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17/03/2016

L'esprit d'aventure

L’Esprit d’aventure (traduit de l’anglais par Isabelle Py Balibar) rassemble des articles de Robert Louis Stevenson (1850-1894) publiés dans diverses revues, de 1870 jusque peu avant sa mort, à 44 ans. Henry James : « […] le lire voulait dire pour beaucoup de gens la même chose que le « rencontrer ». Comme s’il y parlait lui-même, directement, comme s’il se dressait à la surface de sa prose avec son allure et sa voix, sa vie et ses habitudes, ses affaires et ses secrets les plus intimes. »

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Portrait de Stevenson par John Singer Sargent (1887)

Michel Le Bris explique dans la préface qu’après avoir réuni les Essais sur l’art de la fiction de Stevenson, il rêvait de le compléter par ces essais sur « l’esprit d’aventure », qui donnent à lire un véritable « art de vivre ». Chaque article est présenté par ses soins : non seulement les références de sa parution, revue et date, mais aussi les circonstances dans lesquelles il a été écrit, combien il a été payé et le sort que l’auteur a réservé au texte par la suite.

« Aes Triplex », en ouverture, affirme clairement un choix d’existence. L’observation des effets de la mort d’un proche sur son entourage, la brièveté de la vie – « le temps que flambe une allumette » – l’amènent à réfléchir sur la manière de conduire sa vie. A l’instar de Samuel Johnson déjà âgé, parti faire le tour des Highlands – « et son cœur cuirassé de triple airain  ne reculait pas devant ses vingt-sept tasses de thé quotidiennes » (d’où le titre, tiré d’Horace) – Stevenson prône « un comportement ouvert et légèrement irréfléchi » plutôt que de vivre « dans un salon à température constante ». « Etre trop sage, c’est se scléroser ». « Tout cœur qui a battu fort et joyeux a laissé après lui dans le monde un mouvement d’espoir, et apporté sa pierre à l’histoire de l’humanité ».

« Virginibus puerisque » aborde la question de se marier ou pas : « Le mariage est terrifiant, mais une vieillesse glacée et solitaire ne l’est pas moins. » (Du mariage) S’émerveillant du fait que tant d’unions soient « relativement » réussies, il s’interroge sur la manière de bien choisir un conjoint, sur les secrets du bonheur domestique, et conclut que « le mariage est semblable à la vie en ceci qu’il est un champ de bataille et non un lit de roses. » Son mariage avec Fanny Osbourne ne le fera pas changer d’avis quand il reviendra sur cette question.

Le dernier des quatre textes réunis sous ce titre, « De la vérité dans les relations avec autrui », élargit le débat : est-ce vrai qu’il soit facile de dire vrai et difficile de mentir ? « L’art de bien dire », pour Stevenson, repose sur la vérité : « La difficulté de la littérature n’est pas d’écrire, mais d’écrire ce que l’on pense ; n’est pas de toucher le lecteur, mais de le toucher exactement comme on l’entend. »

Son ironie éclate quand il oppose dans « La vieillesse grincheuse et la jeunesse » les bonnes manières, un idéal de prudence et de respectabilité au « drapeau rouge de l’aventure », Jeanne d’Arc et Christophe Colomb à l’appui. Comment se comporter quand on est jeune ? comment préparer sa vieillesse ? L’auteur aime raisonner à rebours des proverbes et de leur prétendue sagesse. Ainsi son « Apologie des oisifs » fait l’éloge de l’école buissonnière, école de tolérance et de curiosité, contre « l’extrême affairement », « symptôme de vitalité déficiente, alors que la faculté d’oisiveté suppose des goûts éclectiques et un solide sens de l’identité personnelle. »

Aux amateurs de randonnées pédestres, je recommande « Le sens de la marche » ; aux amateurs de pittoresque, « De l’agrément des lieux peu attrayants ». Les amis des chiens apprécieront son étude du caractère canin et l’hommage à son brave Coolin, son premier et regretté compagnon à quatre pattes : « être un gentleman aux manières nobles et aux sentiments élevés, insouciant, affable et gai, voilà l’ambition innée du chien. »

Un dernier titre pour conclure, parce qu’il est drôle et reflète bien le ton de L’Esprit d’aventure où les idées foisonnent : « La philosophie du parapluie », écrit par Stevenson à vingt ans pour un journal universitaire. Comme l’écrit Michel Le Bris, ce texte « préfigure déjà les essais qui établiront plus tard sa notoriété, mélanges d’aphorismes, d’anecdotes et de réminiscences personnelles, jouant du paradoxe et de l’antithèse d’un air faussement dilettante, mais, en fait, très soigneusement écrits. »

Commentaires

"Un comportement ouvert et légèrement irréfléchi" me semble une très bonne formule pour aborder la vie sous le meilleur angle. Merci Tania pour cette présentation. Bon weekend.

Écrit par : Danièle | 17/03/2016

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Cette formule me plaît beaucoup aussi, Danièle. Bonne fin de semaine.

Écrit par : Tania | 17/03/2016

j'apprécie stevenson et j'ai encore quelques nouvelles à découvrir de cet auteur - j'aime bien le ton ironique de ses écrits

Écrit par : niki | 17/03/2016

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j'ai lu il y a bien longtemps les essais sur l'art de la fiction de Stevenson, le livre est encore dans ma bibliothèque

Écrit par : Dominique | 17/03/2016

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Je n'ai lu que deux livres de lui, je le connais assez mal, tout ce que tu cites est tentant.

Écrit par : Aifelle | 17/03/2016

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J’ai dû secouer un moment ma mémoire pour retrouver cet auteur de ma jeunesse … A l’époque où on n’avait pas de télévision, la lecture était le seul moyen de distraction des jeunes, aussi en avons-nous « dévoré » des bouquins. … Je me souviens de « l’île au trésor » et de « Mister hyde et le docteur Jekyl, en réalité le titre est plus long. ... Tania nous apprend qu’il a écrit énormément d’ouvrages qui forcent au respect de cet auteur paradoxal. ...

Écrit par : doulidelle | 17/03/2016

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bien, bien, à découvrir et à déguster, donc?

Écrit par : Adrienne | 17/03/2016

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@ Niki : J'ai lu quelques romans, mais je ne connais pas ses nouvelles, il y a donc encore beaucoup à découvrir, tant mieux.

@ Dominique : Cet essai-ci me conduira sans doute à celui-là.

@ Aifelle : Un titre aperçu sur la table de la bibliothèque, et hop j'ai embarqué ;-)

@ Doulidelle : Jusqu'à mes dix-huit ans, pas de télé chez nous non plus, c'est vrai que c'était bien plus propice à la lecture.

@ Adrienne : Comme l'écrit Niki, Stevenson a un ton particulier qui instaure une connivence, oui.

Écrit par : Tania | 18/03/2016

En réponse à ton com sur mes pages : sur la photo prise par l'AmiGilbert, le nid était bien là. Merci de ton passage et bon week end. Chinou

Écrit par : Chinou | 18/03/2016

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Bien sûr, Chinou, je n'en doutais pas : j'admirais simplement l'endroit périlleux où ces cigognes avaient installé leur nid. Bon week-end !

Écrit par : Tania | 19/03/2016

C'est un auteur que j'apprécie beaucoup mais je ne connaissais que ses nouvelles ou roman. Je note cet essai

Écrit par : maggie | 19/03/2016

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Rien ne me vient à écrire sur ceci, vous avez dit ce qu'il fallait.
Les secrets du parapluie, cette toile déchirée, baleine accrochant le passant, quel négligent celui-là ! Peut-être bien moi qui les perds et ne veux pas en choisir de coûteux.

Écrit par : christw | 19/03/2016

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Un de mes romans préférés de Stevenson est "Le maître de Ballantae" mais il me reste beaucoup d'écrits à découvrir.

Écrit par : claudialucia | 19/03/2016

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@ Maggie : Je t'en souhaite bonne lecture un jour ou l'autre.

@ Christw : Merci de le dire en passant.

@ Claudialucia : Tu me fais découvrir ce titre, j'irai voir si tu en as parlé.

Écrit par : Tania | 19/03/2016

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