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10/11/2014

On a beau dire

ART POETIQUE

 

Ecrire en vaut-il la peine

Des mots, des mots

Pourtant il ne faut pas dire : Hippocrène

je ne boirai plus de ton eau.

 

La poésie,

je la rencontre parfois à l’improviste

Elle est seule sous un saule

et recoud ma vie déchirée.

 

Ecoute le son de la pluie dans les gouttières de zinc

Aime les formes brèves et les couleurs vives

Foin des natures mortes et des tableaux vivants

Fous-toi de la rime

Que la tour d’ivoire devienne une maison de verre

et se brise.

 

Epitaphe :

 

Encor qu’il naquit malhabile

Il ne resta point immobile

Et disparut chez les Kabyles

D’un accident d’automobile.

 

Paul Neuhuys, Le Canari et la Cerise, 1921. 

Plumes rangées.JPG

Parmi les poètes belges, c’est un de ceux à qui je reviens régulièrement, je sais qu’il me fera sourire à coup sûr. On a beau dire de Paul Neuhuys (1897-1984) est un volume de la collection Espace Nord, une anthologie qui rassemble des poèmes de 1921 (Le Canari et la Cerise) à 1984 (L’Agenda d’Agenor).  

Que vous dire de cet Anversois épris de langage et de liberté et de liberté du langage poétique ? Le blog de la Fondation Ca ira ! le présente comme « le principal animateur du groupe et de la revue Ça ira, éditeur attentif et persévérant, poète témoin tour à tour optimiste et pessimiste, de son siècle (…) » Paul Neuhuys était l’ami de Max Elskamp, de Ghelderode, de Hellens, de Norge, entre autres. Il a publié discrètement, à des tirages limités, « des recueils où il affiche une superbe liberté de ton. » (Paul Emond)

 

Dans cette précieuse anthologie tissée de fils de différentes couleurs, aux motifs de fantaisie, je déroule tantôt l’un, tantôt l’autre : la ville, la poésie, l’amour, les fleurs, le voyage, la fête… Un seul mot, souvent, suffit à titrer ses poèmes : « Histoire », « Palmarès », « Lobélie »… Des textes courts, rythmés, et savoureusement imprévisibles. Pour vous, aujourd’hui, j’ai tiré sur le fil de la poésie. 

Plume irisée.JPG 

ART POETIQUE

 

Cent fois, j’ai déposé mon crayon sur la table,
et cent fois remisé mon cochon à l’étable,
pour que passe en mes vers un souffle délectable.

O poète local, ô poète vocal,

On dira que tes jeux de style sont factices

que de plaire en parole et d’aimer en peinture
fut ta seule façon de goûter la nature,

Châteaux de cartes, Pont des Soupirs, Boîte à Malices,

que le temps balaiera un si frêle édifice.
Mais l’art des vers est, comme l’amour, disparate.

C’est à vouloir viser trop haut que l’on se rate.

 

Paul Neuhuys, La Fontaine de Jouvence, 1936.

Commentaires

Oh... ces mots sont merveilleux et les plumes si belles et si "frêles" !! Merci, Tania.

Écrit par : MH | 10/11/2014

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hé bien ça alors! merci pour deux choses: je ne connaissais ni Hippocrène, ni Paul Neuhuys, que j'ai déjà envie de traduire :-)

Écrit par : Adrienne | 10/11/2014

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@ MH : Plumes glanées au parc de Tervuren, merci MH.

@ Adrienne : Eh bien, je ne connaissais pas non plus, avant d'avoir lu ce poème, Hippocrène, la source des muses. Traduis, traduis, je m'en réjouis par avance.

Écrit par : Tania | 10/11/2014

merci, Tania, je traduis le premier :-)

Écrit par : Adrienne | 10/11/2014

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Comme Adrienne et MH, enthousiaste...je traduirais bien aussi, le premier poème...loin des natures mortes, près des couleurs!
Merci!

Écrit par : Colo | 10/11/2014

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@ Adrienne : Au plaisir de lire ta traduction...

@ Colo : ... et la tienne !

Écrit par : Tania | 10/11/2014

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Je n'avais jamais entendu parler de ce poète belge. Merci pour la découverte, et bonne semaine Tania.

Écrit par : Un petit Belge | 10/11/2014

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Vive la collection Espace Nord ! Malheureusement le livre est épuisé - à chercher en bibliothèque.

Écrit par : Tania | 10/11/2014

Je comprends qu'il te fasse sourire. Je note tout de suite ce poète que je ne connaissais pas, ses mots sont savoureux et le propos est fin.

Écrit par : Aifelle | 11/11/2014

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Heureuse de partager ce sourire avec toi, Aifelle.

Écrit par : Tania | 11/11/2014

Le poète a toujours considéré la poésie comme un délit, dira-t-on, comme ce fût le cas de ses premiers jets qui le virent renvoyer de l'athénée (je lis la biographie de livre luxembourgeois).

Ce qui contribue à cette légèreté si bien illustrée dans les poèmes que vous avez choisis. Je comprends que vous reveniez vers lui régulièrement, un peu comme on a besoin de respirer profondément.

Écrit par : christw | 11/11/2014

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merci pour cette belle découverte d'art poétique

Écrit par : niki | 11/11/2014

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Une belle trouvaille et découverte pour ce qui me concerne grâce à ce billet. Que c'est réjouissant ! Grand merci !

Écrit par : K | 11/11/2014

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Une belle trouvaille et découverte pour ce qui me concerne grâce à ce billet. Que c'est réjouissant ! Grand merci !

Écrit par : K | 11/11/2014

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- ?
- Eh bien, non, je ne publierai pas ce commentaire une troisième fois !
;-)

Écrit par : K | 11/11/2014

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@ christw : Exactement, avec lui on prend l'air ! Merci Christw, vous avez parfaitement perçu ce que j'aime chez Paul Neuhuys.

@ Niki : Avec plaisir, Niki.

@ K : Désolée pour ces doublons, les commentaires mettent parfois trop de temps à apparaître - merci de le prendre avec humour !

Écrit par : Tania | 12/11/2014

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