Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

11/01/2010

Des Pétersbourgeois

Après des études universitaires à Moscou, Lermontov (1814-1841) a suivi sa grand-mère à Saint-Pétersbourg. Promu cornette à l’école des élèves-officiers des hussards de la Garde, il y participe à la vie mondaine. Au printemps 1836, Lermontov commence à écrire avec un ami La Princesse Ligovskoï, un roman non terminé où apparaît déjà Piétchorine, le protagoniste de son œuvre la plus connue, Un héros de notre temps (1840). 

St Pétersbourg Le cavalier de bronze.jpg

 

Décembre 1833, Saint-Pétersbourg. Un jeune fonctionnaire marche dans la rue lorsque fonce sur lui un trotteur bai ; il a beau s’agripper au brancard, le cheval le fait tomber, dans l’indifférence totale du cocher et de son passager en uniforme de la Garde. Celui-ci, Piétchorine – « Georges » pour ses amis – descend « devant un riche portail avec avant-toit et porte de verre brillamment garnie de bronze. » Fils de bonne famille (ses parents sont propriétaires de « trois mille âmes »), il a vingt-trois ans et se trouble en découvrant l’invitation déposée chez lui de la part du prince Ligovskoï et de la princesse.

 

Sa sœur Varinka le rejoint dans son cabinet de travail et salon avec « des tentures françaises bleu clair », une porte « de chêne ciré » et une draperie au-dessus des fenêtres « dans le goût chinois ». Comme Georges soupire à l’arrivée d’une nouvelle invitation à un bal, sa sœur ironise sur une certaine « mademoiselle Negouroff » (en français dans le texte) qui y sera et qui ne cesse de lui demander des nouvelles de son frère. Après quelques chamailleries, elle s’en va, et en s’amusant, Piétchorine se met à écrire une lettre à la demoiselle en question.

 

Le soir, il se rend au théâtre où, du deuxième rang, il aperçoit au-dessus de lui la loge de la famille Niégourov au complet, « père, mère et fille », celle-ci lui adressant un sourire aimable – « Apparemment, la lettre n’est pas encore arrivée à son adresse !, pensa-t-il. » Au lever du rideau arrivent les occupants de la loge voisine : « Piétchorine leva la tête, mais il ne put voir qu’un béret ponceau et une divine main blanche et potelée qui, tenant une ravissante lorgnette, se posait négligemment sur le velours incarnat de la loge. » Il ne sait pas encore que s’y trouve la jeune femme qu’il a aimée, mariée aujourd’hui au prince Ligovskoï. Ni qu’au restaurant tout proche, à l’entracte, il va se heurter à un jeune homme en frac, pas très élégant mais « remarquablement beau », celui-là même que son trotteur a renversé, et qui ne peut lui pardonner d’en rire avec ses amis.

 

Krasinski (ainsi s’appelle le pauvre fonctionnaire), Elisabeth Nikolaïevna Niégourov l’amoureuse, la blonde princesse Ligovskoï, voilà pour les autres personnages principaux du récit, au cœur de la bonne société pétersbourgeoise. Une visite à la jeune mariée, en présence du prince, plus âgé qu’elle, laisse Piétchorine songeur :
« Il fut un temps où je lisais tous les mouvements de sa pensée aussi infailliblement que ma propre écriture, et maintenant je ne la comprends pas,
je ne la comprends absolument pas. »

 

En une centaine de pages, Lermontov dessine les caractères de ces jeunes gens que les activités mondaines rapprochent ou éloignent, jusqu’à un joli tableau de bal chez le baron R… La Princesse Ligovskoï, un récit inachevé mais bien enlevé, illustre une époque où le destin des jeunes femmes dépend en grande partie du caprice de jeunes gens qui se croient tout permis.

Commentaires

La dernière phrase ne laisse aucun doute: mieux vaut être née en Europe au 20º siècle, vivre et penser avec Nancy Huston, plutôt que dans la "bonne société" à l'époque de Lermontov!
Cet auteur m'est complètement inconnu, merci. Un besito.

Écrit par : colo | 11/01/2010

Répondre à ce commentaire

Lermontov fait partie des auteurs que je souhaite lire dans les mois à venir, pour l'instant je suis plongée dans la biographie de Tolstoï, je reste ainsi dans un paysage enneigé !

Écrit par : Dominique | 11/01/2010

Répondre à ce commentaire

Cela me fait penser à " la guerre et paix " de Tolstoï que je suis en train de lire actuellement et votre blog est vraiment très intéressant et c'est avec un grand plaisir que je découvre vos auteurs divers et variés, bravo encore. Avec mes meilleurs salutations.

Écrit par : marja-leena | 11/01/2010

Répondre à ce commentaire

Merci Tania pour votre passage sur mon blog.
J'ai étudié "Le démon" à la Faculté mais j'ai tout oublié, je suis en train de finir la lecture de W.G Sebald dont je vous conseille la lecture de "Les émigrants", ça devrait vous plaire et je suis curieuse de voir ce que vous en penserez. Il ne serait pas étonnant que tout comme moi vous deveniez Sebaldienne !
Je mets donc en attente la relecture de Lermontov.

Écrit par : racine | 11/01/2010

Répondre à ce commentaire

La dernière phrase me fait soupirer ...

Écrit par : Aifelle | 12/01/2010

Répondre à ce commentaire

En Russie ou ailleurs, au 19ième siècle ou maintenant, les femmes ne sont vraiment pas gâtées. Mais il y a des progrès, mais tellement lents.

Écrit par : mado | 12/01/2010

Répondre à ce commentaire

Comme colo, j’ai dû le (re)découvrir ? … d’où mon retard à réagir... :
Passion pour Byron et Pouchkine, mépris des hommes, dégoût de la vie « muselée » ...
A l’époque, la vie ne tenait qu’à un fil … de l’épée … duel le dos au précipice pour la mort certaine du vaincu … Quel mépris de la vie … Maintenant, dans nos civilisations évoluées, on mobilise les plus grands moyens pour sauver une vie même si les chances sont minces …
J’ai beaucoup apprécié (sur la toile) les poèmes en vers de six à huit pieds ...

Écrit par : doulidelle | 12/01/2010

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire