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28/04/2016

Buren - Une fresque

C’est un article lu dans Beaux Arts Magazine qui m’a décidée à aller voir tout de même l’exposition Daniel Buren – Une fresque au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (jusqu’au 22 mai 2016). Question d’apprendre et peut-être de mieux comprendre cet artiste a priori trop conceptuel à mon goût. Je ne le regrette pas.

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Vue partielle du Hall Horta (Bozar, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles)

Depuis l’installation des colonnes rayées noir et blanc (Les deux plateaux) dans la cour du Palais-Royal à Paris, en 1986, plus personne n’ignore que Buren travaille avec un « outil visuel » : l’alternance systématique de bandes blanches et de bandes colorées verticales de 8,7 cm de largeur, inspirées « des tissus imprimés utilisés pour les auvents des magasins et bistrots parisiens » (guide du visiteur). A Bozar, il en a recouvert les colonnes du grand hall Horta et les contremarches vers l’entrée des salles d’exposition.

Sa fresque bruxelloise instaure « un dialogue entre son travail et des œuvres choisies de plus de cent artistes du XXe et du XXIe siècles », j’étais curieuse de découvrir qui étaient ses compagnons d’art. Vu la diversité des œuvres intégrées peu à peu parmi des formes fantômes, j’ai l’impression que ces peintures, photographies, sculptures, vidéos, installations – jalons d’une rétrospective plus ou moins autobiographique – entrent dans un rythme particulier, original, qui invite à les regarder pour elles-mêmes et sans filtre.

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Daniel Buren, "Salle des empreintes", Bozar, Bruxelles

A l’entrée, le visiteur reçoit un dépliant format A2 : au recto une carte des lieux et le nom des artistes correspondant aux formes numérotées ; au verso, un texte d’introduction suivi des légendes, salle par salle. Facile, se dit-on d’abord, mais ce ne sera pas si simple : après la « salle des empreintes » (formes exactes des œuvres exposées laissées en blanc sur les murs rayés de vert et sur le parquet), les œuvres apparaîtront bien accrochées par ci par là, mais sans aucun numéro.

Pour identifier les artistes qu’on connaît un peu, pas de problème, mais pour les autres ? Les titres des légendes sont parfois explicites, pas toujours, alors on cherche une signature, on se réfère à la couleur des empreintes (« ombres » bleues d’un côté de la salle, roses de l’autre) reprises sous les légendes et on se bat avec son dépliant pour rendre à César ce qui est à César…

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© Dan Flavin, Cornerpiece, 1978, M HKA Anvers

A quoi bon, me suis-je dit à un moment donné, regarde, flâne, va simplement à la rencontre de ce qui se présente à toi. En abandonnant l’identification à tout prix de chaque œuvre, je me suis sentie beaucoup plus libre et mieux disposée. Alors j’ai profité de l’autorisation de prendre des photos (un petit Picasso excepté) pour pouvoir revenir plus tard aux indications du guide.

Dans la salle 2, face à une planche de Matisse (Icare), des néons dans un coin : Cornerpiece de Dan Flavin. On reflexion de Bertrand Lavier attire par le jeu des reflets : les coups de brosse à la surface d’un miroir l’ont rendu opaque ; dès qu’on bouge, l’œuvre change, et aussi avec la lumière ambiante et les ombres des visiteurs.

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© Bertrand Lavier, On reflexion, 1984, FRAC, Paris

Quand des œuvres sont accrochées très haut, comme dans les salons de peinture du XVIIIe siècle, on les aperçoit plus qu’on ne les voit. Dans la grande salle suivante un grand rectangle lumineux m’intrigue. Simple projection sur un mur vierge ? Non, le Ciel de Ann Veronica Janssens va s’animer d’ombres et de nuages, doucement.

La salle 3 accueille aussi des mots, près d’une photographie de Sophie Calle, Prenez soin de vous : ces derniers mots d’un « mail de rupture », elle a demandé à 107 femmes de les interpréter à leur manière – ici une traduction en langage sms par Alice Lenay. Exercice de déchiffrage. Observation des reflets – un leitmotiv dans le choix de Buren.

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©
Sophie Calle, Prenez soin de vous, 2007

Non loin d’un grand Simon Hantaï bicolore, je suis heureuse de tourner autour du Torse de jeune homme de Brancusi – une colonne, des cylindres, en effet. L’igloo de verre qui occupe la salle d’angle lui vole un peu la vedette : Spostamenti della Terra e della Luna su un asse (Mouvements de la Terre et la Lune sur un axe) de Mario Merz, représentant de l’Arte Povera. Plus loin, un bois de Penone, Nel Legno. Minuscule par rapport au reste, Salaire solaire de Franck Scurti.

Un mélange d’artistes plus ou moins connus, figuratifs ou non, de tous horizons. Monet, Cézanne, Chagall semblent un peu perdus dans cette fresque, comme venus d’une autre planète. Le moins qu’on puisse dire est que cette sélection est d’un bel éclectisme. La reprise des empreintes de salle en salle offre un fil conducteur, à défaut d’ordre chronologique ou thématique, sans aucune hiérarchie. Artistes rencontrés, influences, œuvres « questionnantes », il s’agit néanmoins d’un « itinéraire personnel ».

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© Mario Merz, Spostamenti della Terra e della Luna su un asse, 2002 

« Placer, déplacer, replacer », voilà ce que fait Buren comme il le dit dans le film projeté devant l’entrée de l’exposition (pas besoin de billet pour s’installer devant l’écran, le film dure en tout trois heures et demie). C’est une sorte de rétrospective audio-visuelle montrant ses « interventions des années 60 à aujourd’hui, dont 80% ont disparu ».

J’y suis restée un quart d’heure pour l’écouter à propos des Deux plateaux du Palais-Royal à Paris : la manière dont il a étudié, mesuré, occupé la cour pour y créer une œuvre « monumentale sans effet de monumentalisme » et « marier l’historique et le contemporain » est très intéressante, loin du « n’importe quoi » que lui reprochaient certains à l’époque.

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Plutôt sceptique au départ, je reconnais que cette exposition aide à mieux percevoir l’originalité de ce travail artistique : ni peintre ni sculpteur, Daniel Buren, en couvrant des surfaces, est avant tout un créateur d’espaces.

Commentaires

J'ai eu l'occasion de visiter une petite création d'espace de Buren grâce à une exposition de Beaubourg qui s'était faite itinérante pour venir jusqu'à nous provinciaux. Je garde le souvenir d'un moment fabuleux où j'avais visité son œuvre dedans, dehors, sans m'en lasser et en prenant plaisir à varier les angles pour les photos. Il était accompagné dans ce musée itinérant de plein d'œuvres très différentes que nous n'avons pas l'habitude de voir: un très grand moment de ferveur pour moi.
Merci pour la narration de ta visite. Pour moi, c'est toujours passionnant de savoir que de telles expositions existent et d'en voir un bout grâce à toi.

Écrit par : Maïté/Aliénor | 28/04/2016

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Ton commentaire est très encourageant, Maïté, c'est si gai de pouvoir partager ses impressions, d'autant plus que je vais le plus souvent seule aux expos. Je comprends mieux, après avoir vu celle-ci, l'intérêt du travail artistique de Daniel Buren. Comme tu le racontes, il crée des oeuvres où le visiteur peut cheminer, traverser, changer de point de vue. Bonne fin de semaine.

Écrit par : Tania | 28/04/2016

Les néons me rappellent les oeuvres de Claude Levêque que j'ai vues au musée Soulages à Rodez ou à la fondation Magrez à Bordeaux. Je lis ta réponse à Maïté où tu expliques que tu vas seule aux expos. Ah, si je n’étais pas aussi loin !! Mais , pour être sincère, je vais très souvent seule aux expos et, avec l'audio guide, je suis dans ma bulle et avance à mon rythme, ce qui n'est pas fait pour me déplaire.

Écrit par : Chinou | 28/04/2016

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c'est visuellement intéressant mais l'ai du mal à regarder ce genre d'oeuvre car étant astigmate +++ cela me donne le mal de mer :-)

Écrit par : Dominique | 29/04/2016

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@ Chinou : Ca me plaît aussi de visiter une expo "dans ma bulle" comme tu dis justement ;-) En revanche, j'ai du mal avec l'audio-guide qui m'empêche souvent de bien regarder et m'encombre les mains quand je prends des notes.

@ Dominique : Qu'est-ce que tu dirais alors d'une autre expo dont j'ai vu l'annonce, où le graphisme désoriente complètement paraît-il !
http://www.misteremma.com/peter-kogler-next-ing-art-center-brussels/

Écrit par : Tania | 29/04/2016

Je n'ai jamais été hostile à Buren, ses alignements du Palais Royal me plaisent bien, même si finalement, je ne connais pas grand chose d'autre. Intéressante l'exposition que tu nous montres. J'ai suivi le lien que tu indiques à Dominique, là, je crois que je me sentirais mal à l'aise.

Écrit par : Aifelle | 29/04/2016

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Jusqu'à présent, je ne m'étais guère intéressée à ses intentions.
Si je tente "l'expérience" graphique de Peter Kogler, j'en parlerai, bien sûr.

Écrit par : Tania | 29/04/2016

J'aime le Buren du Palais royal qui laisse libre cours à l'imagination. On s'y promène comme dans les ruines d'une cité antiqué, au milieu de colonnes effondrées; et comme celles-ci reposent dans l'eau, on a l'impression que c'est l'Atlantide émergeant des fonds sous-marins.
Merci pour cette visite de l'exposition. J'adore savoir ce qui se passe ailleurs, à défaut de pouvoir y aller!
Cela me fait penser que je n'ai pas encore rédigé de billet sur La maison de Béjart et le musée de la musique de Bruxelles.

Écrit par : claudialucia | 29/04/2016

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Je retournerai voir ces colonnes de plus près à Paris. Oui, même si je ne vais pas voir ceci ou cela, j'aime aussi savoir ce qui se passe.
Heureusement, vous avez visité Bruxelles en temps normal ; le peu de monde qui se promène dans le centre est désolant à voir, espérons que le retour (espéré) du beau temps ramène des visiteurs !

Écrit par : Tania | 29/04/2016

je vois que nous y sommes allées avec la même idée de départ et que nous avons eu la même réaction face au dépliant (et aux photos :-))
(un guide m'a dit que ce ciel d'Ann Veronika Jannssens est celui au-dessus de Bozar, avec une caméra en temps réel)

Écrit par : adrienne | 30/04/2016

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Ah bon ? Je l'ignorais, merci pour cette info, Adrienne.

Écrit par : Tania | 30/04/2016

je n'avais pas très envie de voir l'expo, mais après ton billet, je suis tentée :)

Écrit par : niki | 30/04/2016

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Laisse-toi tenter : autant s'en faire une idée par soi-même, non ?

Écrit par : Tania | 30/04/2016

Je n'avais pas l'intention de visiter cette expo, mais j'y suis allée le week-end de Pâques, au moment où il valait mieux ne pas aller trop loin car les transports bruxellois ne fonctionnaient pas encore normalement. On est un peu déstabilisé au début, en effet, mais nous étions trois copines, nous nous sommes aidées à nous repérer et nous avons vraiment apprécié finalement de découvrir les sources d'inspiration, l'univers, le bain artistique dans lequel Buren puise. (Et j'aime bien les colonnes du Palais Royal aussi.)

Écrit par : Anne | 30/04/2016

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A trois pour aller à la découverte, vous avez dû vous amuser ! Finalement, bravo l'artiste qui nous amène à surmonter nos réticences.

Écrit par : Tania | 30/04/2016

Malgré tes explications, je reste sceptique... Mais on ne peut pas tout apprécier ou tout comprendre...

Écrit par : maggie | 01/05/2016

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Bien d'accord, Maggie. Là ne sont pas mes préférences en art, mais j'ai apprécié la découverte.

Écrit par : Tania | 01/05/2016

Les colonnes de Buren s'intègrent parfaitement aux jardins du Palais Royal à Paris, comme la Pyramide dans la cour du Louvre : l'alliance ancien/nouveau est parfaitement réussie dans ces deux cas. Par contre, comme Maggie, pas trop envie de voir l'expo. Y en faut pour tous les goûts...

Je ne sais pas si tu es au courant et si cela t'intéresse : on vient d'inaugurer une nouvelle salle "Antarctica" au Musée Royal de l'Armée sur les expéditions belges en Antarctique (Belgica, Station Polaire Princesse Elisabeth, p.ex.).

Bon week-end Tania.

Écrit par : Un petit Belge | 06/05/2016

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Merci pour l'info, petit Belge, je n'ai visité ce musée qu'une seule fois, voilà un renouvellement dont je n'avais pas entendu parler. Bon week-end... L'été en mai !

Écrit par : Tania | 07/05/2016

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