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18/02/2016

Belgique LMNO...

Nouvelle balade dans le Dictionnaire amoureux de la Belgique de Jean-Baptiste Baronian : cette fois nous irons de Laeken jusque chez Thomas Owen (qui a habité pas loin de chez moi). Je vous ai déjà présenté les Serres royales de Laeken, mais jamais je n’ai mis les pieds au « Père-Lachaise » bruxellois selon certains, à savoir le cimetière de Laeken où Baronian a eu « la curieuse impression de dégringoler les âges à la vitesse de l’éclair » dans une « métropole totalement désuète et, qui plus est, d’une laideur infinie ». Dans ce « gris répulsif », que de « Belges qui ont fait la Belgique », pourtant !

Baronian Van den Abeele.jpg
Albijn Van den Abeele, Bois de sapins en février, 1900
(en couverture du catalogue Le premier groupe de Laethem-Saint-Martin 1899-1914, Bruxelles, 1988)

A « Laethem-Saint-Martin », on respire mieux, avec les deux groupes d’artistes de ce « foyer de la peinture et de la sculpture flamandes du XXe siècle ». Un millier d’habitants vers 1900, quand les premiers s’y installent, neuf fois plus (« près de vingt fois plus si on compte la population de Deurle, la commune limitrophe ») aujourd’hui dans cette région cossue où musées et galeries d’art prospèrent. Baronian rappelle ce qui motivait ces artistes et admire Bois de sapins en février, chef-d’œuvre de Van den Abeele : « Le mystère de la lumière verte dans tous ses états. Le mystère tout court sublimé par des arbres. Un miracle. »

La littérature française de Belgique prend volontiers sa source officielle dans La Légende d’Ulenspiegel de Charles de Coster (1827-1879), roman passé presque inaperçu à sa parution en 1867, écrit Baronian, mais relancé par diverses rééditions, surtout posthumes, et par le monument élevé aux étangs d’Ixelles en hommage à l’écrivain volontiers archaïsant, représentant le couple héroïque, Thyl Ulenspiegel et Nele (j’ai vu passer l’une ou l’autre fois la sculpture de Charles Samuel, en bronze et en format réduit, mais à des prix hors de ma portée.)

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Si comme moi, vous ignoriez le nom du photographe Willy Kessels (devinette du billet précédent), celui de Charles Leirens devrait être plus familier à ceux qui fréquentaient l’ancienne librairie du palais des Beaux-Arts tenue par la Promotion des lettres belges de langue française : on y trouvait en cartes postales ses beaux portraits d’écrivains et d’artistes. Baronian nous apprend qu’il était féru de musique, lui-même compositeur, organisateur de concerts marquants, notamment à la Maison d’Art qu’il avait fondée avenue Louise. « Grand photographe, grand mélomane et grand animateur culturel : j’ai beau chercher, je ne vois pas quel nom je pourrais mettre en regard de celui de Charles Leirens », conclut Baronian.

Je ne m’attarderai ni sur nos anciens rois Léopold I, II et III, ni sur « Lemaître », « Lemonnier », « Leys », ni sur « Liège », qui le méritent assurément. Pardonnez-moi de quitter le L, mais (comme dans ma bibliothèque) la lettre M qui suit est la plus fournie dans ce dictionnaire : 23 entrées en commençant par « Maeterlinck » et « Magritte », c’est une gageure d’en rendre compte. Alors tant pis (tant mieux pour vous quand vous ouvrirez ce Dictionnaire amoureux de la Belgique), pas de « Meunier (Constantin) » ni de « Mer du nord » ni même de « Moules », je m’arrêterai sur un seul article en M.

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Léonard Misonne, Brouillard et poussière, 1908

C’est au Musée de la photographie à Charleroi que j’ai vu les œuvres de Léonard Misonne – on hésite à nommer « photographies » les créations de ce photographe impressionniste. Méconnu, affirme Baronian, parce que la photographie pictorialiste (imitant la peinture) « a totalement été déconsidérée après la seconde guerre mondiale » au profit de la photographie réaliste et documentaire. Misonne composait des « tableaux photographiques », souvent des paysages champêtres, des scènes de ville aussi, et toujours avec une lumière, une atmosphère particulière.

Bien sûr, à M vous trouverez bien « Mons » et à N « Namur » ! Puis les écrivains se succèdent : Norge précède Amélie Nothomb et Paul Nougé. Thomas Owen n’est pas loin, juste derrière « Ostende », où Baronian invite Stefan Zweig (La saison à Ostende), Henri Storck qui a filmé « Ostende, reine des plages » du temps où elle était ce qu’elle n’est plus (mais elle a de beaux restes), et bien sûr les deux grands peintres ostendais, James Ensor et Léon Spilliaert.

Désolée de terminer ce billet sur un mode énumératif, je vous promets pour le prochain un extrait plus... élégant.

16/02/2016

Inattendue

Ornemental.JPG

 

Dans l’avenue Demolder, quasi chaque façade mérite l’attention. Combien de fois ne m’y suis-je pas promenée ? A l’affût d’un détail, d’un ornement original ? 

Et pourtant, c’est seulement aujourd’hui, en revenant du parc Josaphat, que je l’aperçois pour la première fois, inattendue, accrochée dans un angle de pierre entre porte et fenêtre.

13/02/2016

Couleur

Matisse Intérieur aux barres de soleil.JPG

 

« Je recommande aux futurs possesseurs de ce tableau de ne jamais avoir l’idée de colorier le personnage assis dans le fauteuil. Tel quel, il a sa couleur voulue par moi, suggérée par l’effet d’optique, résultant de l’ensemble des couleurs du tableau. »

Matisse

Henri Matisse, Intérieur aux barres de soleil, 1942
Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis

 

 

Matisse les vieux clichés.JPG
« L’artiste doit apporter toute son énergie, sa sincérité et la modestie la plus grande pour écarter pendant son travail les vieux clichés. »

Matisse

Henri Matisse, Jazz, Paris, Tériade éditeur, 1947
Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis

11/02/2016

Matisse et la gravure

Un jour sans pluie, voilà qui était plus agréable pour se rendre au Cateau-Cambrésis, la ville natale de Matisse, et visiter l’exposition « Matisse et la gravure », en cours au Musée Matisse. Celui-ci date de 1952, quand l’artiste a offert quatre-vingt-deux œuvres à la ville. D’autres donations se sont succédé, notamment de la famille Matisse (la dernière en 2012). En 2002 s’ouvre le nouveau musée aménagé dans le palais Fénelon, ancienne résidence des archevêques de Cambrai construite à la fin du XVIIIe siècle et dotée d’un beau parc.

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Vue partielle de la cour et de la façade du palais Fénelon - Musée Matisse

Parlons d’abord de la gravure, « l’autre instrument » comme le rappelle le titre de l’exposition. On ignore souvent à quel point Matisse a pratiqué cet art dans ses différentes techniques, de 1900 jusqu’à la fin de sa vie. Il disait : « Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est ni le paysage, ni la nature morte, c’est la figure. » La figure humaine est le sujet le plus traité dans les « quelque 829 estampes recensées dans le catalogue raisonné, augmenté des 80 livres illustrés par Matisse » (brochure).

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Cette exposition temporaire (jusqu’au 6 mars 2016) révèle le travail de Matisse graveur et permet en même temps aux visiteurs de mieux appréhender la diversité des estampes (images imprimées sur un support à partir d’une matrice) qu’on nomme souvent « gravures » par ignorance des différentes techniques (en relief, en creux, à plat). Des panneaux didactiques permettent de les distinguer et surtout, l’exposition de 200 œuvres « comprenant pour la première fois des matrices, des pierres lithographiques ainsi que des tirages rayés ». Les instruments du graveur sont montrés, les inscriptions manuscrites explicitées. 

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Henri Matisse dessinant sur la pierre à l’atelier Mourlot, Paris, 1947-1948
(photo Ina Bandy
© Fonds Ina Bandy)
Source : http://www.christies.com/matisse/printmaker.aspx

Une grande photo accueille le visiteur : Henri Matisse dessinant sur la pierre à l’atelier Mourlot à Paris, 1947-1948 (photo Ina Bandy). Puis quatre états successifs (état : tirage effectué à chaque changement pour mieux apprécier le résultat) de Henri Matisse gravant, qui datent de ses débuts en 1900-1903, à la pointe sèche, avec des traits entrecroisés pour les ombres. L’artiste s’est représenté « à la manière de Rembrandt dans sa célèbre estampe de 1648 » (Céline Chicha-Castex). Ici, le dessin très détaillé du visage contraste avec celui des mains laissées en clair. Le regard et les mains focalisent l’attention, puis on remarque des ébauches laissées dans le haut à gauche.

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Henri Matisse, Henri Matisse gravant, 1900-1903
Pointe sèche 14.8 x 19.8 cm sur vélin 25 x 33 cm
Planche 52 D : quatrième état Collection privée © Succession H. Matisse, 2015 Photo : Archives Henri Matisse

D’une salle à l’autre, on découvre les techniques utilisées par Matisse pour dessiner : une tête sous une capeline, une odalisque et une joueuse de luth, des postures et des visages de femmes le plus souvent, parfois un paysage ou une nature morte. Devant les visages de ses modèles, ce qui frappe, c’est la manière dont Matisse rend une physionomie avec une extrême sobriété : « il ne s’agit plus de portrait à proprement dit, mais de l’expression d’une harmonie sensible inspirée par le modèle » (brochure).

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Henri Matisse, Loulou, figure de dos, 1914-1915
Eau-forte 17.9 x 12.8 cm sur chine appliqué; support: vélin 38 x 27.8 cm Planche 42, État Collection privée © Succession H. Matisse, 2015 Photo: Archives Henri Matisse

Plus rarement, le rapport s’inverse entre le noir et le blanc, j’aime beaucoup ces lignes blanches sur un fond noir qui leur donne force et présence, comme pour l’œuvre de l’affiche, Nu dans les ondes, ou pour une autre linogravure de la même année 1938, Primavera. Matisse avait raison de l’affirmer : « le noir est une couleur ».

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Henri Matisse, Primavera, 1938
Linogravure 22.8 x 16.9 cm sur vélin Daragnès 52 x 33 cm
Planche 240, Éd. 8/25 Collection privée © Succession . Matisse, 2015 Photo : Archives Henri Matisse

Pour lui, il s’agissait « d’apprendre et de réapprendre une écriture qui est celle des lignes ». Ses estampes présentent une grande variété dans l’épaisseur du trait, qui diffère selon le type de gravure. L’exposition des matrices à proximité permet de mieux se rendre compte, pour qui n’est pas initié, de la manière dont l’artiste travaille ; pour les connaisseurs, c’est aussi l’occasion d’examiner son « matériel » d’origine, y compris des matrices rayées (l’artiste arrête ainsi le tirage et y note parfois quelques indications pour mémoire).

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Vue de l'exposition "Matisse et la gravure",
musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis, Photo département du Nord

Après la découverte de ces estampes généralement en noir et blanc (on montre aussi des essais de couleurs pour La Danse de la Fondation Barnes), et une pause déjeuner agréable au Cateau Cambrésis, nous sommes retournés au Palais Fénelon pour ses collections permanentes, au rendez-vous de Matisse d’abord, puis d’Auguste Herbin, dans la nouvelle aile, et de la collection Tériade pour terminer. 

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Henri Matisse,
Bord de canal à Bohain, 1903
Huile sur toile Collection particulière Dépôt au musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis
© Succession H. Matisse

Dans le message envoyé par Matisse à sa ville natale en 1952, repris intégralement au début du parcours, il dit ceci à propos de la chapelle de Vence (dont on verra la maquette et des vêtements liturgiques) : « C’est dans la création de la chapelle de Vence que je me suis enfin éveillé à moi-même et j’ai compris que tout le labeur acharné de ma vie était pour la grande famille humaine, à laquelle devait être révélé un peu de la fraîche beauté du monde par mon intermédiaire. »

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Matisse, Grand nu assis, Nice, 1922-1929 / Fenêtre à Tahiti II, Nice, 1936
Dons de l'artiste en 1952 Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis

J’ai revu avec plaisir les Matisse du Cateau-Cambrésis, les premières peintures, les sculptures, les œuvres de la plénitude comme Fenêtre à Tahiti II, quand il est déjà installé à Nice, le magnifique Intérieur aux barres de soleil, des papiers collés, un riche cabinet d’œuvres graphiques. Vous en trouverez un aperçu, période par période, sur le site du musée.

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Auguste Herbin, Rue de Bastia, 1907
Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis

En revanche, j’ai vu pour la première fois la donation Herbin dans la nouvelle aile (on peut consulter l’intégralité de la collection Herbin en ligne). Devenu un maître de l’art abstrait, Auguste Herbin (1882-1960) a d’abord peint des œuvres figuratives dans des couleurs plutôt fauves (Rue de Bastia). Ensuite il décline les formes géométriques et son alphabet des couleurs pures aussi bien sur toile que sur des objets. Son vitrail « Joie » est un chef-d’œuvre.

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Auguste Herbin, Joie, 2002 Vitrail  Deuxième état
Réalisation Atelier Luc-Benoît Brouard  Musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis
Photo Association des amis du musée Matisse

Coup de cœur, enfin, pour la collection Tériade. Alice Tériade, la femme du grand éditeur d’art, a offert au musée Matisse « vingt-sept livres de peintres conçus et illustrés par quatorze artistes de l’art moderne », et aussi des œuvres offertes à Tériade par ses amis, des peintures et des sculptures comme Grande Femme III de Giacometti installée dans la cour du musée.

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Pierre Reverdy / Pablo Picasso, Le chant des morts, Tériade, 1948
Collection Tériade, Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis

Quelle fête ! Portrait de Tériade par Giacometti, illustrations de Rouault pour Divertissement sur le thème du cirque (premier livre d’art édité par Tériade en 1943), céramiques de Miró, toiles de Léger, lithographies originales de Chagall pour Daphnis et Chloé, de Juan Gris – superbe série « Au soleil du plafond » – et aussi d’André Beaudin que je ne connaissais pas.

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Juan Gris, Le Livre (Pierre Reverdy / Juan Gris, Au soleil du plafond, Tériade, 1955)
(Photo de biais pour limiter les reflets, cliquer ci-dessus pour la série.)
Collection Tériade, Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis

Tériade et son épouse aimaient recevoir leurs amis à la villa Natacha de Saint-Jean-Cap-Ferrat. La salle à manger minuscule du Midi a été reconstruite dans le musée. Matisse y a posé un vitrail et dessiné un platane sur deux murs d’angle en face, Giacometti a conçu le lustre et la vaisselle, Laurens une sculpture ; les meubles en osier venaient d’une brocante. Quel raffinement dans cette petite pièce !

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« La salle à manger » de la Villa Natacha reconstruite à l’identique
carreaux de la céramique Le Platane et vitrail Les Poissons chinois de Matisse,
lustre et coupes de Giacometti, plâtre de la Sirène ailée de Laurens
.

Mais revenons dans le Nord ou plutôt, car il est temps de conclure, allez-y si vous le pouvez : le musée Matisse du Cateau-Cambrésis, un beau musée à taille humaine, vaut le voyage, qu’on se le dise.

***

Post-scriptum (16/2/2016)

Pour information, le musée Matisse s’est associé avec Covoiture Art, « site de covoiturage qui met en relation des covoitureurs en fonction de leurs affinités culturelles » : http://www.covoiture-art.com/

 

30/01/2016

Mélange

brafa,2016,antiquités,art,peinture,sculpture,arts décoratifs,galeries,tour & taxis,exposition,culture« Il y a eu un vrai changement de fond. Aujourd’hui, il y a une tendance au mélange des genres et des époques, de l’antiquité à l’art contemporain. La foire, éclectique, doit s’ouvrir à tous les secteurs. Les maîtres mots de la Brafa, c’est qualité et diversité. On ne propose pas de sections particulières. On aime le contraste, on aime le mélange. C’est une richesse pour chaque objet d’être dans la confrontation, la rencontre. C’est quelque chose qui a été initié par Yves Saint Laurent et Pierre Berger qui ont démontré que tous les objets de toutes les époques, formes ou qualités peuvent être associés harmonieusement. »

Harold t’Kint de Roodenbeke (Président de la BRAFA)

Photo : Tête d’Eros, 1er siècle avant J.-C., marbre blanc, romain (Galerie Axel Vervoordt)

28/01/2016

A la Brafa

La 61e édition de la Brafa (Brussels Art Fair), autrement dit la Foire des antiquaires de Belgique, se déroule en ce moment à Tour & Taxis, jusqu’au 31 janvier. C’est « une des plus anciennes foires d’art et d’antiquités dans le monde », peut-on lire sur son site, et un rendez-vous annuel prisé des amoureux des belles choses.

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J’y suis allée pour le plaisir des yeux, attirée par plusieurs annonces. D’abord, la Fondation roi Baudouin y expose un très beau Spilliaert, La buveuse d’absinthe (ci-dessous). On verra aussi des œuvres remarquables du peintre ostendais chez d’autres exposants, principalement chez Francis Maere : Hofstraat in Ostend (1908), une petite rue d’Ostende menant vers la mer, baignée de lumière nocturne, où les jeux du bleu sombre sur les façades des deux côtés sont fascinants (illustration dans le dépliant de la galerie).

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Spilliaert, La buveuse d’absinthe, 1907
(aquarelle, gouache, encre de Chine, lavis et pastel sur papier, 105 x 77 cm)
© Studio Philippe de Formanoir (Fondation Roi Baudouin)

L’invité d’honneur, cette année, ce sont les Floralies de Gand, et j’étais curieuse de découvrir leurs décorations à Tour & Taxis. Un étonnant plafond fleuri accueille les visiteurs dans l’entrée, puis des fleurs, des baies, des branches disposées en vagues dans les allées de la foire – un décor léger, raffiné – et des compositions florales ça et là. Si on aime se promener à la Brafa, c’est aussi parce qu’à cette occasion, le bâtiment industriel (quasi tel quel pour la Foire du livre, par exemple) se métamorphose en salons, galeries, espaces d’exposition luxueux – certains décorateurs y réalisent de brillantes mises en scène.

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Salon Art Déco (Galerie Marcilhac)

Roger Pierre Turine, dans Arts Libre, signalait aussi un Buste de femme de Giacometti à la Boon Gallery, entre autres « musts » du parcours. La Brafa, aux dires d’un connaisseur qui m’avait aimablement invitée à l’accompagner, évolue fort visiblement depuis quelques années : moins de mobilier, plus de peinture et de sculpture, d’objets d’art. La foire s’est internationalisée (55 Belges, 48 Français, sur 137 exposants de 17 pays cette année) et elle montre davantage d’art moderne et contemporain qu’autrefois.

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© Jonathan Knight, Renard endormi (Francis Maere Fine Arts)

Les sculptures animalières sont à l’honneur chez Xavier Eeckhout et Univers du bronze (qui montre un beau petit Rodin, Le désespoir). On peut en admirer ailleurs aussi, comme ces Cheetas en bronze du sculpteur belge Patrick Villas ou encore ces bronzes si joliment patinés de Jonathan Knight (chez Francis Maere) : renard, lièvre, oiseaux… Et que diriez-vous de ce chat dessiné par Foujita ?

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© Foujita, Chat (galeriste non identifié)

Des artistes contemporaines ont attiré mon attention, comme Nathalie Talec au stand de Sèvres avec Celle qui voit les yeux fermés (2011-2012) – à admirer sous tous les angles sur son site ; ces sculptures en biscuit de porcelaine ont été créées à partir du buste d’Adrienne, Fillette de Houssin, une forme issue du répertoire de Sèvres. Ou comme Nina Murdoch avec Mr. Phil Pincheon’s Land (2013) à la Galerie Jablonka Maruani Mercier : née en 1970, la peintre obtient une lumière et un glacis très particuliers grâce à une technique ancienne de détrempe d’œuf sur panneau.

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© Nathalie Talec, The one who sees blindly, 2011-2012 (Sèvres)

Beaucoup d’autres peintures, anciennes, modernes ou contemporaines mériteraient un développement, il y en aurait trop à citer, mais si vous vous rendez à la Brafa, vous ne manquerez certainement pas un grand Alechinsky, Retour des choses (1993-1994) présenté à Die Galerie. Et vous remarquerez peut-être Mademoiselle Guillaumin lisant de Guillaumin, à la Galerie Alexis Pentcheff. 

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Armand Guillaumin, Mademoiselle Guillaumin lisant, 1907 (Galerie Alexis Pentcheff)

Dire qu’au départ, je ne pensais vous parler que des fleurs à la Brafa : montages, arrangements japonisants, sans compter les bouquets peints, des anciens du XVIIe siècle avec leurs détails minutieux et les insectes qui les entourent ou s’y posent, des modernes (Vuillard), des feuillages de Sam Szafran (dont on peut admirer chez un autre exposant une belle vue plongeante de cage d’escalier, qui rappelle sa rétrospective à la Fondation Gianadda).

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A la Brafa, on peut aussi s’intéresser à l’art de créer un univers éphémère. Un exposant japonais (Tanakaya) présente de belles céramiques, des masques, des bols Raku, et des estampes à l’arrière. Un médiéviste (ci-dessous) a placé une grande statue de Saint Sébastien dans l’ouverture d’une double porte massive qui invite à la contemplation. Des spécialistes d’une époque (XVIIIe, Art Déco, par exemple) offrent une véritable atmosphère d’intérieur par la manière de disposer meubles, objets et luminaires autour des peintures et sculptures, avec des tapis, des lambris...  

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Galerie De Baccker Medieval Art

Les amateurs d’archéologie, d’art africain, d’arts premiers me pardonneront : impossible de tout regarder en une seule visite à la Brafa, ni de tout commenter, on y expose des oeuvres de tout premier plan. Le catalogue en ligne et la liste des exposants, où l’on peut faire des recherches par spécialité et par pays, ne demandent qu’à être explorés si vous ne pouvez-vous rendre à Tour & Taxis ou si vous souhaitez préparer votre visite.

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Entrés en début d’après-midi, nous avons vu peu à peu les éclairages artificiels l’emporter sur la lumière naturelle et magnifier les lieux et les aménagements raffinés. Du renfort avait été prévu pour les visiteurs du soir, accueillis avec du champagne et des zakouskis. Plaisirs des papilles et plaisirs des yeux, quoi de mieux pour cette manifestation qui attire les curieux d’art et les collectionneurs mais aussi les mondains dans les riches allées du marché de l’art ?

26/01/2016

Intemporelle

PBA Jeanclos.JPGParmi les dernières acquisitions du Palais des Beaux-Arts de Lille, j’ai vu pour la première fois des sculptures de Georges Jeanclos-Mossé – un choc. Marqué par la Shoah, la souffrance, animé par la compassion, l’humanisme, Georges Jeankelowitsch (1933-1997) dit Jeanclos a une prédilection pour la terre cuite, le plus souvent d’un gris indéfinissable, couleur de boue séchée.

Shaddaï, modèle pour la fontaine de la place Stalingrad à Paris : un personnage aux yeux clos, assis dans la position du lotus au-dessus d’une colonne, concentré, médite. Comme le Kamakura, sujet dont le sculpteur a créé des variantes : seul un buste de bonze émerge ici du vêtement aux plis concentriques comme d’une pyramide.

Sur un mur bleu sont présentés des modèles, toujours en terre cuite, créés par Jeanclos-Mossé pour le portail de la cathédrale Notre-Dame de la Treille, une commande de l’évêque de Lille. J’ai été soufflée par ces œuvres d’un artiste qui manifestait « le désir de faire naître, malgré la mort, la figure humaine, le bonheur de la création » : un art universel, spirituel, une beauté intemporelle.

Photo : © Georges Jeanclos-Massé, Figures pour le portail de Notre-Dame de la Treille, 1996 (terre cuite), Palais des Beaux-Arts, Lille

25/01/2016

Salles XIXe à Lille

Après l’exposition Joie de Vivre, une collation et une promenade dans le vieux Lille sous le soleil, je suis retournée au Palais des Beaux-Arts faire un tour dans les salles du XIXe siècle. On monte au premier étage par un bel escalier monumental dont les vitraux sont dédiés aux différents métiers d’art. Il ne me restait pas assez de temps pour une visite complète, mais assez tout de même pour admirer quelques toiles, du réalisme au symbolisme, surtout des paysages et des portraits.

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Jules Breton, Plantation d'un calvaire, 1858 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

J’ai d’abord pris pour une mariée la Jeune fille portant une bannière de Jules Breton, une petite huile préparatoire pour Plantation d’un calvaire, une grande toile accrochée très haut au-dessus de celle-ci. Je ne connaissais pas ce peintre poète que Van Gogh admirait, ni sa fille, également peintre, Virginie Demont-Breton.

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Carolus-Duran, L'Homme endormi, 1861 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

En revanche, je connaissais Carolus-Duran, mieux représenté au musée d’Orsay. On le trouvait conventionnel par rapport aux impressionnistes, ses contemporains, mais ses portraits ont de la présence. L’homme endormi est inspiré de Courbet – la cravate rouge dénouée rehausse l’éclat de la chemise blanche, et rouges aussi, la tranche du livre posé près de lui, les fleurs dessus.

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Carolus-Duran, Le Baiser, 1868 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Qu’il est séduisant, ce Baiser où le peintre embrasse son épouse Pauline ! A nouveau du rouge pour le châle sur la robe blanche et la rose dans les cheveux. Pastelliste et miniaturiste, Pauline Croizette a posé pour la belle Dame au gant (Orsay). Mais pourquoi donc ne trouve-t-on sur la Toile aucune de ses œuvres personnelles ?

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Louis Gallait, Charles Cousin, peintre et graveur, en costume arabe, 1838 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Signé par un peintre belge, Louis Gallait, le portrait de Charles Cousin, peintre et graveur, en costume arabe (de fantaisie, ajoute la notice) – turban, barbe, manteau à capuche et sabre. Je n’ai pas trouvé d’informations sur son modèle, mais une rue de Schaerbeek porte le nom de Louis Gallait (il y est décédé) de même qu’à Tournai, sa ville natale, où il a dirigé l’Académie des Beaux-Arts.

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Corot, Le pâtre aux deux chèvres ou Effet du matin, vers 1865 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Du côté des paysages, un très beau Corot, Le pâtre aux deux chèvres ou Effet du matin (vers 1865), baigne dans cette lumière subtile propre au précurseur de l’impressionnisme. Des bords de mer (Lepic, Georges Michel) plaisants mais assez conventionnels précèdent L’incendie de Constantinople par Turner.

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Meissonier, Le Voyageur (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Le Voyageur de Meissonier, réplique en bronze de la sculpture du musée d’Orsay (où cheval et cavalier dans le vent sont en cire, tissu et cuir), a belle allure au centre de la salle – comme Carolus-Duran, voici un artiste populaire à son époque considéré ensuite comme « pompier » en raison de son académisme.

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Mikhaïl Vroubel, Cheminée russe de la légende de Volga et Mikoula, 1898-1900 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Quelle surprise de trouver au Palais des Beaux-Arts de Lille un manteau de cheminée de Mikhaïl Vroubel ! L’œuvre en céramique, conçue pour le pavillon russe de l’Exposition universelle à Paris en 1900, a été fabriquée à Abramtsevo (village d’artistes au nord de Moscou) en six exemplaires, celui-ci est le seul conservé hors de Russie. Sa restauration a duré quatre ans. « Néo-russe », inspirée par l’art nouveau, la céramique montre le guerrier Volga, incarnation de la Russie aristocratique, et le laboureur Mikoula, avec sa charrue et sa jument. La légende « raconte l’affrontement des deux hommes qui voit triompher la force surhumaine de Mikoula. »

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Alfred Agache, Vanité, 1885 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Un peu plus loin, j’ai fait connaissance avec un peintre lillois, Alfred Agache, à travers deux beaux portraits de femme : Vanité et Jeune fille assise tenant des fleurs dans les bras. La première est assise sur un trophée d’armes et de livres, image du caractère éphémère de la beauté, du savoir et du pouvoir ; elle tient un globe doré, symbole d’universalité d’après le cartel. La seconde, de profil, respire la sérénité, présente de jolis tons de rose pour la jupe et la brassée de pavots.

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Luc-Olivier Merson, Le loup d’Aggubio, Salon de 1878 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Très intéressant aussi, Le loup d’Aggubio peint par Luc-Olivier Merson : la conversion miraculeuse du loup converti par saint François d’Assise (dont la statue figure dans le coin supérieur droit) lui vaut une auréole, mais c’est le décor hivernal et ses couleurs, la robe bleue de la femme au centre de la toile, le mouvement vers le loup de l’enfant qu’elle tient par la main, les autres personnages, un fichu rouge, l’étal du boucher et tous les détails pittoresques de l’architecture (fontaine, colonnes…), le ciel au-dessus de la ruelle, qui donnent présence et vie à cette scène. 

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Edouard Vuillard, Bouquet de roses (Palais des Beaux-Arts, Lille)

J’ai tenté de photographier quelques œuvres impressionnistes dans la galerie qui leur est consacrée, mais les murs sont d’un rose si vif que, même avec l’éclairage zénithal, les couleurs des peintures sont faussées, et davantage encore pour l’appareil photo que pour l’œil. Quel dommage ! Il y a là, entre autres, un beau paysage d’hiver de Sisley, Berthe Morisot à l’éventail de Manet, et deux Vuillard : Fleurs (bouquet, étoffes et papier mural imprimé) et surtout Bouquet de roses, un chef-d’œuvre.

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Odilon Redon, Le silence, 1895-1900 (Palais des Beaux-Arts, Lille)

Pauvre Bonnard : la richesse des tons dans Paysage, Le Cannet se perd dans la lumière saturée de rose. Pareil pour Le Silence, un somptueux Redon, « empreint d’une forte puissance symbolique qui caractérise l’œuvre de ce peintre si singulier » (cartel). Peut-être est-ce mieux de flâner là à la lumière du matin qu’en fin d’après-midi, il faudra y penser à la prochaine visite des collections lilloises.

 

23/01/2016

Folon dans le métro

Baronian Folon Montgomery.jpg« La station de métro Montgomery à Bruxelles est décorée d’une gigantesque fresque de Jean-Michel Folon (1934-2005). Chaque jour, d’innombrables voyageurs passent devant, mais ceux qui la contemplent, ne serait-ce qu’une poignée de secondes, sont des plus rares. Je sais de quoi je parle : avant d’écrire la présente notice, je suis allé à deux reprises me poster devant la fresque, l’air de lire mon journal ou d’attendre quelqu’un, et j’ai observé du coin de l’œil, un bon quart d’heure, l’incessant va-et-vient. Les deux fois, personne ne m’a donné l’impression de regarder la fresque. […] »

Jean-Baptiste Baronian, « Folon, Jean-Michel » in Dictionnaire amoureux de la Belgique

Photo La Libre.be : "Le métro, ce musée souterrain" par Lauranne Garitte (31/8/2014)
Reportage photo
© Jean-Christophe Guillaume 

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Deux émissions consacrées à Bruxelles sur France Culture (merci de me les avoir signalées, Aifelle) :
Villes-Mondes : Bruxelles en belgitude et en amour vache (10/1/2016)
Villes-Mondes : Babel Bruxelles (17/1/2016)

21/01/2016

Belgique CDEF...

A la lettre C de son Dictionnaire amoureux de la Belgique, Jean-Baptiste Baronian rend hommage à Maurice Carême dont les poèmes, « quoi qu’en pensent les cuistres », sont si populaires à travers le monde qu’« il existe quelque deux mille huit cent cinquante mises en musique de ses textes ! »

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La bibliothèque du Château de Beloeil © ASBL Fonds Château de Beloeil

On compte à peu près le même nombre de châteaux dans notre pays, de toutes les sortes, et Baronian qui s’avoue attiré par la vie de château s’installerait volontiers à Beloeil pour lire les œuvres complètes du prince de Ligne. Il y aurait forcément du chicon à table, « cette excellente variété d’endive » nommée « witloof » (feuillage blanc) en flamand, et bien sûr du chocolat (on compte actuellement près de sept cents chocolatiers belges).

Après quelques écrivains – Hugo Claus pour son Chagrin des Belges, Gaston Clément pour Le conseiller culinaire (1947), Jacques Albin Simon Collin de Plancy (un Français) pour son Dictionnaire infernal et son Histoire de Manneken-Pis racontée par lui-même (XIXe) –, vient le tour du Concours reine Elisabeth que l’auteur a souvent critiqué (et aussi son public bon chic bon genre), mais qu’il reconnaît comme « le plus sérieux » des concours musicaux internationaux.

Pas d’entrée pour le Congo, mais bien pour Congo, une histoire, l’essai retentissant de David Van Reybrouck, « un grand hymne d’amour au peuple congolais ». Pour avancer, je ne vous parle ni de « Contrefaçons » (le mot est impropre ; selon Baronian, en réalité, c’étaient des « réimpressions belges » de textes français) ni d’Annie Cordy ni des « coulonneux » (comme on nomme les colombophiles en Wallonie) – salut tout de même à feu mon grand-père flamand grand lâcheur de pigeons dont il était fier.

La succession de notices le plus souvent sans lien avec ce qui précède et ce qui suit est un des charmes de la collection des Dictionnaires amoureux. Sauter les crevettes grises ? Impensable, vu leur place « au patrimoine culinaire national ». Baronian confie qu’il teste un restaurant à la qualité de ses croquettes de crevettes grises. Le pamplemousse aux crevettes grises n’y est pas mentionné, mais bien la fameuse « tomate aux crevettes ». L’article « Cuisine » offre l’occasion d’une petite passe d’armes sur la cuisine belge par rapport à ce qu’en disent certains guides français.

« Cyclisme » : que de bons souvenirs pour l’auteur et de héros belges de la petite reine ! Au D, le père Damien est premier, d’ailleurs canonisé en 2009. Le missionnaire dévoué aux lépreux a été calomnié de son vivant, raconte Baronian, et c’est une lettre de Robert Louis Stevenson dans le Times qui a rétabli son honneur.

Hommage au cinéma réaliste des frères Dardenne, « à condition de considérer, comme l’a écrit Bertolt Brecht, que le réalisme ne consiste pas à dire des choses vraies, mais à dire ce que sont vraiment les choses. » Et aux films d’André Delvaux, regroupé sous son patronyme avec Laurent (sculpteur), Charles (maroquinier), Paul (peintre) et les autres, sans aucun lien de parenté entre eux.

Baronian préfère Anna Teresa De Keersmaeker à Maurice Béjart et Camille De Taeye à Jules Destrée. Après avoir ressuscité les raquettes de tennis Donnay, il consacre un bel article à Christian Dotremont « un écrivain qui a peint ou un peintre qui a écrit ? » Clément Doucet récolte cinq pages du Dictionnaire amoureux de la Belgique, ce pianiste qui jouait « d’instinct » a formé un inoubliable duo avec Jean Wiéner.

Le D finit avec Christian de Duve, Prix Nobel de médecine (dont Doulidelle ne cesse de relayer l’appel). Et voici E comme L’Economie culinaire de Cauderlier, seul livre de cuisine des parents de Jean-Baptiste Baronian, E comme « Elskamp, Max », E comme « Ensor, James » : le peintre mais aussi l’écrivain et l’épistolier qui « a tordu le cou à l’académisme, le mal incurable des lettres de Belgique ».

E ou F ? Etrange ou Fantastique ? Bien sûr, le grand connaisseur du genre qu’est Baronian consacre un long article à l’« Ecole belge de l’étrange » (il cite une quinzaine d’écrivains qui en font partie et revendique en toute modestie la paternité de l’expression), saluant au passage les éditions Marabout qui ont joué un grand rôle dans la reconnaissance de cette littérature singulière.

L’histoire de la « Fête des chats » célébrée en mai à Ypres fera frémir tous les amis des chats, avec durant des siècles des « jets de chats vivants » même du haut du beffroi, entre autres mauvais traitements. Depuis 1938, les habitants se contentent « de lancer des chats en peluche » et de se déguiser en chat, « une orgie féline en somme ».

Je n’en ai pas fini de décliner l’alphabet du Dictionnaire amoureux de la Belgique. On s’y amuse de l’inattendu, de l’inconnu, du méconnu, que Baronian accommode à la sauce belge et agrémente d’anecdotes personnelles. Bien sûr, certaines entrées s’imposent, comme « De Coster, Charles », « Expo 58 », « Francorchamps » et « Frites ». Bon appétit, messieurs dames !