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27/10/2008

La Pietà

Elle penche le visage vers lui les yeux baissés, il repose les yeux clos dans ses bras largement ouverts. Tous deux sont d’une indicible sérénité. C’est une Pietà. C’est La Pietà de Michel-Ange. A l’Exposition Universelle de New York en 1964, le photographe Robert Hupka (1919 - 2001), chargé d’en prendre une photo pour un disque souvenir du Pavillon du Vatican, l’a photographiée sous tous les angles, dans différentes lumières, en couleurs, en noir et blanc, des milliers de fois. "Et ainsi, tandis que je consacrais d'innombrables heures à ce travail de photographie, la statue devint pour moi un mystère toujours plus grand de beauté et de foi et je fus frappé par l'idée que le chef-d’œuvre de Michel-Ange n'avait jamais été vu dans toute sa grandeur, si ce n'est par un petit nombre de privilégiés."

Dans le Parc du Cinquantenaire, en face de l’entrée des Musées Royaux d’Art et d’Histoire, un long pavillon blanc abrite La Pieta Michelangelo, jusqu’au 30 novembre. Ces photographies de Robert Hupka circulent dans le monde depuis 1979. Bruxelles 2008 est la vingt et unième étape de cette aventure, expliquée sur le site de l’exposition. A l’entrée, des panneaux didactiques rappellent en quoi consiste le nombre d’or et montrent, dessins à l’appui, les proportions parfaites de la célèbre sculpture, montrée d’abord dans son cadre, celui de la Basilique Saint-Pierre du Vatican.

Pieta vue de dos.jpg
D'après R. Hupka, photos visibles sur www.la-pieta.org  

On découvre ensuite un espace étrange, aux parois tendues de noir, sur lesquelles les photos en noir et blanc rayonnent. Est-ce la musique, la pénombre ? Les visiteurs vont silencieusement de l’une à l’autre, ou quand ils se parlent, chuchotent. On se croirait dans une église, dont le chœur réserve une surprise. De part et d’autre d’une copie de la Pietà Rondanini, sculpture inachevée de Michel-Ange (conservée à Milan, au musée du château Sforza), sont exposés des agrandissements de cinq croquis au fusain, d’émouvantes esquisses du maître pour cerner la silhouette de la mère debout, soutenant le corps de son fils.

Dans la Pietà, véritable sujet de l’exposition, le visage de la Vierge, étonnamment jeune, est d’une douceur infinie. Hupka a tourné autour pour capter tous ses profils ; chacun révèle subtilement l’expression. Le drapé de sa coiffe, les plis de ses vêtements, les détails nous sont montrés de plus près que ce que voient les visiteurs du Vatican depuis qu’une vitre de protection les garde à distance (en 1972, un déséquilibré avait mutilé la sculpture à coups de marteau). Mains, pieds, cheveux, tissus, le photographe a tout regardé, cadré, éclairé, pour nous montrer cette Pietà comme peu d’hommes ont pu la voir.

La figure du Christ est extraordinairement sereine. Il s’abandonne sur les genoux et dans les bras de sa mère, en toute confiance. Comment Michel-Ange peut-il rendre à ce point dans le marbre cet amour silencieux ? L’unité fusionnelle du groupe sculpté dans un seul bloc apparaît sous tous les angles, y compris les plus surprenants, sur les photos prises d’en haut.

La Pietà de Michel-Ange éblouit et étonne. Chef-d’œuvre absolu de la Renaissance, sa beauté résiste aux siècles. Reste la question de la souffrance, ici évacuée. Et ces visages lisses. Pourquoi ces figures idéalisées ? Que signifient-elles ? Foi absolue ? Sublimation esthétique ? Cette perfection reste un mystère. Sœur Emmanuelle, vouée
à la Vierge, attendait la mort comme un rendez-vous d’amour. "C'est passionnant de vivre en aimant", dit-elle dans son testament spirituel

Pour apprécier une sculpture en ronde-bosse, pour la voir vibrer dans la lumière, il
faut tourner autour, le dialogue frontal ne suffit pas. C'est une gageure de la photographier. Pour ma part, je retiens cette magnifique photo de Robert Hupka qui montre la Pietà vue de dos, les jeux de la lumière dans les plis du manteau de la Vierge, la tête et les épaules légèrement inclinées. Ses bras ouverts sont éloquents : le bras droit retient délicatement la tête du Christ dans le creux du coude, la main gauche s’ouvre, donne, offre, comme en prière.

Commentaires

J’avais 17 ans et un ami merveilleux, mon aîné de cinq ans, éveillait à la beauté ma jeune adolescence. Nous étions à Saint-Pierre devant la « Piéta » qu’une lumière douce qui ne venait de nulle part divinisait. Mon ami, d’habitude disert, se taisait. Soixante ans après, j’ai toujours ce visage gravé au fond de l’âme. Cette sérénité d’une mère avec son enfant mort sur les genoux m’interpellait. Comment le sublime Michel-Ange a-t-il pu traduire dans le marbre une telle expression : ce mélange d’amour, de foi, de résignation, d’espoir …

Merci de rappeler sœur Emmanuelle et sa phrase célèbre qui peut s’appliquer à tous les hommes, quelle que soit leur option philosophique : « Yalla, ! En avant, c’est passionnant de vivre en aimant ! ».

La reproduction de la Piéta de dos en clair-obscur, centrée sur une main qui s’ouvre, donne, offre …que tu as choisie pour illustrer ton texte, en est un beau symbole.

Écrit par : Doulidelle | 27/10/2008

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Effectivement, je confirme. Cette statue, qui est l'incroyable oeuvre de jeunesse de Michel Ange, impressionne le spectateur, l'émeut au profond de lui même. C'est une belle initiation au mystère, à l'art et au sacré.

Écrit par : Annie | 28/10/2008

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Travail divin, beauté divine. Je préfère laisser la parole à des experts...
"The body of the dead Christ exhibits the very perfection of research in every muscle, vein, and nerve. No corpse could more completely resemble the dead than does this. There is a most exquisite expression in the countenance. The veins and pulses, moreover, are indicated with so much exactitude, that one cannot but marvel how the hand of the artist should in a short time have produced such a divine work."

One must take these words of Vasari about the "divine beauty" of the work in the most literal sense, in order to understand the meaning of this composition. Michelangelo convinces both himself and us of the divine quality and the significance of these figures by means of earthly beauty, perfect by human standards and therefore divine. We are here face to face not only with pain as a condition of redemption, but rather with absolute beauty as one of its consequences.
(web gallery of art: http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/m/michelan/1sculptu/pieta/1pieta1.html)

Écrit par : Colo | 28/10/2008

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