Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

28/01/2014

Un orme gris

« De la pelouse légèrement en surplomb, la vue s’étendait sur les champs et la forêt. Celle-ci formait comme une grande larme de vert, et à l’extrémité de la partie effilée, il y avait un orme gris, atteint de la maladie des champignons parasites, dont l’écorce était d’un gris violacé. De si rares feuilles pour un si grand arbre. bellow,saul,herzog,roman,littérature anglaise,etats-unis,juif,américain,orme,nature,perception,cultureUn nid de loriot, évoquant un cœur gris, se balançait au milieu des branches. Le voile jeté par Dieu sur les choses fait de chacune d’elles une énigme. Si elles n’étaient pas toutes à ce point spécifiques, détaillées et riches, je pourrais peut-être m’en préoccuper moins. Mais je suis un prisonnier de la perception, un témoin obligé. Elles sont trop passionnantes. En attendant, j’habite cette maison de planches ternes là-bas. Herzog s’inquiétait pour l’orme. Devait-il l’abattre ? L’idée lui répugnait. Entre-temps, les cigales faisaient vibrer dans leur ventre les membranes calleuses des tambours logés dans une chambre sonore. Ces milliards d’yeux rouges dans les bois alentour qui observaient, qui regardaient du haut des arbres, tandis que les ondes de bruit déchiquetées noyaient l’après-midi estival. Herzog n’avait jamais rien entendu d’aussi beau que cette discordance massive, ininterrompue. »

Saul Bellow, Herzog

Source de l'illustration : http://tidcf.rncan.gc.ca/fr/arbres/identification/feuillus/11/Ulmus

 

Commentaires

Belle façon de continuer à tenter!!!

Écrit par : keisha | 29/01/2014

Merci, Keisha.

Écrit par : Tania | 29/01/2014

Quel beau texte, Tania ! Merci à vous et à Saul Bellow !

Écrit par : Annie | 29/01/2014

Heureuse de le partager avec vous, Annie.

Écrit par : Tania | 29/01/2014

Un émerveillement devant la grande larme de vert, devant le cœur gris, très belles images.

Un exemple de ce qui me dérange un peu en littérature traduite: "les cigales faisaient vibrer dans leur ventre les membranes calleuses des tambours logés dans une chambre sonore." Je ne suis pas certain du tout qu'un auteur francophone aurait exprimé l'image en ces mots, qui trébuchent un peu pour moi.

Écrit par : christw | 30/01/2014

Un émerveillement devant la grande larme de vert, devant le cœur gris, très belles images.

Un exemple de ce qui me dérange un peu en littérature traduite: "les cigales faisaient vibrer dans leur ventre les membranes calleuses des tambours logés dans une chambre sonore." Je ne suis pas certain du tout qu'un auteur francophone aurait exprimé l'image en ces mots, qui trébuchent un peu pour moi.

Écrit par : christw | 30/01/2014

Un émerveillement devant la grande larme de vert, devant le cœur gris, très belles images.

Un exemple de ce qui me dérange un peu en littérature traduite: "les cigales faisaient vibrer dans leur ventre les membranes calleuses des tambours logés dans une chambre sonore." Je ne suis pas certain du tout qu'un auteur francophone aurait exprimé l'image en ces mots, qui trébuchent un peu pour moi.

Écrit par : christw | 30/01/2014

Il semble que votre commentaire ait mis du temps à passer. J'ai aussi accroché sur cette phrase, que "logés dans une chambre sonore" prolonge sans nécessité apparente ("de leurs tambours" aurait suffi). Il faudrait retrouver la phrase originale.
En revanche, j'ai beaucoup aimé celles-ci, que j'ai pensé d'abord à citer seules : "Mais je suis un prisonnier de la perception, un témoin obligé. Elles sont trop passionnantes."

Écrit par : Tania | 30/01/2014

je viens de lire ton billet précédent, je découvre totalement !

Écrit par : Marilyne | 30/01/2014

Prochainement, un autre billet sur cet écrivain, si cela t'intéresse. A bientôt.

Écrit par : Tania | 30/01/2014

Désolé, je n'ai pas conscience d'avoir posté n fois le message. Mais il se peut en effet que j'aie insisté idiotement (comme on appuie plus fort sur un télécommande dont les piles sont usagées... :-) ).

Écrit par : christw | 30/01/2014

Pas de souci, cela nous arrive à tous.

Écrit par : Tania | 30/01/2014

Quel texte magnifique.... Je ne connais absolument pas Saul Bellow (que de nom...) Cela me donne vraiment envie de le lire. Merci beaucoup, vraiment.

Écrit par : Bonheur du jour | 02/02/2014

Avec plaisir. Pour le choix d'un bel extrait, j'avais vraiment l'embarras du choix.

Écrit par : Tania | 02/02/2014

Les commentaires sont fermés.