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22/02/2010

Sur un fil de soie

Conte, fable, rêve poétique, récit d’initiation, j’hésite à nommer « roman » Neige, un récit de moins de cent pages publié en 1999 par Maxence Fermine, à l’âge de dix-neuf ans. « Rien que du blanc à songer » (Arthur Rimbaud), a-t-il mis en épigraphe à cette histoire en trois temps du jeune Yoko Akita qui a deux passions : le haïku et la neige. Mots simples, phrases courtes, fréquents retours à la ligne, le style invite à respirer, à rêver. Pour lecteurs de 7 à 77 ans. 

Hohusai Garçon contemplant le mont Fuji.jpg
Hokusai, Garçon contemplant le Mont Fuji

 

« Vent hivernal
Un prêtre shintô
Chemine dans la forêt »
(Issa)
C’est le premier des haïkus qui scandent la première partie. Dans l’île d’Hokkaido, en avril 1884, le père de Yoko, un prêtre shintoïste, fronce les sourcils quand son fils, le jour de ses dix-sept ans lui annonce qu’il veut devenir poète. « La poésie n’est pas un métier. C’est un passe-temps. Un poème, c’est une eau qui s’écoule. Comme cette rivière. » « C’est ce que je veux faire. Je veux apprendre à regarder passer le temps. »

 

Durant l’été, le jeune poète compose soixante-dix-sept haïkus, « tous plus beaux les uns que les autres ». En décembre, son père l’emmène au pied des Alpes japonaises, « au centre de Honshu » et lui montre les neiges éternelles. Il lui fait gravir une montagne pour en revenir avec un choix clair : devenir un guerrier ou un prêtre. Quand Yoko redescend après sept jours « aux portes du ciel », interrogé sur la voie qu’il s’est trouvée, il répond : « Mieux que cela, père. J’ai trouvé la neige. »

 

Dès la nouvelle année, Yoko embrasse la carrière de poète, « pour célébrer la beauté de la neige ». Chaque jour de neige, il sort très tôt et rentre pour la cérémonie du thé. Il promet à son père d’écrire seulement soixante-dix-sept haïkus par hiver, le reste de l’année, il oubliera la neige. Un jour de printemps, un poète renommé à la cour Meiji se rend chez le père d’Akita, celui-ci lui montre les parchemins qui recouvrent les murs de l’atelier de son fils, en son absence. Emerveillé, le visiteur exprime néanmoins un regret, l’absence de couleurs, et interroge : « Pourquoi la neige ? » A son retour, Yoko se fâche en apprenant que son père a montré ses « esquisses ». Il n’ira voir l’empereur que lorsqu’il aura écrit dix mille syllabes – sept ans de travail à fabriquer « une passerelle vers la lumière blanche des anges ».

 

A son deuxième hiver de poésie, une jeune femme dont il a aperçu le sein blanc comme neige quand elle puisait de l’eau à la fontaine, le dépucelle et lui révèle le goût de sa peau. Le printemps ramène le poète de cour, avec une femme « d’une beauté éblouissante, férue de poésie », qui subjugue Yoko. Interrogé par le Maître sur ses autres talents, le jeune homme prétend n’avoir besoin de rien d’autre pour accomplir son art. « Erreur. La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l’âme » rétorque le vieil homme. A cause de la jeune fille, si belle, Yoko l’écoute et suit son conseil : se rendre au sud du Japon chez Soseki, un vieillard admirable qui écrit de merveilleux poèmes, des pièces de musique, mais qui est avant tout un peintre.

 

Yoko Akita quitte son village le lendemain. En traversant les montagnes, il se perd dans une tempête de neige. Il survit au froid, à la faim, à la fatigue, à cause d’une image incroyable, inoubliable : sous un surplomb rocheux où il s’est réfugié, une femme morte, jeune, nue, blonde, dort sous un mètre de glace. Il marque l’endroit d’une croix avant de reprendre son chemin. Après bien des jours et des nuits, il arrive chez Soseki. Surprise : le « maître de la couleur » a les yeux fermés, il est aveugle. Apprendre à être « voyant », écouter l’histoire, racontée par un vieux serviteur, de l’amour de Soseki pour une jeune funambule européenne surnommée Neige, ce sera le sujet de la deuxième partie. La troisième, l’apprentissage de l’écriture sur un fil blanc – « avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie », « devenir un funambule du verbe ».

Commentaires

J'ai lu ce petit roman il y a maintenant longtemps. J'en garde un souvenir ébloui et me promets bien de le relire un jour.

Écrit par : Aifelle | 22/02/2010

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A propos de neige, il y a sur un blog que je suis quotidiennement des photos exceptionnelles de falaises de neige :
http://lesbeautesdemontreal.wordpress.com/2010/02/21/les-glaces-du-nord/
Un beso.

Écrit par : colo | 22/02/2010

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Quel bon souvenir que ce roman Tania, c'est un grand plaisir de le retrouver ici car le partage de ce type de livre étend l'amitié
je me souviens de sa parution très discrète,je travaillais comme bénévole dans une bibliothèque et je l'ai fait lire, 1 fois, 2 fois, puis je l'ai offert , puis les lecteurs l'ont offerts et le succès de librairie est intervenu alors qu'aucune critique n'était parue dans la presse, Fermine était invité dans les bibliothèque et l'éditeur était contraint à un second tirage
le vrai succès populaire dans le meilleur sens du terme

Écrit par : Dominique | 23/02/2010

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une belle quête que tu décris avec beaucoup de finesse.

Écrit par : delphine | 24/02/2010

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@ Aifelle : relire révèle souvent de nouvelles perspectives, si le texte est bon.

@ Colo : merci pour le lien vers les beautés de glace - impressionnantes.

@ Dominique : cela fait plaisir de partager avec toi et cette lecture et ce bon souvenir.

@ Delphine : heureuse que ce billet t'ait plu.

Écrit par : Tania | 25/02/2010

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