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21/03/2016

Theo van Doesburg

Theo van Doesburg (1883-1931), un des fondateurs de la revue De Stijl (1917-1927) aux Pays-Bas – devenue un mouvement artistique – est au centre d’une exposition au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Moins connu que Mondrian, il œuvre au début du XXe siècle pour « une nouvelle expression de la vie, de l’art et de la technologie » (sous-titre emprunté à un de ses articles). C’est l’occasion de mesurer à quel point, à la fin de la première guerre mondiale, l’avant-garde artistique vise le changement, le dynamisme, et concrétise l’espoir d’un avenir meilleur.

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Theo van Doesburg, Composition III, 1917 (Vitrail).
Loan Cultural Heritage Agency of the Netherlands (RCE), on loan to Museum De Lakenhal, Leiden.
D'autres oeuvres sur le site de Bozar : http://www.bozar.be/fr/activities/103881-theo-van-doesburg

Le « néoplasticime » promeut alors un art abstrait géométrique, une organisation asymétrique de l’espace et privilégie les couleurs primaires (rouge, jaune et bleu) en plus du blanc, du gris et du noir. Dans la première salle, des tableaux et des vitraux montrent comment ces « compositions » trouvent leur équilibre par le seul jeu des couleurs, formes, lignes et plans, toute idée de représentation abandonnée (même si certains titres, au début, évoquent encore une tête ou un paysage).

Quasi un siècle plus tard, ces œuvres formelles, avec leurs aplats de couleurs et leurs droites qui rythment un carré ou un rectangle, restent des icônes de la modernité. Dès la première période du mouvement (1917-1922), il s’agit aussi de créer de nouveaux objets, comme la fameuse « Chaise rouge et bleue » de Gerrit Rietveld (ci-dessous, conçue en hêtre naturel, peinte plus tard) ou d’imaginer du carrelage, des façades, une nouvelle façon de colorer l’habitat. 

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Gerrit Rietveld, Chaise rouge et bleue, 1918.
Collectie Centraal Museum, Utrecht; schenking 2001 © CMU/ Adriaan van Dam /Pictoright
 

« Mon ami Doesburg est la cocotte de la peinture abstraite » écrit I. K. Bonset, le pseudo de l’artiste lui-même pour écrire (anagramme de « Ik ben sot », « Je suis sot » en néerlandais). Dans la salle consacrée aux échanges avec les dadaïstes, il y a beaucoup de citations au mur, de mots et de lettres dans les tableaux. « Je suis contre tout et tous » ou encore « Dada is de stijl van onze tijd, die geen stijl heeft » (« Dada est le style de notre temps, qui n’a aucun style »).

De Stijl et Dada, a priori très dissemblables, tissent des liens, rejettent ensemble les surréalistes. Picabia représente Le surréalisme crucifié avec Breton et Aragon aux pieds de la croix. Des collages de Kurt Schwitters, des œuvres de Georges Ribemont-Dessaignes (Gravité de l’ironie), des revues et des affiches montrent cette effervescence anarchiste.

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I.K. Bonset (Theo van Doesburg), Je suis contre tout et tous, 1921, Photographie                    

La salle consacrée au cinéma abstrait accueille des « partitions graphiques » où le carré est l’élément de base, sur plusieurs écrans. Theo van Doesburg noue des contacts internationaux, se rend en Allemagne (Berlin, Dusseldorf, Weimar), rencontre des futuristes italiens, donne des conférences en Belgique, y travaille avec Servranckx, Vantongerloo, Marthe Donas.

Dans une seconde phase, par une rotation de la grille à 45 degrés, van Doesburg introduit la diagonale dans ses compositions. La grille elle-même disparaît. A l’opposé du « statisme » de Mondrian, les formes semblent à présent s’échapper du cadre, les couleurs sortir du carré, voici « l’élémentarisme ». La présentation de toiles majeures comme celle de l’affiche (ci-dessous) est particulièrement réussie dans cette salle 6 au fond de laquelle une belle photo montre le peintre et son épouse en compagnie de leur chien Dada et d’une danseuse.

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Theo van Doesburg Counter-Composition XIII (Contra-Compositie XIII), 1925–26 Oil on canvas, 49.9 x 50 cm
Peggy Guggenheim Collection, Venice (Solomon R. Guggenheim Foundation, New York)

Le parcours de l’exposition est très varié : toiles, objets, meubles, affiches et recherches typographiques, revues, correspondance (en français)…  On peut même écouter Ballet mécanique de Georges Antheil, une « ode futuriste et répétitive » avec sirènes, sonneries, hélices, etc. Une grande salle présente le travail de van Doesburg et d’autres créateurs dans l’architecture et le mobilier de 1923 à 1931, des plans et des maquettes dont celle de l’intérieur du ciné-dancing de l’Aubette à Strasbourg (échelle 1:4) et une petite maquette de sa maison-atelier personnelle de Meudon toute blanche.

Le travail de van Doesburg reflète « une pensée et une création en constante évolution » précise le guide du visiteur (source des citations de ce billet) qui résume très bien cette exposition intéressante (illustré, avec des poèmes de I. K. Bonset, 1 €). On y rencontre beaucoup d’autres artistes, trop nombreux pour les citer tous, connus ou méconnus comme le Suisse Walmar Shwab. En 1930, un an avant sa mort, Theo van Doesburg crée le groupe Art Concret dont un tableau exemplaire, Composition arithmétique, incarne parfaitement l’esprit : « La peinture est un moyen pour rendre visible la pensée. »

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Theo van Doesburg, Composition arithmétique, 1929-1930. Kunstmuseum Winterthur,
Long term loan from a private collection. 2001 © Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, Zürich, Lutz Hartmann

Pour information, Bozar s’est associé avec le Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK Gent) où se tient une exposition sur Marthe Donas : van Doesburg et elle « se sont connus et ont échangé de nombreuses idées autour de l’art abstrait de leur temps ». (Sur présentation de leur billet, les visiteurs de l’une ou l’autre exposition reçoivent une réduction sur l’autre.) J’espère découvrir un jour cette peintre méconnue, un plaisir à partager avec vous, bien sûr.

Commentaires

C'est plus du domaine de la décoration que de celui de l'art. --- Tania d'ailleurs se contente d'informer avec beaucoup d'adresse, de tact et de subtilité . ---

Écrit par : doulidelle | 21/03/2016

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Tout ça me laisse assez perplexe...
Pour ce qui est de l'architecture, de m'ameublement, de la décoration, c'est extrêmement moderne (et encore actuel, il me semble) mais je ne sais comment faire pour y voir autre chose que de "l'art décoratif"

Écrit par : Adrienne | 21/03/2016

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@ Doulidelle : Chacun se fait une opinion au sujet de ce qui est de l'art et de ce qui ne l'est pas, et de l'art abstrait en particulier. Quant à moi je suis très intéressée par les recherches formelles de van Doesburg pour créer une esthétique nouvelle - il y a cent ans déjà ! Il me semble qu'il est à la fois peintre et décorateur, et en tout cas un véritable artiste soucieux d'innovation.

@ Adrienne : J'aime ce travail sur les formes et les couleurs, le rythme dans l'espace (ce que fait aujourd'hui Buren, d'une autre façon ?) et aussi cette volonté d'appliquer l'art à l'environnement quotidien.
Où est la limite entre art décoratif et art ? Un extrait de Wikipedia pour nourrir le débat : "La distinction entre art décoratif et bel art est surtout fondée sur la fonctionnalité, les intentions, l'importance, le statut d'œuvre unique ou de production liée à un seul artiste."

Écrit par : Tania | 21/03/2016

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Ce n'est pas trop ce que j'aime et pourtant la chaise est belle. Je crois que c'est le genre d'expo où je pourrais apprécier quelques objets ou œuvres, sans plus.

Écrit par : Aifelle | 22/03/2016

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@ Aifelle : Merci de donner ton sentiment, Aifelle, il y a tant de formes d'art et nous sommes plus sensibles à certaines qu'à d'autres.
Pour l'heure, ce mardi matin, mes pensées vont aux victimes des attentats à Zaventem et dans le métro bruxellois - quelle saloperie, ce terrorisme !

Écrit par : Tania | 22/03/2016

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pas certaine que le fauteuil soit confortable mais quelle allure

Écrit par : Dominique | 22/03/2016

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J'allais t'envoyer un mail pour te demander comment tu allais ; on savait que cette terreur recommencerait, mais c'est le même choc à chaque fois. Je pense à tous mes amis belges.

Écrit par : Aifelle | 22/03/2016

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@ Dominique : Je ne l'ai pas essayé, j'en doute comme toi.

@ Aifelle : Merci, Aifelle - une journée noire.

Écrit par : Tania | 22/03/2016

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Je connais De Stijl depuis un bout de temps - version néerlandaise du Bauhaus qui, en généra, enthousiasme tout le monde... Je suis toujours triste quand je constate que lorsqu'un mouvement et des artistes sont moins connus, on leur dénie le droit d'avoir été pourtant des novateurs - qui s'inscrivent d'ailleurs dans la lignée d'autres architectes et d'autres mouvements avant eux.

Personne ne nie qu'en Angleterre, l'art nouveau, (j'ai un trou, je ne sais plus comment s'appelle le mouvement, là-bas, plus régionaliste), William Morris et les préraphaélites forment un ensemble cohérent, même chose pour l'art nouveau en Belgique et les peintres de l'époque (moins novateurs qu'il n'y paraît, je pense à van Rysselberghe), ou les Wiener Wërkstatte à Vienne (on met Klimt à toutes les sauces et ses photos partout).

Le Bauhaus, le modernisme en France et en Belgique, De Stijl aux Pays-Bas, et même les avant-garde russes et le constructivisme... Beaucoup de mouvements disparurent à cause des fascismes, le Bauhaus de Dessau, ou du stalinisme... Et puis, on s'est habitué à l'abstrait, sans jamais se préoccuper de savoir d'où il vient, quelle est son origine (je sais, je suis passée par là aussi, jusqu'au jour où on m'a appris à l'apprécier)...

Savoir apprécier l'abstrait, c'est aussi savoir regarder, dans un paysage complexe, apprécier les lignes de force, les structures, les plans, pourquoi pas ? Evidemment, ce n'est pas du tout romantique...

Moi, j'attends de voir Théo van Doesburg avec impatience, mais je n'avais pas prévu les attentats et les nouvelles difficultés pour se mouvoir à Bruxelles.

Écrit par : Pivoine | 27/03/2016

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Ceci dit, je pense que la chaise de Gerrit Rietveld ne doit pas être très confortable, sauf avec beaucoup de coussins o;)))

Écrit par : Pivoine | 27/03/2016

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@ Pivoine : Merci d'insister sur l'apport précieux de ces précurseurs parfois méconnus, Pivoine. L'expo (jusqu'au 29 mai) m'a passionnée de bout en bout et je t'en souhaite bonne visite. Sans doute plus de mesures de sécurité à l'entrée du Palais des Beaux-Arts, vestiaire obligatoire et pas de grands sacs. Malheureusement il est interdit d'essayer la chaise ;-)

Écrit par : Tania | 28/03/2016

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Je suis allée la voir, finalement, mais j'étais moins enthousiaste que je ne l'avais pensé, au départ. Peut-être parce que j'étais un peu fatiguée, nous avons beaucoup tourné alors que l'entrée n'avait pas changé, mais un garde nous a envoyé rue des Sols, de là nous sommes remontées, mon amie et moi, rue Royale, puis avons redescendu les escaliers Horta, puis l'entrée, le vestiaire, etc. J'étais déjà fatiguée avant de commencer. Pourtant, c'est une belle expo, complète, et intéressante, par exemple, sur le plan graphique (affiches, mise en page de la revue, lettrages).

En effet, je n'ai pas essayé la chaise ! Je regrette qu'on ne puisse vraiment prendre aucune photo, parce que ce qui me plaît le plus, c'est l'atmosphère aussi, dans les visites d'expo... Mais je suis contente de l'avoir visitée - j'aurais trop regretté de ne pas la voir.

En plus modeste, cela rappelle un peu les avant-garde russes de 2005, mais là, quel souvenir ! J'y suis restée six heures...

Écrit par : Pivoine | 07/04/2016

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Quel tour en guise de préambule ! Oui, je regrette comme toi qu'aucune photo ne soit possible, surtout quand le délai légal des 70 ans est passé. Souvent, j'ai eu envie de prendre une photo d'ensemble - et particulièrement dans la salle des affiches que tu as aussi appréciée, à te lire. Merci pour ce retour d'impressions.

Écrit par : Tania | 18/04/2016

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