Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

15/04/2010

Ineffable sourire

Pause printanière / 3   

P Pieter de Hooch, L'armoire à linge.jpg

A son entrée, tandis que Mme Verdurin montrant des roses qu'il avait envoyées le matin lui disait: "Je vous gronde" et lui indiquait une place à côté d'Odette, le pianiste jouait pour eux deux, la petite phrase de Vinteuil qui était comme l'air national de leur amour. Il commençait par la tenue des trémolos de violon que pendant quelques mesures on entend seuls, occupant tout le premier plan, puis tout d'un coup ils semblaient s'écarter et comme dans ces tableaux de Pieter De Hooch, qu'approfondit le cadre étroit d'une porte entr'ouverte, tout au loin, d'une couleur autre, dans le velouté d'une lumière interposée, la petite phrase apparaissait, dansante, pastorale, intercalée, épisodique, appartenant à un autre monde. Elle passait à plis simples et immortels, distribuant çà et là les dons de sa grâce, avec le même ineffable sourire ; mais Swann y croyait distinguer maintenant du désenchantement. Elle semblait connaître la vanité de ce bonheur dont elle montrait la voie. Dans sa grâce légère, elle avait quelque chose d'accompli, comme le détachement qui succède au regret.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann – II. Un amour de Swann

 

(Pieter De Hooch, L'armoire à linge)

LABEL_BLOGOSPHERE_TV5.jpg

Commentaires

Vous souriez au soleil de et du midi.
Nous soupirons dans l'attente d'un printemps traînant grandement les pieds...

Écrit par : JEA | 15/04/2010

je poursuis ma balade Proustienne en ta compagnie Tania avec bonheur et elle me donne le sourire

Écrit par : Dominique | 15/04/2010

ce qui est n'est déjà plus... comme cette idée me convient peu!

Écrit par : delphine | 15/04/2010

L'art de dire en quelques mots l'essentiel. L'art de peindre en une scène intime, l'ineffable.

Écrit par : Armelle B | 16/04/2010

Les commentaires sont fermés.