possédait de petits bronzes de Minne. On voit sur son bureau une grenouille en bronze présentée comme le symbole des XX – on sait combien Verhaeren a soutenu l’art moderne de sa plume. La fameuse Lecture de Van Rysselberghe, absente, est évoquée sur écran.  

Un autre cadeau de cette exposition, c’est la présentation côte à côte des trois magnifiques portraits par Van Rysselberghe des sœurs Sèthe, filles d’un industriel ucclois ouvert aux arts, à la musique et à la littérature : Alice devant un miroir, en 1888 ; Maria à l’harmonium (l’épouse de van de Velde), en 1891 ; et Irma au violon, en 1894. 

to the point,portrait,néo-impressionnisme,exposition,espace ing,bruxelles,peinture,seurat,signac,laugé,van de velde,lemmen,van rysselberghe,couleurs,culture 

Bien introduit dans la bourgeoisie, Van Rysselberghe a peint de nombreux portraits aux décors raffinés. Certains sont particulièrement expressifs comme celui de Claire Demolder (fille de Félicien Rops, l’épouse d’Eugène Demolder signait ses dessins et illustrations du pseudonyme Etienne Morannes). 

Je vous laisse la surprise des « vidéofilms » intrigants de Paul Hendrikse et vous renvoie à l’article de Guy Duplat si vous voulez en savoir davantage. Dans le « studio » expérimental aménagé au sous-sol, on peut se familiariser de façon amusante avec la physique des couleurs, et un atelier est prévu pour les enfants.