Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

15/12/2015

Opiniâtreté

plissart,marie-françoise,aqua arbor,exposition,photographie,bruxelles,le botanique,mer,arbres,nature,culture« Les mers, c’est l’eau, le liquide, les vagues, l’absence d’humains et d’objet, le mariage avec le ciel. C’est la matrice. A l’étage, l’arbre, c’est le vertical, le sec, la marque des humains, le masculin. Francis Ponge opposait « la mer qui a l’opiniâtreté de l’horizontalité » avec « les arbres qui ont l’opiniâtreté de la verticalité. »

Guy Duplat, « Notre mer à tous », La Libre Belgique, 7/12/2015.

 

« Aqua Arbor » de Marie-Françoise Plissart

Le Botanique, Bruxelles, jusqu’au 31 janvier 2016.

14/12/2015

Plissart Aqua Arbor

Le Botanique accueille jusqu’au dix janvier « Aqua Arbor » de Marie-Françoise Plissart. Connue pour ses photographies d’architecture et de villes, elle expose ici un autre versant de son œuvre : les mers, les arbres, des photographies en noir et blanc. « Parc royal » (l’affiche) avec son assemblage, ses reflets dans l’eau, ses lumières, introduit ses grandes « compositions marines ».

plissart,marie-françoise,aqua arbor,exposition,photographie,bruxelles,le botanique,mer,arbres,nature,culture
Parc royal © Marie-Françoise Plissart

Ce ne sont pas des vues de mer d’un seul point de vue à un moment précis, mais des agencements, des mises en scène. Dans une vidéo (sur la mezzanine), la photographe explique qu’elle a voulu prendre en compte le temps qui change, le temps de regarder, de photographier (la vitesse d’obturation a incroyablement progressé – temps impossible à l’échelle du regard humain ou animal), le temps de composer aussi. Elle situe son travail « à cheval sur l’argentique et le numérique ».

« Aqua » montre des « constructions visuelles » jouant sur l’art de juxtaposer, de créer des contrastes, d’ajuster, « toujours dans une recherche de tension et d’équilibre » (Véronique Danneels). Ex-véliplanchiste, Marie-Françoise Plissart prend ses photos du littoral, pas en pleine mer, sur tous les continents. Elle prépare une installation artistique dans la station de métro Parc Royal, prévue en 2018.

L’horizon qui structure ses compositions, en principe au milieu, on peut quasi le toucher sur une photographie, alors qu’en réalité (elle le souligne dans la vidéo), il reste une limite inaccessible. Enfant, la photographe bruxelloise passait les grandes vacances à la campagne et rêvait d’aller à la mer, de voyager.

Au sol, une carte du monde inédite est dédiée à celle-ci : une carte des mers réalisée par Bieke Cattoor, architecte-urbaniste (KUL). En laissant pays et continents sur les bords, cette carte en bleu nous fait prendre conscience autrement de l’importance de la mer sur notre planète (pas seulement par la surface qu’elle couvre).

La houle et les nuages, les rives du fleuve Congo, le vol des oiseaux, le passage d’un bateau, les explosions d’écume sur les vagues... Chaque composition explore un thème, un climat, à Saint-Pétersbourg ou Ostende, Hong Kong ou Lesconil (France), jusqu’à cette fascinante vue du Sri Lanka où les animaux sur le rivage et la végétation volent la vedette au monde aquatique.

plissart,marie-françoise,aqua arbor,exposition,photographie,bruxelles,le botanique,mer,arbres,nature,culture
Lesconil (France) © Marie-Françoise Plissart

Au fond de la salle, on peut s’asseoir pour regarder le film « Congo » (2003) : autorisée à filmer la rive gauche du fleuve Congo à Kinshasa – « 45 minutes, pas une seconde de plus » (injonction administrative) –, la cinéaste filme d’une bananière un plan fixe. Au rythme lent de la navigation, on découvre les activités humaines sur la rive ou à bord d’autres bateaux, les installations industrielles à l’abandon, les baraques rafistolées, le linge mis à sécher, la végétation qui pousse comme elle peut. Des inscriptions, des slogans, des gestes de réaction aussi. « Ce qu’on voit parle de soi-même. » (M.-F. Plissart)

« Arbor », à l’étage, présente des photographies N/B des vingt dernières années que Marie-Françoise Plissart avait prises sans intention particulière sinon garder le souvenir de rencontres, de lieux, d’impressions. Le rôle du photographe n’est-il pas d’être le « gardien de la mémoire » ? Elle raconte dans la vidéo comment, après un incendie à côté de chez elle, une dame lui avait parlé d’un album de photos comme de sa plus grande perte – un témoignage confirmé par les assureurs.

Plus que des photographies d’arbres, sa sélection montre les liens entre les arbres ou entre les arbres et les hommes. Par exemple dans ses séries de voyage en Chine, en 2010 et 2011. Des hommes prennent le thé dans la cour d’un ancien temple de Confucius où poussent deux figuiers centenaires. Des canards se promènent près d’une grange où les villageois rangent leur cercueil creusé dans un tronc, préparé de leur vivant. Des amateurs emmènent leurs oiseaux siffleurs au parc, une couverture sur leur cage.

Une belle série montre des arbres de santal transplantés à l’aide de cordes pour peupler un nouveau campus universitaire. A l’opposé de cet esprit de conservation ou plutôt de transmission aux générations futures, des photos de cabanes installées dans les arbres du bois de Lappersfort, près de Bruges, témoignent du combat écologique contre l’abattage (perdu et gagné, 5 hectares rasés sur 13).

Dans ses voyages, la Bruxelloise a rencontré des arbres exceptionnels, un baobab qui aurait 734 ans (Sri Lanka), un figuier du Bengale (Calcutta) foudroyé qui continue de croître (on dirait plusieurs arbres, mais en réalité, il s’agit bien d’un seul, qui s’étend à présent sur un hectare et demi !)

plissart,marie-françoise,aqua arbor,exposition,photographie,bruxelles,le botanique,mer,arbres,nature,culture
Vue d'ensemble au musée du Botanique. Au sol, "Carte des mers" de Bieke Cattoor

Marie-Françoise Plissart lit beaucoup (dans la vidéo, elle cite Ponge, Maylis de Kérangal), elle est à l’écoute des gens qu’elle rencontre. Elle a pris des photos dans le jardin de l’architecte Pierre Hebbelinck, à Othée : des arbres chaulés dans le brouillard ; un élagueur en plein travail, y taillant un vieux poirier « pour lui donner quelques années de plus ». Pierre Lesage lui a fait remarquer que les arbres « depuis toujours forment le plus grand des réseaux par leurs racines qui vont jusqu’à la mer ».

Vous vous souvenez peut-être des aquarelles de Hans Op de Beeck, exposées au Botanique l’an dernier ? « Aqua Arbor » de Marie-Françoise Plissart m’y a fait penser, bien que son travail soit très différent, plus ancré dans le réel : cette fois encore, le noir et blanc, la lumière, la nature et l’humanité, la poésie sont au rendez-vous.

08/12/2015

Galeries St Hubert

St Nicolas Galeries.jpg

Il y avait du monde samedi aux Galeries Royales Saint-Hubert, un de mes endroits préférés à Bruxelles. L’architecte Jean-Pierre Cluysenaar, un des plus importants représentants du style néoclassique en Belgique, s’est inspiré de la Renaissance italienne et de la technologie moderne du fer et du verre pour ce magnifique passage couvert inauguré en 1847.

Dans l’axe de l’ancienne et « misérable » rue Saint-Hubert, la Galerie de la Reine et la Galerie du Roi qui la prolonge sont bordées d’élégantes boutiques. On y trouve aussi le cinéma des Galeries et le théâtre des Galeries où se donne en cette période de l’année la fameuse Revue satirique de l’actualité belge et internationale.

Ces derniers temps, les enseignes internationales chassent de plus en plus les boutiques traditionnelles, dommage. Il reste tout de même des magasins typiques où s’acheter des gants, un parapluie ou des pralines – plus abordables qu’un sac de chez Delvaux où je me contente d’admirer les vitrines. C’est dans la petite Galerie des Princes, à la perpendiculaire du passage, que je fréquente la belle librairie Tropismes au numéro 11 où Victor Hugo aurait logé sa maîtresse Juliette Drouet en 1851 (Bruxelles ma ville).

Pour info, si vous avez soif, il suffit de traverser la rue d’Arenberg en sortant de la Galerie du Roi pour aller boire une bière à La Mort Subite, vieux bistrot bruxellois. Mais on peut aussi se rafraîchir ou se restaurer dans les Galeries Royales Saint-Hubert, tous les détails sur leur site.

07/12/2015

St-Nicolas, ambiance

Le folklore bruxellois n’est pas ma spécialité, mais voici un billet clin d’œil à Claudialucia (Ma Librairie) que j’ai eu le plaisir de rencontrer ce samedi 5 décembre, pendant son séjour à la découverte de la capitale belge. Nous avons croisé par hasard le traditionnel cortège de Saint Nicolas dans les ruelles de l’Ilot sacré. Attirés par la fanfare, nous avons pu regarder une partie du cortège qui descendait la rue des Bouchers et les géants suivis de Saint Nicolas et Zwarte Piet ou Père Fouettard.

bruxelles,centre,îlot sacré,st nicolas,cortège,folklore,meyboom,décembre,culture
Gudule, dans la famille des géants de Bruxelles

Nous étions dans la commune libre de l’Ilot sacré, au patrimoine préservé depuis 1960. « La création de l’Ilot Sacré a eu des résultats remarquables : plus d’une cinquantaine de maisons ont depuis lors été restaurées dans le style "italo-flamand" qui fit jadis le charme et l’harmonie de notre vieille cité. Cet îlot jalousement préservé de l’anarchie architecturale qui a gravement défiguré Bruxelles est aujourd'hui considéré comme le quartier le plus typiquement bruxellois, le plus pittoresque, le plus animé de la capitale de l’Europe. En outre, au fil des ans, il a également acquis le titre de "ventre de Bruxelles", en raison du nombre impressionnant et de la grande variété de ses restaurants. » (Site officiel de l’Ilot sacré) 

bruxelles,centre,îlot sacré,st nicolas,cortège,folklore,meyboom,décembre,culture
Photo © Grégory Autiquet, avec l’aimable autorisation de la Ville de Bruxelles

http://www.manneken-pis.be/2015/12/06/cortege-de-saint-ni...

Le petit Bruxellois le plus célèbre, venu de la rue de l’Etuve, était déjà passé, en costume de Saint Nicolas bien sûr (il possède d’innombrables tenues, près de mille !) juché sur sa charrette poussée par l’Ordre des Amis de Manneken-Pis (photos). La fanfare précédait quelques géants de Bruxelles et les Poepedroegers, un des groupes de Compagnons de Saint Laurent plus couramment appelés Compagnons du Meyboom (la légende de cet arbre, planté chaque année au mois d’août, remonte à une querelle au Moyen Age entre Bruxelles et Louvain, elle est contée sur le site du Meyboom).

bruxelles,centre,îlot sacré,st nicolas,cortège,folklore,meyboom,décembre,culture

Saint Nicolas avait sa crosse dorée et sa mitre traditionnelles, Père Fouettard un costume rouge et bleu, une coiffe rouge sur ses cheveux crêpus. Entourés des Gardevils, ils saluaient enfants, touristes, passants, une foule joyeuse. Oublié, le niveau d’alerte 3 encore d’actualité en Belgique. La police de Bruxelles veillait sur le cortège où flottait le drapeau de Bruxelles rouge et vert avec l’archange Saint-Michel, patron de la ville. Bruxelles a retrouvé sa bonne humeur, les musées sont ouverts, bienvenue !

En Belgique, le 6 décembre est par excellence le jour des cadeaux, des jouets pour les enfants, et cette année, c’était un dimanche, parfait ! Saint Nicolas m’apporte toujours un sujet surprise en chocolat – un plaisir bien belge et qui n’a pas d’âge. Et vous, avez-vous fêté la Saint-Nicolas ?

05/12/2015

Don du verbe

Lanoye couverture.jpg« Ma Pit Germaine possède le don du verbe, enrichi par la puissance d’une mémoire infaillible. Elle n’arrête pas de parler une seule seconde. Calme, imperturbable et dans les moindres détails, elle relate sa journée : qui elle a vu, à quelle autre personne ça lui a fait penser et ce qui est arrivé jadis à cette dernière, récit qu’elle tient d’une troisième qui était mariée à un quatrième, mais ces deux-là sont maintenant en bagarre à cause d’une cinquième personne, qui est justement le fils ou la fille d’une sixième, à qui, tiens, elle a parlé la semaine dernière quand elle était en route pour… Etcetera. Un flot irrépressible de récits, dont chacun a un centre bigarré et pittoresque, un début peu clair caché dans un récit précédent et une fin tout aussi indécise faisant déjà entièrement partie du récit suivant.
Elle est l’inventrice de ce que j’appelle le racontage automatique. »

Tom Lanoye, Les boîtes en carton

03/12/2015

Les boîtes de Lanoye

« Petit branleur du Plat pays », titrait Le Monde des livres à propos du roman de Tom LanoyeLes boîtes en carton (Kartonnen dozen, 1991), traduit en français par Alain van Crutgen en 2013, bien après La langue de ma mère qui l’a fait connaître aux francophones. Titre ironique et approprié pour ce récit d’inspiration autobiographique centré sur les émois d’un adolescent homosexuel. L’auteur, né en 1958, publiait de la poésie depuis 1980, mais selon la quatrième de couverture, c’est ce roman « qui fit connaître Tom Lanoye en Flandre ».

lanoye,tom,les boîtes en carton,roman,autobiographie,belgique,flandre,adolescence,famille,sexe,homosexualité,éducation,école,écriture,culture

« Ceci est la révélation d’un amour banal et de son pouvoir dévorant » – l’amour de Z. au début des années septante. Le narrateur l’a rencontré lors d’un voyage bon marché organisé par les Mutualités Chrétiennes quand il avait dix ans. A la réunion de présentation de ce séjour en Ardenne, chaque enfant a reçu « deux feuilles de carton brun ultrasolide » à plier pour en faire une valise – modèle obligatoire pour tous, par souci d’égalité. C’est la première des boîtes en carton du roman où Lanoye raconte trois voyages, avec les « affections psychosomatiques » et les « images » qui y sont liées.

Le garçon s’y amuse tellement qu’il n’écrit pas comme promis aux « quatre femmes qui (l)’avaient élevé et fait entrer dans ce monde » : sa sœur, cinq ans de plus que lui, pour qui il est une « poupée vivante » et un allié contre trois frères « trop vieux pour jouer avec elle » ; Wiske, « amie de la maison », qui passe presque tout son temps chez eux et l’emmène au cinéma ; sa mère, qui a hésité à se faire opérer après le quatrième enfant, d’où son statut de « tardillon », et a pour principes « le sens du devoir, l’ardeur au travail, la nourriture saine et des sous-vêtements propres chaque jour » ; enfin Pit Germaine, sœur aînée de sa mère et marraine du frère aîné, « l’inventrice » du « racontage automatique » ou « la chroniqueuse magnifique ».

Ces quelques lignes peinent à rendre la faconde de Tom Lanoye pour faire vivre son petit monde sous nos yeux, camper une ambiance de famille, avant de revenir à ce camp de vacances à l’époque où Z. lui semblait un « alter ego », petit, cheveux noirs, souple et sportif, quasi son frère jumeau. La première chose qu’il a vue, le soir au dortoir, c’était son pyjama rouge foncé bordé de bleu en tissu synthétique souple et luisant – rien à voir avec le sien, « à l’ancienne mode », du solide coton rayé, feutré et délavé. Il lui faudrait le même.

Durant ce séjour à A***, Z. avait épaté tout le monde en exécutant un double salto dans une prairie, appris au club de gymn. Le passage des infirmières à la douche pour savonner le dos des gamins et leur passer le gant de toilette entre les jambes avait été un autre moment inoubliable, et aussi ce garçon qui avait écarté l’élastique de son maillot sous une petite chute d’eau en montrant « ses coucougnettes et son index de massepain comme sur un petit plat. »

A douze ans, l’étape suivante, c’est la découverte, grâce au « Petit Livre rouge Des Ecoliers » chipé à sa sœur, de la pratique du plaisir solitaire, et l’arrivée de Z. dans son collège, un ancien petit séminaire, qui recrute ses élèves dans la bourgeoisie aisée – les écoles de l’Etat, « c’était connu, étaient de véritables bordels. » Z. et lui se retrouvent dans la même classe.

La description de « La Boîte » et de la métamorphose du réseau d’enseignement catholique en Flandre au début des années septante pour contrer l’attrait du réseau officiel, « sans dieu mais plus moderne », est un formidable résumé d’une époque, d’un système d’éducation, avec le passage des professeurs prêtres aux laïcs, l’arrivée de profs femmes, ceux qui fument la cigarette en classe, et les idéalistes à col roulé qui jouent les « animateurs ».

« Et te rappelles-tu, lecteur, dans l’odeur de poudre de cette pitoyable révolution ratée, te rappelles-tu ce garçon-là, qui était toujours assis au premier rang dans la classe ? » Ce « petit emmerdeur », « infatigable fayot », « petit trouduc », « demi-portion » à lunettes et grande gueule, c’est lui, bien entendu, adepte de « l’hypocrisie subversive ».

Nouvelle image de Z., au cours de gymn., pendu à l’envers sur un espalier : sa chemisette se rabat sur son visage et, « coup de poing en pleine figure » pour le narrateur, son ventre n’est pas « mou et vulnérable » comme celui des autres, les muscles sont tendus, « tout ondule comme une vague lente au rythme de sa respiration ». Emoi, fantasmes, dont l’onde de choc se mêle désormais à son « rituel quotidien d’amusement solitaire ». Tom Lanoye parle de la masturbation avec autant d'inventivité verbale que physique dans l’exploration des « frontières de l’orgasme ».

Viennent ensuite le voyage en Suisse, à quatorze ans, encore grâce aux Mutualités Chrétiennes, puis les professeurs marquants surnommés le Boche, le Jap, et en dernière année Mussolini, leur prof de néerlandais, « le monument de l’école » – hommage et reconnaissance d’un écrivain à celui qui l’a encouragé. Et Z. ? vous demandez-vous peut-être. Eh bien, le voilà, et « la maladie la plus douce qui existe en ce bas-monde » vous sera contée, ainsi qu’un troisième voyage décisif.

Ce livre sera donc la quatrième boîte : « Car qu’est-ce que la couverture d’un livre ? L’arrière est le fond, le devant est le couvercle d’une boîte en carton dans laquelle on découvre, côte à côte, tous les trésors et toutes les pommes pourries de l’existence. »

A la sortie en français des Boîtes en carton, vingt-deux ans après sa publication, Lanoye confiait dans un entretien : « J’avais 32 ans, et j’avais un ton léger et jeune. Et puis c’était l’âge de mon frère quand il est mort, et c’était important pour moi. Maintenant j’ai 54 ans, et ce serait dommage d’écrire un livre dans le même style ; mais c’est une double rencontre avec un personnage qui est moi-même, et celui d’un jeune écrivain qui connaît son premier grand succès. » Tom Lanoye ou le raconteur magnifique.

28/11/2015

La rencontre

Anatolia Rhyton taureau.jpg« La diversité culturelle fait émerger, par-delà les variations propres à chaque espace, ce que nous partageons de semblable et la rencontre permet d’en prendre conscience, de nous compléter grâce au regard de l’Autre, sans renoncer pourtant à ce que nous sommes. La coexistence des cultures souligne une fois encore que l’on ne peut être sans l’Autre, que nous avons besoin de nous mettre en perspective pour mieux nous percevoir et parfaire notre territoire de l’imaginaire, toujours en devenir grâce au dialogue permanent qu’ouvre la découverte de la culture d’autrui. Comme l’écrivit Mahmoud Darwich, « Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres. » »

« Les territoires communs de l’imaginaire » in Regards croisés, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, novembre-décembre 2015.

Anatolia, Home of Eternity / Europalia Arts Festival Turkey, 06.10.2015 > 31.01.2016

Photo : Rhyton en forme de taureau, période hittite, XVIe s. avant J.-C., Ankara, Musée des Civilisations Anatoliennes
Source : « Anatolia, des hommes et des dieux »
par Elisabeth Martin (Mu in the City, 17/10/2015)

 

 

 

26/11/2015

Anatolia Europalia

Pour sa 25e édition, le festival Europalia accueille cette année la Turquie à Bruxelles. Anatolia en est l’exposition phare, consacrée au riche patrimoine de l’Anatolie (d’où viennent beaucoup de Bruxellois belgo-turcs). La non-reconnaissance du génocide arménien par le gouvernement turc et certains élus belges a entaché son inauguration, du fait et de la visite contestée du président turc et de l’absence de la culture arménienne dans cette belle exposition où se côtoient des antiquités assyriennes, hittites, phrygiennes, grecques, romaines, byzantines et ottomanes.

anatolia,home of eternity,exposition,europalia,2015,anatolie,cultes,rituels,archéologie,turquie,civilisations,sculpture,orfèvrerie,architecture,antiquité,culture
Carreau de céramique glaçurée en forme de croix, Palais de Kubadabad, XIIIe siècle, Karatay Tile Arts Museum, Konya

Elle aurait pu s’intituler « Des dieux et des hommes », on l’a sous-titrée « Home of Eternity », sans traduire. En Anatolie, « pont entre l’Europe et l’Asie » (Europalia), les cultures successives et les différents cultes ont laissé un patrimoine très riche : « deux cents des plus belles pièces de trente musées turcs » ont fait le voyage jusqu’au Palais des Beaux-Arts (Bozar).

Il fallait montrer patte blanche et se laisser scanner ce 18 novembre pour y entrer, et passer au vestiaire (après les attentats de Paris, la sécurité était maximale, et aussi parce que s’y tenait une conférence européenne dans le cadre des « Journées de Bruxelles »). Malgré cela, beaucoup de visiteurs, de groupes.

anatolia,home of eternity,exposition,europalia,2015,anatolie,cultes,rituels,archéologie,turquie,civilisations,sculpture,orfèvrerie,architecture,antiquité,culture
Vue d'ensemble © Europalia Arts Festival Turkey  

Sur la vidéo de présentation (à laquelle j'ai emprunté quelques clichés, à défaut de photographies sur place), vous pouvez vous faire une idée de la qualité de la scénographie, très esthétique, signée Asli Ciçek : les objets sont présentés sur de jolies tables, les éclairages, les matériaux sont très soignés (noyer, cuivre). Sur les murs sont projetées des photos des sites archéologiques correspondants.

Un taureau dieu de l’orage, des disques solaires, le dieu-fleuve Eurymédon… La première partie montre une spiritualité tournée vers le cosmos, à différentes époques. En calcaire, bronze ou marbre, les sculptures présentées dans un état de parfaite conservation sont étonnantes de beauté et de finesse. L’audioguide permet de mieux comprendre leur signification.

anatolia,home of eternity,exposition,europalia,2015,anatolie,cultes,rituels,archéologie,turquie,civilisations,sculpture,orfèvrerie,architecture,antiquité,culture
Stèle dédiée à Kakasbos (détail), IIIe- IVe s., Musée de Fethiye (Photo Yttrium elf / Wikimedia Commons)

Après des idoles en marbre du troisième millénaire avant J.C., le monde du divin présente d’abord des figures masculines, comme le dieu-cavalier Kakasbos, puis des « déesses-mères », figurines en terre cuite aux silhouettes de plus en plus opulentes. Une étonnante statue « ithyphallique » montre un dieu en érection.

Place aux Grecs avec une statue bétyle d’Artémis (musée d’Antalya), un croissant sur la poitrine. Sur celle d’une autre Artémis (Ephesia), une multitude de globules ne représentent pas des seins mais des testicules de taureau ! Voilà Cybèle, Athéna, Poséidon, Zeus, Apollon – plus loin, une Aphrodite mutilée (aux seins et aux parties génitales) illustre le sort fait ultérieurement à certaines statues.

anatolia,home of eternity,exposition,europalia,2015,anatolie,cultes,rituels,archéologie,turquie,civilisations,sculpture,orfèvrerie,architecture,antiquité,culture
Pyxide en argent (détail) © Europalia Arts Festival Turkey  

L’arrivée du christianisme apparaît dans un bas-relief symbolique : une ancre figure la croix, deux poissons à ses pieds, et en dessous, Jonas à moitié avalé par la baleine. Je regarde dans une vitrine de petites croix ouvragées en or qui servaient pour les bijoux, une belle pyxide ciselée, en forme de colombe. Un minuscule coffret en argent porte une très ancienne représentation du Christ adulte, barbu, sur le trône (Ve siècle).

La période ottomane est illustrée par quelques céramiques d’Iznik : lampe, très beau carreau bleu et vert où deux perroquets se posent sur une fontaine fleurie, coupelle figurative… A côté de corans anciens, j’ai découvert qu’on vénérait aussi le prophète en représentant son empreinte de pied (en bronze et argent, argent et bois, ébène...) ou en brodant la forme de ses sandales sur une coiffe de prière.

anatolia,home of eternity,exposition,europalia,2015,anatolie,cultes,rituels,archéologie,turquie,civilisations,sculpture,orfèvrerie,architecture,antiquité,culture
Carreau aux oiseaux (détail), céramique d'Iznik, XVIIe siècle, Sadberk Hanim Museum, Istanbul

La première allée du parcours en U se termine sur des illustrations de créatures hybrides : griffons, dragons, harpies, aigle à deux têtes… On y voit aussi des anges, dont le plus remarquable est, au centre de cette salle, un ange couronné en marbre du treizième siècle, richement vêtu, représenté en plein mouvement – vol ou course. Magnifique. J’aurais aimé pouvoir vous le montrer.

Vient ensuite une grande salle sur le thème des lieux de culte. On peut y voir entre autres des éléments sculptés de l’église Saint Polyeucte, détruite, qui fut la plus belle de Constantinople avant l’édification de Sainte Sophie. Plus loin, un coffret à Coran en argent du dix-septième siècle (Topkapi) et un autre en fine marqueterie. De Topkapi aussi, ce magnifique casque d’apparat.

anatolia,home of eternity,exposition,europalia,2015,anatolie,cultes,rituels,archéologie,turquie,civilisations,sculpture,orfèvrerie,architecture,antiquité,culture
Casque d'apparat (détail), Musée du Palais de Topkapi © Europalia Arts Festival Turkey

La pratique des rituels religieux fait appel à toutes sortes d’objets, dont un bel ensemble de vases zoomorphes en terre cuite. On verra aussi comment les hommes, dans ces temps anciens, cherchaient la protection des dieux, contre les maladies notamment, en portant certains objets ou vêtements « talismaniques ».

L’exposition Anatolia montre la diversité des civilisations qui se sont implantées en Anatolie et la richesse des musées turcs qui conservent tous ces trésors archéologiques. C’est une vision pacifiée de l’histoire des religions, « un visage européo-compatible » de la Turquie (Le Figaro). J’en suis sortie à la fois émerveillée devant ces splendeurs du passé préservées durant tant de siècles et inquiète du décalage avec les conflits destructeurs du présent.

17/11/2015

Modernité

2050,une brève histoire de l'avenir,exposition,bruxelles,mrbab,attali,art contemporain,société,futur,culture« Ici, l’homme ne se bat pas avec Dieu, il ne veut pas monter jusqu’au ciel pour l’égaler, mais cherche à réduire la nature, arraisonnée par la technique, comme le dirait Heidegger. Des autoroutes, des rails, des immeubles accrochés à flanc de colline, une usine dominent les nuages. L’orgueil humain tient à la volonté de conquérir et de dominer la nature, ce que des auteurs comme Hannah Arendt tiennent pour l’essence même de la modernité. Mais l’infini que l’espèce humaine cherche à atteindre est moins vertical qu’horizontal. L’homme ne grimpe pas vers le ciel, mais il avance. Il ne construit pas une tour, mais il marche. Si la vidéo de Yang Yongliang prolonge Babel, elle offre une vision non monothéiste de ce mythe qui repose sur l’existence d’un ordre divin que les hommes contestent en érigeant une tour. La réponse divine, qui est presque celle d’un Dieu nihiliste, est alors de créer du désordre. Un désordre que l’on retrouve dans cette civilisation urbaine qui détruit, à coup de pelleteuses, le cadre naturel. On retrouve la dialectique de l’ordre et du désordre dans cette œuvre dont l’harmonie est absente, qui met en scène une folie, une fuite en avant. De sombres et gigantesques montagnes d’immeubles surplombent à l’infini des mégalopoles en proie à la démesure et à la déraison. L’artiste étant chinois, il faut toutefois se demander si sa critique porte sur la civilisation urbaine en général ou bien sur la manière dont la civilisation matérielle se développe dans le contexte spécifique de la Chine. »

Pierre Bouretz, Babel nous joue des tours
(Philosophie magazine, n° 60, juin 2012)  
  

Photo :  © Yang Yongliang, Infinite Landscape, Galerie Paris-Beijing (extrait de la vidéo) 
"2050 Une brève histoire de l'avenir", MRBAB, Bruxelles

Source du texte : http://folieetespoirblog.eklablog.com/orgueil-et-folie-c2...

 

16/11/2015

2050 Brève histoire

« 2050 Une brève histoire de l’avenir » : l’exposition est ouverte depuis deux mois aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (avec un complément au Louvre, les MRBAB ayant pris le relais du Palais de Tokyo qui a dû renoncer au projet). Quelle est donc cette version du futur selon Jacques Attali, dont je n’ai pas lu le livre ? Au début du parcours, le visiteur est invité (en trois langues) à créer son propre guide : une plaquette, un lien passant, où superposer les feuilles d’explications à prélever dans chaque salle (source des citations ci-dessous). Allons-y.

2050,une brève histoire de l'avenir,exposition,bruxelles,mrbab,attali,art contemporain,société,futur,culture

Deux petites sculptures sous verre font signe, sans légende sur le socle ni même le nom de l’artiste, seulement un numéro et un logo « smartphone » à lire comme un code QR – si vous en avez un, vous chargez l’application au départ, vous donnez votre adresse électronique et… Et rien, cela ne fonctionne pas : encore faut-il que votre téléphone soit d’un certain type, ce n’est pas le cas du mien. Et dire qu’un peu plus loin, le microprocesseur devenu « emblème de la révolution technologique contemporaine » prend place dans la « contestation du leadership américain dans le monde ».

Voilà qui frustre et interpelle : ni étiquetage des œuvres, ni audioguide. Heureusement il reste les textes d’accompagnement à détacher de leur pile (n’oubliez pas vos lunettes). Au verso de l’introduction, voici les légendes 1 et 2 (ci-dessous) : « Vénus de Galgenberg » (36.000 avant J.C.) et « Fragile Goddess » de Louise Bourgeois (2002). La figurine en serpentine a longtemps été considérée comme la plus ancienne représentation d’une divinité féminine (la « Vénus de Hohle Fels » a pris cette place). Avec la déesse en textile dotée d’attributs féminins et masculins, elle renvoie « au rêve ancestral d’immortalité ».

2050,une brève histoire de l'avenir,exposition,bruxelles,mrbab,attali,art contemporain,société,futur,culture
Vénus de Galgenberg / Fragile Goddess © Louise Bourgeois 

Du passé au présent, en route pour le futur. « Peintures, sculptures, photographies, vidéos, installations et arts numériques : plus de 70 œuvres d’art contemporain interrogent notre avenir, à l’horizon 2050 », annonce le site de l’exposition. Jacques Attali voit l’avenir du monde en cinq vagues : « 1. Un déclin relatif de l’Empire américain, 2. Un monde polycentrique, 3. L’hyper empire, 4. L’hyper conflit, 5. L’hyper démocratie » (si l’humanité survit à la quatrième vague !) Ce seront les étapes du parcours.

Los Angeles, « 9e cœur » de l’Ordre marchand né au Moyen Age en Europe (après Bruges, Venise, Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres, Boston, New York), est le thème de la première salle. Un court-métrage présente « Metropolis II » de Chris Burden, « grande sculpture cinétique » d’une ville dense et compacte où circulent « 1100 voitures électriques miniatures » entre les buildings – « la frénésie étourdissante d’une capitale du XXIe siècle ». La maquette « Mexicalichina » de Tracey Snelling (ci-dessous) montre un déglingué par contraste très humain, plus en tout cas que les champs de pétrole où s’alignent des puits de forage (photographies d’Edward Burtynsky). « Random war » (1967) de Charles Csuri & James Shaffer, une des premières œuvres générées par ordinateur, montre la guerre entre soldats de plomb, les rouges contre les noirs, positionnés de manière aléatoire.

2050,une brève histoire de l'avenir,exposition,bruxelles,mrbab,attali,art contemporain,société,futur,culture
© Tracey Snelling, Mexicalichina, 2011

Une grande photo noir et blanc de Hiroshi Sugimoto, « World Trade Center » (1997), où les silhouettes des tours jumelles sont floues, incarne ici le début du déclin de la puissance américaine. Plusieurs artistes questionnent l’état du monde à partir d’un planisphère ou des drapeaux nationaux (Alighiero Boetti, Mona Hatoum, Jennifer Brial, Sara Rahbar, entre autres).

Maarten Vanden Eynde s’est procuré un échantillon du « continent de plastique » formé par les déchets dans l’océan : « Plastic Reef » gît sur le sol, sous une œuvre numérique d’Olga Kisseleva, « Artic Conquistadors », où la carte de l’Arctique se couvre de logos des compagnies multinationales. « Fleur de Lys » (2009), une installation signée HeHe (Helen Evans & Heiko Hansen) attire le regard un peu plus loin (ci-dessous) : de la fumée s’échappe d’une tour de réfrigération, illustration de notre planète polluée, menacée par le risque nucléaire, en jaune et vert fluo. « Le titre renvoie à la France et à sa forte dépendance énergétique vis-à-vis du nucléaire. »

2050,une brève histoire de l'avenir,exposition,bruxelles,mrbab,attali,art contemporain,société,futur,culture
©
HeHe, Fleur de Lys (détail tiré du catalogue)

Une vidéo de Yang Yongliang montre une vision asiatique du monde produit par l’hyperconsommation. Une autre, de Michal Rovner, réduit le mouvement humain filmé de très haut à une sorte de grouillement bactériologique vu sous un microscope. Aux trois sanctuaires réalisés à partir d’armes et de munitions (Al Farrow) et autres œuvres sur « l’hyper conflit » répond (peut-être) un triptyque photographique, trois portraits d’un enfant noir tenant une arme, en prière, devant un globe terrestre. Marie-Jo Lafontaine lui a donné pour titre « La guerre, la religion, le rêve ».

Un peu d’optimisme, à la fin du parcours, avec « Utopies » : « un ordre démocratique, harmonieux et durable, fondé sur l’altruisme ». Image du ciel étoilé (Thomas Ruff), slogans de Mark Titchner  voisinent avec une maquette monumentale (plus de trois mètres) de Bodys Isek Kingelez, « Kimbembele Ihunga » (1994). Ses architectures fantaisistes et colorées illustrent une « vision futuriste et utopique de la métropole africaine tentaculaire et anarchique » (ci-dessous).

2050,une brève histoire de l'avenir,exposition,bruxelles,mrbab,attali,art contemporain,société,futur,culture
© Mark Titchner, Let the future… / © Bodys Isek Kingelez, Kimbembele Ihunga (détail)

Vous l’avez compris, cette exposition qui nous interroge sur nos responsabilités quant à l’avenir du monde ne se donne pas immédiatement. « 2050 Une brève histoire de l’avenir » exige beaucoup du visiteur et je regrette le manque d’indications explicites, même si « l’absence de cartels à côté des œuvres (qui souvent parlent d’elles-mêmes) est un choix assumé pour laisser le visiteur les regarder et les interpréter librement. » (L’agora des arts). En lisant les textes chez moi, plus à mon aise (il faut aussi trouver un spot bien orienté pour pouvoir les lire sur place), je me suis davantage intéressée à certaines œuvres. A mes yeux, la présentation générale est ambivalente : montrées sans commentaire, ces réalisations laissent les visiteurs en tête à tête avec les artistes, oui, mais leur regroupement les réduit au rôle d’illustrations, au service du discours qui leur sert de fil conducteur, et limite ainsi leur portée.

L’art contemporain déplace le cœur de l’art : ici reflet de nos inquiétudes, il dénonce, questionne, bouleverse les codes de l’esthétique. A la fin du parcours, des reproductions colorées de la figurine de Stratzing imprimées en 3D évoquent de nouvelles possibilités dans le domaine de la santé et des « objets muséaux ». Par exemple, « Anke », une sculpture de Hans Op de Beeck a été partiellement réalisée grâce à cette technique – une figure féminine classique, avec une prothèse à la place du bras gauche.

2050,une brève histoire de l'avenir,exposition,bruxelles,mrbab,attali,art contemporain,société,futur,culture
© Yinka Shonibare MBE, Space Walk, 2002 / Forum des MRBAB / Photo La Libre Belgique

Enfin, si vous n’avez pas levé les yeux en entrant dans le forum du musée, faites-le en sortant : deux astronautes s’y promènent dans l’air : Yinka Shonibare MBE les a habillés de tissus inspirés des batiks javanais vendus en Afrique subsaharienne. « Il laisse ainsi lui aussi entrevoir un autre monde possible. Un monde où le continent africain serait suffisamment puissant pour partir à la conquête de la lune. »