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10/05/2012

Artemisia hors série

Trop longtemps oubliée, redécouverte au XXe siècle, Artemisia Gentileschi (1593-1654) est une artiste hors du commun à plus d’un titre. Publié à l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée au musée Maillol à Paris (jusqu’au 15 juillet 2012), un petit livre d’une conception originale permet de faire connaissance avec cette artiste italienne, fille d’un peintre renommé qui l’a initiée aux techniques de la peinture.  

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Autoportrait en allégorie de la peinture

Signé Alexandra Lapierre, auteur par ailleurs d’une biographie romancée chez Laffont, Artemisia Gentileschi « Ce qu’une femme sait faire ! » est un hors-série de la collection Découvertes Gallimard axé surtout sur l’image : les pages se déplient de manière à ouvrir les illustrations en long et en large, une manière d’offrir de grands formats réductibles au format de poche.

Son père, Orazio Gentileschi, est un proche du Caravage et passe pour l’un des dix meilleurs peintres de Rome. On se souvient de sa magnifique Annonciation, exposée à Bruxelles en 2009. Artemisia lui sert souvent de modèle, c’est elle qui joue de l’éventail dans une fresque en trompe-l’œil réalisée avec Agostino Tassi, Concert avec Apollon et la muse. A seize ans, elle est la seule femme apprentie dans le quartier des artistes, reconnue et pour son talent et pour sa beauté. Son père la peint en Sainte Cécile, en Jeune fille au violon… Fier de sa fille, il écrit à la grande-duchesse de Toscane, en 1612 : « En trois ans, elle est devenue un si grand peintre que j’ose dire aujourd’hui qu’aucun maître n’arrive à son niveau, que personne désormais ne peut se comparer à elle… »

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Suzanne et les vieillards

Il lui a donné pour maître de dessin Agostino Tassi, et c’est le drame : Artemisia est violée par le collaborateur de son père, le déshonneur la frappe, ainsi que sa famille, mais ils dénoncent le violeur à la justice pontificale. Neuf mois de procès éprouvants, dont le père et la fille sortent heureusement vainqueurs. Artemisia trouve ensuite son salut en Toscane, où un médiocre peintre florentin accepte de l’épouser, avec une dot assez substantielle. Elle peut enfin voler de ses propres ailes.

Artemisia Gentileschi ose alors se démarquer de son père. Avec audace, elle se représente nue dans une Allégorie de l’inclination pour une commande du petit-neveu de Michel-Ange, Buonarroti le Jeune. (Plus tard, un héritier « pudique » la fera recouvrir de voiles opaques.) C’est un autre commanditaire, le jeune grand-duc Cosimo de Médicis, qui commande à Artemisia plusieurs versions de Judith et Holopherne, un thème où elle pourra représenter la violence de son propre drame en la retournant vers Holopherne dont Judith tranche la gorge, avec l’aide d’une servante.

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Judith et sa servante

« Vous trouverez en moi l’âme de César dans un corps de femme », écrit un jour cette artiste reçue à l’Accademia del Disegno de Florence, ce qui lui confère des privilèges et une liberté d’action normalement « interdits au sexe faible ». A vingt-trois ans, elle est « la première académicienne dans toute l’histoire de Florence ». Sa gloire lui apporte la liberté, elle peut rentrer à Rome et voyager. Plus de frontières ni pour elle, ni pour ses tableaux.

Artemisia Gentileschi travaille pour les grands mécènes italiens et pour les grands collectionneurs européens « qui disposent de fonds sans limite ». Elle peint dans tous les genres : portraits, natures mortes, scènes historiques, allégories, autoportraits. Elle dirigera finalement « un gigantesque atelier qui emploie des dizaines d’aides ». Son imagination réinvente les thèmes classiques, sa technique est parfaite, sa puissance dramatique confère vie et humanité vibrantes à ses toiles.

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Portrait d’une dame assise

La redécouverte de cette artiste accomplie – qui n’est pas la seule femme peintre de l’époque, diverses études féministes l’ont rappelé –  donne aussi l’occasion d’attirer l’attention sur sa correspondance. On a découvert récemment de nouvelles lettres d’Artemisia Gentileschi, une femme passionnée et amoureuse de la liberté.

Commentaires

je n'aime pas trop son style de peinture, mais j'apprécie sa forte personnalité - par contre je n'ai pas du tout aimé le livre d'alexandra lapierre

Écrit par : niki | 10/05/2012

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@ Niki : Bonjour, Niki. Je n'ai pas lu cette biographie. Dans ce petit hors-série, le texte est réduit, priorité à l'image. Mais je n'ai vu aucun de ses tableaux de près.

Écrit par : Tania | 10/05/2012

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Bonjour Tania,
Quel merveilleux autoportrait d'Artemisia Gentileschi. Je trouve la toile magnifique! J'ai parcouru un peu ton blog, très beau et j'y reviendrai.
Amicalement!

Écrit par : Denise | 10/05/2012

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Son Judith et sa servante est l'un des ses meilleurs tableaux. La proximité des maîtresses et de leurs servantes qui est caractéristique de l'époque y ressort exptrêmement bien. Ce qui rapprochait plus que tout ces deux figures c'était leur condition de femmes en bute à l'oppression masculine.
Les laquais et leur maître n'avait pas cette proximité-là.

Je trouve qu'elle a un talent extraordinaire et son père l'avait bien reconnu. L'élève dépasse souvent le maître.

Merci d'en parler.

Écrit par : Euterpe | 10/05/2012

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Un destin de femmes comme je les aime.

Écrit par : la bacchante | 10/05/2012

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Quel talent, et quel dommage aussi de ne pas voir l'exposition.

Les drapés et les robes, leurs détails et éclats sont superbes.
Merci pour le lien "Sisyphe"(diverses études) qui est fort intéressant. Une femme qu'on aurait aimé connaître, sans aucun doute!

Écrit par : colo | 10/05/2012

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Je ne suis pas forcément béate devant ses tableaux mais j'aime l'idée de cette femme s'imposant dans un monde rude

Écrit par : Dominique | 10/05/2012

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@ Denise : Merci, Denise. J'aime aussi beaucoup cet autoportrait.

@ Euterpe : Bonsoir, Euterpe. J'ai cherché sur ton blog, il me semblait que tu avais parlé d'Artemisia, mais je n'ai pas trouvé de billet spécifique.
Judith et sa servante : le mouvement, le cadrage, l'expression, cette toile dramatique est parfaite, oui !

@ La bacchante : Et un destin et une oeuvre enfin reconnus dans le grand public.

@ Colo : Sa vie privée a connu d'autres épisodes intenses (disons), j'aimerais bien lire ses lettres quand les dernières retrouvées seront traduites. Merci de souligner ce lien très intéressant. Un baiser de pluie, et 25° tout à coup, avant les saints de glace !

@ Dominique : Ce sont les sujets de l'époque, qu'elle présente souvent de façon originale. J'espère voir l'exposition pour mieux l'apprécier. Bonne soirée, Dominique.

Écrit par : Tania | 10/05/2012

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J'ai prévu d'aller voir l'exposition, mais je ne suis pas sûre d'avoir le temps (je pars trois semaines en juin) et à Paris il y en a tant d'autres qui me tentent ..

Écrit par : Aifelle | 11/05/2012

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@ Aifelle : Je l'imagine bien, tu nous en donneras des nouvelles, j'espère.

Écrit par : Tania | 11/05/2012

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En fait, c'était il y a deux ans en juillet. Je comparais les différents traitements du thème "Judith et sa servante". Il y a même la version du père que je trouve très virilocentrée tandis que partout Artemisia Gentileschi met l'accent sur la solidarité féminine.
C'était là : http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.de/2010/07/judith-et-sa-servante.html
(Je ne sais pas trop comment modifier mes libellés pour aider à la recherche d'autant qu'apparemment on peut en ajouter mais pas les remplacer, argh !).

Écrit par : Euterpe | 11/05/2012

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@ Euterpe : Voilà ! Merci pour le lien, Euterpe. Oui, je crois que plus de libellés précis aideraient les recherches sur ton blog (en particulier les noms propres, les titres).

Écrit par : Tania | 11/05/2012

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Beau billet sur celle qui a été la première femme a l’Académie des Arts de Florence et ainsi une des rares femmes a être mentionnés dans le grand monde de la peinture baroque, ayant été la première a avoir ce privilège qui n’ont jamais effacé les outrages subies par Tassi et par l’église qui l’a contrainte a un « exil » à Florence.

Écrit par : Armando Ribeiro | 15/05/2012

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@ Armando Ribeiro : Merci, Armando. Une artiste envers et contre tout, oui !

Écrit par : Tania | 16/05/2012

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