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17/05/2010

Symbolistes belges

Beaucoup de monde aux Musées Royaux des Beaux-Arts pour la grande exposition consacrée au Symbolisme en Belgique (jusqu’au 27 juin 2010). Verhaeren définit le symbole comme un « sublimé de perceptions et de sensations », non démonstratif, mais suggestif, – «  il ruine toute contingence, tout fait, tout détail : il est la plus haute expression d’art et la plus spiritualiste qui soit » (Ecrits sur Khnopff). Une affiche de Jean Delville pour le « Salon d’art idéaliste » de 1896 montre une Sphynge couronnée qui donne bien le ton : mystère, figures de l’étrange, intériorité, femmes fatales, crépuscules, l’univers symboliste est une plongée en eaux profondes, souvent noires. « Le Symbolisme est le dernier coup de queue du Romantisme expirant » (Ernest Raynaud). Plus qu’un mouvement pictural, c’est une période de complicité spirituelle entre peintres et écrivains, de 1885 à 1895 environ.

 

Symbolisme - Wiertz, Deux jeunes filles ou la belle Rosine.jpg

Antoine Wietz, Deux jeunes filles, ou la Belle Rosine, 1847, Musée Wiertz Ó MRBAB

  

La sculpture est bien présente dans cette exposition, et le premier choc m’est venu du grand Dénicheur d’aigles en bronze de Jef Lambeaux : l’homme au physique puissant se défend de l’aigle furieux ; vus du sol, ses ailes, sa tête, son bec font un spectacle impressionnant. Force et mouvement ici, en contraste avec la Figure tombale de Julien Dillens, un marbre représentant une jeune fille sur un coussin, les yeux clos, assise sur ses talons – elle a lâché les fleurs qu’elle tenait dans les mains. Beaucoup d'oeuvres du sculpteur Georges Minne, mères de douleur, agenouillés silencieux.

 

Deux jeunes filles ou La belle Rosine de Wiertz invite à méditer sur la mort : une jeune femme dénudée fait face à un squelette qui porte sur le crâne l’étiquette éponyme, « La belle Rosine ». Dans son voisinage, des femmes déchues de Rops
(Le Vice suprême, frontispice d’un roman du « Sâr Péladan », maître spirituel de l’Ordre de la Rose+Croix ; Les Sataniques, cinq planches d’une collection privée) et de Rassenfosse, inspirées par Les fleurs du mal de Baudelaire.

 

Degouve de Nuncques, La maison rose.jpg

William Degouve de Nuncques, La Maison Rose, 1892, Otterlo Ó Kröller-Muller Museum

 

L’exposition se décline en treize thématiques, présentées dans un petit guide du visiteur, à défaut de panneaux explicatifs. « L’inquiétude devant l’étrange » regroupe des paysages, dont la superbe Maison rose de Degouve de Nuncques,
aussi nommée La maison du mystère : à gauche d’une façade rose en pleine lumière, derrière un arbre, une autre maison est plongée dans l’ombre ; seul son porche est éclairé. Magritte y a-t-il pensé en peignant L’Empire des Lumières ? Du même, on verra plus loin un bel Enfant au hibou (pastel) et Les paons, magnifique scène nocturne, dans une salle entièrement dédiée à la couleur bleue.

 

Parmi les « Figures du Christ », sculptées ou peintes, un terrible Christ d’Odilon Redon (fusain et craie noire) aux antipodes de la lumineuse Sainte Trinité de Léon Frédéric. Sur le thème de la tentation de Saint Antoine, quel contraste aussi entre Rops, tout en provocations spectaculaires, et Khnopff, tout mystère ! Fernand Knopff, le plus connu des symbolistes belges, est omniprésent avec des œuvres célèbres : Portrait de Marguerite, Des caresses, En écoutant du Schumann, Du silence, et, moins connus, des paysages de Fosset crépusculaires.

 

Symbolisme - Degouve de Nuncques - Les Paons.jpeg

William Degouve de Nuncques, Les Paons, 1896, Musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles © MRBAB, 2010

 

La lecture mène-t-elle à la folie ? C’est ce que semble signifier Une démoniaque de
J. Middeleer : vêtue de noir, elle lève son regard névrotique au-dessus de son livre, entourée de fleurs d’anthurium. Très étrange, cette prédominance de la femme chez
les peintres de l’angoisse, du péché, de la folie, du rêve, de la Perversité (terrible triptyque de Laermans). « Si l'archétype de la femme fatale s'échappe sans doute de la nuit des temps, son image dans la peinture occidentale est toutefois plus récente. Elle appartient à une mythologie du mal qui est le produit de la dégradation et de la transformation d'un mythe qui a fasciné l'époque romantique : le mythe satanique » écrit Sabine De la Haye (Cette femme fatale : approche d'un thème de prédilection du Symbolisme pictural belge, 2002)

 

L’univers symboliste, proche de la littérature fin de siècle, a tout pour m’intéresser, mais je me suis sentie un peu perdue parfois dans cet inventaire (à la Prévert) du symbolisme en Belgique, faute d’un fil conducteur clair pour l’accrochage (fort critiqué dans La Tribune de l’art). Pour les visiteurs étrangers, cette exposition d’ensemble offre néanmoins un panorama représentatif des symbolistes belges (plus de deux cents œuvres). Pour qui connaît bien nos musées, il y a des découvertes à faire parmi les œuvres venant de l’étranger ou de particuliers, et c’est l’occasion aussi de faire mieux connaissance avec des artistes moins connus.

Commentaires

Même si ce n'est pas ma peinture préférée j'ai lu avec plaisir ce billet, j'aime beaucoup les paons bleus et cette maison rose

Écrit par : Dominique | 17/05/2010

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Vous avez choisi trois magnifiques tableaux, parmi mes préférés de cette période. Merci pour ce billet si bien tourné et agencé, merci pour les liens (hum, la Tribune ne mâche pas ses mots).

Écrit par : MH | 17/05/2010

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La lecture ne mène pas à la folie que je sache, mais écrire un commentaire plusieurs fois et le voir "avalé" par le cyber espace peut y mener!!!
En résumé donc, malgré la présentation et l'éclairage imparfaits..., la réunion de tant d'artistes, d'oeuvres dont tu parles si bien, j'aimerais bien les voir. Spécialement peut-être Minne dont je n'ai vu que peu de sculptures(à part en photos).
La maison rose est superbe, je ne me lasse pas de la regarder.
Belle journée guapa.

Écrit par : colo | 18/05/2010

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@ Dominique : Une peinture plus lunaire que solaire, assurément.

@ MH : Heureuse que ce choix vous plaise, merci pour votre appréciation - un billet qui m'a donné plus de mal à l'écrire que d'autres. La Tribune de l'art, d'une sévérité excessive sans doute, met le doigt sur les faiblesses de l'accrochage, qui ne met pas toujours assez en valeur les oeuvres les plus fortes.

@ Colo : La plate-forme de lalibreblogs est en travaux, c'est peut-être cela qui crée des problèmes. J'en rencontre aussi au moment d'insérer les illustrations et je dois m'y prendre à diverses reprises, voire attendre un moment propice.

As-tu déjà visité le Kröller-Muller Museum d'Otterlo? J'y avais vu cette "Maison rose" et beaucoup de très belles oeuvres. Voici le lien vers le musée et ses sculptures de Minne :
http://www.kmm.nl/collection-search.php?reload=1&characteristic_type=&artist=George+Minne+%281866+-+1941%29&van=0&tot=0&submit.x=36&submit.y=7
Bonne soirée !

Écrit par : Tania | 18/05/2010

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Depuis que les paons de mon père s'attaquent à la carrosserie de ma voiture et laissent des traces de leur passage sous chacun de nos pas, je les aime beaucoup moins...
Anecdote à part, l'expression "complicité spirituelle entre peintres et écrivains" m'est très chère étant donné que j'ai étudié celle-ci (avec d'autres mots) chez nos amis du bateau-lavoir.

Écrit par : delphine | 19/05/2010

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@ Delphine : L'anecdote me rappelle un roman de Milovanoff, "Le maître des paons", et deux paons magnifiques qui se pavanaient sur la scène du Théâtre National (l'ancien) dans une superbe mise en scène du "Misanthrope".
Peinture et écriture, une complicité souvent fertile. Pour un prochain billet d'"Encore et encore"?

Écrit par : Tania | 20/05/2010

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