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24/09/2009

C'était dimanche

Dimanche sans voiture, c’est une tradition à Bruxelles pendant les journées du patrimoine, avec la gratuité des transports en commun. Occupée samedi par le patrimoine familial, j’avais réservé le dimanche pour quelques découvertes, et puis l’imprévu : l’arrivée de deux charmants visiteurs, à vélo, et le plaisir de leur compagnie – cela passe avant tout. C’était l’occasion d’étrenner de jolis bols à thé japonais sur des feuilles en fonte cuivrée, couleur d’automne (nous y sommes). 

Mésange, dimanche sans voiture.JPG

 

Pas de circulation ni dans la rue peu passante, ni aux alentours. Les bruits de la ville effacés dès neuf heures et le calme, souverain. De la terrasse, j’entendais soudain parfaitement les cris des mésanges tout près, dans les bouleaux qui perdent leurs feuilles depuis quelque temps déjà, et je les regardais voltiger d’une branche à l’autre. La ville rendue aux oiseaux. Et, bien sûr, aux promeneurs. Le temps radieux de ce dernier week-end de l’été a fait sortir tous les Bruxellois qui aiment et peuvent marcher, rouler à vélo, parcourir la ville débarrassée de la masse automobile. Seuls les avions ont oublié de mettre une sourdine à leurs élans célestes, réveillant le rêve d’une ville qu’ils ne survoleraient pas.

 

Après le thé et la conversation joyeuse, une balade, tout de même. C’est le jour idéal pour flâner sur les boulevards, que les cyclistes s’amusent à occuper sur toute leur largeur. Beaucoup de couples, de familles, de visages souriants – plus qu’à l’ordinaire. Tiens, une avenue jamais empruntée, des maisons unifamiliales, comme on dit aussi au Québec. Allons-y. Sans le tumulte de la circulation sur les grands axes non loin de là, c’est un coin charmant. Et ce chemin, où mène-t-il ? En haut du talus de la voie ferrée, il circule dans un tunnel végétal à l’arrière de jardins particuliers, protégés par des cloisons en bois ou de hautes haies. Un paradis pour les oiseaux, que les pas des rares promeneurs alertent. Et puis on débouche près d’un pont familier, on prend le chemin du retour.

 

J’aime tant ces dimanches allègres que je les verrais volontiers se multiplier, un dimanche sans voiture à la fin des quatre saisons par exemple. Sans doute, cela poserait problème à ceux qui doivent travailler le dimanche, se procurer une dérogation pour circuler. J’imagine que certaines personnes seules, ce jour-là, souffrent davantage de ne pas recevoir leurs visiteurs éloignés, mais ce pourrait être l’occasion d’une plus grande sollicitude entre voisins.

 

Me revient un beau texte de Jean-François Duval, joliment intitulé « Un port à l’aube de chaque lundi » (revue Autrement, 1999) : « La semaine, je sais bien qui je suis : tout le monde me le dit ; ma place dans la société, dans le monde du
travail me l'indique. Mais dimanche ? Dimanche nous débusque et nous révèle. Alors que la semaine, dans ses discontinuités, nous oblige à des rôles différents, nous divise et nous écartèle, dimanche, qui s'offre dans une durée et une continuité, permet d'effacer ces rôles et de se ressaisir dans son unité et son identité. »

 

Si j’étais plus douée, je vous mettrais en contrepoint un enregistrement de « Je hais les dimanches », Piaf ou Greco, au choix – en voici les paroles. Certains s’y ennuient, d’autres les redoutent, cela dépend aussi des périodes de la vie. Je suis pour ma part sensible aux charmes du dimanche et de son temps différent. Contre ceux qui voudraient généraliser le travail tous les jours de la semaine et qui prennent hypocritement le parti des consommateurs, ces supposés clients qui deviendraient les travailleurs du dimanche, tôt ou tard, je plaide « la grâce du dimanche »,
pas forcément chrétienne.

Commentaires

Très beau, comme toujours.
Je suis aussi opposée à l'ouverture des magasins le dimanche. Il y en déjà assez. Qu'on laisse ce privilège aux petits commerces. Le personnel des grandes surfaces a déjà une vie difficile, il ne faut pas en rajouter.

Écrit par : mado | 24/09/2009

Je fais partie de ceux que le dimanche effraie. Un souvenir de petit quand je savais que le lendemain je devais retourner à l'école des Pères, une vraie galère. J'adore travailler le dimanche (au moins, je ne conduis pas) quitte à ne rien faire la semaine suivante. On peut toujours rêver.

Écrit par : Damien | 24/09/2009

C'est dimanche chaque fois que l'on ouvre votre blog. Pas de véhicules polluants pour rouler sur vos livres ouverts ni de carrefours littéraires bloqués ni de bouchons empêchant de glisser d'une page à l'autre...

Écrit par : JEA | 24/09/2009

j'approuve JEA totalement, c'est un plaisir de vous lire Tania même quand il ne s'agit pas de livre j'aime vos billets
Le travail le dimanche : je l'ai connu longtemps car le métier d'infirmière l'impose mais ....je ne le souhaite à personne !

Écrit par : Dominique | 25/09/2009

Je travaille le dimanche (un dimanche sur deux en fait). Je n'ai pas de voiture. quelque fois j'ai l'impression de ne pas vivre dans le même monde que les autres.... j'aime beaucoup votre billet, qui est très nostalgique pour moi. Le dimanche n'est pas un jour sacré on peut faire la même chose un jeudi.... :-) sauf qu'alors on ne se sent pas totalement en osmose avec la communauté....

Écrit par : carole | 25/09/2009

Il fut un temps pour moi (adolescent « chrétien pratiquant » de 1945) où le seul jour sans école et sans travaux scolaires était le dimanche, tronqué cependant d’une demi-heure de messe dite basse à 8 heures, d’une grand messe d’une heure à 10 heures, de vêpres (30 minutes) à 15 heures et du « salut » (30 minutes également) à18 heures.

Mais que ces quelques « petites heures » qui restaient étaient du bonheur « distillé » avec, avant la guerre, le luxe d’un poulet à midi et pendant la guerre parfois « un macaroni du ravitaillement avec quelques rares petits morceaux de jambon du marché noir » (j’en ai encore l’eau à la bouche)et les jeux de société avec nos parents ou nos cousins (les familles se rencontraient beaucoup)

Toute la semaine, nous rêvions de la seule émission radiophonique de la semaine pour les jeunes (une heure, en fin d’après-midi du dimanche) « radio-jeunesse » avec « Pic de la Mirandole » « Pataquès » … et une belle histoire d’une demi-heure jouée par de bons comédiens … Vous allez nous trouver ridicules, mais nous en parlons encore entre cousins … et nos yeux brillent … Comme quoi tout est relatif ... !

Écrit par : doulidelle | 25/09/2009

@ Mado : tout à fait d'accord, merci.

@ Damien : profitez bien de ce samedi ;-)

@ JEA : ravie de vous offrir une voie non embouteillée.

@ Dominique : je compatis, quel beau et dur métier, merci aux infirmières !

@ Carole : vous avez passé un bon jeudi? Bon courage pour demain si vous travaillez ce dimanche.

@ Doulidelle : j'ai peine à imaginer ces pratiques d'antan, si contraignantes. En revanche, ta belle évocation des loisirs dominicaux me rappelle papa, fameux et infatigable animateur de nos jeux d'enfants - "jeux de société" est une belle appellation, tu ne trouves pas?

Écrit par : Tania | 26/09/2009

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