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30/06/2016

La Boverie nouvelle

Entre la Meuse et sa dérivation, le parc de la Boverie n’est pas si facile à trouver pour qui connaît peu Liège – où se garer ? – mais une fois la voiture laissée sur l’autre rive, cela ne manquait pas de charme de découvrir à distance la nouvelle galerie vitrée du musée de la Boverie, de longer l’eau à pied jusqu’au pont Albert Ier, puis d’aborder le site côté jardin à la française, en pleine saison des roses.

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« En plein air », l’exposition inaugurale, correspond bien à l’esprit du lieu. Le nouveau musée de la Boverie, installé dans l’ancien Palais des Beaux-Arts de Liège construit pour l’Exposition universelle de 1905, vient d’être réhabilité. Pourquoi y a-t-on ajouté cette « nouvelle salle hypostyle » (21 colonnes élégantes quoique en béton conçues par Rudy Ricciotti, le bureau d’architecte qui a œuvré à la rénovation de l’Hôtel de Caumont) laissée quasi vide pour l’instant ? Sa fonction n’apparaît pas, mais ce vaste espace permet de jouir largement de la vue sur les alentours.

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On entre au musée de la Boverie du côté du parc à l’anglaise – après la visite, nous le quitterons par là et découvrirons la manière sans doute la plus agréable d’accéder au site : descendre à pied de la gare des Guillemins (700 m), traverser l’esplanade et emprunter la nouvelle passerelle « la belle Liégeoise » qui mène au parc de la Boverie. On peut aussi y accéder avec la navette fluviale qui le relie au Grand Curtius.

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« En plein air », en collaboration avec le musée du Louvre, montre à travers une centaine de peintures, la plupart de musées français et étrangers, que la nature n’a pas attendu l’impressionnisme pour inspirer les peintres. Au XVIIIe siècle, certains travaillaient déjà « sur le motif », comme Alexandre-François Desportes. Au fil du temps, les couleurs se feront plus claires, plus vibrantes. J’aurais voulu vous montrer une belle Vue de Villerville en Calvados (musée de Liège) où Daubigny annonce l’impressionnisme, et Cernay, avril en fleurs d’Emmanuel Lansyer, mais ces peintures ne sont pas visibles sur la Toile.

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Avant de découvrir le parcours chronologique en sept thèmes, j’attire votre attention sur le « Transparent du paysage des quatre saisons » de Carmontelle qui défile en fac-similé à l’entrée de l’exposition. Je n’ai regardé que les « Scènes nocturnes » de ce long rouleau « animé » de 42 mètres, par ignorance. Le catalogue où il est reproduit (en petit) indique que l’original (aquarelle, gouache et encre de Chine sur 119 feuilles de papier doublé de soie) est conservé au musée de Sceaux.

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Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793), La joute des mariniers entre le pont Notre-Dame et le pont au Change, 1751
(Paris, Musée Carnavalet)

« Leçon d’amour dans un parc » : les sujets historiques et religieux font place, dans la peinture du XVIIIe siècle, à des sujets plus légers, plus proches de la nature et du quotidien, en tout cas pour les gens aisés. Dans Ascension d’une montgolfière à Aranjuez (1784), un prêt du Prado dont un détail est à l’affiche de l’exposition, Antonio Carnicero Mancio montre le public aristocratique rassemblé dans le jardin royal pour l’événement, mais aussi des bourgeois, des enfants, une marchande. Le musée des Beaux-Arts de Liège montre ici un des chefs-d’œuvre de ses collections : Promenade du dimanche au Bois de Boulogne (1899), signé Henri Evenepoel – on verra plus loin d’autres promeneurs sur l’esplanade des Invalides qu’il a peinte d’en haut.

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Henri Evenepoel, Promenade du dimanche au Bois de Boulogne, 1899
(Liège, Musée des Beaux-Arts)

Les voyages des Anglais et des personnes fortunées en Europe et en Italie au XVIIIe siècle assurent le succès des « Vedute », ces panoramas de villes célèbres ou de paysages fameux à ramener chez soi, comme Vue du port de Toulon par Vernet. Une vue parisienne peinte par Raguenet en 1751 permet de revoir les habitations d’alors sur les ponts de la Cité, un Paris disparu difficile à imaginer aujourd’hui. Dans la même salle, un Monet prêté par le musée de Dallas montre avec une fraîcheur d’esquisse le Pont-Neuf un siècle plus tard, non loin du Louvre au printemps par Pissarro.

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Claude Monet, Le Pont-Neuf, 1871 (Etats-Unis, Dallas Museum of Art)

Aux promenades en ville, beaucoup préfèrent les bords de l’eau, les guinguettes au bord d’une rivière sont très populaires et c’est aussi un sujet de prédilection pour les peintres. Amusants, les costumes des dames dans Le chalet du Bois de Boulogne de Jean Béraud, « un de ces petits maîtres à grand succès » (catalogue). Dans Dimanche à Bougival de Félicien Rops, Léontine et Aurélie Duluc sont plus déshabillées. Max Liebermann peint les jeux de lumière et l’animation en terrasse au restaurant « De Oude Vink » à Leyde.

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Félicien Rops, Dimanche à Bougival (Léontine et Aurélie Duluc), 1876 (Namur, Musée provincial Félicien Rops)

Dans la vaste salle vitrée, deux espaces cubiques accueillent quelques toiles pour illustrer « les jeux » en plein air et « chambre avec vue » (thème un peu usurpé). Un coup de cœur pour L’enfant dans la mare de Maurice Denis, une petite toile presque carrée prêtée par le musée de Zurich (comme le Liebermann).

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Max Liebermann, Le restaurant « De Oude vink » à Leyde, 1905 (Zurich, Kunsthaus)

La dernière salle est consacrée aux vacances à la mer avec plusieurs scènes de plage de Boudin, des toiles du XIXe et du XXe dont un superbe Bonnard, Conversation à Arcachon ou Jeunes filles à Arcachon. D’autres artistes connus sont annoncés (Cézanne, Chagall, Dufy, Léger, Matisse, Picasso…), mais ne vous attendez pas à une succession de chefs-d’œuvre, la qualité est inégale. On peut voir dans un des petits films de Louis Lumière projetés à mi-parcours des enfants se jeter à l’eau du haut d’un ponton (1895).

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Pierre Bonnard, Conversation à Arcachon, Jeunes filles à Arcachon, 1926-1930 (Paris, Musée du Petit Palais)

Les toiles choisies rendent compte de l’évolution de la peinture européenne du XVIIIe au XXe siècle : couleurs, lumière, mise en page, touche, la façon de représenter la nature et les loisirs n’a cessé de se transformer.  « En plein air », première exposition de la Boverie, peut se visiter jusqu’au 15 août. N’hésitez pas à prendre un ticket combiné pour découvrir aussi les collections permanentes, elles en valent la peine.

28/06/2016

Comme une idée

Seethaler Folio.jpg« Certes, les premiers jours furent laborieux, mais Franz s’habitua bientôt au style alambiqué des journalistes et aux aspérités de leurs formules récurrentes, et, peu à peu, il parvint à dégager le sens des différents articles. Au bout de quelques semaines, il était à même de lire les journaux assez couramment, sinon de la première à la dernière page, du moins grosso modo. Et bien qu’il fût souvent passablement dérouté par les divergences – voire les contradictions radicales – qui séparaient les différents points de vue, la lecture ne lui en procurait pas moins un certain plaisir. De cette forêt de caractères imprimés émergeait, dans un bruit de papier froissé, comme une idée des possibilités du monde. »

Robert Seethaler, Le tabac Triesnek

27/06/2016

Un tabac à Vienne

Le tabac Tresniek de Robert Seethaler a déjà fait le tour de la blogosphère. J’y poserai tout de même ma petite pierre à propos de ce roman (Der Trafikant, traduit de l’allemand (Autriche) par Elisabeth Landes) qui raconte l’histoire de Franz Huchel, un jeune homme de dix-sept ans qui quitte la cabane de pêcheur où il vit avec sa mère pour aller travailler au service d’un ami à elle, Otto Triesnek, qui tient un tabac dans le centre de la capitale autrichienne.

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Vienne, 1937. Dans la boutique minuscule bourrée de journaux, revues, cahiers, livres, cigares et cigarettes « et autres menus articles », le buraliste assis derrière le comptoir lui fait bon accueil. Pour faire le tour du magasin, il se déplace sur des béquilles (il lui manque une bonne partie de la jambe gauche), indique à Franz sa place – un tabouret près de l’entrée – et sa première activité : « aiguiser sa cervelle et (…) élargir son horizon, autrement dit, (…) lire les journaux » – selon Triesnek, « le fondement même de l’existence du buraliste ». Le garçon logera dans la remise à l’arrière.

Depuis qu’on lui a attribué ce bureau de tabac en 1919, Triesnek est devenu « une institution » fréquentée par des clients de passage mais surtout par des habitués. Franz apprend à les observer, à retenir « leurs habitudes et leurs marottes », à connaître ceux qui demandent à jeter un coup d’œil dans le « tiroir » des « revues galantes ». Comme promis, il écrit chaque semaine une carte postale à sa mère.

En octobre, le buraliste pense encore que l’engouement pour Hitler est une bonne chose pour le commerce des journaux et que tout cela n’empêche pas les gens de fumer. C’est alors que l’entrée d’un vieux monsieur à barbe blanche bien taillée dans le magasin fait se dresser Triesnek « comme un diable de sa boîte » pour servir à « monsieur le Professeur » ses cigares préférés et le journal : Sigmund Freud en personne.

Le jeune Franz veut tout savoir de ce « docteur des fous » à qui Triesnek prévoit des ennuis (« c’est un youpin »). En ville, il a vu pour la première fois des Juifs en chair et en os et ne sait trop que penser à leur sujet, mais ce professeur célèbre l’attire et quand il voit qu’il a laissé son chapeau sur le comptoir, il se précipite pour le rattraper, le lui rendre et même lui porter son paquet jusque devant sa porte.

Leur conversation en chemin sera la première d’une longue série. Voilà quelque chose d’intéressant à raconter à sa mère ! Sur les conseils du professeur, qu’il a interrogé sur l’amour, Franz se décide à sortir plus souvent en ville « pour tenter de trouver son bonheur avec une fille à son goût ».

Au Prater, près de la Grande Roue, on peut boire une bière, visiter le palais des glaces, observer les attractions et les promeneurs du dimanche. Sur une balançoire, il voit le plus beau visage de fille qu’il ait jamais vu, « petite tache rose dans le bleu immense du ciel », celui d’une fille rieuse à l’accent de Bohême, vite d’accord pour qu’il l’accompagne au stand de tir où elle lui déclare effrontément : « T’sais pas tirer, mais t’as un beau p’tit cul ! »

Voilà les ingrédients de cette histoire qui tient surtout par l’évocation de Vienne au temps de la montée du nazisme. On se doute que les personnages n’en sortiront pas indemnes. C’est le personnage du buraliste Triesnek qui m’a le plus touchée. Les naïvetés du garçon qui fait ici son apprentissage de la vie et de ses rencontres avec Freud ne sont pas tout à fait à la hauteur du sujet, mais Le tabac Triesnek de Robert Seethaler (né en 1966) est un roman agréable à lire, peut-être davantage pour de jeunes lecteurs.

25/06/2016

L'abeille d'or

« Au centre de l’affiche, une femme de profil en kimono porte dans sa chevelure quelques fleurs de tournesol. La tête est entourée d’une double auréole où figure le nom de la marque L’Abeille d’Or, puis un motif d’abeilles, entre lesquelles s’insèrent de petites feuilles et fleurs de caféier.

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A gauche, une cafetière, placée sur un support Art nouveau rappelant Paul Hankar, laisse échapper des volutes de vapeur qui évoquent des formes végétales.

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A droite, un vase contient une haute plante de caféier (Coffea arabica L.). Ses petites fleurs blanches caractéristiques à 4 ou 5 lobes sont reprises sur l’écharpe et la ceinture du kimono, évoquant de manière métaphorique et subliminale la diffusion de l’arôme du café. »

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Eric Hennaut, Caféier/Koffieplant in Catalogue Flora’s Feast. Le motif floral dans l’Art nouveau, Bruxelles, 2015.

24/06/2016

Clip clap

On l’attendait avec impatience, son film est arrivé avec l’été :

applaudissements pour Jacinthe Folon !




A regarder, à écouter chez Jacinthe en ville,  :
http://jacinthe-en-ville.blogspot.be/2016/06/ivan-tirtiau...

 A regarder, à écouter sur le site d'Ivan Tirtiaux :
http://www.ivantirtiaux.com/news/

(mise à jour 25/6/2016)

 

 

23/06/2016

Flora au Civa

« Le « new Civa » évoque fleurs et Art nouveau » : l’article de Guy Duplat dans La Libre Belgique m’a conduite à la rue de l’Ermitage (Ixelles) admirer « Flora’s Feast, le motif floral dans l’Art nouveau », un titre anglais emprunté à Walter Crane, grand illustrateur du mouvement Arts and Crafts. La nouvelle Fondation Civa (qui réunit à présent les Archives d’Architecture Moderne, la Bibliothèque René Pechère, le Fonds pour l’architecture, le Centre Paul Duvigneaud) y offre une jolie exposition (entrée libre) à ne pas manquer pour les amoureux de l’art et du patrimoine bruxellois, ou des fleurs, tout simplement.

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On est accueilli par les superbes photos grand format du photographe liégeois Matthieu Litt (présentées en 2015 aux Halles Saint-Géry) : pivoine, anémone, pavot et autres vedettes des jardins posent sur un fond blanc, sous leur nom latin. Au mur, près d’une série de chromolithographies pour la Revue de l’Horticulture belge et étrangère (années 1880), un bel ensemble permet de comparer des dessins botaniques et la stylisation raffinée des mêmes fleurs dans les décors Art nouveau.

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A travers les estampes, les éventails peints, les bibelots, la mode du japonisme a aussi contribué à renouveler les sources d’inspiration dans les arts décoratifs européens. La nature et les fleurs occupent une place privilégiée dans l’esthétique japonaise. Nature et culture s’y nourrissent l’une de l’autre, loin des conventions académiques, et les artistes de l’Art nouveau y trouvent « un champ d’exploration formel » (Guy Conde-Reis, La fleur au Japon, catalogue).

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Une photographie d’une aiguière « Pivoines » en argent (de l’orfèvre Philippe Wolfers) voisine avec la présentation sur tréteaux de différents documents iconographiques : chaque table est consacrée à un seul type de fleur et à ses déclinaisons sur les façades de bâtiments bruxellois Art nouveau. Juste en face du Civa, à travers les baies vitrées, on aperçoit de très beaux sgraffites « magnolia » au-dessus des fenêtres d’une maison particulière, fraîchement restaurés.

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Panneaux, cimaises, tréteaux, vitrines, rien d’uniforme dans cet espace d’exposition. Ça et là des objets : un fauteuil de Victor Horta, exposé à Turin en 1902, se trouvait dans sa véranda, tourné vers le jardin. Le plus célèbre des architectes belges de l’Art nouveau dessinait aussi des meubles, luminaires, vitraux, et tous les détails d’un intérieur. Ici, le fauteuil est présenté devant des croquis de fleurs dont les courbes et les formes déliées stimulaient sa créativité. Sur la photo de lui dans ce fauteuil, on retrouve les lignes végétales jusque sur le sol.

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Le musée Horta a prêté aussi un grand vase en cristal monté sur bronze « à décor de feuilles de marronnier gravées ». J’ignorais que les premières graines de marronnier d’Inde ne sont arrivées en Europe qu’au XVIe siècle. Le roi Léopold II aimait particulièrement les marronniers et leurs fleurs pyramidales, il en a fait planter sur les grands axes de la capitale belge. Leurs feuilles palmées serviront souvent de motif dans la ferronnerie Art nouveau ou encore en arrière-plan dans les sgraffites de Privat-Livemont.

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Soliflores du Val-Saint-Lambert, affiches publicitaires, couvertures de revues, dessins préparatoires (pour des façades, plafonds, balcons, mosaïques, tapis…), l’exposition montre à quel point le motif floral a inspiré toute une génération de créateurs : les architectes Paul Hankar, Henry van de Velde, Ernest Blérot, les décorateurs Adolphe Crespin et Privat-Livemont, entre autres.

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Même les cinéastes de la Belle Epoque s’en inspiraient pour de petits films muets « délicieux », comme l’écrit Guy Duplat, prêtés par la Cinematek : de jeunes femmes y composent des tableaux vivants et fantaisistes où les fleurs surabondent, la danseuse Loïe Fuller dessine avec ses voiles d’éphémères corolles sur scène.

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Une citation de Maeterlinck invite à monter l’escalier vers le « cabinet des orchidées » : on peut y admirer de beaux dessins d’Alphonse Goossens accrochés sous une citation empruntée à Proust (vous vous souvenez des catleyas dans Un amour de Swann) et des objets inspirés par ces fleurs précieuses, « manifestations les plus parfaites et les plus harmonieuses de l’intelligence végétale » (Maeterlinck, L’intelligence des fleurs, 1910).

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Une fenêtre intérieure y donne une belle vue d’ensemble sur l’exposition, visible à la Fondation Civa jusqu’en octobre prochain. Un très beau catalogue, avec une orchidée blanche en couverture, permet de prolonger chez soi cette promenade chatoyante au royaume de Flora, « Flora’s Feast », de fleur en fleur.

21/06/2016

Chats à l'arrêt

Le long du boulevard

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un chat noir a l’air gris

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un chat blanc semble épris

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un troisième reste assis

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quand le tram redémarre

20/06/2016

Vu du toit

Lors de la visite guidée qui m’a permis de monter en haut de la tour de la RTBF, l’an dernier – elle est à nouveau au programme des Estivales 2016 à Schaerbeek, ne tardez pas pour vous inscrire –, voir la ville de là-haut m’avait vivement impressionnée. J’ai eu récemment l’occasion de découvrir mon ancien quartier du toit d’un immeuble de onze étages, par une belle journée, et les photos que j’ai prises me donnent l’occasion de partager avec vous ce point de vue si différent de celui qu’on a en rue.

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Habiter en ville, plus qu’à la campagne il me semble, c’est voir régulièrement changer son environnement : il y a toujours un chantier quelque part, une nouvelle construction, rénovation, transformation… La restauration longtemps attendue de l’église Sainte Suzanne, dont je vous ai déjà parlé, près du quartier des Fleurs, progresse visiblement. Sous les bâches se prépare une surprise fort attendue de ceux qui la connaissent, la restauration de la verrière originale à l’arrière du chœur, occultée vers 1950 parce que « l’éblouissement des fidèles nuisait au bon déroulement des cérémonies religieuses » (Inventaire du patrimoine architectural).

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La photo suivante montre la proximité du parc Josaphat, poumon vert des Schaerbeekois, dominé par le Brusilia, cet immeuble-tour à l’entrée de l’avenue Louis Bertrand, construit vers 1970 à l’emplacement d’un ancien palais des sports – on s’interroge aujourd’hui sur les arguments qui ont justifié l’octroi du permis de bâtir. A l’arrière-plan, avec son antenne, la Tour des Finances qui a beaucoup gagné grâce au nouvel habit de verre dont on a recouvert le béton d’origine.

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Si vous êtes un habitant de Schaerbeek familier de G*** Earth (qui fait définitivement mentir l’adage « vivons heureux, vivons cachés »), vous n’ignorez pas l’étonnant bétonnage de certains intérieurs d’îlots : beaucoup de jardins à l’arrière de maisons ou d’immeubles ont été sacrifiés pour permettre la construction de garages, de bureaux, d’ateliers, voire d’entrepôts. En 2006, Inter-Environnement Bruxelles s’était penché sur le problème, qui reste d’actualité puisqu’on lit dans ce rapport qu’à Schaerbeek, « 50 ou 70 % des demandes de permis concernent des aménagements en intérieur d’îlot. »

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Sur cette vue panoramique, en suivant l’horizon de gauche à droite, on aperçoit d’abord les tours de bureaux du quartier Nord, puis la fameuse « plus haute tour résidentielle de Bruxelles » édifiée près du canal, une énormité dont on cherche en vain l’esthétique architecturale – ses eaux usées se déversent-elles encore dans la Senne ? Silence radio dans les médias depuis le communiqué de la RTBF en septembre 2015.

Il vous faudra sans doute agrandir la photo pour reconnaître, à l’arrière d’une grue, la coupole de la basilique de Koekelbergh (notre Sacré-Cœur à nous, Bruxellois). Dans l’axe, on peut admirer plus en avant la toiture de l’Hôtel communal de Schaerbeek, de style néo-Renaissance flamande, reconstruit après l’incendie qui l’avait ravagé au début du XXe siècle.

A droite, on voit émerger d’un autre espace vert plus lointain (le parc de Laeken) les tours gothiques de Notre-Dame de Laeken, où se trouve la nécropole de la famille royale belge. A droite des boules de l’Atomium, voici l’arrière du château royal de Laeken, avec sa pelouse bien dégagée entre les arbres.

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Vous retrouvez tout cela sur la photo suivante, qui montre mieux encore l’étendue du domaine royal de Laeken. Plus loin, la cheminée de l’incinérateur de Bruxelles lâche un petit panache de vapeur. Ici apparaît une autre réalité urbaine, la proximité des habitations privées et des immeubles de bureaux. Leurs toitures plates, on l’espère, seront un jour toutes végétalisées, comme on commence à le faire ici et là, et c’est particulièrement appréciable en intérieur d’îlot.

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Inscriptions : asbl.patris@gmail.com

J’habite Schaerbeek depuis près de quarante ans, il est donc probable que vous qui ne connaissez pas cette commune bruxelloise regarderez ces clichés d’un autre œil. N’hésitez pas à les commenter, je serai curieuse de lire vos impressions.

18/06/2016

Mémoire

Thevenet Louis, Femme assise dans un intérieur.jpg

Mais ce qui se joue dans le logement, c’est aussi la possibilité d’entretenir une mémoire. Que l’on vive ou non au même endroit que ses ascendants, l’habitation relie à la généalogie à travers sa dimension muséale. Elle doit permettre d’être à la fois de plain-pied dans le monde, parmi ses contemporains, et relié au passé, à son histoire.

Mona Chollet,
Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique

 

Louis Thévenet, Femme assise dans un intérieur

 

16/06/2016

Chez soi

Chez soi de Mona Chollet, un essai sous-titré « Une odyssée de l’espace domestique », m’a passionnée de bout en bout. C’est ma première lecture numérique, on peut télécharger le texte gratuitement sur le site des éditions Zones ou acheter le livre. Cette réflexion sur nos manières d’habiter l’espace (et le temps) touche à plein d’aspects de notre vie, qu’on soit homme ou femme, qu’on vive seul ou non : besoin d’un toit et aspiration à l’intimité, architecture et écologie, solitude et vie sociale, condition féminine et évolution de la famille, etc.

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« Au départ, il y avait mon envie de défendre ces plages de temps où on n’est plus là pour personne, dont j’ai pour ma part un besoin absolu, ce qui suscite l’incompréhension ou la désapprobation de mon entourage. » Dès le premier chapitre, j’ai apprécié que la journaliste ose aller à l’encontre de ce qu’elle appelle « les vertus surestimées du mouvement perpétuel ». Aux confrères si friands de reportages dans des pays lointains, elle oppose son goût personnel : « J’hésite à leur dire que la sédentarité me convient très bien. Quand je le fais, j’ai du mal à les persuader que je ne souffre pas d’un manque de curiosité, mais que je dirige simplement la mienne ailleurs. »

L’auteure cite à plusieurs reprises le poète palestinien Mahmoud Darwich : « J’avoue que j’ai perdu un temps précieux dans les voyages et les relations sociales. Je tiens à présent à m’investir totalement dans ce qui me semble plus utile, c’est-à-dire l’écriture et la lecture. Sans la solitude, je me sens perdu. C’est pourquoi j’y tiens – sans me couper pour autant de la vie, du réel, des gens… Je m’organise de façon à ne pas m’engloutir dans des relations sociales parfois inintéressantes. »

Bien sûr, disposer d’une connexion à l’internet, circuler sur les réseaux sociaux, tout cela change considérablement la donne aujourd’hui – on ouvre ainsi chez soi une fenêtre de plus sur le monde, on invite en quelque sorte « une foule dans (son) salon ». La description que fait Mona Chollet des modes de vie est d’autant plus intéressante qu’elle ancre sa réflexion dans « nos conditions concrètes d’existence ». Prix des loyers, accès à la propriété, surface en mètres carrés, aménagement du territoire, héritage, elle ne néglige rien de ce qui touche à notre vie à domicile.

Se sentir bien chez soi, c’est tout un art – « Il faut un long ajustement pour qu’il se crée une harmonie entre les diverses composantes d’un intérieur, mais aussi entre l’occupant des lieux et le décor où il évolue » –, encore faut-il disposer d’assez de temps, ou plus exactement d’assez de temps libre. Pour illustrer l’art de vivre casanier (inutile de préciser que pour elle, le mot n’a rien de péjoratif), Mona Chollet confie son amour du thé : « Lorsque je visite un intérieur qui me plaît, ce qui achève de me séduire, c’est d’apercevoir une belle théière sur une table ou sur une étagère. Le thé, pour moi, représente du temps à l’état liquide, chaud et parfumé. » Ou cette merveilleuse façon d’être des chats qui choisissent dans la maison un emplacement au confort idéal pour s’y lover sans plus se préoccuper de rien.

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Ferdinand Schirren, Bouquet et théière

« Le temps est le trésor vital des casaniers. Pour les processus qu’ils espèrent enclencher, il leur en faut beaucoup, bien plus que les normes sociales ne sont disposées à leur en accorder. Il leur en faut une profusion dans laquelle ils pourront plonger, s’ébattre, s’ébrouer, virevolter. » Ignorant l’ennui, adeptes des rituels, les casaniers considèrent ce temps personnel volé à « la course folle du monde » comme un « tapis volant accueillant, doté du pouvoir de les transporter vers des destinations imprévisibles à travers une variété infinie de paysages. »

Les tâches domestiques ne manquent pas, souvent un second horaire de travail pour les femmes, encore trop peu partagé avec les hommes. « Faire le ménage », c’est aussi un thème que l’essayiste développe en confrontant les époques et les milieux sociaux dont le point de vue diffère sur cette activité, qu’on la délègue à d’autres ou qu’on l’assume soi-même. Les intertitres de l’essai sont parfois d’une ironie féroce, comme celui-ci, bien féministe : « De la servante-compagne à la compagne-servante » !

En relisant ce qui précède, je me rends compte que j’ai privilégié les préférences de Mona Chollet, au risque de vous donner une idée partielle de son essai. (Feuilleter un livre pour en rendre compte, ce n’est pas le même exercice que faire défiler le texte sur un écran.) Dans chacun des sept chapitres, elle inventorie toutes sortes de manières d’habiter l’espace, sans se limiter à l’expérience européenne.

Elle présente, par exemple, le concept du « wabi-sabi » dans l’esthétique japonaise, alliance entre la simplicité, « le recours aux matières humbles » (bois, papier, paille) et « le sentiment de l’impermanence et du transitoire », « la patine de l’âge, le renoncement à l’éclat » (accepter et apprécier les altérations de la matière, les traces du passage du temps, en magnifiant « la profondeur esthétique que l’usure, la perte de vivacité, la rouille peuvent apporter à un objet qui a bien servi »).

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Mount Fuji Architects Studio / Source : http://classique-design.com/article/archit2.php

J’ai été surprise de la voir citer, dans un développement sur le problème des campagnes et des espaces naturels sauvages qui disparaissent, le cas de la Belgique : « l’urbain diffus y est aussi particulièrement développé : dans le Brabant wallon, 48 % des logements sont des villas quatre façades, ce qui vaut à la province le surnom de « Wallifornie » ».

Nids solitaires ou cabanes d’écrivains, « chambre à soi » de Virginia Woolf, « gestes » d’architectes renommés, blogs et émissions de cuisine, évolution des familles et habitat groupé, logements pour les sans-abri, vous trouverez une grande variété de sujets d’actualité dans Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet – autant de pistes de réflexion. Elle-même reconnaît que son point de vue sur certaines questions, sur ses propres désirs, a évolué au fil des ans. Son essai aide, en tout cas, à prendre conscience des enjeux personnels, sociaux et écologiques de la façon d’habiter chez soi.