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10/01/2015

Inconnue

Alet couverture.jpg« Sur le comptoir carrelé de l’ancienne boucherie-charcuterie, je trouve une pile de catalogues de l’expo. Je feuillette l’exemplaire de démonstration aux pages déjà cornées par les doigts distraits des visiteurs. Les portraits se succèdent, un par page, accompagnés de légendes plus ou moins obscures, Tunnel d’un lundi pluvieux, Marche haute sur talons plats, Soupir anisé. A la page 32, je tombe sur un portrait d’Elisabeth. Celui de la chambre de Papy Louis, du piano des parents. Celui que j’ai cherché sur le mur, tout à l’heure, pressentant sa présence mais ne le distinguant pas des autres portraits. Le regard sombre d’Elisabeth porte la légende Inconnue. »

 

Mathilde Alet, Mon lapin

09/01/2015

Premier roman

Premier roman de Mathilde Alet, Franco-belge née à Toulouse en 1979, Mon lapin raconte les adieux de Gabrielle à son grand-père, Papy Louis, le jour de son enterrement. Malgré l’insistance de ses deux filles, il avait été « hors de question d’aller s’enterrer dans un mouroir bourré de vieux » et il avait pu se faire aider à domicile grâce à l’association « Vieillir chez soi ». 

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Firmin Baes (1874-1943), Jeune fille pensive

Quand elle allait le voir, Gabrielle logeait dans la chambre rose préparée par la femme de ménage, et sortait le promener dans sa chaise roulante, comme Marc les autres jours, un jeune homme qui lui faisait aussi la lecture. Dans leurs conversations ordinaires où les mêmes questions étaient reposées à chaque fois, surgissait régulièrement le nom de sa grand-mère, Elisabeth, dont Papy Louis parlait « comme si elle était morte l’année dernière ».

 

Gabrielle – c’est elle qui raconte, à la première personne – a du mal à imaginer sa mère Olympe et sa tante Victoire en petites filles emmenées par Elisabeth au Jardin des Plantes, elle écoute son grand-père les évoquer, elle imagine, elle s’arrête – « On marche encore un peu, mon lapin ? »

 

L’enterrement a déjà commencé quand elle arrive, en retard à cause du train, mais sa sœur Clara la rassure, « ça vient juste de commencer ». Son grand-père ne voulait pas de discours. « Moi j’ai envie d’émotions déclamées, de sanglots, de poèmes, de marches funèbres, de Beethoven, de Mozart, de youyous. Allez, mon lapin, arrête de dire des bêtises et écoute un peu. »

 

De l’église au cimetière, du cimetière au restaurant, on fait plus ample connaissance avec la famille. La tante Victoire, « une artiste » qui enseigne dans une école d’art, expose des photographies, intrigue Gabrielle par ses apartés avec une inconnue qui ressemble fort à sa grand-mère, dont la mort à 47 ans reste un mystère – un suicide ? – sur lequel elle aimerait connaître la vérité. Et puis, il y a ses proches, si prévisibles : Olympe et Michel, ses parents, sa sœur aînée Clara, son éternelle complice et rivale en même temps.

 

« Ma ville natale, c’est l’appartement de Papy Louis. » Marc, qui s’était attaché au vieux monsieur, l’a entendu raconter bien des choses sur ses petites-filles et en sait plus sur Gabrielle qu’elle à son propos. Ils font connaissance le jour de l’enterrement. Sera-ce lui, la surprise de cette journée ?

 

Mon lapin, un récit d’une centaine de pages, se lit très facilement : de petites scènes ordinaires, des souvenirs, écrits avec naturel, rien de forcé, de théâtral, juste la vie et les gens, les émotions, les doutes, les questions qu’on se pose mais qu’on ne pose pas. Un enterrement, c’est comme un bilan de famille, pas gai, mais pas si triste qu’on l’avait craint. Un enterrement, c’est un retour sur soi.

03/01/2015

Inspiration

De la neige au parc passerelle.jpg

C’est sur le blog de Bonheur du jour que j’ai trouvé l’inspiration pour accompagner cette photo prise au parc Josaphat dimanche dernier. 

 

Liste de mots préférés :

 

Arabesque

Paisible

Ecorce

Pastel

Lumineux

Passerelle

Transparaître

01/01/2015

De la neige au parc

Samedi dernier, la neige est tombée sans discontinuer, et le lendemain, le soleil, en s’accrochant à ses mille paillettes, a révélé la ville métamorphosée : toits blancs, ourlets cotonneux sur les arbres, perles d’eau gelée. A quoi ressemblait le parc Josaphat sous la neige ? Allons-y voir. 

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Rares étaient ceux qui avaient pris la peine de dégager un passage sur les trottoirs verglacés. Traverser les rues n’est pas non plus sans piège quand la température reste négative, et même dans le parc, il fallait éviter les glissades – sauf pour le plaisir, évidemment. Mais quel décor !

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Comme toujours, quand je marche face au soleil, j’admire les contre-jours, si difficiles à rendre en photo. C’est dimanche, il y a bien sûr des amateurs pour descendre en luge sur les pelouses enneigées avec de grands cris d’excitation. D’autres restent immobiles au soleil, regardent, s’imprègnent, méditent. Ou téléphonent, figés, sans voir le chien qui trépigne. 

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Un pinceau d’artiste a souligné de blanc certaines branches, posé de petits points sur les plus fins rameaux, on a l’impression de se promener dans un de ces paysages d’hiver idylliques des cartes de vœux.  

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Les statues du parc souvent maltraitées par les tagueurs – ou pire, ici aussi, parfois, on décapite – retiennent la neige çà et là, et c’est du plus bel effet. Eve et le serpent semblent paisibles, une mère réchauffe son bébé contre elle. 

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Pas question aujourd’hui de marcher pour marcher, il y a trop à découvrir : en haut, où les cimes des arbres sont parées ; en bas, vers le ballet des herbes immaculées. 

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Plus loin, on va à la pêche aux reflets. Oh le joli chapeau pointu du kiosque ! Les canards semblent à l’aise sur l’étang où quelqu’un a rapidement tracé des zigzags à l’encre de Chine. 

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Le parc Josaphat, si romantique, cache sa mélancolie en des coins plus sombres, mais là où il arrive à se frayer un chemin, le soleil joue à l’éclairagiste de théâtre, égaie même un saule pleureur.  

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Un vrai temps d’hiver, un dimanche de vacances, de la neige au parc, profitons-en : c’est la trêve des confiseurs et pour les promeneurs, un plaisir rare.

 

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 Bonne et heureuse année riche en lectures, balades, expos
&

au plaisir de vous retrouver dans la blogosphère ! 


Tania

 

 

 

27/12/2014

Nous marcherons

« Une neige de bonne volonté, un jour de Noël ! Venez, je vous conduirai en des lieux que j’aime particulièrement. Nous marcherons dans la neige neuve et fragile, d’abord, sur une digue, puis, nous suivrons une petite chaussée qui serpente, nous passerons l’eau dans une barque verte, nous traverserons des oseraies aux tiges jaunes et rouges ; je vous mène vers une Bethléem de ce pays. 

Neige 2013.jpg

Nous marcherons comme les rois Mages. Vous, les peintres, vous offrirez la lumière, pareille à de l’or, que vous recueillez dans vos yeux, tout le long de l’année. Vous, les poètes, vous apporterez l’encens léger de vos rêves rythmés, et vous, les petits enfants, la myrrhe, ce présent mystérieux, comme l’avenir vers  où vous courez. »

 

Marie Gevers, Décembre et la neige (Plaisir des météores)

25/12/2014

Lumière du ciel

« Au moment où la lune plonge dans les lames de plus en plus serrées, la certitude de la neige nous vient. Mais comme il est rare de pouvoir surprendre la chute du premier flocon ! Levez le visage, tendez les mains, fermez les yeux, les paupières sensibles révèleront peut-être un pétale de neige ! 

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Photo Janvier 2013

Il est aussi difficile de saisir ce premier flocon que de surprendre le moment où la surface d’un étang se couvre de glace… il y a un instant, l’espace était plein de l’odeur de la neige, mais il ne neigeait pas… la lune brassait la neige à pleins rayons, mais il ne neigeait pas. Notre visage interrogeait en vain l’air adouci, mais pas un duvet ne venait le caresser, et voici que soudain tout l’espace floconne, danse, fleurit, et que toute la lumière du ciel vient baiser la terre.

La lumière du ciel ?...

Solstice d’hiver, Noël, le véritable cycle de l’année recommence. Dans cette campagne endormie, dans cette descente continue de la neige, dans cette absence absolue de tout mouvement latéral, le ciel et la terre échangent des messages. Nos cœurs sont aussi comblés de symboles que cette nuit est comblée de blancheurs. Tenons-nous au centre de tout, comme si nous étions la rose des vents, immobile, au commencement du monde. »

 

Marie Gevers, Décembre et la neige (Plaisir des météores)

 

 

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Bonne fête de Noël
à toutes & à tous !

09/12/2014

L'oeil du désir

Rubens Venus Frigida.jpg« Avez-vous déchiffré le titre de notre récit mythologique, Venus frigida. Frigide, la déesse de l’amour, non pas. Venus frigida, c’est la Vénus venue des rives de la mer Méditerranée et qui frissonne et prend froid dans les plaines du Nord. Le vent décoiffe les branches des arbres, noie le ciel de pluie. La belle Vénus ployée, surprise par l’arrivée d’un être mi-homme, mi-bête, médite, la bouche songeuse appuyée sur la main, le regard détourné, fuyant, elle échafaude quelque ruse pour échapper au piège qui lui est tendu.

 

Songez, notre scène ne vous est-elle pas familière, mille fois vue, partout, au musée, au cinéma, sur les affiches de publicité ? Une femme à la nudité savamment dévoilée se retrouve passivement saisie sous l’œil désirant d’un homme. « Suzanne et les vieillards », « Femme à sa toilette », « Pan et le Syrinx », des générations de peintres ont repris ce thème… Le cadrage demeure identique depuis des siècles, depuis des millénaires. C’est l’homme qui regarde, c’est la femme qui est vue. L’œil du désir est un privilège masculin. »

 

Lydia Flem, L’œil du désir (Prose pour P. P. Rubens / Guide du visiteur)

 

« Sensation et sensualité, Rubens et son héritage », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 25.09.2014 > 04.01.2015

 

Peter Paul Rubens, Venus Frigida, 1614 © Lukas - Art in Flanders VZW / Royal Museum of Fine Arts Antwerp

photo Hugo Maertens.

 

 

 

 

 

08/12/2014

Inspiré par Rubens

« Sensation et sensualité, Rubens et son héritage » : il y a foule au Palais des Beaux-Arts pour cette exposition riche d’œuvres en provenance du monde entier, organisée avec le Musée des Beaux-Arts d’Anvers et la Royal Academy Of Arts de Londres. Pas de présentation chronologique, mais autour d’une belle sélection d’œuvres de Rubens, son héritage artistique, en six thèmes : violence, pouvoir, luxure (ci-dessous un détail de Pan et Syrinx en couverture du catalogue), compassion, élégance et poésie. 

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Pourquoi, comment Rubens (1577-1640) a-t-il influencé tant de peintres ? Voilà le sujet. De nombreux artistes français, allemands, espagnols, anglais, se sont inspirés de son art. Les œuvres exposées permettent d’observer comment ils reprennent et interprètent ce qui les a séduits chez le grand maître flamand. Pour découvrir ce parcours thématique, je vous renvoie au dossier de presse et au guide du visiteur (GV) sur le site de Bozar. Devant la surabondance, je renonce à toute synthèse.

 

Pour ma part, j’ai envie de vous parler d’un tableau qui m’a particulièrement plu parmi les « héritiers » de Rubens, dans la dernière section : La pêche de Manet (1862-63), un prêt du Metropolitan Museum de New York. C’est un paysage « animé » comme on dit pour signifier qu’il s’y trouve des personnages. Des pêcheurs, forcément : un gamin assis sur la rive, attend que le poisson morde à l’hameçon ; dans une barque, un homme tire ses filets à l’avant ; son passager au chapeau de paille, accoudé à l’arrière, observe la manœuvre d’un jeune homme armé d’une gaffe.

 

Inattendu, à l’avant-plan, un couple aux vêtements anciens et raffinés, éclairés d’élégants cols blancs, elle en bleu, lui en rouge. Leur chien, un chien de chasse « qui semble sorti tout droit du XVIIe siècle » (GV) observe ce qui se passe sur l’eau, au milieu de la toile. Le couple, lui, tourne le dos à cette scène aquatique et fait face au spectateur, mais en regardant de côté vers le chien, l’homme pointe le doigt dans sa direction.  

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Edouard Manet, La pêche, 1862-63, New York, The Metropolitan Museum of Art

La datation du tableau est incertaine. Le catalogue Manet de la fondation Pierre Gianadda (1996) cite en premier Antonin Proust selon qui « La promenade » (titre de l’étude correspondante) aurait été peinte entre 1858 et 1860 ; puis Léon Leenhoff (modèle du jeune garçon), qui y a reconnu un paysage de l’île Saint-Ouen (où la famille du peintre avait une propriété) et propose 1861, date de l’installation de Manet dans l’atelier de la rue Guyot où il a peint d’après des croquis de l’île.

 

L’arc-en-ciel à l’horizon, un village au loin, la flèche d’une église, des baigneuses près d’un bosquet, la signature oblique sur une barque, il y a une foule de choses à découvrir dans cette toile, « image composite, encombrée, mouvementée, diffuse, un mélange de genres, de plaisirs, de loisirs » (catalogue Gianadda), « un étrange mirage de toute  beauté » (GV, qui ajoute « même si le tableau manque de vie » – vraiment ?)

 

Delacroix avait donné au jeune Manet ce conseil : « Il fallait voir Rubens, s’inspirer de Rubens, copier Rubens, Rubens était le dieu. » Et Rubens est bien au centre de cette peinture : l’arc-en-ciel, le chien, les jeunes arbres sont empruntés à son Paysage à l’arc-en-ciel (Louvre). Et le couple ? Ces costumes du dix-septième siècle ? Eh bien, il s’agit d’Edouard Manet et de sa future femme, Suzanne Leenhoff, représentés dans la même pose que Rubens et Hélène Fourment dans Parc du Château de Steen (Kunsthistorisches Museum, Vienne).

 

La notice du MET rapporte que Manet, ayant caché à son père sa relation avec Suzanne, a sans doute peint cette « variation sur un portrait de noces » entre la mort de son père en septembre 1862 et leur mariage en octobre 1863, ce qui correspond à la datation actuelle. Ce tableau riche d’emprunts à Rubens (et à Carracci) et à sa propre vie (c’est peut-être Léon, fils de Suzanne, né de père inconnu, que Manet montre du doigt, « comme pour « accepter » le garçon dans sa famille », suggère le catalogue Gianadda), était très cher au peintre. La pêche n’a jamais été exposée du vivant de Manet (1832-1883), c’était un « tableau de famille », accroché dans leur appartement.

06/12/2014

Illusionnistes

Coe expo58 affiche.jpg

 

« Ce que nous exposons au Pavillon n’est qu’une réplique. N’empêche, expliqua-t-il, il faut quelqu’un pour vérifier qu’elle marche, que les voyants s’allument et s’éteignent au bon moment, etc., etc., histoire d’impressionner le bon peuple. Marrant, quand on y réfléchit. Tu es venu t’occuper d’un pub factice, et moi d’une machine factice. Ca fait de nous des illusionnistes, non ? »

 

Jonathan Coe, Expo 58

04/12/2014

Expo 58, Bruxelles

Expo 58 de Jonathan Coe a tout pour plaire, il me semble, à ceux qui ont visité l’Exposition universelle de Bruxelles et s’y reconnaîtront comme à ceux qui, comme moi, regrettent de ne pas avoir pu se promener sous l’Atomium tout neuf, devenu depuis l’emblème de la capitale belge. 

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http://www.jonathancoewriter.com/books/expo58.html

Ce roman, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, débute en 1954, quand le gouvernement britannique est invité à participer à la première exposition universelle d’après-guerre, une époque d’optimisme scientifique quant au développement nucléaire mêlé d’anxiété par rapport à son usage militaire, ce que signifiaient de manière spectaculaire les neuf boules du cristal de fer « grossi cent soixante-cinq milliards de fois », notre fameux Atomium (resté en place comme la Tour Eiffel après l’Exposition de Paris en 1889, mais trois fois moins haut, une centaine de mètres).

 

Thomas Foley, rédacteur en chef au Bureau Central de l’Information, responsable du Pavillon britannique, s’étonne d’être choisi pour superviser le pub « Britannia » – serait-ce parce que sa mère est belge et que son père a tenu un pub pendant vingt ans ? Thomas n’a jamais mis les pieds en Belgique et a priori, n’est pas très emballé à l’idée de s’éloigner pendant les six mois de l’exposition, alors que sa femme Sylvia et lui viennent d’avoir un bébé.

 

On lui suggère de les emmener avec lui, mais il n’en fera rien. C’est à sa mère qu’il en parle en premier. Martha, qui a fui son pays en 1914 et s’est mariée dix ans plus tard, le met en garde : il devrait être plus attentif à son épouse et lui en parler ouvertement.  Mais quand son fils envisage d’aller prendre des photos de la ferme familiale près de Louvain, elle l’en dissuade : « Le passé, c’est le passé. »

 

Thomas prend vite goût à sa mission, et l’excitation monte quand il prend part à une réunion au Foreign Office pour faire le point sur l’avancement des travaux, trois mois avant l’ouverture. Sa description du futur Britannia qui ressemblera à un « club nautique » avec de larges baies vitrées, pour mieux correspondre à la modernité de l’événement, est bien accueillie, et c’est alors qu’il aperçoit pour la première fois deux hommes que personne n’a présentés, très attentifs à son intervention.

 

Wayne et Radford, ces deux-là, l’attendent à la sortie et l’emmènent dans leur voiture sous le prétexte de le déposer chez lui, mais c’est pour lui poser plein de questions personnelles, sans ménagement, puis le laisser en plan près d’un arrêt d’autobus après un mystérieux « ça reste entre nous ». 

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Photomontage Cobra.be

Une charmante hôtesse de l’Expo 58, Anneke, accueille Thomas à l’aéroport de Melsbroek lors de sa première arrivée à Bruxelles. En sa compagnie, il découvre le chantier de l’avenue des Nations, le magnifique Atomium et les silhouettes des différents pavillons, avant de rencontrer David Carter, le représentant du British Council, au Pavillon britannique. Le Britannia lui fait bonne impression. Carter parle des Belges comme de gens surréalistes, excentriques, voire « frappadingues » comme l’affirme le patron du pub, pas trop ravi d’apprendre que Thomas Foley sera son superviseur. 

De retour à Tooting, dans la banlieue londonienne, Thomas remarque que leur voisin célibataire, qu’il s’est contenté jusque-là de saluer poliment, se montre très empressé auprès de Sylvia, offrant ses bons offices pour l’aider en l’absence de son mari. Celle-ci se plaint des grésillements du téléphone depuis le passage de deux hommes puis d’un technicien pour « vérifier la ligne » et semble assez déprimée.

 

Puis Foley s’installe à Bruxelles, dans un bungalow du Motel Expo à Wemmel, qu’il partage avec un compatriote, Anthony Buttress, conseiller scientifique, chargé de l’équipement de pointe et de la machine Zeta en particulier, entourée d’un certain secret. Tout le monde est conscient de l’espionnage industriel inévitable dans ce genre de foire. Thomas et Tony sympathisent, ils sortiront souvent ensemble.

 

Enfin, le 17 avril 1958, le roi Baudouin ouvre officiellement  l’Exposition de Bruxelles. Beaucoup de monde se presse au Britannia lors de l’inauguration du pub. Thomas y est abordé par un journaliste russe très sympathique lui aussi – dont il ferait bien de se méfier, lui conseilleront Wayne et Radford un peu plus tard, eux qui sont toujours au courant de tout.

 

Expo 58 offre un contexte historique et une ambiance festive au séjour bruxellois de Thomas Foley. Jonathan Coe y raconte les péripéties de l’Exposition, les hésitations sentimentales d’un homme marié, et bientôt une affaire d’espionnage, sur le ton de la parodie : Thomas, naïf, découvre souvent trop tard les enjeux réels des rencontres internationales sur le thème d’un avenir meilleur.  

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Je me suis amusée à la lecture de ce roman pour lequel le romancier britannique s’est documenté avec précision. Coe a écrit Expo 58 en résidence d’écrivain à la Villa Hellebosch. Au départ, son héros, « un type très bien, du genre sans prétentions et fiable », imaginait que sa mission donnerait un élan nouveau à sa carrière et à sa vie personnelle, je vous laisse le plaisir de lire ce qu’il en adviendra.