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13/07/2015

Résistances, 2e

La deuxième « promenade racontée » sur le thème des Résistances à Schaerbeek pendant les deux guerres débute place Colignon, sur le parvis de l’Hôtel communal. Au cœur d’un quartier qui a gardé son homogénéité historique, celui-ci est lui-même un symbole de la Résistance. Sous le porche où nous attend le guide de PatriS, nous échappons aux premières gouttes de pluie – un orage menace en cette fin d’après-midi (5/7) et d’une semaine caniculaire.  

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Hôtel communal de Schaerbeek (au retour)

En 1914, l’Hôtel communal détruit par un incendie en 1911 est déjà reconstruit, avec une extension à l’arrière. Le gros œuvre est quasi achevé. La commune fera traîner les travaux de finition intérieure pour éviter que ses ouvriers soient envoyés au Travail Obligatoire – résistance passive. La guerre terminée, la fête nationale du 21 juillet 1919 a lieu ici, en présence du roi, sorte d’inauguration officielle.

 

Au retour, il sera question de 40-45 et d’armes, mais durant la première guerre mondiale, les résistants ne forment pas de milice armée. Ils acheminent du courrier clandestin, recueillent des renseignements, organisent des filières d’évasion, comme expliqué lors du premier « Parcours de résistances dans le quartier Huart-Hamoir » l’été dernier. (Un troisième parcours est prévu à la fin de cette année.) 

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Un cortège de parapluies descend alors la rue Verhas et nous regardons à nos pieds le petit pavé en laiton sur le trottoir du numéro 3, à la mémoire de Maurice (Marcel) Orcher, arrêté le 8/7/1943, sous une grosse averse comme le jour où il a été installé (voir la vidéo). Ce résistant servait de boîte aux lettres ; chacun assurait un seul type de mission pour assurer la sécurité des autres filières.

 

Depuis 1990, on installe partout en Europe les « stolpersteine » ou « pierres d’achoppement » de dix cm sur dix de l’artiste Gunter Demnig (né en 1947). Il y en a déjà plus de 48 000. A Anvers, certains Juifs sont hostiles à leur installation : pour ceux-ci, on ne doit pas marcher sur le nom des déportés. Au 40 de la rue Vondel, nouvel arrêt près des pavés de mémoire pour un couple de résistants, Salomon et Elisabeth Karolinski-Orcher, morts en déportation. 

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La pluie s’est arrêtée, le ciel se nettoie. Au 72, rue Renkin, le fronton de la porte d’entrée est décoré d’un bas-relief : une palette de peintre. C’était l’atelier de Franz Kegeljan, un passionné d’histoire réputé pour ses vues historiques de Namur. Ses œuvres ayant disparu dans un incendie, il recommence à 67 ans, en 1914, et en peint cent au lieu des vingt disparues ! En plus de son hôtel de maître rue de Fer à Namur (actuel Hôtel de Ville), il en fait construire un très beau ici, près de son atelier bruxellois (n° 70).

 

Marié à Louise Godin, il a eu le malheur de perdre un fils emporté à dix-sept ans par la tuberculose et donne son nom à l’Institut Kegeljan à Salzinne, un hospice pour enfants malades fondé par son épouse. Notre guide mentionne aussi le nom du peintre Emile Bulcke qui avait sa maison pas très loin, rue Seutin (aujourd’hui charmante maison d’hôtes). 

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Atelier (rez-de-chaussée à gauche) et hôtel de maître de Franz Kegeljan (Street View)

Nous descendons la rue pour nous arrêter devant une double maison art nouveau, aux 90 et 92 : la maison Langbehn a reçu le Prix du Patrimoine 2014 pour sa restauration dans les règles de l’art. Deux portes, deux numéros : elle fut construite sur deux parcelles avec une différence de niveau. « La Maison Langbehn porte ce nom en mémoire de l’artiste plasticien Roger Langbehn tombé au champ d’honneur en 1918, à Montdidier, dans la Somme, à l’âge de 26 ans. » L’histoire de cette demeure est marquée par la mémoire et la transmission : à lire ici.

 

Rue Gallait, une façade grise toute simple, aux fenêtres encadrées de noir, cache aussi une maison double, elle porte les numéros 106 et 108 pour la seconde, monumentale, invisible de la rue, en intérieur d’îlot.  Celle-ci était un lieu propice aux rencontres secrètes : les partisans s’y donnaient rendez-vous, on y déposait la presse clandestine et des armes. 

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Maison Langbehn / Photo Odonacc (Wikimedia commons)

Le 106 fut la maison-atelier du sculpteur Louis Van Cutsem, portraitiste des sportifs : ici ont défilé les gloires du sport belge, de la boxe, du cyclisme, jusqu’à Eddy Merckx. Pour avoir hébergé et aidé des juifs, le couple Van Cutsem a reçu la médaille des Justes. On doit aussi à Van Cutsem une statue pour le Monument des résistants martyrs en Brabant wallon.  

Dernier arrêt avant de remonter place Colignon, au 58 rue Floris. Là habitait en 1940 Robert De Wael, un jeune lieutenant de réserve d’un corps d’élite, les Grenadiers, la garde royale, agent communal à Schaerbeek. Persuadé du caractère temporaire de la défaite, les Grenadiers continuent à s’entraîner et organisent des réunions secrètes pour recruter des jeunes voulant s’engager dans la Résistance. De Wael est nommé commandant de la Deuxième Compagnie des Francs-Grenadiers. 

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106-108, rue Gallait, ancien atelier du sculpteur Louis Van Cutsem

La suite nous est racontée à l’Hôtel communal, lieu de résistance active ; durant la seconde guerre, différents réseaux s’étaient constitués au sein de l’administration communale, y compris dans la police. On raconte que De Wael ne voulait que des militaires dans son groupe. L’entraînement avait lieu dans la forêt de Soignes et il fallait prêter serment de fidélité au roi Léopold III (des étudiants de l’ULB refusent et forment le groupe G).

 

Robert Dewaele, promu au ravitaillement, a toutes les audaces. A l’entrepôt de la rue des Palais, il n’hésite pas à cacher des armes. Son caractère vantard, bagarreur et son imprudence ne sont pas pour rien dans les dénonciations dont il fait l’objet. Une première qui n’a pas été prise au sérieux amène Dewaele à évacuer les armes rue Floris, mais on finira par fouiller chez lui. Les Allemands trouvent alors et les armes et un carnet derrière un tableau, avec tous les noms de sa compagnie. Une soixantaine seront arrêtés. 

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Lui et sa femme sont mis aux arrêts, envoyés à Cologne, où, bien que n’ayant pas été torturé physiquement, il donne aussi les cadres des Grenadiers. Lors d’un premier procès, il récuse ce qu’il a dit ; lors du second, ses compagnons sont condamnés à mort. Une plaque en pierre, à droite du porche de l’Hôtel communal, leur rend hommage.

 

Une dernière histoire connexe, qui a provoqué surprise et réactions dans le groupe des visiteurs (parmi lesquels des descendants de résistants), serait trop longue à ajouter ici, je vous en parlerai dans mon prochain billet.

11/07/2015

Wolvens

Wolvens vue expo.jpg« Il aimait la pâte, il aimait la couleur. Il aimait la vie, le cours des jours, les enfants, les foules. Il aimait la lumière et la mer… »


Roger Pierre Turine, commissaire de l’exposition

 

Henri-Victor Wolvens. De l'ombre à la lumière

 

Paysages de Belgique

 

Musée d'Ixelles, 25.06 > 20.09.2015

 

 

 

 

 

 

09/07/2015

Paysages de Belgique

L’exposition d’été au musée d’Ixelles s’intitule « Paysages de Belgique » : sur l’affiche, Dunes au soleil d’Anna Boch (vers 1903), un des chefs-d’œuvre du musée, avec le dégradé mauve des ombres sur le sable, le pointillé bleu d’un horizon placé très haut sous un ciel clair tacheté de rose, une merveille. 

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Anna Boch, Dunes au soleil, ca 1903, Coll Musée d’Ixelles © photo Mixed Media

Pour découvrir cette sélection de peintures, photographies, installations, de 1830 à nos jours, j’ai commencé par les « paysages industriels ». En face d’une Vue topographique du Grand Hornu, une peinture des Hauts fourneaux à Charleroi par Maximilien Luce en 1896 jouxte une photo noir et blanc du même genre de site en 1971. Les fumées de Pierre Paulus du Châtelet (ci-dessous), panaches jaunes et bleus crachés par les cheminées d’usine, se reflètent dans l’eau où une péniche est à quai – évocation lyrique. 

Meunier montre un Paysage borain de plus loin. Le vent pousse en oblique les fumées des usines, mais au premier plan, dans un pré, un homme en noir sur un cheval blanc s’est arrêté pour écouter un paysan. Près d’un terril peint par Luce, une photo N/B de 2002 en montre un partiellement boisé. Omer Ozcetin réinvente cet univers post-industriel dans Quelque part (2004).  

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© Pierre Paulus de Châtelet, Les fumées, 1930

Si le développement de l’industrie a d’abord été sujet de fierté, les artistes se sont ensuite attardés sur la destruction des paysages, puis l’abandon des sites – une installation photographique d’un « petit maître liégeois, pauvre pitre en art, artiste de la médiocrité », comme Jacques Lizène se désigne lui-même, décline ses clichés des banlieues. 

L’impression est différente si on aborde l’exposition par la seconde entrée et les « Paysages de la nation ». Mer du Nord, Campine, vallées de la Meuse, forêt de Soignes, vallée de la Lys, Hautes Fagnes, inspirent les peintres de la jeune Belgique au milieu du XIXe siècle. Voici De Saedeleer, Claus, Hamesse, Rops, Boulenger et d’autres, plus ou moins connus.

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Côté campagne, des meules d’antan : versions réaliste (Evenepoel), impressionniste (Schlobach), post-impressionniste (Finch). Des vergers aux différentes saisons. C’est dans le groupe des marines, non loin d’Artan et d’Ensor (Le brise-lames) que figure Anna Boch, si bien évoquée par Françoise Levie dans son documentaire, « Anna et Vincent » diffusé ce mois-ci par la RTBF : Anna Boch a été la seule à acheter une toile à Van Gogh de son vivant, c’est le fil conducteur du film (à voir en vidéo ici, rediffusion sur La Trois le 10 juillet à 00h50.)  

« Paysages intérieurs, paysages imaginaires » rassemble des toiles plus modernes et deux grandes photographies panoramiques contemporaines. Hans Op de Beeck, dans Exterior (1), montre un décor d’arbres dénudés sur une scène très éclairée et, dans l’ombre des projecteurs, autour de l’estrade, des caisses, du matériel. Extérieur vs intérieur, le titre sème le trouble. A côté, Puttebos de Felten-Massinger (un duo de photographes) : un paysage campagnard dans une lumière étrange, avec un chemin, un champ de céréales, un bosquet, des arbres – un grand silence.  

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Thierry De Cordier, Mer grosse, 2011, Private collection, Courtesy of the artist and Xavier Hufkens, Brussels © photo Dirk Pauwels

Très troublant aussi, Noces de Gilbert Fastenaekens : de loin on dirait une photo en noir et blanc, mais en la regardant mieux, on distingue des couleurs dans ce fouillis de branches où poussent des bourgeons blancs. Une immersion dans le paysage. 

Au bout de la grande salle du musée d’Ixelles, l’estrade accueille des grands formats. Côte à côte, Mer grosse de Thierry De Cordier et La Vague de Constant Permeke offrent deux variations parallèles sur la lumière, le ciel, la mer, dans les tons bleus pour l’un, bruns pour l’autre.  

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Léon Spilliaert (1881-1946), Marine, nocturne, 1900 © photo Vincent Everarts

Plus de septante artistes sont conviés dans ce parcours en six thèmes. A l’étage, deux belles sections : « Nocturnes et effets de lune » avec Spilliaert, Degouve de Nuncques, Heymans, Stevens… Puis « Nuages » : une petite toile lumineuse d’Hippolyte Boulenger, un petit Magritte dans sa cage de verre, de grands ciels d’Ensor, de Degreef, de Maurice Pirenne (Les toits dans le ciel bleu). Jean-Pierre Ransonnet donne à ses photos de nuages des légendes : « l’écoute », « l’attente », « le silence »… Sur l’autre mezzanine, « Abstraction et nature » regroupe des œuvres de la seconde moitié du XXe siècle. 

Le parcours est éclectique, inégal, intéressant. Le petit journal du Musée d’Ixelles attire l’attention sur une installation que j’ai manquée, de Jean-Philippe Toussaint, créée pour cette exposition – une nouvelle inédite figure dans le catalogue et il viendra la lire le 2 août prochain dans l’après-midi, lors de la première édition de « Thé au jardin » (inscription sur le site du musée). 

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Hippolyte Boulenger, Ciel nuageux, sd, Coll Musée d’Ixelles © photo Mixed Media, Belgium 2015

En plus de « Paysages de Belgique », deux expos « bis » sont visibles aussi jusqu’au 20 septembre : « Henri-Victor Wolvens, de l’ombre à la lumière » et « Véronique Boissacq, Equations ». Sans oublier la belle collection permanente du musée. Le nouvel accrochage donne amplement de quoi se réjouir, et hors de toute canicule.

25/06/2015

Expos en vrac

Dimanche matin, j’arrivais d’un bon pas aux Musées Royaux des Beaux-Arts pour revoir la rétrospective Chagall (qui s’achève le 28 juin) quand j’ai remarqué les gens qui attendaient sur les marches – le week-end, depuis janvier, le musée n’ouvre ses portes qu’à onze heures au lieu de dix. Quelques-uns patientaient, sans doute pour être les premiers dans la file, mais la plupart des arrivants s’en allaient – quel horaire dissuasif, malencontreux, pour les visiteurs d’un jour ! 

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Cap sur le Palais des Beaux-Arts ou Bozar, tout proche, où j’ai vu bien des choses réjouissantes. D’abord V+ 2014-2015, une exposition d’architecture, présentée dans les anciennes boutiques côté rue, – bonne idée de faire revivre ces espaces bien éclairés. Des documents, matériaux, maquettes, autour de « cinq projets publics en cours d’étude ou de chantier » : un château d’eau (Ghlin), un centre culturel (Deinze), des musées – de la mode et du design (Bruxelles), du folklore (Mouscron) – et un cinéma (Charleroi).  (Jusqu’au 20 septembre.) 

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Ensuite, et c’est aussi entrée libre, en marge de la grande exposition « Les Belges. Une histoire de mode inattendue », le joli coup de pub d’une célèbre marque de lingerie qui fête ses 150 ans, à gauche du grand hall Horta : « La mémoire de l’intime ». Cette entreprise belge met en scène l’évolution de ses parures à même la peau à travers « une sélection remarquable d'articles de lingerie datant de 1865 à nos jours ». Une présentation originale, de quoi réjouir les yeux et aussi apprécier de ne plus vivre à l’époque des corsets ! (Jusqu’au 28 juin.) 

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De l’autre côté du hall, on est loin du travail des petites mains qui assemblent jusqu’à trente éléments pour fabriquer un soutien-gorge. Place à l’impression en trois dimensions : « Making a difference / A difference in making ». Les balbutiements de la 3D font place à présent à des objets très originaux, voire des œuvres d’art ou de design, et à des matériaux nouveaux pour  l’ingénierie et les sciences. On imprime même des robes ! Etonnant. (Jusqu’au 23 juin.)

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De retour aux Musées des Beaux-Arts, c’est la foule des grands jours : la queue serpente pour l’achat des tickets – les Amis des Musées, heureusement, accèdent directement aux expos avec leur carte de membre. Quel monde à la rétrospective Chagall ! Une fois de plus, je vérifie qu’il vaut toujours mieux, quand on le peut, visiter une grande exposition à ses débuts et en semaine, pour regarder tout bien à l’aise. (Vu l’affluence, on a prévu des nocturnes pour les derniers jours.) 

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©
Gao Xingjian, Ailleurs, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles.

Terminons avec Gao Xingjian, dont je n’ai malheureusement pas vu la récente rétrospective au Musée d’Ixelles. Il présente ici « L’éveil de la conscience ». Au bout du magnifique Forum où je n’avais pas encore remarqué l’accrochage de « Visio Smaragdina », vision d’émeraude de Thierry De Cordier (2009), c’est dans la première salle à gauche que le peintre et écrivain, prix Nobel de littérature 2000, a installé six œuvres monumentales « créées spécialement pour les lieux ». A l’encre de Chine sur toile blanche, une invitation à la méditation et à la contemplation. Des banquettes permettent de laisser le regard s’immerger dans cette « mer d’encre » avec ses noirs, ses gris, ses blancs – et dans une paix totale, à cette heure où personne d’autre n’en franchit le seuil.

23/06/2015

Obsédés textuels

guillaume duthoit,paroles d'obsédés textuels,conférence chantée,bibliothèque sésame,schaerbeek,juin,2015,chanson,paroliers,rimes,allitérations,calembours,chanson française,cultureLes mots étaient à la fête de la musique, ce samedi 20 juin, à la bibliothèque Sésame de Schaerbeek. Guillaume Duthoit nous a régalés d’une grande balade dans la chanson française – guitare, voix, vidéos – à la rencontre de paroliers aimant rimer, voire « tarés de l’allitération » et autres auteurs de malicieuses « chansons listes » à la Prévert ou Oldelaf.

 

Vous l’avez manqué ? Bonne nouvelle : il revient samedi prochain, 27 juin, 13h30, pour la seconde partie de sa « conférence chantée ». Au menu :


les (dé)calés des calembours
les vraivolutionnaires du faucabulaire
les adeptes du hors-piste.

 

Séance de rattrapage pour les curieux : ici, si si  la rime est à peine suffisante, mais vous en entendrez des « ultrariches »  – salut Gainsbourg, Boby Lapointe, Nougaro, Stella et, ça alors, David McNeil, auteur-compositeur (Mélissa, c’est lui), le fils de… Marc Chagall. Entrée libre.

 

Source de la photo : http://www.mabiblio.be/?p=4831

22/06/2015

Maison de caractère

« Nous cherchions une maison qui ait du caractère » , a raconté la propriétaire d’une belle demeure schaerbeekoise, à l’angle de la chaussée de Haecht et de la rue de l’Est, qui a accueilli avec amabilité le petit groupe inscrit à la première des « Estivales 2015 » – huitième édition des promenades guidées gratuites proposées tout l’été par l’asbl PatriS, avec le soutien de la commune. 

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Si souvent, en passant sur la chaussée, j’ai admiré la loggia d’angle et les belles façades de cette maison néo-Renaissance flamande. Aussi je me suis inscrite tout de suite à l’annonce de cette visite guidée organisée jeudi dernier. (Une seconde visite de cette maison est prévue le 3 septembre prochain.)

 

Emmanuelle Dubuisson, notre guide, rappelle que la rue de l’Est (nom lié à la proximité de l’ancien Observatoire) a été percée à la demande de propriétaires privés, en 1881.  A cette époque, la commune attire les bourgeois et les artistes. Ce sont les héritiers Verboeckhoven (Eugène Verboeckhoven, peintre animalier et sculpteur, est mort à Schaerbeek en 1881) qui possèdent le terrain où cette maison va être bâtie et les suivantes, où seront aménagés plusieurs ateliers d’artistes. 

 

Cette grande maison d’angle construite en 1890 pour un avocat (Maître Campioni-Balasse) disposait à l’origine d’un grand jardin, mais durant la première guerre, des voisins s’en sont approprié des parcelles. Juste en face, une maison du même style, avec tourelle d’angle, a été démolie dans les années soixante pour faire place à un immeuble de bureaux. Ici, heureusement, les propriétaires successifs ont résisté aux sirènes du progrès, qui suggéraient même de la remplacer par une station-service ! 

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« Schaerbeek - Rue de l'Est n°2 - 002 » par Lumixbx (Wikimedia Commons)

Pourquoi ce style Néo-Renaissance flamande, avec le mélange des briques rouges et de la pierre bleue, des vitraux et des croisées en pierre ? La visite s’intitule « Plongée dans l’éclectisme » : en façade on voit aussi des éléments néo-gothiques, un pignon en escalier sur le toit, des lucarnes dans le goût pittoresque, ainsi que des épis de faîtage. Au bout des nombreuses travées – la maison est large mais peu profonde – une frise lombarde achève le décor. 

Les archives de Schaerbeek ayant brûlé avec l’Hôtel communal en 1911, on attribue cette maison à un architecte formé à Saint-Luc, qui a conçu d’autres belles demeures dans le quartier des squares et travaillé pour de nombreux couvents et églises. Après 1870, les libéraux de la « nouvelle Belgique » appréciaient ce style néo-Renaissance flamande par opposition au style néo-classique français.

 

Il est temps d’entrer, après avoir appris que le bossage des pierres au bas des murs convient au caractère rustique de l’endroit à la fin du XIXe siècle, c’était encore campagnard. La porte est magnifiquement décorée et garnie de ferronneries d’époque. On monte cinq marches pour accéder au premier niveau d’où on peut admirer les vitraux art nouveau qui encadrent l’entrée, dans des tons orangés, puis les vitraux plus pâles autour de la seconde porte.  

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Le vestibule a été transformé (confort, chauffage,…) et dans toute la maison, dont l’intérieur aussi est classé aux Monuments & Sites depuis 2004, des éléments qui ne sont pas d’origine ont été intégrés harmonieusement au fil du temps – parfois récupérés dans les chantiers de démolition des belles maisons de maître en pleine période de « bruxellisation ».

 

Dans le salon de réception qui a conservé son mobilier d’origine, les médaillons des vitraux sont inspirés de tableaux anciens. Les vitraux intérieurs portent aussi des devises, une date : 1831, des motifs illustrant les quatre saisons. Sous le plafond à caissons (dont la peinture s’écaille en attendant un budget de restauration), des poutres se terminent par les têtes sculptées des archiducs Albert et Isabelle.

 

Toutes les pièces visitées portent des lambris d’origine. De l’autre côté de l’entrée, après un charmant petit bureau, un grand salon de musique, pièce d’angle très lumineuse a des vitraux refaits dans les années 60, portant le blason azur et or de la famille Scribe (deux plumes croisées, quatre escargots), et sur une fenêtre rue de l’Est, un blason de réemploi non identifié qui m’a intriguée, montrant sous une couronne, un oiseau noir avec un anneau d’or dans son bec, juché sur un fer à cheval. Comme les murs peints de ramages et de couronnes de ce salon, ceux de la belle cage d’escalier, éclairée par une verrière à décor floral, ont conservé leur peinture d’origine, de très beaux tons rouge cuivre.  

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On découvre à l’étage les pièces d’habitation familiale, le salon à l’angle avec ses vitraux refaits sur le modèle d’origine, sa loggia, et une belle cheminée en bois récupérée dans un château – le bois est présent partout dans la maison : les lambris, les parquets dont les motifs varient de pièce en pièce.

 

Des murs clairs mènent à une jolie cuisine toute en longueur, équipée à la manière actuelle en face des vitraux, avec un coin à manger – tout ce qu’il faut pour une famille ; elle a été conçue en harmonie avec le lieu, la cheminée ancienne. Les cuisines d’origine, comme autrefois à Bruxelles, se trouvaient en cave, reliées au rez-de-chaussée par un monte-plats.

 

Ensuite on accède à une chambre qu’habite également un chat roux, endormi en rond sur le couvre-lit blanc. Placide, il ne semble pas vite dérangé, accepte même quelques caresses. La cheminée – chaque pièce a la sienne – est imposante, une grande tapisserie d’époque agrémente le décor.

 

Cette maison qui donne l’impression de voyager dans des temps anciens est contemporaine de la maison Autrique, construite en 1892 par Horta à deux pas d’ici. Un choix architectural et esthétique très différent. Débordant du temps prévu pour la visite, la propriétaire a bien voulu confier les avantages et inconvénients d’habiter une maison classée. Le plus inattendu, ce sont les coups de sonnette d’inconnus qui se croient à la maison communale !

13/06/2015

Monplaisir

avenue huart hamoir,schaerbeek,balade,promenade,patrimoine,bruxelles,architecture,arbres,ginkgo biloba,culture« Rendez-vous à la gare de Schaerbeek ; supprimez-la en imagination et plantez sur l’aire occupée aujourd’hui par l’avenue Huart Hamoir un beau château semblable à celui qui hante les rêves des enfants. Entourez-le d’étangs, de jardins et de fontaines jaillissantes… et vous aurez Monplaisir tel que le conçut à la fin du XVIIe siècle un certain baron Roose. Ce dont se réjouit Charles de Lorraine, gouverneur-général des Pays-Bas, lorsqu’il se mit en quête d’une résidence champêtre entre 1572 et 1780. Le saviez-vous : c’est à Monplaisir que furent organisées les premières courses de chevaux du continent. »

 

Georges Renoy, Bruxelles aux iris, 20 promenades dans la région bruxelloise,  Duculot,  Paris-Gembloux, 1979.

 

« Walckiers-Ferraris » par Joseph de Ferraris (carte de 1777, via Wikimedia Commons)

 

11/06/2015

Huart Hamoir impairs

Il ne faut pas nécessairement avoir un train à prendre – ou une voyageuse à aller chercher – pour descendre du square Riga vers la gare de Schaerbeek, place Princesse Elisabeth. C’est si agréable d’emprunter la belle avenue Huart Hamoir d’un côté et de la remonter de l’autre, ou d’emmener des enfants jouer là où « l’une des plus larges avenues-promenades de la capitale » s’arrondit pour faire place au parc et à la plaine de jeux du Hamoir (ils y sont invités à lire dehors tout l’été).  

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Le matin, ce sont les numéros impairs qui prennent le soleil, aussi c’est de ce côté que j’ai l’intention de prendre quelques clichés, et pour cela, mieux vaut longer le terre-plein central, à gauche du monument aux troupes africaines, d’où l’on voit mieux les maisons et les arbres. 

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J’ignore comment il se fait qu’on a planté le long du trottoir, en alternance avec des cerisiers du Japon, tant de ginkgos bilobas, plus fréquents dans les parcs – je vous ai déjà parlé, il me semble, des deux rares exemplaires femelles qui répandent ici en automne leurs fruits singulièrement nauséabonds (en ville, on ne plante plus que des ginkgos mâles aujourd’hui). 

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Sachez-le, je ne photographie ni les poubelles débordantes, ni les déchets abandonnés, ni les abris à vélos tagués, à quoi bon se lamenter une ixième fois de la malpropreté dans les espaces publics ? Passons. 

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A l’époque où les belles demeures de l’avenue Huart Hamoir (nom du bourgmestre d’alors) ont été construites, au début du XXe siècle, on n’y prévoyait pas de garage. Avec les voitures tout le long de la voirie aujourd’hui, ce n’est pas si simple de prendre une jolie vue d’ensemble, mais je vais essayer de vous montrer tout de même un peu de cette avenue schaerbeekoise pleine de charme. 

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Chaque façade diffère de ses voisines, mais en se succédant, leurs éléments –  style éclectique,  Beaux-Arts, Renaissance flamande, Art nouveau – forment des enfilades souvent harmonieuses. Les feuillages ignorent les limites des propriétés et ce continuum végétal contribue à la beauté des lieux. Des constructions plus récentes s’efforcent de respecter le rythme et le ton de la partition. ( Il y a des exceptions, comme cet immeuble « fonctionnel » aux étages heureusement masqués par un valeureux ginkgo). 

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Il faut lever les yeux pour apercevoir les ornements d’une toiture, de gracieux clochetons surmontés de fantasques paratonnerres, des fers forgés offerts au ciel pour le décorer, un sgraffite sous une corniche au-dessus d’un arc en pierre bleue qui achève de surligner une grande baie vitrée.

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Sur le terre-plein de l’avenue se dressent notamment des frênes, des marronniers, des hêtres, des platanes à feuilles d'érable, des tilleuls, des houx. Certains sont à l’inventaire des arbres remarquables de la capitale.  

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C’est dimanche. Des enfants jouent à la plaine de jeux, un homme prend le soleil sur un banc.  Tout est calme. Rien ne bouge dans les avenues avoisinantes, sauf une voiture de temps à autre. 

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Un drapeau belge près du toit attire mon attention sur une belle maison Art nouveau, haute et étroite. Le ginkgo biloba devant sa façade semble avoir fait régime pour s’y accorder. Quelle imagination de son architecte pour la toiture ! Deux fenêtres jumelles dont l’une est dotée d’un balconnet,  à côté d’une lucarne originale en oblique. 

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Inscription aux Estivales : asbl.patris@gmail.com ou 0476/77.65.36

Quasi chaque façade appelle une lecture particulière, et selon le jour ou l’heure, je m’attarde à détailler l’une ou l’autre. Tiens, une coquille sur un fronton triangulaire, jamais remarquée encore – Schaerbeek fait le bonheur de tous ceux qui aiment l’architecture, le patrimoine, l’urbanisme au sens noble du terme. Voici l’occasion de vous rappeler que l’asbl PatriS organise à nouveau ses « Estivales », n’hésitez pas à écrire pour obtenir le programme, plein de nouveautés alléchantes.  

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Ça et là des pierres taillées retiennent le regard, ou les horizontales de ces garde-corps en fonte très travaillés sur toute la largeur d’une façade, aux deux étages. Et toujours, pour leur tenir compagnie, ces ginkgos à la silhouette si élancée. Dans le bas de l’avenue, en se rapprochant de la place et de la gare qui la terminent, des maisons et des immeubles ont parfois des décors plus simples, mais intéressent à leur manière par le jeu dans l’agencement des briques, des couleurs.  

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On restaure le bulbe principal de la jolie gare de Schaerbeek, qui accueillera bientôt un musée du train (ouverture prévue en septembre). Partout, en bas de l’avenue Huart Hamoir, des affiches annoncent la fête de la musique – ce sera au début de l’été. Il me reste à remonter l’avenue, côté pair – je le garde pour une prochaine fois, d’accord ? 

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02/06/2015

Les Ponts-de-Cé

J’ai traversé Les Ponts-de-Cé

C'est là que tout a commencé

  

Une chanson des temps passés

aragon,louis,les ponts-de-cé,poulenc,bruxelles,maison des arts,schaerbeek,concert,guinguette,salon de la mélodie,chant,musique,cultureParle d’un chevalier blessé

 

D’une rose sur la chaussée

Et d’un corsage délacé

 

Du château d’un duc insensé

Et des cygnes dans les fossés

 

De la prairie où vient danser

Une éternelle fiancée

 

Et j’ai bu comme un lait glacé

Le long lai des gloires faussées

 

La Loire emporte mes pensées

Avec les voitures versées

 

Et les armes désamorcées,

Et les larmes mal effacées

 

Oh ma France ô ma délaissée

J’ai traversé Les Ponts-de-Cé

 

Louis Aragon, Les Yeux d’Elsa, 1942

 

Photo : Concert guinguette à la Maison des Arts : Le salon de la mélodie (29/5/2015)

 

Pour info, le 20 juin prochain, la fête de la musique déménage à Schaerbeek : apéro musical à la bibliothèque Sésame et « conférence chantée », ensuite fête et concerts gratuits en bas de l’avenue Huart Hamoir.

 

 

 

 

01/06/2015

Une semaine musicale

La semaine dernière, vous étiez peut-être parmi les milliers de mélomanes au rendez-vous du Concours Reine Elisabeth 2015, session violon, pour la finale diffusée tous les soirs sur La Trois. Les sélections et les demi-finales qui se tenaient à Flagey ont été diffusées elles aussi sur la troisième chaîne de la RTBF et en radio sur Musiq3 – on peut d’ailleurs réécouter les candidats sur ce site.  

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Les douze finalistes du Concours Reine Elisabeth de violon 2015

© BELGIUM MUSIC QUEEN ELISABETH COMPETITION SEMI-FINALS BELGA 

Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, les douze finalistes n’interprètent plus désormais que l’imposé et un concerto – auparavant ils jouaient aussi une sonate, ce qui révélait d’autres facettes de leur talent. Chacun d’eux a découvert et travaillé pendant une semaine à la Chapelle Musicale, complètement coupé du monde extérieur, « …aussi peu que les nuages… », l’œuvre inédite commandée au compositeur suisse Michaël Jarrell.

 

Ces « jeux olympiques de la musique classique », comme disaient certains de ces jeunes virtuoses, débouchent sur un classement (jury international) et un sympathique prix du public (par vote après le dernier finaliste). Comme chaque fois, je suis époustouflée par le niveau. Quel travail pour assurer de tels concerts, quelle passion pour la musique et l’instrument !

 

On n’enseigne plus la musique à l’école, une lacune, d’où diverses initiatives pour intéresser le public jeune au Reine Elisabeth. C’était amusant, jeudi, de voir Martin, un petit garçon déluré, qui joue de la batterie et ne connaissait jusqu’alors pas grand-chose au classique, interroger la reine Mathilde pour Ouftivi, sans se troubler. Les Six/De Zes, des étudiants de l’enseignement musical supérieur, commentaient aussi le concours sur les réseaux sociaux.

 

Sur La Trois, l’excellent Patrick Leterme a l’art de poser de bonnes questions et Caroline Veyt, de mettre à l’aise les invités : des musiciens, pour commenter la finale, et aussi des personnalités connues, comme Pierre Marcolini ou Eric-Emmanuel Schmitt. Durant l’entracte, la télévision diffusait un amusant « Je sais pas vous », des « capsules vidéos » où Patrick Leterme explique le violon – « court, décalé, et malgré tout, respectueux » (avec la participation de Laurence Bibot). Vous pouvez les visionner ici sur le site de la RTBF. 

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Concert guinguette à la Maison des Arts : Le salon de la mélodie (29/5/2015)

Mais ce vendredi 29 mai à midi trente, mon premier rendez-vous musical du jour avait lieu dans le jardin de la Maison des Arts de Schaerbeek, qui a proposé trois concerts gratuits en mai, formule « guinguette ». Pour ce « salon de la mélodie », heureusement, de belles éclaircies ont permis au public nombreux qui s’était installé à table (repas et boissons fournis par l’Estaminet), sur les bancs ou dans l’herbe, d’écouter Sophie Tillesse, mezzo-soprano, Diana Gonnissen, soprano, accompagnées par Jean-Pierre Moemaers au piano.

 

Les deux cantatrices ont alterné dans un programme très varié : Brahms, Debussy et Fauré sur des vers de Verlaine, mélodies populaires de Britten, Poulenc… Pour permettre au pianiste de se reposer (le vent était de la partie et les partitions ont failli s’envoler plusieurs fois malgré les pinces), Sophie Tillesse s’est lancée dans l’étonnant « Stripsody » de Cathy Berberian, une « BD musicale », une vraie performance à partir de dessins en guise de partition. Réjouissant !

 

Pour terminer, après des mélodies de Satie et d’autres folles histoires, les deux cantatrices ont donné le duo des dindons et des moutons, et invité le public à glouglouter et bêler avec elles – c’était très drôle. Il y avait une centaine de personnes dans le jardin de la Maison des Arts pour ce délicieux « salon de la mélodie », gai et décontracté, une belle initiative culturelle de Schaerbeek.

 

Au moment où vous lirez ceci, le palmarès du concours Reine Elisabeth sera connu, le prix du public attribué. C’est une chef d’orchestre américaine, Marin Alsop, qui dirigeait l’Orchestre national de Belgique pour cette finale. Après le piano, le violon et le chant, le violoncelle sera pour la première fois à l’honneur en 2017. Vous avez suivi cette finale ? le concert guinguette ? N’hésitez pas, partagez ici vos impressions !