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03/10/2015

Dubaï

anna puig rosado,exposition,venterol,le temple,rue du bout du monde,photographie,désorienté,pays lointains,regard,humain,culture« A Dubaï, dans le vieux quartier de Satwa, un perroquet se regarde dans une glace et n’a plus personne à qui parler.


Il a tout vu, ce perroquet. Le petit village de pêcheurs posé sur le sable, les bédouins sur leurs chameaux errant dans le désert, les plongeurs à la recherche de perles fines. Et presque d’un seul coup, un tremblement, le pétrole, le bitume, le béton. »

 

Nicolas Joriot, Mise à mort du perroquet

 

 

Photo © Anna Puig Rosado (Dubaï)


 

 

 

01/10/2015

Anna Puig Rosado

Le Temple, rue du Bout du Monde : une adresse inattendue à Venterol, beau village enroulé autour de son clocher remarquable, en Drôme provençale. Juste en face de la mairie, j’ai eu l’œil attiré par l’ancien temple protestant, une construction néo-classique récemment transformée en galerie, où une bannière annonçait l’exposition d’Anna Puig Rosado, du 17 au 27 septembre : « Désorienté », une sélection de photographies prises en 2014. 

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L’affiche reprend un superbe grand format qui accroche l’œil dès l’entrée : sur un rivage d’Iran, une pierre dressée entre deux bois obliques plantés dans le sable ; au loin, à l’horizon, un cargo noir. (La photographie flotte au milieu de l’espace, accrochée à une coursive qui a été installée à hauteur de la tribune existante, sous une ancienne inscription religieuse.)

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© 2015 Anna Puig Rosado (Iran)

Cette « grande voyageuse de lieux atypiques » (comme indiqué sur son site) vit à La Roche Saint Secret, non loin de Venterol, quand elle revient de pays lointains : Tunisie, Yemen, Soudan, Iran, Pakistan, Syrie, Inde, Turquie... Son texte de présentation commence ainsi : « J’aime quand le voyage rude m’éloigne de ces paysages idéaux faits de sable et de cocotiers assassins. » 

La figure humaine est souvent discrète : une silhouette vue de dos, deux femmes en tchador près de la mer, ou, image troublante, un homme en équilibre sur une barrière, se retenant d’une main à un piquet – la photo est traversée par la lumière d’une fenêtre, la transparence donne à cette silhouette une allure encore plus précaire (ci-dessous). 

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© 2015 Anna Puig Rosado (Azerbaïdjan)

Dans ces vues apparemment banales du quotidien, où le flou s’invite parfois, loin du cadrage léché, de la netteté à tout prix ou de l’effet spectaculaire, on sent un regard qui s’échappe vers la mer, le ciel, qui s’arrête au jeu des couleurs, à un graffiti sur un mur, en quête de paix, d’espace, de silence. On dirait des instants pour reprendre son souffle.

 

Les photographies sont exposées sans légende ; on peut les lire sur une bannière près de l’entrée. Chaque photographie y est reprise, mais seulement par un détail, invitation à mieux regarder, à ne pas passer trop vite là-devant, à s’attarder. Par exemple, sur cette vue d’Istanbul – « Où finit la ville ? » – que le flou d’une cloison sépare en deux, comme les pages d’un livre ouvert. Ou sur ce vol d’oiseaux dans l’azur au-dessus d’un enchevêtrement de ferrailles. 

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© 2015 Anna Puig Rosado (Istanbul)

A l’étage, de petits formats voisinent avec des formats moyens. Un portrait encadré de Bachar El Assad est le seul objet laissé sur une étagère dans une maison en ruine. Des bords de mer, des murs. En pleine « crise des migrants », ces images issues de pays en souffrance prennent encore plus de force. « Anna Puig Rosado est certes une photographe reporter qui depuis 20 ans sillonne le monde, du Yémen à la Sibérie orientale ; mais c’est avant tout un regard qui se pose tendrement sur les choses observées et dont elle sait extraire l’humain. » (Alexandre Abellan)

 

Si vous voulez, vous pouvez découvrir le travail d’Anna Puig Rosado sur son site : « Désorienté » fait partie de ses séries personnelles, qu’elle distingue des commandes. Elle participera en novembre prochain à Montélimar au « Festival Présence(s) Photographie Édition 2015 #2 » organisé par une association de photographes « néo-humanistes », qui promeut « une photographie au cœur de laquelle l’homme est replacé, avec poésie et humour, sans passéisme, ni nostalgie, une photographie réaliste de l’homme dans son environnement quotidien, une photographie consciente du monde et des injustices, des combats pour la liberté, de la force de l’amour et des solidarités… »

 

Si vous passez non loin de Venterol, je vous recommande la visite de ce village perché dans le pays de Nyons. Le Temple, rue du Bout du monde, se veut « un espace culturel ouvert aux différentes formes d’expression artistiques et patrimoniales et un lieu d’échange et de rencontre ». D’autres expositions sont prévues en cet automne 2015.

24/09/2015

Tribune pour l’art

D'un site à l'autre / 7

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 © http://www.latribunedelart.com/ 

Née en avril 2003, La Tribune de l’Art a pour sujet « l’actualité de l’histoire de l’art et du patrimoine occidental du Moyen-Age aux années 1930 ». 

Didier Rykner : « Tous les rédacteurs partagent une même conception de l’art. Ils estiment, en premier lieu, que l’Histoire de l’Art ne peut être séparée de la protection des objets qu’elle étudie. Chacun sait que la France est un des pays les plus riches en œuvres d’art, mais aussi l’un de ceux où le vandalisme sévit le plus. Aujourd’hui encore, des églises sont détruites, des tableaux sont dénaturés par des restaurations abusives, des sculptures sont envoyées à l’encan. Parfois même, ce sont des institutions censées conserver le patrimoine qui détruisent celui-ci. Nous n’hésiterons pas à dénoncer ces atteintes inadmissibles.

Ce site s’écartera au maximum des sentiers battus. (…) » La suite ici. 

 

17/09/2015

Arts & artistes

 D'un site à l'autre / 3 

Site Muinthecity.jpg

 © http://mu-inthecity.com/ 

 « Mu in the City est un magazine dédié aux arts visuels. Musées, centres d’art, expositions, galeries, fondations et marché de l’art sont passés en revue chaque jour par une équipe de journalistes et chroniqueurs à l’oeil averti, à la plume acérée et prolixe. Sans oublier des portraits d’artiste et d’autres intervenants du monde culturel. Basé à Bruxelles, Mu in the City couvre la Belgique et de manière ponctuelle les grandes expositions et événements majeurs à l’étranger. »

« On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime aller admirer des œuvres. Chaque bon artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente. Plus je vois des choses, plus je comprends l’art. Et plus je vois de l’art, plus je comprends l’humain. »

Muriel de Crayencour (Rédactrice en chef, journaliste et plasticienne, elle a créé le webmagazine Mu-inthecity en janvier 2014.) 

10/09/2015

Concert et comédie

Nous étions au milieu de La prisonnière. Pour vérifier les dires d’Albertine au sujet de Mlle Vinteuil, le narrateur se rend à une soirée des Verdurin, curieux de découvrir par lui-même le fameux salon qui fut le foyer de l’amour de Swann pour Odette (Swann mort, désormais réduit à un nom.) Mais Brichot le détrompe, les Verdurin ont déménagé depuis et le « Quai Conti », leur nouvelle adresse, n’a plus à ses yeux le charme d’antan.  

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Le baron de Charlus y a organisé un grand « tra la la musical » pour mettre Morel en avant, il cherche aussi à lui faire donner la Légion d’honneur. Très en verve, Palamède de Guermantes a perdu de sa prudence et plaisante en voyant le professeur de la Sorbonne arriver en compagnie du jeune homme. Il a lui-même choisi les invités pour cette soirée musicale. Mme Verdurin, fâchée de ses exclusives (en plus, M. de Charlus a persuadé Morel de refuser un concert à des amis de la Patronne), ne supportera pas de voir les relations du baron défiler pour le féliciter, lui, et l’ignorer, elle, l’amie des arts et des artistes.

Si les évocations fameuses de la sonate dans Un amour de Swann sont un enchantement, celles du septuor de Vinteuil dans La prisonnière – Proust décrit longuement le concert – comptent aussi parmi les plus belles qu’il ait écrites sur l’art musical : « je me demandais si la Musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. »

Le narrateur se reproche souvent sa paresse pour écrire, sa vie mondaine. En découvrant ce soir-là l’œuvre du compositeur (grâce à l’amie de sa fille qui a passé des années « à débrouiller le grimoire laissé par Vinteuil »), il entend un appel : « l’étrange appel que je ne cesserais plus jamais d’entendre comme la promesse qu’il existait autre chose, réalisable par l’art sans doute, que le néant que j’avais trouvé dans tous les plaisirs et dans l’amour même, et que si ma vie me semblait si vaine, du moins n’avait-elle pas tout accompli. »

En fin de soirée, Brichot, toujours curieux, retient le baron de Charlus, l’interroge sur les « invertis » du passé et du présent ; il sait que le sort du protecteur de Morel est scellé. Les Verdurin ont décidé de les séparer et on assiste à une scène cruelle où M. de Charlus, si combatif d’habitude, s’effondre, secouru par la seule reine de Naples revenue chercher son éventail oublié et qui l’emmène avec elle. Les mêmes Verdurin s’arrangeront par ailleurs pour verser secrètement une rente au vieux Saniette ruiné en bourse.

Les lumineuses rayures à la fenêtre d’Albertine dans la nuit – « un trésor en échange duquel j’avais aliéné ma liberté, la solitude, la pensée » – rallument l’incessant débat intérieur sur leur avenir : tantôt ils s’amusent à imaginer comment ils meubleraient leur yacht s’ils en avaient un, tantôt c’est l’interrogatoire masqué et les réponses qui échappent à la jeune femme, trahissant d’anciens mensonges. Alors il lui joue la comédie de la rupture nécessaire, veut qu’elle s’en aille dès le lendemain : « La vie que vous menez ici est ennuyeuse pour vous ».

« Quand j’étais rentré, ç’avait été avec le sentiment d’être un prisonnier, nullement de retrouver une prisonnière. » Elle proteste, se dit heureuse chez lui, ils finissent – comme il l’espérait – par se réconcilier. Il y voit la préparation d’une rupture véritable, inévitable, au moment qu’il choisira le plus propice pour éviter de trop en souffrir. « Toutes les heures d’Albertine m’appartenaient. Et en amour il est plus facile de renoncer à un sentiment qu’à une habitude. » Elle redevient son « ange musicien » au pianola, son « œuvre d’art la plus précieuse ». Jusqu’à ce qu’un matin, Françoise lui annonce qu’Albertine a fait ses malles, qu’elle est partie.

Lire La Prisonnière, c’est s’interroger constamment sur la vérité des sentiments. Le narrateur est si convaincu qu’il doit paraître détaché pour qu’Albertine lui reste attachée, plaider le faux pour récolter le vrai, et la jeune femme si encline à lui jouer la comédie qu’on a vraiment du mal à comprendre leur relation. Proust décrit l’équilibre instable d’un amour « réduit à la souffrance, à l’incertitude, et parfois même, paradoxalement, à l’indifférence dans l’assurance de la possessivité. Ambivalent, il est une source intarissable de frayeurs et de questionnement. » (La Parafe, 2009)

 

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05/09/2015

Entrée en gare

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A la fenêtre du Studio Goffin, avenue Huart Hamoir, un wagon bleu Márklín annonce sans doute un événement très attendu : l’inauguration du musée du train – « Trainworld » – dans la gare de Schaerbeek, qu’on annonce grandiose.

 

 

 

 

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Un Schaerbeekois célèbre, François Schuiten, le fameux auteur de Brüsel, en est le scénographe (ouverture au public le 25 septembre prochain).

03/09/2015

Huart Hamoir pairs

La promenade avenue Cambier était ma dernière participation aux Estivales 2015, mais on n’en a jamais fini avec Schaerbeek (parmi les 19 communes bruxelloises, la plus peuplée après Bruxelles-Ville) et son patrimoine remarquable. Place donc, après les numéros impairs que je vous ai présentés en juin, au côté pair de l’avenue Huart Hamoir. 

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Les hibiscus en fleurs arborent de jolis tons au square Riga, où je prends le trottoir de droite pour descendre vers la place Princesse Elisabeth. Certaines maisons portent une signature, comme dans l’avenue Demolder, et j’ai remarqué pour la première fois au 142 le nom d’Henry van de Velde « bouwmeester » (architecte) au bas d’une élégante façade en briques blanches rehaussées de pierre bleue. 

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Un peu plus loin, jour de chance, les grilles de la haute école flamande installée dans une ancienne manufacture de lingerie sont grandes ouvertes. J’en profite pour regarder les bâtiments de plus près, au bout de la longue fresque qui orne le bas du mur mitoyen (Gal et Nora Theys). Ici aussi fleurissent des hibiscus, devant la façade principale où les briques jouent et avec la couleur (rouge et blanc) et avec la profondeur (en relief ou en creux). La conciergerie, sur le côté, ne manque pas de charme. 

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Aux 130-132, la pierre bleue en contraste avec des briques crème ou ivoire souligne les portes et les fenêtres, les droites et les courbes. On la retrouve dans les façades suivantes nettement plus fonctionnelles, sans cette recherche ornementale qui offre aux passants curieux tant de détails à observer, à apprécier. Place aux lignes simples, aux constructions moins coûteuses. 

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Autour de l’ovale du parc Hamoir, quelques maisons s’inspirent du style « paquebot »  (formes courbes, horizontales, hublots); parfois leur façade ou le rez-de-chaussée seul se couvre de tout petits carreaux de céramique. La plus belle à mes yeux, c’est l’école d’arts Sasasa dont l’entrée se situe rue Maeterlinck (Uyttenhove, 1937). La silhouette longiligne d’un ginkgo déjà aux couleurs d’automne se découpe sur la pierre de France de ses façades. Aux deux niveaux les baies vitrées épousent l’arrondi, repris par la pergola sur la toiture terrasse. 

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Plus bas, une maison « pittoresque » à faux colombages attend qu’on reprenne soin d'elle, négligé plutôt rare dans l’avenue Huart Hamoir. Je n’ai pas regardé le nombre de sonnettes – beaucoup de belles maisons schaerbeekoises sont aujourd’hui divisées en appartements, et si les frais de rénovation sont partagés dans le cas d’une copropriété, il faut encore que les copropriétaires se mettent d’accord et en aient les moyens. 

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Plus bas, des maisons plus modestes n’ont pas grand-chose à montrer de leur architecture, mais on y pense aux passants tout de même : collection d’orchidées sur l’appui de fenêtre, store blanc opaque aux motifs cachemire, végétation grimpante et jardinières… Derrière les vitres d’un rez-de-chaussée, une ribambelle de chats prennent le soleil sous des affichettes (cours de danse, chat trouvé). 

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Un bel immeuble de style « beaux-arts » (J. Vandeneng, 1922) fait la transition vers le dernier segment de l’avenue Huart Hamoir avant la place, flanqué d’une maison de rapport où la pierre bleue est reine et le décor raffiné : l’Inventaire du patrimoine architectural précise qu’elle comporte des « bureaux, écuries et remise en intérieur d’îlot » – voilà qui explique les nombreuses plaques de sociétés sur la grille en fer forgé du garage. Parmi les autres maisons admirées en bas de l’avenue, une dernière photo pour l’originalité : des galets pour opacifier une belle fenêtre, il fallait y penser.  

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Tandis que je remonte vers le square Riga, je pense déjà à compléter ce double aperçu. En effet, l’avenue Huart Hamoir commence plus haut, à la chaussée d’Helmet. Quand les travaux aux abords de l’église de la Sainte Famille seront terminés, avec de nouveaux trottoirs et de jeunes arbres pour remplacer ceux qu’on y a abattus, j’y retournerai prendre des photos – là aussi, il y a de belles choses à vous montrer.

25/08/2015

Art déco

Avenue Cambier (49).JPGMerci encore au propriétaire de cette belle maison art déco, qui nous a invités à y entrer. Il l’a rénovée avec un grand respect de son caractère, la façade rendue à sa beauté d’origine en préservant les châssis. Des grilles doivent encore être remises en place. Les moulures ont été conservées à l’intérieur, les cheminées en marbre aussi, avec l’un ou l’autre aménagement. Certains parquets ont dû être remplacés.

Avenue Cambier (52).JPGLa modernisation de la façade arrière a permis une meilleure isolation de la maison, aussi par la toiture qui s’ouvre à présent sur une terrasse spacieuse en intérieur d’îlot. Du côté de l’avenue Cambier, les fenêtres ornées de vitraux donnent sur le parc Josaphat – jolie vue !

24/08/2015

Avenue Cambier

Rendez-vous était donné par PatriS à l’angle de la place Meiser d’où part l’avenue Cambier, une autre belle artère de Schaerbeek. On y va ? Avant la promenade, Cécile Dubois a présenté la place, si encombrée aux heures de pointe, si calme en ce week-end du 15 août. Elle s’est appelée Cambier comme l’avenue puis a pris le nom d’un héros de 1914-18, Jean-Baptiste Meiser. 

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Place Meiser (à l'arrière-plan, la tour Reyers)

D’un côté de la place, des constructions basses, de l’autre, de hauts immeubles. Le coût de la construction a augmenté après la première guerre. Le succès des appartements, moins chers, a conduit à promulguer en 1924 la loi sur la copropriété : avant, les immeubles « de rapport » à trois ou quatre niveaux, sans ascenseur, n’accueillaient que des locataires – le propriétaire habitait ailleurs –, après, on va quasi doubler la hauteur des immeubles conçus cette fois pour une clientèle bourgeoise. 

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Immeuble "moderniste" (1935) au 14, place Meiser

Celle-ci apprécie dorénavant de vivre à l’horizontale avec tout le confort : ascenseur, réceptions, espaces privés, services, chambre de bonne – un habitat considéré comme plus moderne et plus économique. Les domestiques peuvent servir plusieurs propriétaires, un seul concierge veille sur tous. (Aujourd’hui, une conciergerie signifie plus de charges communes et on recherche souvent de petits immeubles sans concierge.) 

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L'avenue Cambier, vue de la place Meiser

Il nous a fallu un moment pour repérer sur la place les immeubles « jumeaux » construits dans les années ‘30 par l’architecte Schaepherders : des façades similaires, une alternance de briques rouges et d’enduit blanc, des terrasses symétriques séparées par une colonne (photo 1). Plus près, entre les avenues Rogier et Cambier, un immeuble blanc tout en rondeurs (photo 2) paraît plus « moderniste ».  

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Dans un ensemble de douze villas de style cottage (1922-1923), architecte Prosper de Meyst

Le plan d’origine prévoyait que le parc Josaphat s’étende jusqu’à la place, mais il s’est arrêté à la ligne de chemin de fer au-dessus de laquelle passe l’avenue Cambier. En 1914, Schaerbeek obtient une dérogation pour y vendre des terrains pour villas, dans une avenue arborée, avec des jardinets à l’avant. Les grilles de jardinets pourront être remplacées par des haies. La première villa construite est aujourd’hui un restaurant. (Pour ceux que le passé du quartier intéresse, deux sites à consulter : celui de Bruciel, des vues aériennes de Bruxelles à différentes époques, et celui de l’Inventaire du patrimoine architectural.) 

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Avenue Cambier 30 (photo 2013) © MRBC-DMS

Nous marchons à la découverte de maisons souvent groupées par deux ou trois, de style pittoresque ou art déco ou encore « normand » avec des colombages (souvent faux). Beaucoup ont été construites entre les deux guerres. Les entrées sont soignées. Au numéro 30 (ci-dessus), la tourelle d’angle « sous terrasse à parapet à amortissements en boule » cache une entrée latérale, prisée pour les villas à trois façades. 

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Villa à trois façades conçue par et pour l'architecte G. Hano, 1922.

Celle de l’architecte G. Hano est très différente, d’inspiration « beaux-arts », avec une entrée monumentale où trône un hibou de pierre et un mascaron à la clé de voûte. De maison en maison, la guide nous fait observer des détails, comme ces bas-reliefs sur celle du sculpteur G. Vandevoorde, à qui on doit le monument aux martyrs de la place des Carabiniers, près de la RTBF. 

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Villa à trois façades conçue par l'architecte J. Van den Hende pour l'entrepreneur Robert Martiny, 1923

Chaque maison a son histoire, son style. Celle construite au 24 par un architecte gantois pour son beau-frère entrepreneur est raffinée : un enduit de simili-pierre présente de faux joints qu’on ne remarque pas au premier abord. La toiture est à corniche débordante, des « denticules » et des « chapelets de perles » ornent la façade ainsi que des feuillages en bas-relief. 

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A l’angle de la rue des Pavots, une villa très pittoresque, art déco et « cottage », donne l’occasion à la guide d’expliquer la différence entre une toiture à croupe ou à croupette – leçon de vocabulaire. Au bout de cette rue vers le boulevard, une maison habitée par Jacques Brel, de 1962 à 1965, fait face à une grosse villa à logements multiples. 

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Villas jumelles, G. Leemans, 1926

Aux 101, 103 et 105 de l’avenue Cambier, on se rapproche de l’art déco dont nous verrons de belles réalisations plus loin. Mais nous jouons d’abord au jeu des comparaisons devant deux maisons de G. Leemans « en miroir », dont les façades ont évolué très différemment, l’une couverte de céramiques, l’autre d’un enduit uniforme. Cet architecte, déjà croisé avenue Demolder, aimait varier la disposition des briques pour orner les façades. 

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L'entrée d'une maison de rapport art déco joliment restaurée, au n° 105

Arrivés à la ligne de chemin de fer, nous sommes invités à entrer dans le jardin potager écologique Cambier (sur un terrain loué à Infrabel), où on peut déposer ses déchets organiques pour en faire du compost, après accord passé avec la commune. Un apiculteur, au fond, s’occupe de ses ruches. 

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Cécile Dubois veut terminer la promenade au monument Ernest Cambier près du parc Josaphat. Mais comment ne pas s’arrêter devant la belle Parc Résidence avec ses lanternes intégrées de part et d’autre de l’entrée ? Comment ignorer la sympathique invitation d’un jeune propriétaire qui vient de rénover une maison art déco dans les règles de l’art ? 

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La balade s’achèvera donc devant le monument au major Ernest Cambier (1844-1909), son visage en médaillon sur le socle. Au service de l’Association internationale africaine contre l’esclavage, il a œuvré à la fondation de Karema et à la construction du chemin de fer au Congo. Les feuillages du parc Josaphat encadrent joliment ce monument dû à Claus Cito (1920).

01/08/2015

Atelier d'artiste

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Sur la place Lehon où nous avons terminé notre visite de l’église St-Servais, le guide nous a signalé pour terminer la grande vitre d’atelier du peintre Godefroid Guffens sur une façade ancienne datée de 1875. Remarquez les deux « G » de part et d’autre.

 

Godefroid Guffens en a dessiné lui-même les plans, à la mode néo-Renaissance flamande. L'immeuble est classé depuis 1998. Des artistes y ont travaillé jusqu’en 1995, avant qu’on n’y aménage un duplex.

 

 

Photo Michel Wal (Wikimedia Commons)