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31/03/2018

Un certain éclat

Tartt Le chardonneret Plon.jpg« En bas – faible lumière, copeaux de bois par terre – on avait le sentiment d’être dans une étable, avec de grosses bêtes qui attendaient patiemment dans l’obscurité. Hobie m’a enseigné le caractère des bons meubles, parlant de chacun en termes de « il » ou de « elle », de la qualité musculaire, presque animale, qui distinguait les meubles superbes de leurs pairs rigides en forme de boîte cubiques et plus recherchés, sans parler de la manière affectueuse dont il faisait courir sa main le long des flancs sombres et luisants de ses buffets et de ses commodes comme s’il s’était agi d’animaux domestiques. C’était un bon prof et très vite, en me faisant examiner et comparer, il m’a appris à identifier une copie : cela se voyait à l’usure trop égale (les vieux meubles étaient toujours usés de manière asymétrique) ; à des bords découpés à la machine au lieu d’être rabotés à la main (un doigt sensible sentait un bord découpé à la machine, même avec peu de lumière) ; mais surtout à cause de l’aspect plat et mort du bois auquel il manquait un certain éclat, ainsi que la magie provenant des siècles durant lesquels ils avaient été touchés, utilisés, et étaient passés entre des mains humaines. Contempler les vies de ces vieilles commodes et de ces vieux secrétaires – des existences plus longues et plus douces que la vie humaine – me plongeait dans le calme comme une pierre en eaux profondes, si bien que lorsque venait l’heure de repartir je sortais de là abasourdi et clignant des yeux, pour retrouver le vacarme de la 6e Avenue en sachant à peine où j’étais. »

Donna Tartt, Le Chardonneret

Commentaires

je me demande, en lisant certains livres, quel travail préparatif est nécessaire pour tout savoir sur des sujets aussi divers... j'admire!

Écrit par : Adrienne | 31/03/2018

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J'aime beaucoup cette description des objets, ces objets qui semblent avoir une âme et sont évoqués par Donna Tartt avec une chaleur qui leur prête une quasi humanité. Magnifique.

Écrit par : armelle | 31/03/2018

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Quelle magnifique et si juste façon de parler des meubles anciens qui, oui, ont une âme, une histoire dans leurs formes et teintes...
Merci et excellent week-end Tania.

Écrit par : colo | 31/03/2018

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Bonjour Tania, merci pour ton beau billet. Je me souviens, lorsque j'allais chez ma grand-mère ou ma tante, j'aimais regarder leurs meubles. Petite table du salon, un lampadaire avec le pied en bois, et aussi quelques tableaux... tout cela avait une âme et tous ces objets n'avaient pas de valeur. Je les aimais, tout simplement.
Je te souhaite un beau week-end de Pâques.
Bisous ♥

Écrit par : Denise | 31/03/2018

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@ Adrienne : 1992, 2002, 2013, les écarts entre les romans de Donna Tartt révèlent sans doute un long travail préparatoire.

@ Armelle : L'atelier de restauration où le garçon apprend beaucoup avec son protecteur est un des lieux très attachants de cette histoire.

@ Colo : Donna Tartt excelle à leur donner vie. Bon week-end, Colo.

@ Denise : Nous aimons en conserver certains chez nous, qui nous parlent du passé et agrémentent notre présent. Bonne fête de Pâques, Denise.

Écrit par : Tania | 31/03/2018

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