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16/01/2017

G. Van de Woestyne

Gustave Van de Woestyne, par Robert Hoozee et Cathérine Verleysen, est un bel ouvrage paru au Fonds Mercator en 2010, à l’occasion d’une rétrospective au Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK). Il me semble que c’est au musée Van Buuren, qui possède trente-deux toiles du peintre gantois, que j’ai découvert son nom en premier, notamment sous La table des enfants dont j’aime la clarté, l’angle de vue, la lumineuse simplicité – cinq enfants au regard sérieux.

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Gustave Van de Woestyne, La table des enfants, 1919, Uccle, Musée Van Buuren © SABAM Belgium

Né à Gand, il est le frère cadet d’un écrivain belge de langue néerlandaise, Karel Van de Woestijne, qui a choisi une graphie plus flamande pour son patronyme. Après cinq ans à l’Académie de Gand, Gustave Van de Woestyne (1881-1947) détruit presque tout ce qu’il y a fait avant de s’installer à Laethem-Saint-Martin chez son frère aîné. Celui-ci y fonde un cercle artistique, avant de se marier et de quitter Laethem. Une exposition sur les Primitifs Flamands à Bruges en 1902 les a beaucoup marqués, ainsi que le travail de George Minne, leur voisin.

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Gustave Van de Woestyne, Autoportrait à Laethem-Saint-Martin, 1900, collection privée
© SABAM Belgium (couleurs peu fidèles)

Le jeune peintre est attiré très tôt par la spiritualité, et par deux fois, il se tourne vers la vie monastique, mais à l’abbaye bénédictine de Louvain, on lui conseille de « rentrer dans le monde » et c’est dans son atelier que Gustave VdW va mener sa vie de « créativité contemplative ». A la différence des autres peintres du premier groupe de Laethem-Saint-Martin, il ne peint pas le paysage, la nature, la beauté des saisons. Ce qu’il préfère, ce sont les figures, et en particulier peindre des paysans, des humbles, des déshérités. Dans ces portraits individuels, le visage occupe la toile en gros plan, le décor est présent, mais secondaire, plutôt symbolique.

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Gustave Van de Woestyne, Le berger, 1910, Uccle, Musée Van Buuren © SABAM Belgium

En 1908, il épouse Prudence De Schepper. Leur premier enfant meurt l’année suivante, à l’âge d’un mois. Ils quittent alors le village de Laethem pour Louvain, mais Gustave VdW continuera à s’en inspirer. Ils auront cinq autres enfants. Dans la couleur, il se distingue par une palette « plus proche du fresquiste du Quattrocento que des peintres médiévaux de son propre pays ». Ses portraits de femmes privilégient « le raffinement formel, la sérénité et la pudeur spiritualisée ».

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Gustave Van de Woestyne, Dimanche après-midi, 1914, Bruxelles, MRBAB © SABAM Belgium (source) 

Pendant la première guerre mondiale, il se réfugie en Grande-Bretagne, comme beaucoup d’artistes belges. Au Pays de Galles puis à Londres, il rencontre des exilés, comme Emile Claus qu’il admire, et un mécène et collectionneur d’art, Jacob de Graaff, avec qui il correspondra pendant vingt ans, « une des principales sources écrites pour l’étude de l’artiste ». Ce qu’il peint en Angleterre diffère du « réalisme de détail » d’avant-guerre, la texture de la toile y est traitée dans une manière plus proche de la fresque.

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En couverture du catalogue : Gustave Van de Woestyne, Gaston et sa sœur, 1923, KMSK

Au retour, il reste sous l’influence des primitifs flamands – réalisme, simplicité, clarté – alors que l’expressionnisme flamand bat son plein. Il déclare dans un entretien son goût pour « un classicisme en rapport avec les idées de notre temps », son horreur des grands gestes et des poses, de l’emphase : « La vie intérieure ne se révèle jamais aussi intensément que dans le silence. » (1929)

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Gustave Van de Woestyne, Le Christ offrant son sang, 1925, Bruxelles, MRBAB
 © SABAM Belgium

Pourtant il peint aussi des tableaux religieux pleins de souffrance et d’angoisse, qui sont critiqués. Quels sont alors ses tourments ? Il regrette d’avoir trop peu de temps pour peindre comme il veut, vu le temps qu’il consacre à enseigner à Malines, Anvers, Bruxelles. En tout cas, il cherche à créer un art religieux moderne qui ne soit ni mou, ni sucré – « des œuvres d’art sincères et authentiques ». Il se sent des affinités avec Maurice Denis.

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Gustave Van de Woestyne, Paysanne, 1926, Bruxelles, Musée Van Buuren © SABAM Belgium

Si Van Buuren lui commande des natures mortes pour décorer sa maison (aujourd’hui musée), Gustave VdW reste avant tout un portraitiste. Beaucoup lui demandent de peindre leur portrait, c’est une source de revenus constante, mais il se plaint du temps passé à ces « stupides portraits ». Lui peint de préférence un « type humain introverti », des aveugles, des visages impénétrables.

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Gustave Van de Woestyne, Le Christ dans le désert, 1939, Gand, MSK
 © SABAM Belgium

Impossible de résumer l’évolution de Gustave Van de Woestyne de façon linéaire, son œuvre est éclectique. Son frère Karel y distinguait trois groupes : « les paysans, les scènes religieuses et les expériences personnelles ». J’aurais aimé vous montrer beaucoup plus de peintures, il y en a tant de belles ! La Collection d’art flamande présente 40 œuvres, à agrandir sur son site.

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Gustave Van de Woestyne, Fugue, 1925, Gand, MSK © SABAM Belgium 

Si le nombre de sujets est limité, on peut y trouver des liens avec le symbolisme, l’art nouveau, le modernisme, l’expressionnisme, mais sa peinture est profondément originale – « Le mystère Gustave Van de Woestyne », titrait Guy Duplat en 2010. Parfois serein, parfois tendu, son monde est intériorisé et c’est sans doute pourquoi, encore aujourd’hui, il nous interpelle d’une manière singulière, et avec force.

Commentaires

Magnifique et si intéressant billet! Si je connaissais certains tableaux de lui, j'ignorais tout de ce passé un peu mystique...mais qui explique bien des choses.

Les yeux, les regards dans ses portraits sont extraordinaires, vraiment.
Un tout grand merci.

Écrit par : colo | 16/01/2017

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j'ignorais qu'il avait été attiré par la vie monastique, ça explique certains aspects de son oeuvre (je rejoins Colo)
superbe billet, Tania! merci!

Écrit par : Adrienne | 16/01/2017

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@ Colo : Merci, Colo. J'ai beaucoup appris dans ce beau livre et je regrette vraiment d'avoir manqué la rétrospective à Gand.

@ Adrienne : Oui, sa vie éclaire son oeuvre, heureuse que ce billet t'ait plu.

Écrit par : Tania | 16/01/2017

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Voici un peintre que j'aime beaucoup. Le tableau du Christ dans le désert me touche - mais je n'arrive pas bien à distinguer ce que le Christ tient dans la main.
Bonne journée.

Écrit par : Bonheur du Jour | 17/01/2017

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un peintre dont le nom même m'était inconnu une belle découverte grâce à toi

Écrit par : Dominique | 17/01/2017

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J'aime beaucoup le premier tableau "La table des enfants". Les thèmes religieux également. Comme Dominique, c'est un peintre que je ne connaissais pas.

Écrit par : Aifelle | 17/01/2017

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@ Bonheur du Jour : Le Christ peint par Gustave Van de Woestyne ne tient rien dans les mains, tournées paumes vers le haut, les doigts recourbés. Voici ce qu'en dit le commentaire du catalogue : "Le Christ est debout au centre, vêtu d'une chemise de pénitent gris clair. Seuls le visage et les mains sont détaillés. L'étonnante différence de couleur et d'exécution entre les deux mains accentue le geste de rituel." (...) "Dans un langage formel simple et direct, l'artiste concilie des sentiments opposés : exclusion et sérénité, solitude et acceptation."
Bonne journée !

@ Dominique : Heureuse de te le faire découvrir, Dominique.

Écrit par : Tania | 17/01/2017

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Une œuvre vraiment étonnante, cet artiste peint un univers situé entre le ciel et la terre, un monde pas tout à fait terrestre, pas tout à fait céleste... Bises. brigitte

Écrit par : Plumes d Anges | 17/01/2017

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quel beau billet tania, un grand merci - j'aime énormément van de woestyne

Écrit par : niki | 17/01/2017

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@ Aifelle : Ils ne sourient pas, ces enfants, mais c'est une toile d'un charme irrésistible, n'est-ce pas ?

@ Plumes d'Anges : Oui, Brigitte, un univers entre terre et ciel. Un baiser en retour & bonne journée.

@ Niki : Avec plaisir, Niki - nous voilà bien d'accord.

Écrit par : Tania | 17/01/2017

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Bien que très sérieux, j'aime beaucoup les enfants à table. C'est une très belle toile lumineuse.
Je ne connaissais pas ce peintre. Je suis heureuse de l'avoir découvert. Merci, c'est un très beau billet.
Mes amitiés

Écrit par : Denise | 17/01/2017

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Gustave Van de Woestyne semble peu connu hors de Belgique, tant mieux si ce billet éveille l'intérêt pour son oeuvre. Merci, Denise.

Écrit par : Tania | 17/01/2017

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Je ne le connais pas, j'avoue. Il a une manière très singulière de peindre. Certes, il ne peint pas de paysage, mais l'arrière plan des personnages est décrits avec soin et réflexion, et son «symbolisme» fait partie intégrante de l'oeuvre. L'expression du visage est exprimée avec force et la souffrance et l'angoisse sont souvent présentes. Plein de choses à dire sur chaque oeuvre! C'est émouvant de découvrir un grand artiste... qu'on ne connaît pas.
Merci beaucoup.

Écrit par : Binh An | 18/01/2017

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Il y a beaucoup d'artistes intéressants dans l'Ecole de Laethem-Saint-Martin, un village d'artistes en Flandre. Gustave Van de Woestyne est un de mes préférés.

Écrit par : Tania | 18/01/2017

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Je ne connaissais pas du tout ce peintre ! C'est très original, fascinant même. Merci pour cette découverte...

Écrit par : Margotte | 18/01/2017

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Ravie de le faire découvrir, il en vaut la peine.

Écrit par : Tania | 19/01/2017

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Quel peintre original! J'aime beaucoup le premier tableau, l'angle de prise de vue est saisissant et les couleurs choisies le sont aussi.

Écrit par : Ma librairie claudialucia | 20/01/2017

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A voir au musée Van Buuren, quand tu reviendras à Bruxelles ;-)

Écrit par : Tania | 21/01/2017

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