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12/11/2011

Abeilles noires

(Pendant une marche forcée, terrassée par une hépatite, Ingrid Betancourt n’arrive plus à avancer avec les autres. On la transporte à dos d’homme, on la laisse à terre de temps à autre.) 

Ingrid B. Renaud.jpg 
La chanson de Renaud
http://www.dailymotion.com/video/xso5n_clip-dans-la-jungle_music

« J’étais couchée par terre. Des abeilles noires, attirées par la sueur, prirent d’assaut mes vêtements et me couvrirent tout entière. Je crus mourir de peur. Terrassée de fatigue et d’épouvante, je perdis connaissance. Dans mon inconscience ou dans mon sommeil, j’entendais le bourdonnement de ces milliers d’insectes que je transformai en l’image d’un poids lourd avançant à toute allure pour m’écraser. Je me réveillai en sursaut, et ouvris les yeux sur la nuée d’insectes. Je me levai en hurlant, ce qui les excita davantage. Elles étaient partout : emmêlées dans mes cheveux, à l’intérieur de mes sous-vêtements, accrochées aux chaussettes au fond de mes bottes, cherchant à rentrer par mes narines et mes yeux. J’étais comme folle, essayant de leur échapper, donnant des coups dans le vide, battant des pieds et des mains de toutes mes forces, sans réussir à les faire fuir. J’en tuai un grand nombre, en assommai beaucoup. Le sol en était jonché, et elles ne m’avaient pas piquée. Epuisée, je finis par me résigner à cohabiter avec elles, et m’effondrai à nouveau, abattue par la fièvre et par la chaleur.

 

Par la suite, la compagnie des abeilles noires devint habituelle. Mon odeur les attirait à des kilomètres à la ronde et, quand Brian me laissait quelque part, elles finissaient toujours par me retrouver. Elles transformaient l’horrible odeur qui m’imprégnait en parfum. En emportant le sel, elles laissaient le miel sur mes vêtements. C’était comme une halte dans une station de nettoyage. J’avais aussi l’espoir que leur présence massive inhiberait d’autres bestioles moins conviviales, et que leur compagnie me permettrait de m’assoupir en attendant que l’on vienne me rechercher. »

 

Ingrid Betancourt, Même le silence a une fin

Commentaires

Cela faisait un petit temps que je n'étais plus venu sur ton blog (pas par manque d'envie mais parce que ma liste de blogs amis s'allonge de plus en plus...). Aussi j'ai rattrapé aujourd'hui mon retard et je te félicite pour la diversité et la qualité de tes articles. J'ai appris beaucoup de choses. Bravo et bon week-end!

Écrit par : Un petit Belge | 12/11/2011

@ Un petit Belge : Merci, Vincent. Ton Journal est si généreusement ouvert aux autres que ta liste ne peut que s'allonger encore. Bonne soirée et bon dimanche à toi aussi.

Écrit par : Tania | 12/11/2011

J'aime beaucoup cet extrait choisi ! Comme je comprend Ingrid B. ! J'ai moi-même très fort ce sentiment que l'on doit pactiser avec la nature et qu'à ce moment-là on découvre que sous les apparences les plus hostiles, elle est là pour nous protéger comme une mère. Je me suis souvent perdue dans la forêt quand j'étais petite parce que j'ai la fibre exploratrice et j'ai toujours choisi de voir la nature comme une amie. Cela peut paraître superstitieux mais j'ai le sentiment qu'elle ne peut pas être contre quelqu'un qui l'aime et la respecte.

Écrit par : Euterpe | 12/11/2011

Il est surprenant de constater que les abeilles ne l'ont pas piquée. Lâcher prise devant la Nature peut toutefois avoir de fâcheuses conqéquences: se laisser aller dans la neige, dans le froid glacial, dans l'océan immense et on trépasse. A coup sûr. Même si on l'aime et que l'on a fait la paix avec elle. C'est véritablement un extrait très puissant. Moi je fais fi des polémiques, Ingrid sait véritablement de quoi elle parle.

Écrit par : Damien | 13/11/2011

Ce paragraphe nous montre bien l'extrême force physique et morale mais aussi la panique d'Ingrid Betancourt devant l'attaque de ces guêpes dont la préoccupation était de se nourrir de la sueur de leur hôte .

La symbiose entre organismes vivants est un phénomène bien connu . L'un profitant des bienfaits de l'autre et réciproquement créant une entité beaucoup plus forte , c'est sans doute pour cette raison qu'elles ne l'ont pas piquée.
les animaux les plus venimeux et les plantes les plus vénéneuses nous procurent les médicaments les plus efficaces ...à condition bien sûr de savoir les doser !
Les insectes seront très certainement les successeurs des hommes sur terre . Ils sont des milliards , ils colonisent tous les ans des milliers de kilomètres-carrés profitant du réchauffement climatique et des transports des hommes .Ils deviennent résistants à tous nos pesticides et la recherche n'arrive plus à suivre .
Ils sont très organisés , souvent agressifs avec les insectes autochtones . Le frelon asiatique en est un exemple flagrant . Il "remonte" du sud de la France à la vitesse de plusieurs dizaines de km par an et détruit tous les nids d'abeilles sur son passage .
Sans abeilles plus de vie car plus de pollinisation . Déjà bien décimées par les poisons des hommes ,elles n'avaient pas besoin de ce fléau supplémentaire !
Mais peut-être les insectes sont-ils comme les hommes , ce sont les plus forts et les plus agressifs qui résistent ? Les prédateurs ont de beaux jours devant eux !

Écrit par : gérard | 13/11/2011

@ Euterpe : Formidable, ce rapport amical avec la nature ! Mais quand j'ai lu ce passage, j'étais terrifiée comme Ingrid Betancourt, et j'ai admiré sa façon de faire alliance avec les abeilles, pour les supporter.

@ Damien : Tu as raison, la prudence s'impose. Heureuse que tu apprécies cet extrait.

@ Gérard : Le monde des insectes est étonnant, en effet. Le sort des abeilles nous inquiète, tant les équilibres semblent perdus. Espérons...

Écrit par : Tania | 15/11/2011

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