Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

29/11/2014

Pénélope

cent noeuds,sans visage,arlette vermeiren,anne liebhager,exposition,bruxelles,schaerbeek,textile,papier,sculpture,installation,culture

 

 

« Arlette Vermeiren est une Pénélope qui n’attend pas en Ithaque un retour espéré. Ces papiers, visions d’optimisme et de musicalité, nous emportent vers de nouveaux rivages, flottant dans le moindre souffle.

Papiers de soie, papiers de soi. »

 

Jean-Pierre Vlasselaer, septembre 2014.

 
« Cent nœuds, sans visage », Maison des Arts, Schaerbeek.

 

 

© Arlette Vermeiren

 

27/11/2014

A la Maison des Arts

Bien connue des curieux, souvent méconnue, un peu en retrait de la chaussée de Haecht à Schaerbeek, la Maison des Arts présente une petite exposition à découvrir jusqu’au 10 janvier : « Cent nœuds, sans visage ». Arlette Vermeiren, dont un grand voile bleu m’avait fascinée à la Villa Empain, y montre ses merveilleux tissages de petits papiers, accompagnés des sculptures et installations d’Anne Liebhaberg. 

cent noeuds,sans visage,arlette vermeiren,anne liebhager,exposition,bruxelles,schaerbeek,textile,papier,sculpture,installation,culture

Quand la porte cochère est grande ouverte, n’hésitez pas à suivre les flèches en noir et blanc sur les pavés pour vous approcher de cette belle demeure classée du dix-neuvième siècle, l’ancien Château Eenens (1826). La grande porte donne accès aux salles d’exposition : à droite de l’accueil, déjà, une claire cascade de papillotes descend joliment l’escalier.

 

Je ne me souvenais pas de la salle à manger, vers la gauche, où toutes sortes de pains sur la table mettent un peu de vie dans cette pièce assez sombre mais remarquable, dans le style néo-Renaissance flamande : des vitraux, une imposante cheminée aux carreaux de Delft, des tapisseries aux cerisiers, arbres symboliques de la commune, des sculptures qui mériteraient d’être mieux mises en valeur. Le rez-de-chaussée de la Maison des Arts devrait bientôt bénéficier d’une grande restauration, d’après la gardienne des lieux, comme l’attestent des essais de couleurs sur les murs et les portes. 

cent noeuds,sans visage,arlette vermeiren,anne liebhager,exposition,bruxelles,schaerbeek,textile,papier,sculpture,installation,culture
Salle à manger de la Maison des Arts (Schaerbeek)

Le premier salon est habité par les sculptures d’Anne Liebhaberg, des petites filles en bronze ou en cire : l’une se tient sur une vague, l’autre au pied d’une spirale, et si leur petite taille étonne, elles « respirent » davantage que celles rangées dans une boîte ou un tiroir. On ne sait rien de ces « créatures lilliputiennes » (Jean-Pierre Vlasselaer), mais on sent un malaise : qui leur a imposé leur place ? De quel ordre, de quelle menace sont-elles signes ?

cent noeuds,sans visage,arlette vermeiren,anne liebhager,exposition,bruxelles,schaerbeek,textile,papier,sculpture,installation,culture
© Anne Liebhaberg

Le second salon aux murs rouges vibre gaiement : des bouquets de « Petits cœurs » au mur, des chaises « Pompadour », une colonne « Amaretti di Saronno » – les titres viennent des papiers d’emballage qu’Arlette Vermeiren noue, tord, enroule, triture, ces papiers de soie, très fins, qui entourent bonbons, agrumes, chocolats… Elle en tisse des filets comme celui qui couvre le piano noir, où elle a posé de vieux livres, sous le grand lustre en cristal. 

cent noeuds,sans visage,arlette vermeiren,anne liebhager,exposition,bruxelles,schaerbeek,textile,papier,sculpture,installation,culture
Dans le Salon rouge © Arlette Vermeiren

Les a-t-elle empruntés dans la bibliothèque juste à côté ? Sans doute. Dès qu’on en franchit le seuil, la double installation subjugue, climax de cette exposition. Sur une longue table basse, un rouleau de papier blanc se déroule comme un tapis pour une troupe qui s’étire en direction de la fenêtre, les « 650.000… » d’Anne Liebhaberg. A l’arrière, sur les côtés, certaines figures de cire sont couchées, tombées, elles échappent au mouvement d’ensemble vers l’avant, « moins poupées que soldats » (Jean-Paul Gavard-Perret). Allusion à quelle fuite ? à quelle violence ? à quel conformisme ? Titre et œuvre énigmatiques. 

Entre cette multitude en marche et la fenêtre, « Lodz », comme un épais rideau, filtre la lumière. Arlette Vermeiren a créé cette oeuvre pour la Triennale de Lodz en 2013. (Cette ville polonaise était le centre textile le plus important d’Europe au XIXe siècle, 420 000 de ses habitants ont été déportés vers les camps de la mort, dont 300 000 juifs, d’après Wikipedia). « Fils, fils, fils qui s’entremêlent et s’entrenouent. Fils, fils, fils, fils c’est mon histoire », écrit-elle sur son site.

 

D’un côté du rose, du clair, du nacré, de l’autre du bleu, du sombre, ponctué de lumineuses touches blanches. Dialogue entre le jour et la nuit ? L’artiste a l’art d’assembler les tons en camaïeu. Tout autour de la pièce, des livres sur les rayonnages en bois peint que l’éclairage laisse dans la pénombre pour laisser la lumière intense des spots animer le face à face étonnant de la double installation. 

cent noeuds,sans visage,arlette vermeiren,anne liebhager,exposition,bruxelles,schaerbeek,textile,papier,sculpture,installation,culture
Détails de la double installation dans la bibliothèque © Anne Liebhaberg / Arlette Vermeiren

« De l’a-pesanteur à la pesanteur, les deux côtés du chemin… » : la formule est tirée du petit catalogue qui oppose l’univers « aérien » d’Arlette Vermeiren à celui « plus terrien » d’Anne Liebhaberg. Ce contraste est fécond. Le statisme des petites sculptures anonymes, répétitives, engluées, figées à jamais, impressionne encore davantage d’être confronté à la légèreté des papillotes, papillons poétiques qui s’animent au moindre souffle.

25/11/2014

Pionnières

Dans La Libre du week-end dernier, j’ai eu bien du mal à choisir un sujet pour compléter ma chronique – l’embarras du choix.

 

journal,la libre belgique,information,actualité,presse,daech,facebook,carmen herrera,cultureA la page Débats, l’opinion de Khalid Hajji, écrivain et chercheur, qui voit dans les gesticulations de Daech une fin et non un début, un texte porteur d’espoir.

 

Dans le supplément Entreprise, une question : « Bannir Facebook des auditoires ? » (Pauvres enseignants qui ne voient devant eux désormais presque plus que des étudiants derrière leur écran.) 

 

Enfin une double page sur la fondation « 11 lijnen » dans les polders flamands m’a donné fort envie de visiter un jour sa galerie d’art, et si possible avant le 24 janvier, pour une exposition sur trois pionnières de l’art, une Libanaise, une Iranienne et une Cubaine, Carmen Herrera, 99 ans ; celle-ci a vendu son premier tableau à 89 ans !                                                                                © Carmen Ferrera      

 

 

 

 

 

 

24/11/2014

Le journal en parle

Où parle-t-on de ces sujets qui ne focalisent pas l’attention des médias, si ce n’est dans le journal ? Avez-vous entendu parler de ceux-ci, piochés dans La Libre la semaine dernière ? 

journal,la libre belgique,information,actualité,presse,culture
http://www.lalibre.be/

 Lundi 17 novembre : la charia est aussi appliquée en Europe.

 

« L’application de la charia en Grèce ou la raison d’Etat contre les femmes » : Angélique Kourounis, envoyée spéciale en Thrace, présente la situation dans cette région méconnue du nord-est de la Grèce, où vivent cent vingt mille musulmans. La charia y prime sur le droit national, « version light certes, mais charia tout de même » : mariages de mineures, enfants du divorce automatiquement à la garde du père, héritages divisés en deux pour les femmes, par exemple. Ces citoyens grecs sont turcophones et le grec, leur seconde langue d’apprentissage à l’école. Une situation régie par le traité de Lausanne de 1923.

En complément, Jean Jaffré, correspondant à Londres, présente les nonante tribunaux islamiques en fonction au Royaume-Uni, « une justice islamique britannique soumise au droit civil ».

 

Mardi 18 novembre : Frie Leysen a reçu le prix Erasmus.

 

Guy Duplat a rencontré « la grande dame des scènes belges » (le Singel à Anvers, le Kunstenfestival des Arts à Bruxelles, entre autres) qui a reçu le prestigieux prix néerlandais à Amsterdam. Son discours au Palais Royal a étonné, sans langue de bois, « un vigoureux plaidoyer pour les artistes et les créateurs menacés dans l’Europe d’aujourd’hui ». Pas seulement à cause des coupes budgétaires mais aussi d’un « petit monde bourgeois et artificiel fait de glamour, d’argent, de noms connus, de prestige, d’intérêts commerciaux, de volonté de plaire avant tout, de compromis, de carriérisme et d’orgueil : un Disneyland artistique du XXIe siècle. » Décapant !

 

Mercredi 19 novembre : l’appel de Jean Ziegler (Retournez les fusils)

 

Régulièrement, le plus révolutionnaire des Suisses repart à l’assaut du grand capital, et il faut bien admettre avec lui, en ces temps où Finance et Multinationales se conduisent en maîtres du monde, que nos démocraties restent trop frileuses face aux dérives du capitalisme sauvage. Selon Jean Ziegler, « l’aliénation de nos démocraties est profonde ». Contre le sentiment d’impuissance devant cette « toute-puissance », il appelle à former un « front du refus » et croit dans la force potentielle d’une « société civile planétaire ». Conclusion : « ou nous gagnons maintenant, ou c’est foutu. »

 

Jeudi 20 novembre : Au musée sans prendre de notes.

 

Il est à présent interdit, aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, « de gêner les visiteurs ou de présenter un risque pour les œuvres en prenant des notes ou des croquis devant celles-ci. » C’est le nouveau règlement du visiteur aux MRBAB qui le précise en son article 18, point 13. Seuls les groupes qui en auront fait la demande y seront autorisés, sauf au musée Magritte. Explication à l’article 24 : « Il est interdit de prendre des notes dans le Musée Magritte et dans les expositions temporaires, en raison du manque d’espace et de mesures de sécurité plus sévères exigées par les prêteurs. »

 

Vendredi 21 novembre : Un toit pour les réfugiés de Fukushima.

 

Un reportage signé Quentin Weinsanto dans l’un des villages temporaires de préfabriqués à Ofunato présente une petite communauté « réunie par la catastrophe de Fukushima », qui avait obtenu du constructeur une grande salle communautaire pour favoriser les échanges. La plupart des 80 familles logées là ont déjà rejoint de nouvelles maisons, l’Etat leur a racheté leur ancien terrain en échange d’un autre prêt pour la construction, raccordé au gaz et à l’électricité. Un artisan témoigne : « Avec le tsunami j’ai eu de la chance car je n’ai perdu que ma maison. Certes cela n’a pas été facile, mais ce n’était que des biens matériels. De plus, j’ai eu de bonnes relations avec tout le monde ici. »

 

Désolée de vous renvoyer à des articles que seuls les abonnés peuvent lire in extenso. La presse papier vit des jours difficiles, le nombre de ses abonnés diminue, les sites des journaux renoncent de plus en plus à la gratuité. Un reportage télé montrait il y a peu la salle de rédaction d’un webmagazine français pour les jeunes : la liste des mots clés les plus recherchés par ses suiveurs s’y affiche en continu, ses rubriques vont de « Célébrités » à « Télé-réalité ». Pour lire des informations de qualité, pour sortir de sa bulle,  cela vaut la peine, encore et toujours, d’ouvrir le journal, un vrai journal.

 

 

 

 

 

22/11/2014

Poète du silence

hans op de beeck,the drawing room,exposition,aquarelle,noir et blanc,bruxelles,botanique,nuit,nature,paix,culture« Artiste plasticien, visuel, Hans Op de Beeck est poète du silence. L’homme est à l’image de son œuvre. Point de discours, il trace des images. Il y conte le temps, les manières du temps entre orages, déchaînements, silences et discrétions. »

 

R. P. Turine, Merveilleux Op de Beeck !,
La Libre Belgique, 15-16/11/2014.


© Hans Op de Beeck, Cat (détail)
Photo RTBF, Pierre Badot, 2014

 

 

20/11/2014

Hans Op de Beeck N&B

Grâces soient rendues à Roger Pierre Turine, dont le bel article dans La Libre du week-end dernier m’a poussée à découvrir illico ce « Merveilleux Op de Beeck ! » au Botanique : « The drawing room », de grandes aquarelles en noir et blanc, un rendez-vous avec la lumière, avec les nuances, une atmosphère zen traversée par la musique de Tom Pintens (j’y reviendrai). 

hans op de beeck,the drawing room,exposition,bruxelles,botanique,nuit,nature,paix,culture
© Hans Op de Beeck, Amusement Park by Night
 (en grand ici)

Hans Op de Beeck, né en 1969, vit et travaille à Bruxelles, généralement à des « installations globales multidisciplinaires » (peinture, sculpture, installation, vidéo, écriture, scénographie et composition musicale). Depuis 2009, il peint la nuit, entre ses grands projets – comme « In Silent conversation with Correggio » à Rome – des « paysages postmodernes », des « images intemporelles et universelles » (texte de présentation).

 

L’espace d’exposition du Botanique a été complètement repensé par l’artiste, les œuvres sont présentées sur des murs peints en gris pour mettre en valeur le blanc des zones non peintes, quoique pas absolument vierges pour autant. Pas d’étiquettes, mais on peut obtenir à l’entrée un plan avec les titres (courts, simples, en anglais). On se croirait dans une rue, le soir, éclairée par des réverbères, les aquarelles tenant lieu de fenêtres éclairées. Et pourtant, comme l’écrit Roger Pierre Turine, il s’agit plutôt de « recréer un monde du dedans ».

 

Un chat et un poisson nous accueillent, chacun seul sur leur feuille, côte à côte, tournés l’un vers l’autre. Puis vient un premier paysage : une forêt de sapins sous la neige, motif qui revient à plusieurs reprises. Plus loin, une maison près d’un bois, fort éclairée, avec à l’avant-plan un nu et son reflet, une scène à la Magritte. 

hans op de beeck,the drawing room,exposition,bruxelles,botanique,nuit,nature,paix,culture
© Hans Op de Beeck, Silver sea (en grand ici)

Les paysages naturels, mer d’argent sous les étoiles, oiseaux sur un arbre, nuages ourlés de lumière – quasi tous en format panoramique – alternent avec des vues de ville, surtout celle-ci, « The little Ssed » (le petit abri) qui m’a fascinée : sur l’autre rive, une ville de grands immeubles éclairés que le peintre nous montre d’un ponton, tout près d’un îlot minuscule avec une cabane et un arbre, et au centre de l’œuvre un autre arbre, sur lequel on a appuyé une bicyclette. Entre le proche, le lointain, l’intime, le spectaculaire, le regard va et vient.

 

L’exposition continue à l’étage, sur les mezzanines. Hans Op de Beeck peint aussi le corps humain, la peau tatouée, un homme en costume (profil coupé à hauteur de la bouche), une femme aux gestes élégants en robe orientale (de face, du col à mi-cuisse), des bottes noires… Il aime décentrer son sujet, comme s’il nous laissait disposer de l’espace non peint pour imaginer un contexte, une histoire. Cet espace libre pour l’imaginaire n’est pas vide pour autant : on y voit des textures, des taches d’eau, des gris marbrés très doux.

 

Vagues, nuages, l’artiste aime visiblement les éléments naturels dans leurs métamorphoses et cela ressort encore avec plus de force de son film d’animation (quinze minutes), « Night time », diffusé en boucle dans une alcôve au bout de la salle d’exposition (l’air y est rapidement irrespirable quand elle est pleine) : sur l’écran qui occupe tout le mur du fond, Hans Op de Beeck anime ses aquarelles, celles de l’exposition et beaucoup d’autres, dans des fondus enchaînés de toute beauté. 

hans op de beeck,the drawing room,exposition,bruxelles,botanique,nuit,nature,paix,culture

L’eau d’un lac prend vie, la pluie ou la neige se mettent à tomber, une barque traverse l’espace, les nuages bourgeonnent, les étoiles se mettent à scintiller dans la nuit. Mer, forêt, maison, ville, pont, usine, tous les décors s’enchaînent avec une grande douceur, conjuguent le mouvement et l’immobilité, la réalité et le rêve. De temps à autre apparaît un visage aux yeux fermés, image d’intériorité. La musique de Tom Pintens (chanteur flamand, guitariste et pianiste), qu’on entend dans toute l’exposition, accentue l’aspect onirique, l’atmosphère paisible du monde nocturne de Hans Op de Beeck.

 

« Qui connaît son œuvre, ses vidéos et ses installations, sait combien elles sont frappées d’une poésie discrète. Op de Beeck scrute l’humanité en chroniqueur lucide des aléas journaliers, des rêves et des utopies de tout un chacun, de la banalité quotidienne » a écrit Roger Pierre Turine dans son portrait de l’artiste à l’atelier (LLB, 2012, à propos du documentaire de Rita Mosselmans). Vous pourrez découvrir « The drawing room » jusqu’au 4 janvier prochain, mais je vous déconseille d’attendre. Il y aura sans doute de plus en plus de monde. Et par ces jours d’automne, vous verrez aussi le parc du Botanique paré de ses plus belles couleurs.

15/11/2014

Jeune homme

 Oorlog Soldat se recueillant.jpg
 © Linda Van der Meeren 

Oorlog citation Aragon.jpg

 

 

 

 

13/11/2014

Linda et la guerre

En ce mois de novembre, les commémorations de la Grande Guerre battent leur plein en Belgique, dans toutes les régions du pays. Linda Van der Meeren montre en ce moment au Kruispunt à Denderleeuw (Flandre-Orientale) « 100 werken voor 100 jaar oorlog » (100 œuvres pour 100 ans de guerre) dans le cadre d’une exposition sur « La guerre et ses héros », du 9 au 16 novembre. 

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture

Linda et la guerre – par où commencer ? J’ai raconté ici l’histoire d’Hilaire Gemoets, notre oncle, héros de la Résistance fusillé le 3 septembre 1944, ma mère cachée pour échapper à la Gestapo, mon grand-père à Buchenwald. Chaque année à cette date – ce fut particulièrement touchant et solennel septante ans après –, une double cérémonie rend hommage à Hilaire et à la Résistance au monument de Webbekom (près du champ où il a été abattu) puis au cimetière d’Assent. Ma cousine Linda y prend la parole au nom de notre famille maternelle, très touchée de cette fidélité de tant de participants au devoir de mémoire.  

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture
“Ceux de 14” (détail)  © Linda Van der Meeren

L’histoire et la création mêlées font l’originalité de cette double exposition qui montre des documents, des objets d’époque – issus de la formidable collection de Lorenzo De Prez, du Cercle d’Iddergem – et des toiles, des dessins de Linda Van der Meeren inspirés principalement par la première guerre mondiale (WO I). Si vous lisez le néerlandais, je vous invite à découvrir l’entretien qu’elle a accordé au journal De Schakel pour expliquer son parcours artistique et, sur le site de l’artiste, son texte intitulé « Waarom gepassioneerd door oorlogshelden ? » (Pourquoi cette passion pour les héros de guerre ?)  

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture

A l’entrée, près d’une toile aux coquelicots, un stéréoscope en bois d’époque permet de visionner des vues de la guerre 1914-18 en relief : des photographies prises sur le front montraient ainsi au grand public la réalité vécue par les soldats, la vie dans les tranchées. L’une d’elles montre des hommes s’affairant non loin d’un soldat qui a perdu ses jambes. Terrible. 

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture

La guerre, c’est le sujet que Linda Van der Meeren a choisi pour son travail de fin d’études à l’Académie des Beaux-Arts de Liedekerke en 2012, centré sur l’histoire familiale durant la dernière guerre. Le service culturel de Denderleeuw, impressionné, lui a suggéré de se tourner aussi vers la première guerre mondiale. Ainsi, depuis des années, elle se documente dans les archives, les journaux, les livres d’histoire, et le choc devant certaines images la pousse à prendre un crayon, le pinceau, les couleurs, pour rendre l’émotion de ces scènes de guerre, toujours avec empathie. Le courage, le devoir, la mort, la souffrance, la patrie, elle les sort de la poussière de l’histoire pour leur rendre vie, couleur, éclat. 

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture
© Linda Van der Meeren

Les trois couleurs nationales sont partout, sur les affiches, autour des photos souvenirs des morts à la guerre, et aussi dans les compositions de Linda, surtout le noir – silhouettes de soldats en marche, au combat, sur une crête – et le rouge – couleur du sang versé, des coquelicots en fleurs. Elle recourt à des techniques très diverses, intègre souvent des documents, des photos à la toile sur laquelle elle travaille, y incorpore des mots, des bouts de phrase. 

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture
© Linda Van der Meeren

Dessins et peintures rendent hommage à de grandes personnalités comme Edith Cavell, Gabrielle Petit, et aux combattants, identifiés ou anonymes, des êtres humains pris dans l’histoire. Linda a aussi représenté « Le Pigeon soldat » – un clin d’œil peut-être aussi à notre grand-père colombophile. 

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture
“Le Pigeon Soldat” (détail ) © Linda Van der Meeren

Les objets de la première guerre mondiale présentés en vitrines, soigneusement étiquetés par Lorenzo De Prez, permettent de remonter le temps : uniformes, képis, casques, armes, étuis, livre de prières « du soldat chrétien », photographies, médailles, cartes postales, etc. Les dates sur les souvenirs des soldats morts à la guerre rappellent leur jeune âge, pour la plupart, toute une génération emportée.  

exposition,la grande guerre,1914-18,denderleeuw,herdenking,tentoonstelling,linda van der meeren,dessin,peinture,objets,collection lorenzo de prez,armée belge,histoire,guerre,belgique,culture
Linda Van der Meeren devant la maison du Dr Cochez à Denderleeuw

Plus loin, on peut admirer un beau portrait du docteur Cochez, médecin héros de la seconde guerre mondiale et membre actif de la Croix Rouge, originaire de Denderleeuw, où il a son monument. En ce moment, devant sa maison, ce portrait figure en grand sur une toile commémorative. Linda Van der Meeren nous émeut aussi en peignant celles qui attendent, inquiètes : un groupe de femmes et de fillettes, de dos, regardent l’horizon teinté de rouge. Parmi les nombreuses citations proposées tout au long de l’exposition, celle-ci résume parfaitement son esprit : « Qui ferme les yeux devant le passé est aveugle devant le futur. »

11/11/2014

Style

Percuteur  caillou  nucléaire
expression  juste  de la pensée
le style  coupé  de  La Bruyère
le style  tranchant,  le style  zéro
neuhuys,paul,on a beau dire,poésie,anthologie,littérature française de belgique,écrivain belge,culturele parler  coquillard  du curé de Meudon
le charabia  des cachots

le style  qui sévit,  après Sévigné

le style  roche tarpéienne
près du style  Capitole
le style  « allo qui est à l’appareil »
le style  « je ne supporterai pas
d’être  tripotée par cet homme »
le style  inondation
océanique,  bilboquet
haletant,  constipé
le style  cliquetis de pivert
le style  cavalcade historique
le style  phylactère
photographique,  automatique
pied de nez,  poum par terre
La poésie  oblige  à ramasser son style
style de vie,  style de rien
un style  en  mille  morceaux

 

Paul Neuhuys, La Draisienne de l’Incroyable, 1959 (On a beau dire)

10/11/2014

On a beau dire

ART POETIQUE

 

Ecrire en vaut-il la peine

Des mots, des mots

Pourtant il ne faut pas dire : Hippocrène

je ne boirai plus de ton eau.

 

La poésie,

je la rencontre parfois à l’improviste

Elle est seule sous un saule

et recoud ma vie déchirée.

 

Ecoute le son de la pluie dans les gouttières de zinc

Aime les formes brèves et les couleurs vives

Foin des natures mortes et des tableaux vivants

Fous-toi de la rime

Que la tour d’ivoire devienne une maison de verre

et se brise.

 

Epitaphe :

 

Encor qu’il naquit malhabile

Il ne resta point immobile

Et disparut chez les Kabyles

D’un accident d’automobile.

 

Paul Neuhuys, Le Canari et la Cerise, 1921. 

Plumes rangées.JPG

Parmi les poètes belges, c’est un de ceux à qui je reviens régulièrement, je sais qu’il me fera sourire à coup sûr. On a beau dire de Paul Neuhuys (1897-1984) est un volume de la collection Espace Nord, une anthologie qui rassemble des poèmes de 1921 (Le Canari et la Cerise) à 1984 (L’Agenda d’Agenor).  

Que vous dire de cet Anversois épris de langage et de liberté et de liberté du langage poétique ? Le blog de la Fondation Ca ira ! le présente comme « le principal animateur du groupe et de la revue Ça ira, éditeur attentif et persévérant, poète témoin tour à tour optimiste et pessimiste, de son siècle (…) » Paul Neuhuys était l’ami de Max Elskamp, de Ghelderode, de Hellens, de Norge, entre autres. Il a publié discrètement, à des tirages limités, « des recueils où il affiche une superbe liberté de ton. » (Paul Emond)

 

Dans cette précieuse anthologie tissée de fils de différentes couleurs, aux motifs de fantaisie, je déroule tantôt l’un, tantôt l’autre : la ville, la poésie, l’amour, les fleurs, le voyage, la fête… Un seul mot, souvent, suffit à titrer ses poèmes : « Histoire », « Palmarès », « Lobélie »… Des textes courts, rythmés, et savoureusement imprévisibles. Pour vous, aujourd’hui, j’ai tiré sur le fil de la poésie. 

Plume irisée.JPG 

ART POETIQUE

 

Cent fois, j’ai déposé mon crayon sur la table,
et cent fois remisé mon cochon à l’étable,
pour que passe en mes vers un souffle délectable.

O poète local, ô poète vocal,

On dira que tes jeux de style sont factices

que de plaire en parole et d’aimer en peinture
fut ta seule façon de goûter la nature,

Châteaux de cartes, Pont des Soupirs, Boîte à Malices,

que le temps balaiera un si frêle édifice.
Mais l’art des vers est, comme l’amour, disparate.

C’est à vouloir viser trop haut que l’on se rate.

 

Paul Neuhuys, La Fontaine de Jouvence, 1936.