Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

16/03/2015

Poétesse / Dichteres

Cela fait bien longtemps qu’Euterpe, partie vers d’autres aventures, ne nous titille plus avec ses féminins féministes, je pense à elle en juxtaposant ces deux suffixes homonymes en français et en néerlandais. Au stand de Ons Erfdeel vzw à la Foire du Livre, j’ai retrouvé Septentrion que je lisais régulièrement à la bibliothèque de l’école. J’ai reçu avec plaisir un numéro de cette revue trimestrielle des « Arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas » qui a aussi un blog destiné à faire mieux connaître la culture des « Plats Pays » aux lecteurs francophones. 

van hee,miriam,poésie,belgique,littérature néerlandaise,septentrion,bart stouten,culture

Dans ce numéro 1 de 2014,  Bart Stouten (présentateur, producteur pour la chaîne de musique classique Klara (VRT) et poète, comme vous pouvez le lire sur son blog) présente la poésie de Miriam Van hee sous le titre « Tout commence chez soi… mais où ? » (traduit par Jean-Philippe Riby). Née en 1952, cette poétesse flamande le fascine avec ses vers « épurés, lumineux » et il nous parle de ses recueils publiés depuis 1978 (Le maigre repas / Het karige maal).

 

Voici deux poèmes de Miriam Van hee, tirés de Là où tombe la lumière / Ook daar valt het licht (2013).  Elle est la première femme à avoir reçu, en 1998, le prix triennal de poésie de la Communauté flamande. En 2007,  l’édition française de son recueil La cueillette des mûres / De bramenpluk a été récompensée par le prix européen Poesias, rebaptisé depuis prix Virgile.

 

Bart Stouten conclut son article par ce bel éloge : « Miriam Van hee est à mes yeux la poétesse du mystère. La poétesse du contre-jour. La poétesse d’un paradoxe qui fait des mots un silence. A la vérité, là encore choit la lumière. Aussi étrange que cela puisse paraître, la lumière éclaire jusqu’à l’indicible. »

 

Sur place

 

en bas est le village, il paraît
tout avoir, un clocher
une place, un pont et des lointains

 

un bois de chênes où le vent parfois
se déchaîne, et des maisons
les volets sont fermés, des taches

 

de lumière bougent sur le chemin
de terre et c’est miracle, un monde
habitable à ce point, et que pousse

 

le raisin dans un sol aussi dur
et que la treille ombrage
sans y penser, le pommier porte

 

encore des pommes petites, rouges et qui
sous l’œil de personne, tomberont
quand leur heure sera venue

 

Surplace

 

Beneden ligt het dorp, het lijkt
alsof het alles heeft, een toren
een plein, een brug, een achtergrond

 

een eikenwoud waarin de wind
tekeer kan gaan, en huizen
de luiken zijn gesloten, vlekken

 

licht bewegen op de aarden weg
het is een wonder, zo bewoonbaar
als de wereld is, dat druiven

 

kunnen groeien in zulke harde grond
en de wingerd schaduw geeft
zonder bedoeling, de appelboom

 

draagt appels nog, kleine, rode, die
voor niemands ogen zullen vallen a
ls hun tijd gekomen is
 

van hee,miriam,poésie,belgique,littérature néerlandaise,septentrion,bart stouten,culture 

 Le moment venu

 

ce serait beau, le moment venu
d’en avoir le désir, de sortir
dans le matin et si jamais nous
avions la force de nous risquer dans le bois

 

pour chercher un endroit où nous étions
jadis venus, couchés sur un rocher, nos regards
dominant un coude de la rivière
quelque chose allait survenir, un animal

 

nous apparaîtrait, que nul ne nous dérange
le moment venu, quand nous aurons enfin
résolu nos problèmes et serons libérés,
écoutons, entendons-nous déjà le murmure

 

de l’eau, ne connaissions-nous pas un peu le monde
nous avions attendu la neige, attendu le
train, nous avions été en retenue, nous
avions grimpé, nous nous étions perdus

 

on nous avait trouvés, donc, le moment
venu, prenons les sentiers battants
plutôt que les battus, sans nous retourner, toujours
il y aura quelque chose de connu, la terre meuble

 

qui s’enfonce sous les pins, c’est ce que nous aimions

 

Eens zover

 

het ware mooi, als het eens zover is
om ernaar te verlangen, naar buiten
te gaan in de ochtend en mochten wij
sterk genoeg zijn om het bos in te durven

 

op zoek naar een plek waar wij vroeger
al waren, wij lagen er toen op een rots
uit te kijken over een bocht in de rivier
iets stond te gebeuren, een dier zou zich

 

aan ons vertonen, laat niemand ons storen
als het een zover is en wij onze problemen
dan eindelijk opgelost hebben en vrij zijn,
laten wij luisteren of wij het water al horen

 

ruisen, wij wisten toch iets van de wereld
wij hadden gewacht op de sneeuw, op de
trein, wij waren nagebleven op school, wij
hadden geklommen, we waren verdwaald

 

we werden gevonden, dus, als het eens
zover is, laten wij de onzekere weg voor
de zekere nemen, niet omzien, er zal altijd
iets zijn dat we herkennen, de meegaande

 

grond onder de dennen, daar hielden we van

 

Miriam Van hee

 

(Ook daar valt het licht, 2013, traduit du néerlandais par Philippe Noble)

Commentaires

Bart Stouten, c'est vraiment quelqu'un de très très bien! Je l'apprécie énormément dans tout ce qu'il fait sur Klara

Écrit par : Adrienne | 16/03/2015

Répondre à ce commentaire

Je ne connaissais même pas de nom cette poétesse.
Le second poème me plaît, me parle énormément, merci!

Écrit par : Colo | 16/03/2015

Répondre à ce commentaire

J'aime particulièrement "le moment venu". Ces deux poèmes donnent envie d'aller plus loin avec la poétesse (que je ne connaissais pas non plus).

Écrit par : Aifelle | 16/03/2015

Répondre à ce commentaire

@ Adrienne : Cela me fait plaisir de l'apprendre. J'écoute souvent de la musique sur Klara, mais j'avoue que je ne connais pas les présentateurs.

@ Colo : Ni moi, avant d'ouvrir la revue. Beau, ce "prenons les sentiers battants / plutôt que les battus" pour traduire "laten wij de onzekere weg voor / de zekere nemen".

@ Aifelle : Outre "La cueillette des mûres", on trouve en français "Le Lien entre les jours", les deux au Castor astral.

Écrit par : Tania | 16/03/2015

Répondre à ce commentaire

Qui sait, il est peut-être temps que ce soit le moment venu.
Vraiment très beau !

Écrit par : K | 16/03/2015

Répondre à ce commentaire

Une revue trop peu connue malheureusement alors qu'elle jete des ponts au-dessus de la frontière linguistique. Merci aussi à toi d'en parler. Bonne semaine Tania.

Écrit par : Un petit Belge | 16/03/2015

Répondre à ce commentaire

Dans notre Sud, nous n'avons pas souvent accès à la poésie du Nord et c'est dommage. Merci Tania

Écrit par : Zoë Lucider | 16/03/2015

Répondre à ce commentaire

@ K : Peut-être. Bonne journée, K.

@ Un petit Belge : Septentrion fait œuvre utile, certes, et la qualité des articles mérite d'être soulignée. Bonne semaine, le printemps arrive.

@ Zoë Lucider : Merci, Zoë. C'est si gai aussi de goûter au poème d'une langue à l'autre.

Écrit par : Tania | 17/03/2015

Répondre à ce commentaire

une belle façon de nous tirer un peu du côté des plats pays en poésie
j'ai déjà découvert plusieurs poètes grâce à toi, alors un grand merci

Écrit par : Dominique | 17/03/2015

Répondre à ce commentaire

Eh bien tu vois je passe par là... y a-t-il un hasard ? Juste au moment où tu parles de moi ! :)
Géniale poétesse poétique ! Dichteres dichterisch ?

Écrit par : Euterpe | 17/03/2015

Répondre à ce commentaire

@ Dominique : C'est toujours un plaisir, Dominique, de partager une belle rencontre.

Écrit par : Tania | 17/03/2015

Répondre à ce commentaire

@ Euterpe : Ah ben, ça alors ! Je t'imaginais à mille lieues de la blogosphère. Ravie de ton passage, bon vent.

Écrit par : Tania | 17/03/2015

Répondre à ce commentaire

Merci pour cette jolie découverte, Tania !

Écrit par : Danièle | 17/03/2015

Répondre à ce commentaire

@ Danièle : Avec plaisir, Danièle.

Écrit par : Tania | 17/03/2015

Répondre à ce commentaire

Ravie de découvrir.
merci Tania.

Écrit par : Maïté/Aliénor | 23/03/2015

Répondre à ce commentaire

@ Maïté/Aliénor : Un petit aperçu qui me fait rêver d'une édition bilingue. Bonne journée, Maïté.

Écrit par : Tania | 24/03/2015

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire